C'est que jamais les plus implacables ennemis de la maison de Bourbon,

«s'imposant la tâche de précipiter sa chute, en lui infligeant des

ministres impopulaires, n'auraient pu choisir des noms plus détestés.»

Polignac, Bourmont, Chabrol, Courvoisier. Ces noms résumaient en quelque

sorte les souvenirs les plus tristes, les plus désastreux des quarante

dernières années. Ils semblaient, ces hommes, dont s'entourait Charles

X, la personnification vivante de toutes les douleurs, de toutes les

hontes du passé, émigration, complots, trahisons, invasion de

l'étranger, réaction, vengeances.

Aussi jamais on ne vit inquiétude plus générale, irritation plus vive.

Ce fut une panique universelle; toutes les transactions commerciales

furent suspendues, il y eut à la Bourse, ce thermomètre de l'opinion,

une baisse énorme.

Mais Charles X ne voulait rien voir, rien entendre. Il fermait les yeux

à la lumière, il se bouchait les oreilles, pour que la vérité ne pût

venir jusqu'à lui. «Malheureuse France, malheureux roi!» s'était écrié

le _Journal des Débats_; ce cri éloquent résumait la pensée de tous, il

devint comme le mot d'ordre.

Le premier moment de stupéfaction passé, il y eut une explosion de

haines et de colères. On devinait trop les intentions du roi; la

nomination du cabinet Polignac était une déclaration de guerre, on

accepta la guerre.

Dès le lendemain, une foule de brochures inondèrent la France, dénonçant

la royauté à l'opinion. C'étaient _le Cri d'alarme_, les _Conseils au

roi_, la _Biographie des nouveaux ministres_, la _Pol-Ignacide_; _Feu

partout, voilà le ministère Polignac_, et bien d'autres encore. Les

journaux faisaient chorus.

En tête des plus hardis, il faut placer le _Figaro_. Le dimanche 9 août,

il parut encadré de noir. Il prenait le deuil: était-ce de la

constitution ou de la monarchie? Le numéro fut saisi, la transparence

des allusions ne laissait aucun doute sur la pensée des rédacteurs.

Cette saisie fut comme un brevet de popularité. Le lendemain le numéro

valait dix francs et, comme on en tirait dans les caves, il en fut

distribué plus de 10,000 exemplaires. Poursuivi, Bohain fut condamné à

six mois de prison et à mille francs d'amende (29 août).

J'ai cru devoir donner le texte entier de ce numéro qui a conservé une

grande célébrité et qui est devenu à peu près introuvable.

Dimanche, 9 août 1829.

On parle du rétablissement de la censure par ordonnance. Nous

déclarons, n'ayant point à craindre les tribunaux, que nous

braverons cette mesure, qui forcément doit être prise. Si nos

presses sont enlevées d'assaut par les gendarmes, nous ferons

composer et imprimer notre feuille dans les caves. Nos abonnés

peuvent en tous cas être tranquilles; ils recevront le journal,

dussions-nous le faire imprimer hors Paris, voire même en Belgique.

Paris, 8 août 1829.

NOUVEAU MINISTÈRE.

_Présidence et affaires étrangères_: M. de Polignac.

_Instruction publique et affaires ecclésiastiques_: M. Montbel.

_Intérieur_: M. Labourdonnaye.

_Commerce_: à nommer.

_Guerre_: M. Bourmont.

_Justice_: M. Courvoisier.

_Marine_: M. Rigny.

_Finances_: M. Chabrol de Crussol, ancien ministre de la marine.

_Préfet de police_: M. Renneville.

M. d'Hermopolis est chargé de la feuille des bénéfices.

Aujourd'hui, à l'ouverture de la Bourse, tous les yeux étaient

fixés sur une douzaine d'individus qu'on n'avait pas vus y paraître

depuis la chute du ministère Villèle; bientôt ce bataillon sacré

s'est mis en mouvement et s'est empressé de vendre. Une demi-heure

après, les noms des nouveaux ministres ont circulé dans

l'assemblée, et une baisse de 4 fr. environ est survenue. C'est

débuter par un coupe-gorge.

BIGARRURES.

--Au lieu d'illuminations, à une solennité prochaine toutes les

maisons de la France doivent être tendues en noir.

--C'est à la sollicitation de lord Wellington, _duc de Waterloo_,

que M. Bourmont a été nommé ministre de la guerre.

--Le nouveau préfet de police va tout rétablir sur l'ancien pied;

on espère que bientôt il laissera rentrer les jésuites et sortir

les filles.

--M. de Belleyme avait en vue l'extinction de la mendicité; M. de

Renneville travaillera à l'extinction de la publicité.

--Les syndics de la faillite de M. le prince de Guéméné ont été

écroués hier, pour avoir refusé dix pour cent que ce seigneur avait

eu la générosité de leur offrir.

--M. Malitourne, auteur de l'_Histoire de la Restauration_, qui n'a

pas encore paru, a reçu une lettre de cachet pour le chapitre des

cuisines du château, dont il a l'idée.

--M. de Belleyme a donné sa démission aux voleurs!

--M. de Linguet a voulu donner hier une sérénade à l'un de ses

patrons. Une erreur l'a fait rosser par les gens. On vient de

publier, rue Saint-Honoré, au _Mont-d'Or_, chez les marchands Janet

et Cotelle, à côté de l'hôtel de M. le marquis d'Aligre, une jolie

chansonnette avec accompagnement de guitare ou de lyre, par MM.

Philidor et Monsigny.

--M. Beauregard a paru ce matin devant la grande Tournelle,

chambres assemblées. Il est resté quatre heures sur la sellette. On

dit qu'il a gravement chargé le sieur Martainville, son complice.

--Hier, une rixe violente a eu lieu à la buvette de MM. les avocats

entre MM. Berryer fils et Hennequin. La robe du dernier ayant été

déchirée, le lambeau a été remis au greffe par M. l'huissier de la

chambre. Me Dupin aîné plaidera dans cette affaire.

--M. de Mérindol a été promu, en lit de justice, à la place de

réformateur du système décimal.

--Le lansquenet a fait beaucoup de victimes à la dernière soirée de

madame la duchesse d'Aiguillon.

--Une bande de faux saulniers inquiète depuis quelques jours la

généralité d'Orléans. Les employés de la gabelle ont déployé le

plus grand sang-froid pour réprimer leur audace.

--M. J. Pain vient d'être nommé pair de France.

--M. de Marcellus vient d'être nommé directeur de l'Opéra, en

remplacement de M. Lubbert, exilé dans ses terres pour une querelle

avec M. le Premier.

--L'Ecole polytechnique va prendre le titre d'Ecole des cadets.

--La Bourgogne va présenter une requête signée de tous les notables

de la province, tendant à obtenir quelque soulagement à l'égard des

subsides.

--Un huguenot, écrit-on de Foix, fut pendu la semaine dernière pour

délit de sa religion.

--Trois brelans secrets ont été dépistés hier par MM. les agents de

M. le lieutenant civil.

--Quelques jeunes seigneurs, légèrement pris de vin, eurent hier

une rencontre avec des hommes du port qu'ils maltraitèrent. Justice

sera faite des manants du port.

--Hier, à la Comédie-Française, de jeunes gentilshommes ont

vigoureusement étrillé l'ombre de Ninus, pour avoir grossièrement

heurté leurs banquettes et causé la chute de l'un d'eux.

--M. Sosthène de Larochefoucauld doit être ordonné jeudi prochain;

la cérémonie aura lieu à Saint-Thomas-d'Aquin. Madame Du Chayla

prendra le voile le même jour; les choristes de l'Opéra chanteront

un motet; Mademoiselle Taglioni dansera un psaume.

--Le gouvernement français a demandé l'extradition de MM. Mingrat

et Contrafatto, appelés à diriger les affaires ecclésiastiques et

l'instruction primaire des deux sexes. Une dépêche télégraphique a

dû enjoindre à M. l'abbé Molitor de se trouver après-demain au plus

tard à Paris; il est nommé directeur de la maison royale de

Saint-Denis.

--M. Bénaben a été habillé hier à neuf par ordre de la police.

--M. l'abbé Liautard, maintenant curé à Fontainebleau, vient d'être

canonisé vivant.

--Le ballet des _Eléments_ doit être repris mardi à l'Opéra; le

nouveau directeur, l'infatigable M. de Marcellus, poursuit les

répétitions de _Cythère assiégée_.

--M. Dupuytren vient d'être nommé syndic de la corporation des

chirurgiens-barbiers.

--Le sieur Lourdoueix a passé aujourd'hui, dans la cour de la

Sainte-Chapelle, la revue des membres de l'ancienne censure.

--Les libraires associés se sont réunis hier chez M. Delalain, à

l'effet de procéder en commun à la réimpression du _Nobiliaire

général du royaume_. Le privilége sera signé par un descendant de

Lebègue.

--La cérémonie du Suisse de la rue aux Ours aura lieu dimanche.

Immédiatement après la combustion du mannequin, une procession aura

lieu autour du marché des Innocents; on fera une quête au profit de

l'oeuvre de MM. les clercs de Saint-Pierre aux Boeufs.

--MM. les empereurs cravatiers de S. M. ont offert aux

gentilshommes de la Chambre un nouveau modèle de col à l'usage de

la Maison-Rouge.

--Le Roi a reçu, avant-hier, en audience particulière, M. Victor

Hugo. Si l'on en croit les on-dit, Sa Majesté aurait manifesté à

l'auteur du _Duel sous Richelieu_ des opinions qui seraient loin

d'encourager la littérature à pétitions. M. Victor Hugo avait grand

espoir; mais voici venir un gracieux coup d'Etat qui menace de le

reporter un peu loin. On assure que le nouveau conseil des

ministres s'est réuni sous la présidence de M. de Polignac; il a

été décidé qu'il ne serait plus joué que des mystères.

--L'architecte de la cour est chargé de présenter un plan pour la

reconstruction de la Bastille. Les prisonniers d'Etat ont été

provisoirement déposés ce matin à la Force.

--M. de Ménéchet vient d'être nommé capitaine des mulets de la

Chambre.

--M. Franchet a fait présenter, dans la journée d'hier, un rapport

sur le rétablissement des lettres de cachet.

--On assure que M. Delaveau a eu cette nuit une audience du Roi.

--Il n'est plus question de la continuation du Louvre. Des fonds

viennent d'être faits par le ministère de l'intérieur pour établir

des oubliettes dans tous les châteaux seigneuriaux des provinces de

France.

--M. le vidame de Chartres est tombé de cheval au bois de Boulogne;

il a été heureusement relevé par M. le roi d'armes de France, qui

se rendait à sa petite maison avec _deux filles de l'Opéra_.

--Madame l'abbesse de Chelles vient d'accoucher heureusement d'un

garçon. On en attribue la paternité à un mestre de camp connu par

son bonheur au pharaon.

--_Le Journal des Débats_ a été mis ce matin au pilon devant la

Chambre ardente. M. Bertin a été admonesté par un président à

mortier, qui lui a enjoint de prendre à l'avenir M. Deliége pour

collaborateur.

--Les membres du centre droit ayant été livrés à don Miguel, ce

prince a ordonné qu'on leur posât un milliard de sangsues. «Les

jacobins, dit la _Gazette_, vont être enfin punis.»

--M. Amy est nommé seul électeur de France.

--Par suite du mouvement ministériel, madame Pan... se trouve dans

l'aisance.

--Vingt-deux régiments vont être concentrés sur Paris. Il s'agit

d'arrêter M. Laffitte. On s'attend à une forte résistance. On ne

dit pas si le pillage est promis aux soldats.

--M. de Polignac vient d'établir une école d'instruction mutuelle

pour les protestants dans la terre de Fenestrange, que la justice

du Roi lui a enfin rendue.

--La dernière fête du Landit a été troublée par le vin qui manquait

dans les auberges. Le révérend père Loriquet, recteur de

l'Université, a pris une décision pour prévenir désormais un pareil

accident.

--M. de Malarmé vient d'être nommé directeur général des postes.

--M. Th. Bidault, louvetier de Seine-et-Marne, a déposé hier un

pied de chevreuil, au petit coucher de madame de Kérolan, au

château de M. le coadjuteur de Sens.

--M. Récamier vient d'examiner un possédé dans la grande salle de

l'Hôtel-Dieu. Le savant docteur avait pris le soin de se présenter,

avant la consultation, au tribunal de la pénitence.

--M. Roger, de l'Académie française, vient d'être nommé colonel des

cuirassiers-dauphin.

--M. de Puymaurin doit ouvrir, dit-on, un cours de médecine

vétérinaire.

--La _Gazette_ se vendait déjà hier soir à tous les coins de rue.

--M. le baron Saint-Victor, seigneur des documents, a été nommé

horloger du Roi.

--Adjudication, par autorité de justice, de la pierre sépulcrale du

sieur Talma, histrion.

--M. le duc de Wellington, maréchal de France, a commandé hier

l'exercice à feu au Champ de Mars; M. de Bourmont était derrière

lui.

--MM. Delvincourt et Bonnet sont faits échevins de Paris. M. de la

Panouze est prévôt des marchands.

--On donne la ferme du sel et du charbon à M. de Villèle.

--Le père Rootham, général des jésuites, est nommé maréchal de

France en remplacement du prince de Hohenlohe.

--L'ancien censeur Duplessis est fait brigadier de gendarmerie.

--M. le comte de Corbière est élevé à la dignité de grand prévôt.

--On jouera demain au Théâtre-Italien _la Calomnie_, où

mademoiselle Colombe paraîtra pour la dernière fois.

--M. Ouvrard a paru à l'OEil-de-Boeuf; il a eu une longue

conversation avec M. Dudon.

--M. le premier peintre du roi a enfin obtenu justice des

critiques. On dit que l'auteur du _Peuple au Sacre_, brochure

très-piquante sur le dernier chef-d'oeuvre de M. Gérard, que la

cour a tant admiré, est en fuite. Si on parvient à retrouver M.

Jal, il sera probablement mis à la Bastille.

--M. de Lourdoueix a obtenu l'entreprise des boues de Paris.

--Le baron Dudon est nommé président de la Cour des comptes.

--M. Bohain doit être roué jeudi. On n'a obtenu jusqu'ici de lui

aucun aveu; il a refusé d'entendre l'aumônier des prisons.

--Le privilége des grands danseurs du roi a été donné hier à un

ancien valet de chambre de M. le vicomte Sosthène de

Larochefoucauld.

--M. Véron, directeur de la _Revue de Paris_, recueil littéraire

brûlé ce matin au pied du grand escalier, vient de chercher un

asile en Hollande, par suite d'une descente de justice faite à son

domicile. On est sur les traces de ce gazetier.

--Le prix des ports d'armes est porté à un million.

--Un braconnier, nommé Bégnet, vient d'être mis au ban de la

capitainerie pour avoir tué d'un coup de pierre, en terre de

clergé, un canard sauvage.

--Madame Elie, de l'Opéra, qui était à M. de Meaux, passe à M. de

Cambray.

--M. Piet a reçu son diplôme de maître-queux de l'hôtel.

--M. le comte de la Boëssière vient d'être nommé président du

tribunal de la justice Bottée.

--Le prévôt des marchands doit tenir prochainement une séance à

l'Hôtel-de-Ville pour l'adjudication des potences. On cite

plusieurs traitants, fermiers généraux et receveurs des aides, qui

se sont mis sur les rangs.

--Hier, trois dames de la Comédie-Française, deux demoiselles de la

Comédie-Italienne et une fille de l'Opéra ont été conduites au

For-l'Evêque, sur la requête de M. le lieutenant de police.

--M. Auguste Romieu, conservateur des antiquités du Morbihan, a

reçu une menace de destitution, s'il ne rassemblait, d'ici à huit

jours, tous les ossements de l'armée royale et catholique décédée à

Auray et Quiberon.

--Hier soir, la foule se pressait autour d'un vieillard baigné dans

son sang. Il venait d'être tué d'un coup d'épée.--Ce quidam,

chirurgien-barbier de son état, avait, en courant, blanchi l'habit

bleu de roi du marquis de ***. Celui-ci lui passa son épée à

travers le corps.--Le sergent du guet appelé pour cette bagatelle

déclara que, d'après le nouveau tarif, il était dû par M. le

marquis trente-six livres. M. le marquis paya et passa outre.

--M. Delaforest vient d'être nommé porte-coton de Son Eminence M.

de Toulouse.

--Royal-Cravate va tenir garnison à Paris, en remplacement de

Royal-Vaisseau.

--Trois cadets de Bourgogne-infanterie ont été trouvés ivres-morts

par le guet, dans un mauvais lieu voisin de la porte Saint-Honoré.

--On dit que M. le général Canuel va être nommé grand bailli de

Vermandois.

--La maréchaussée a arrêté hier et conduit par-devant M. le

lieutenant de police, un homme de bas étage, s'étant permis

d'entrer dans un jardin royal l'épée au coté; il en sera écrit au

cabinet de Versailles.

--On parle du rétablissement de l'hommage lige et leudes. M.

Quatrebarbe a déposé un projet.

--Le trois pour cent doit hausser demain.

--Dix-huit mille pétitions ont été déposées au bureau de la Chambre

des pairs contre le rétablissement du droit de cuissage.

--Par ordonnance du roi, M. de Polignac vient d'être décoré du

titre de célèbre voyageur.

--Les querelles des Armagnacs et des Bourguignons seront, dit-on,

bientôt apaisées.

--Une rixe a eu lieu ce matin au sujet de la charge de gentilhomme

caudataire de M. de Paris; c'est M. de Conny qui l'a emporté.

--La musique de Rossini va être supprimée pour rétablir l'harmonie

en France.

--M. de Labourdonnaye est nommé ministre de l'intérieur. Il était

désigné, ces jours derniers, comme successeur de l'abbé Sicard à

l'Institution des Sourds-Muets.

--M. de Courvoisier est nommé ministre; on prétend qu'il sera mis

en justice.

--Mademoiselle Duchesnois vient de contracter un nouvel engagement

de vingt ans avec le Théâtre-Français.

--M. Pardessus demande si on ne pourrait pas lui donner une place

dans un ministère quelconque. Etant propre à tous les emplois, peu

lui importe d'être à la guerre, aux cultes ou aux finances; il sera

le même partout.

--La police de Paris est confiée à M. de Reyneville, âgé de 29 ans.

Nous sommes tranquilles.

--M. l'archevêque de Paris a souscrit à dix mille exemplaires du

_Corsaire_, journal des théâtres.

--Une ordonnance porte le rétablissement de trois couvents de

capucins. Les capucins de Paris auront pour prieur M. le maréchal

Soult, qui est entré en religion et qui prendra le nom de _frère

Basile_.

--Les héritiers de Law ont été reçus en audience particulière par

M. de Chabrol.

--M. Bourmont est nommé ministre de la guerre. C'est son bâton de

maréchal de la bataille de Waterloo.

--L'emplacement occupé naguère par le théâtre de l'Ambigu-Comique

vient d'être rendu aux théatins.

--La foire Saint Laurent rouvre lundi. Un pas sera dansé par

d'illustres personnages.

--M. de Genoude a procédé hier à la révision de M. le généalogiste

de France. Des fonds lui ont été alloués pour ouvrir un café à

Grenoble, sa patrie.

--M. Delavau est nommé général des galères.

--L'honorable M. Syrieys de Mayrinhac, ancien directeur des haras,

est promu au grade de mestre de camp de cavalerie. Son collègue, M.

Marcassus de Puymaurin, est fait bailli de Meudon.

--M. Franchet commandera le corps des tristes-à-pattes; c'est M.

Duplessis-Grénédan qui aura le guet à cheval.

--M. Pardessus est au-dessus de tout.

--M. de Polignac est abonné au _Figaro_.

--Tous les contribuables de France ont fait écrire sur leurs

portes: _Crédit est mort, les mauvais payeurs l'ont tué_.

--M. de Martignac est parti ce soir pour Chanteloup.

--Le Roi a reçu en audience particulière madame la comtesse du

Chayla.

--M. Roux, chirurgien en chef de l'hôpital de la Charité, doit

incessamment opérer de la cataracte un auguste personnage.

COUPS DE LANCETTE

Un grand nombre d'officiers supérieurs de l'armée se proposent, dit-on,

de donner leur démission.

***

Sur la demande du général Bourmont, le pont d'Austerlitz va changer son

nom pour celui de pont de Waterloo.

***

Les individus qui auraient déserté sont invités à se présenter au

ministère de la guerre; il leur sera distribué des emplois particuliers

dans la maison de M. Bourmont.

***

Nous serions fâchés de calomnier M. Coco-Lacour, mais nous avons

quelques raisons de croire qu'il fera partie de la nouvelle

administration.

AMEN.

Au ministère, ah! quel mic-mac!

Du despotisme le cornac

A quitté l'Angleterre, et crac

De son fouet on entend le clac.

Ah! le coeur nous en fait tic-tac!

On en a mal à l'estomac.

Eh! quoi, ce prince Polignac,

Qui vaut la prise de tabac

Et parle _et ab hoc et ab hac_,

A la façon de Mayrinhac,

Succède au brillant Martignac,

Des libertés il fait le sac

Et la Charte a son Ravaillac;

Mais qui prendra son almanach?...

Traitons-le comme un Pourceaugnac,

Qu'il remonte sur le tillac

Et tombe enfin dans le grand lac.

COUPS DE LANCETTE.

Voilà vingt-cinq personnes qui refusent la préfecture de police. Il faut

pourtant que Paris soit tranquille: M. Jules de Polignac s'est décidé à

choisir M. Jules _de_ Vidocq.

***

On s'étonne de la nomination de MM. les ministres; on a bien fait un

chevreuil consul.

***

On peut bien gouverner avec des potences et des filles (_Mot historique

de M. de La Bourdonnaye_).

PÉTITION.

A trois hauts et puissants messieurs, par des victimes de la fatalité,

ayant leur domicile dans un établissement public à Brest et à Toulon:

AIR: _Ah! daignez m'épargner le reste_.

PREMIER PÉTITIONNAIRE.

Salut! illustre déserteur!

D'un lieu d'exil j'ose t'écrire;

Pour te combler de sa faveur,

La Fortune vraiment conspire.

Trahissant aussi mes amis,

On m'a vu, dans une campagne,

Passer au camp des ennemis;

Je leur ai vendu mon pays,

Et cependant je suis au bagne!

DEUXIÈME PÉTITIONNAIRE.

Salut! héros des coups d'État!

Jadis ta machine infernale

Fit sauter, sous le Consulat,

Un quartier de la capitale,

Moi, dans les Cent-jours, accostant

La diligence de Bretagne,

J'ai tiré dessus simplement

Mon pistolet par dévoûment;

Et cependant je suis au bagne!

TROISIÈME PÉTITIONNAIRE.

Salut! homme d'exception,

Inventeur des catégories!

J'ai mis par admiration

En pratique vos théories.

Je fis bien mieux qu'en Portugal,

Mieux qu'à Naples, mieux qu'en Espagne!

Nîmes connaît mon bras fatal,

J'ai _puni_ même un maréchal!

Et cependant je suis au bagne!

Vers pour mettre au bas du portrait de M. le baron Trouvé.

Ex-Pindare de Robespierre,

Ex-imprimeur, ancien préfet,

De Monseigneur il devient secrétaire.

C'est justice, il n'est bon qu'à mettre au cabinet.

La nation le trouve,

L'empereur l'a trouvé,

Polignac le retrouve:

C'est le baron Trouvé.

M. DE BOURMONT A SES AMIS.

Au ministère,

Mes amis, me voilà monté;

Est-ce au civil, est-ce à la guerre,

Que par hasard j'ai mérité

Le ministère?

Au ministère,

Je suis placé par un Anglais;

C'est un rendu, puisque naguère,

A Waterloo je lui prêtais

Mon ministère.

Au ministère,

Je vais bien fort me cramponner,

Et je jure par l'Angleterre

De ne plus jamais déserter...

Le ministère.

COUPS DE LANCETTE.

On peut forcer l'autorité à s'éclairer, sans lui manquer en rien.

(Louis XVIII.)

***

Rien n'arrête les journaux libéraux, dit la _Quotidienne_,

rien..... excepté la poste.

Jeudi, 25 novembre 1829.

LE CONSEIL DES ORTOLANS.

(Octobre 1829.)

M. DE LABOURDONNAYE.

Il faut tenter l'entreprise. Qu'y risquons-nous? Nous avons de l'or pour

décider les consciences timides...

M. DE POLIGNAC.

On fait bien des choses avec de l'or; mais l'esprit d'opposition est

fort en France, et je crains que nous ne réussissions pas.

M. D'HAUSSEZ.

C'est jouer gros jeu, en effet; c'est peut-être compromettre la

monarchie.

M. DE MONTBEL.

C'est la sauver, Monsieur.

M. DE CHABROL.

Je crois aussi que c'est la sauver.

M. DE POLIGNAC.

Et si les élections sont contre nous?

M. DE CHABROL.

Voilà l'embarras; car enfin, il ne faut pas vous dissimuler que la

nation nous est peu favorable.

M. DE BOURMONT.

La nation peut passer au ministère, si nous nous y prenons bien. Il ne

faut que quelques ordonnances pour la gagner à nos idées.

M. DE LABOURDONNAYE.

S'il y a des résistances, nous monterons à cheval!

M. DE CHABROL.

Oui, sans doute, montons à cheval.

M. D'HAUSSEZ.

Plus fait douceur que violence, Messieurs.

M. DE CHABROL.

Je suis du parti de la douceur aussi; mais cependant...

M. COURVOISIER.

Les rapports qui me reviennent de tous côtés, sur l'esprit des

départements, me font craindre que le moyen de la dissolution soit bien

chanceux.

M. DE LABOURDONNAYE.

Chanceux ou non, il faut s'y résoudre.

M. DE CHABROL.

Mon cheval est tout sellé, d'abord.

M. DE POLIGNAC.

Messieurs, réfléchissez-y bien; voudriez-vous donner le signal du

trouble et de la guerre civile? Ne vaudrait-il pas mieux...

M. DE LABOURDONNAYE.

Nous retirer, n'est-ce pas? quitter la partie sans avoir fait le va-tout

de la monarchie! Non, Monsieur; je suis ministre, et tant qu'il y aura

un trône debout, je serai près de lui.

M. DE CHABROL.

Moi aussi. Diable! si je m'en allais, cette fois, je ne reviendrais

plus. J'y suis, j'y reste.

M. DE MONTBEL.

Nous devons un grand exemple au monde; il faut mourir sur les degrés de

l'autel et du trône.

M. D'HAUSSEZ.

Mais il ne s'agit pas de mourir. Vivre pair et cuirassé de cordons,

avoir part au budget sans rien faire, c'est un sort assez agréable pour

être envié.

M. DE LABOURDONNAYE.

Je suis au pouvoir, je n'en descendrai pas.

M. D'HAUSSEZ.

L'opinion publique est comme le dieu qui abattit Saül....

M. DE MONTBEL.

Toujours la manie de citer la mythologie!

UN HUISSIER (_entrant_).

Quelqu'un demande M. de Chabrol.

(_Le ministre des finances sort._)

L'ancien Figaro · 第 15 / 18 段