X.

«Danton voulut trois choses: la première, secouer le peuple et le

compromettre tellement dans la cause de la Révolution, qu'il ne pût

plus reculer et qu'il se précipitât aux frontières, tout souillé du

sang des royalistes, sans autre espérance que la victoire ou la mort;

la seconde, porter la terreur dans l'âme des royalistes, des

aristocrates et du clergé; enfin, la troisième, intimider les

Girondins, qui commençaient à murmurer de la tyrannie de la commune,

et montrer à ces âmes faibles que, s'ils ne se faisaient pas les

instruments du peuple, ils en pourraient bien être les victimes.

«Danton fut surtout poussé au meurtre par une cause plus personnelle

et moins théorique: son caractère. Il avait la réputation de

l'énergie, il en eut l'orgueil. Il voulut la déployer dans une mesure

qui étonnât ses amis et ses ennemis. Il prit le crime pour du génie.

Il méprisa ceux qui s'arrêtaient devant quelque chose, même devant

l'assassinat en masse. Il s'admira dans son dédain de remords. Il

consentit à être le phénomène de l'emportement révolutionnaire. Il y

eut de la vanité dans son forfait. Il crut que son acte, en se

justifiant par l'intention et par le lointain, perdrait de son

caractère; que son nom grandirait quand il serait en perspective, et

qu'il serait le colosse de la Révolution. Il se trompait. Plus les

crimes politiques s'éloignent des passions qui les font commettre,

plus ils baissent et pâlissent devant la postérité. L'histoire est la

conscience du genre humain. Le cri de cette conscience sera la

condamnation de Danton. On a dit qu'il sauva la patrie et la

Révolution par ces meurtres, et que nos victoires sont leur excuse. On

se trompe comme il s'est trompé. Un peuple qu'on aurait besoin

d'enivrer de sang pour le pousser à défendre sa patrie serait un

peuple de scélérats et non un peuple de héros. L'héroïsme est le

contraire de l'assassinat.»

Voilà cependant le livre qu'on a appelé une flatterie à l'immoralité

démocratique! Que dites-vous de plus et qu'ai-je dit de moins que

vous, hommes de bien de tous les partis? En morale, il n'y a pas de

partis, il n'y a qu'une conscience.

La mienne me reproche d'avoir peut-être trop porté sur un seul homme

le crime anonyme des massacres de septembre. J'ai été en cela plus

dramatique que juste, je le dis à la postérité.

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 17 / 256 题