VIII.

On sait ce qui arriva. Des barricades s'élevèrent inopinément dans

quelques faubourgs, des coups de feu éclatèrent dans la nuit. Le

gouvernement, attentif aux moindres symptômes, fut tout entier debout

avant le jour; il donna le commandement général de toutes les forces

que nous avons énumérées au général ministre de la guerre, pour qu'un

déploiement imposant et soudain de ces forces décourageât alors tout

ce petit groupe de factieux sans chefs. Il ne s'en fia pas même à ces

forces: il sonna le tocsin du salut public, et il appela au secours de

la capitale tous les volontaires de l'ordre répondant à son appel dans

les départements.

Il y eut lenteur dans les déploiements des forces défensives

militaires. À peine une vingtaine de mille hommes de l'armée de ligne,

au lieu de quatre-vingt mille hommes, se montrèrent-ils dans Paris le

premier jour. Cette pénurie de soldats de l'armée laissa trop de

terrain et trop de temps à la sédition. L'escarmouche qui n'aurait pas

duré trois heures devint une bataille qui dura trois jours. La

république, seule de tous les gouvernements attaqués à main armée dans

son centre, triompha héroïquement, mais d'un triomphe qui n'aurait dû

coûter que peu de sang, et qui coûta bien des vies précieuses à la

France.

On crut, en France et en Europe, qu'elle s'était entre-déchirée

elle-même, et que cette fermentation de la lie d'une capitale était

une grande guerre intestine. Cette fausse apparence jeta l'opinion

dans la dictature et dans la voie des proscriptions en masse,

proscriptions disproportionnées à la cause. Le peuple s'aigrit, les

provinces s'alarmèrent, les partisans des dynasties en expectative se

groupèrent contre la république, l'ennemi commun; la république

s'exagéra sur sa montagne comme sur un mont Aventin, menaçant le

civisme au lieu de le rassurer; les élections furent extrêmes comme

les partis; la France oublia la liberté superflue des temps calmes

pour ne penser qu'à son salut qu'elle crut compromis. Les journées de

juin, gagnées par la république, tuèrent indirectement mais

inévitablement la république. On cria à la complicité du gouvernement

et à sa mollesse le jour de la lutte; et la vérité, c'est que le

gouvernement était armé jusqu'à l'excès de forces; qu'il était debout

avant l'heure de la sédition; que la lenteur dans le maniement des

troupes préparées surabondamment pour la crise l'étonna et le

consterna plus que personne; qu'il se constitua énergiquement lui-même

en permanence et en conseil de guerre, pour couvrir de son corps la

représentation nationale; qu'il prit lui-même les armes du soldat dans

les moments où la victoire semblait hésiter; que ses principaux

membres montèrent à cheval pour conduire les rares colonnes de gardes

mobiles à l'assaut des positions de l'ennemi; et qu'il prodigua son

sang à la place des troupes, pendant qu'on l'accusait de cacher ses

troupes pour encourager la sédition.

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 15 / 256 题