On sait ce qui arriva. Des barricades s'élevèrent inopinément dans
quelques faubourgs, des coups de feu éclatèrent dans la nuit. Le
gouvernement, attentif aux moindres symptômes, fut tout entier debout
avant le jour; il donna le commandement général de toutes les forces
que nous avons énumérées au général ministre de la guerre, pour qu'un
déploiement imposant et soudain de ces forces décourageât alors tout
ce petit groupe de factieux sans chefs. Il ne s'en fia pas même à ces
forces: il sonna le tocsin du salut public, et il appela au secours de
la capitale tous les volontaires de l'ordre répondant à son appel dans
les départements.
Il y eut lenteur dans les déploiements des forces défensives
militaires. À peine une vingtaine de mille hommes de l'armée de ligne,
au lieu de quatre-vingt mille hommes, se montrèrent-ils dans Paris le
premier jour. Cette pénurie de soldats de l'armée laissa trop de
terrain et trop de temps à la sédition. L'escarmouche qui n'aurait pas
duré trois heures devint une bataille qui dura trois jours. La
république, seule de tous les gouvernements attaqués à main armée dans
son centre, triompha héroïquement, mais d'un triomphe qui n'aurait dû
coûter que peu de sang, et qui coûta bien des vies précieuses à la
France.
On crut, en France et en Europe, qu'elle s'était entre-déchirée
elle-même, et que cette fermentation de la lie d'une capitale était
une grande guerre intestine. Cette fausse apparence jeta l'opinion
dans la dictature et dans la voie des proscriptions en masse,
proscriptions disproportionnées à la cause. Le peuple s'aigrit, les
provinces s'alarmèrent, les partisans des dynasties en expectative se
groupèrent contre la république, l'ennemi commun; la république
s'exagéra sur sa montagne comme sur un mont Aventin, menaçant le
civisme au lieu de le rassurer; les élections furent extrêmes comme
les partis; la France oublia la liberté superflue des temps calmes
pour ne penser qu'à son salut qu'elle crut compromis. Les journées de
juin, gagnées par la république, tuèrent indirectement mais
inévitablement la république. On cria à la complicité du gouvernement
et à sa mollesse le jour de la lutte; et la vérité, c'est que le
gouvernement était armé jusqu'à l'excès de forces; qu'il était debout
avant l'heure de la sédition; que la lenteur dans le maniement des
troupes préparées surabondamment pour la crise l'étonna et le
consterna plus que personne; qu'il se constitua énergiquement lui-même
en permanence et en conseil de guerre, pour couvrir de son corps la
représentation nationale; qu'il prit lui-même les armes du soldat dans
les moments où la victoire semblait hésiter; que ses principaux
membres montèrent à cheval pour conduire les rares colonnes de gardes
mobiles à l'assaut des positions de l'ennemi; et qu'il prodigua son
sang à la place des troupes, pendant qu'on l'accusait de cacher ses
troupes pour encourager la sédition.