On accusa le général de perfidie envers le gouvernement, qu'il
voulait, disait-on, remplacer en se rendant nécessaire, pendant que ce
général, coupable seulement d'imprévoyance et de lenteur dans le
rassemblement des troupes qu'on lui avait prodiguées, voyait avec
désespoir tomber ses braves lieutenants, et se prolonger
l'inexplicable conflit de toute une nation contre une émotion de
faubourg, mal réprimée le matin, formidable le soir.
On accusa les ateliers nationaux, qu'on croyait être une armée de
réserve dans la main du gouvernement, et qui n'était qu'une armée de
la faim, neutralisée momentanément par une solde de secours pour
prévenir le meurtre ou le pillage des propriétaires de Paris, jusqu'à
la réorganisation du travail, asphyxié par une révolution soudaine.
Les ateliers nationaux, loyalement influencés par le gouvernement,
offrirent au contraire leur secours, le 24 juin, pour combattre la
sédition naissante, et se séparèrent presque à l'unanimité des
séditieux.
On accusa les _socialistes_ de différents systèmes, avec lesquels,
certes, je n'ai pas pactisé, et auxquels je ne marchanderais pas
l'accusation et même le soupçon, s'ils étaient mérités. Je dois à la
vérité que les socialistes, chefs et disciples, furent des citoyens
loyaux, pacifiques, intermédiaires, messagers de paix et de
réconciliation sur tous les points, pendant toute la mêlée, et que,
s'ils ont démérité du bon sens avant, pendant et après la république,
ils n'ont pas démérité un seul jour de la patrie et de l'humanité. La
justice n'est pas un hommage, mais elle est un devoir. Les socialistes
furent innocents de ces fatales journées.
D'où sortirent-elles donc? Je l'ignore; et je crois que personne mieux
que moi n'était placé pour ne rien ignorer, s'il y avait eu quelque
chose de mystérieux à savoir. Elles sortirent, comme les horribles
journées de septembre, d'une émotion atroce et soudaine, qui porte une
populace au crime avant de l'avoir portée à la préméditation. Les
masses ont leurs fièvres contagieuses, causées par des miasmes
inconnus, et ces fièvres ont leur délire qu'on ne calme qu'en
enchaînant les furieux. Il en fut ainsi peut-être des journées de
septembre; et peut-être que, si on avait interrogé Danton lui-même, il
aurait répondu comme moi sur les journées de juin: «Je l'ignore.»
Seulement, Danton, par une criminelle faiblesse qui ne veut pas
abandonner sa popularité, même dans le sang, commit le crime
rétrospectif de tolérer ces égorgements et le crime irrémissible d'en
proposer l'imitation aux départements! Et moi, je combattis à main
armée les assassins de la patrie aux journées de juin, et je ne leur
ai jamais pardonné leur crime mystérieux contre la république et
contre la France.
Lisez et jugez si j'ai flatté ce crime. Voici la page de l'arrêt dans
les _Girondins_: