national aura commencé. Quelques malveillants sans doute troubleront
cette représentation; l'ensemble aura peut-être à souffrir de l'ineptie
de quelques acteurs, des dispositions coupables de quelques autres, de
petites jalousies, de grandes passions; de vils intrigants tendront à
neutraliser les efforts des premiers sujets: mais un nouveau système
administratif n'accordera plus de _feux_ aux comédiens nuls ou
malintentionnés, pour les consoler du mépris et de la vengeance
publique; la cabale ne sera plus grassement rétribuée pour applaudir à
l'incapacité impudente et insulter au public qui paye.
Allons, courage! qu'une noble émulation tourne au profit de tous!
Méritez un succès; car, si la représentation n'était pas satisfaisante,
il faudrait craindre un déficit à la caisse.
COUPS DE LANCETTE.
Le corpulent Dec... se croit d'un grand poids à la guerre; ce n'est
qu'une grosse charge.
* * * * *
M. de Martignac a dit à un fonctionnaire de la Corse: «Pour vous
conduire ainsi dans les élections, il fallait que vous fussiez
sous-préfet.»
* * * * *
Depuis longtemps on attaquait M. de Vaulchier, directeur général de
l'administration des postes, sur le _cabinet noir_, nom donné au local
dans lequel on décachète les lettres, soit au départ, soit à l'arrivée.
Organisé par Louis XIV, il avait toujours été maintenu sous tous les
régimes et, sous Charles X, il était devenu un des grands moyens
d'espionnage de la congrégation. Voici les détails qui furent
officiellement donnés dans la séance du 3 mai:
«Le cabinet était le laboratoire d'un comité de vingt-deux membres; ils
profitaient des ténèbres pour se rendre, à des heures convenues, dans
cet odieux repaire, et n'en sortaient qu'avec les plus grandes
précautions pour se dérober aux regards du public. 30,000 fr. par mois,
pris sur les fonds d'un ministère, servaient à solder ces vils employés.
Dans la nuit du 31 janvier dernier (1827), le comité a été dissous.»
(_Mémoires secrets_, 1828.)
Si triste que fût la cause du cabinet noir, M. Marcassus de Puymaurin
essaya de la défendre. Toute sa logique consistait à dire que, puisqu'il
avait existé, il devait être maintenu; qu'au surplus, le gouvernement
n'employait ce moyen de connaître les manoeuvres de ses ennemis que
pour le grand bien du peuple et la plus grande gloire de la religion.
--Parlez un peu moins de religion et de morale, lui répondit M.
Daussant, et n'amollissez pas les cachets.
* * * * *
L'administration des postes a reçu l'ordre de fournir le nom des
employés du cabinet noir. M. Roger n'est pas blanc.
* * * * *
Lorsque toutes les maisons des jésuites seront à vendre, nous aurons une
chambre à louer.
* * * * *
Quand M. Genoude imprime, ses presses gémissent.
ÉPIGRAMME.
Bon! Récam... guérir, c'est une gasconnade,
Il a l'esprit dévot, mais n'a pas l'esprit sain;
Et si Montrouge est si malade,
C'est qu'il l'a pris pour médecin.
COUPS DE LANCETTE.
M. Pantoufle vient de faire une chanson-circulaire sur l'air: _Je suis
libraire_.
* * * * *
On conseille à M. Gen.... de ne plus imprimer; il s'affiche.
* * * * *
La congrégation va pendre la crémaillère plus loin; c'est chez nous
qu'elle devrait être pendue.
* * * * *
M. Pantoufle, parce qu'il a imprimé quelques livres, veut qu'on l'élise.
* * * * *
Quand M. Pardessus discute une question de droit, il fait presque
toujours une école.
* * * * *
Chacun dit: Où diable M. Pantoufle s'est-il fourré?
* * * * *
Un honnête homme s'est fâché hier parce qu'on l'appelait _préfet_.
* * * * *
Quoi qu'en dise Sganarelle, il est évident que le coeur n'est pas à
droite.
* * * * *
Il n'y a que deux académiciens qui aient pris M. de Pongerville pour
_Lucrèce_.
* * * * *
Extérieurement, M. de Martig... laisse maltraiter les préfets, mais il
les caresse dans son intérieur.
Dimanche, 24 février 1828.
L'INFIRME
OU LA GAUCHE ET LA DROITE.
La gauche est pleine de vigueur, de force et d'adresse; elle écarte en
se jouant tous les obstacles qu'on oppose à la marche du corps dont elle
fait partie, et ce qu'on lui confie, elle le tient avec fermeté.
La droite se soulève avec peine: ses mouvements rétrogrades semblent
indiquer qu'elle veut tout amener à elle, et cependant elle ne peut rien
retenir; et à quelque emploi qu'on veuille la destiner, sa maladresse
est telle qu'elle ne peut rien toucher sans briser ou salir.
La gauche, habituée aux plus rudes travaux, a la chaleur de la vie; la
droite est glacée: c'est un membre paralysé.
L'infirme, persuadé qu'il fallait renoncer à compter sur la droite, a
demandé à la gauche des moyens de subsistance, de fortune et de bonheur.
Quant au membre paralysé, se contentant de le considérer comme un
contre-poids nécessaire pour le maintenir en équilibre, il a remercié
Dieu de ne pas le rendre impotent des deux mains.
Comme il est dans la nature des êtres inutiles de nuire pour se venger
de leur nullité, la droite a contracté un tic insupportable qui la fait
se jeter sur la gauche pour l'embarrasser dans ses travaux; cependant
plus d'une fois elle s'est blessée en voulant arrêter le membre
laborieux. Mais ces blessures ne sont pas de salutaires avertissements
pour elle, la droite est privée de sensibilité.
Lorsque l'infirme veut méditer les pages du _Contrat social_, la gauche
tourne les feuillets et la droite vient fermer le livre.
L'infirme a-t-il à réclamer contre l'arbitraire, la gauche l'aide à
instruire la puissance inviolable, des méfaits du pouvoir violateur des
lois; mais la droite, fidèle à son tic, vient répandre l'encrier sur le
papier pour effacer les caractères.
Que la gauche cherche à corriger des arbres naissants des inclinaisons
vicieuses, quand elle les étaye pour les redresser, la droite, par son
mouvement, s'efforce de leur imprimer une pénible courbure.
Ces obstacles, que la droite oppose aux actions de la gauche, ont forcé
celle-ci d'être prompte dans ses mouvements, de servir avec vivacité le
corps du pauvre infirme, et d'édifier assez solidement pour que le tic
de la droite ne puisse détruire son ouvrage.
Ainsi de ces deux mains, celle que la nature avait placée pour servir le
corps, le nourrir, l'entretenir, veiller à ses besoins, n'est qu'un
membre inutile qui absorbe une partie de la nourriture de l'infirme,
sans rendre en travail ce qu'elle dérobe en substance au membre
laborieux.
Les besoins de l'individu dont elle fait partie ont multiplié les
facultés de la main gauche: elle est devenue forte et puissante pour que
le corps ne pérît pas par la faiblesse et la nullité de sa soeur. La
nécessité de neutraliser les mouvements nuisibles de la droite ont
obligé la gauche à prendre une bonne direction, à frapper juste et à ne
pas jouer avec le précieux dépôt qu'on a pu lui remettre.
On conclut, en voyant la différente destinée de ces deux mains, que la
droite a besoin d'être enchaînée; qu'elle était créée pour le repos,
puisqu'elle ne peut agir sans nuire au corps. Quant à la gauche, la
liberté lui est nécessaire. Des étourdis ont pu donner autrefois à
l'infirme le dangereux conseil de souffrir l'amputation d'un membre
qu'il nourrit à rien faire; l'expérience, bien meilleur conseiller, lui
a prouvé qu'on ne survivait pas toujours à une violente opération; et
bien que presque toujours la droite ait contrarié les bons mouvements de
la gauche, elle a servi aussi, en venant la frapper, à lui rappeler la
ligne qu'elle doit suivre pour se maintenir ferme et vigoureuse dans le
cas où elle croirait pouvoir ou faiblir, ou s'égarer.
COUPS DE LANCETTE.
M. de Curzay vient de mettre dans son jardin un petit comité directeur
pour effrayer les moineaux.
* * * * *
Le premier coup de cloche que donnera M. Royer-Collard annoncera
l'enterrement des jésuites.
* * * * *
Lors de la vérification des pouvoirs, la validité de l'élection de M.
Syryès de Mayrinhac fut vivement contestée; elle fut maintenue, bien que
l'on acquit la preuve de la présence au scrutin de quarante faux
électeurs.
* * * * *
M. Syrr. de Marinade pense qu'on a eu tort de ne pas appeler deux ou
trois cents gendarmes, pour surveiller le scrutin.
* * * * *
A force de parler, M. de Labourd..... a manqué de voix.
* * * * *
Le 3 février, on procéda à l'élection du président de la Chambre. M.
Royer-Collard fut élu. Il remplaçait au fauteuil l'éternel M. Ravez,
qui ne se consola jamais de cet échec. La Chambre y gagnait un président
impartial; mais l'opposition constitutionnelle y perdait son plus
illustre orateur.
* * * * *
MM. Barthélemy et Méry vont supprimer ces vers de la _Villéliade_:
..... Ravez à l'oeil de feu,
Eternel président, bardé d'un cordon bleu.
* * * * *
La _Gazette_ est toute rouge, on dit que c'est un reste du sang de
novembre.
* * * * *
Le ministère ne paraîtra jamais plus habile que lorsqu'il sera tout à
fait gauche.
* * * * *
On a supprimé la madone de _la Muette de Portici_; est-ce que la morale
défend qu'il y ait une vierge à l'Opéra?
* * * * *
Si l'on chasse les mendiants, à quoi serviront les aumôniers?
* * * * *
M. de Fouc... ne sait que répondre à la justice; il aimerait mieux
l'empoigner.
* * * * *
M. de Fouc... pourrait bien être empoigné.
* * * * *
M. Dud. vient de partir; il s'est dérobé lui-même à la reconnaissance de
ses amis.
* * * * *
M. de Fouc... ne saisit pas l'occasion aux cheveux, il l'empoigne.
En quittant la Préfecture de police, M. Delavau s'est ménagé une entrée
dans les prisons.
* * * * *
M. de Chabrol a obtenu le cordon bleu; un homme qui se noie s'accroche à
tout.
* * * * *
La _Quotidienne_ annonce que la Charte va être renversée en Portugal;
quel dommage que ce ne soit pas en France, n'est-ce pas, bonne vieille?
* * * * *
Dans la salle où don Miguel a prêté serment à la constitution, on
remarquait un fort beau tableau; le sujet était: _le Baiser de Judas_.
* * * * *
Montant à la tribune, M. Syryès de Mayrinhac se servit du mot
_conséquent_ comme synonyme de _considérable_. A ce mot il dut sa
célébrité. C'est lui qui avait dit: «L'agriculture produit trop.» On ne
pouvait mettre de plus mauvais français au service d'une plus mauvaise
cause. Ce mot _conséquent_ fit pendant longtemps les délices de tous les
journaux grands et petits.
M. Syryès de Mayrinhac n'est pas un orateur CONSÉQUENT.
* * * * *
Il y a longtemps que M. Mayrinhac fait des fautes de Français.
* * * * *
Un illustre personnage vient d'inventer une nouvelle théorie du serment.
* * * * *
M. de Vaulchier a lu à la Chambre un discours écrit; cela prouve qu'il
connaît toutes ses lettres.
* * * * *
Un écolier qui dirait: _une somme conséquente_ serait renvoyé de tous
les colléges.
* * * * *
La _Quotidienne_ fait, à son tour, l'apologie des fusillades de la rue
Saint-Denis:
L'on revient toujours
A ses premiers amours.
* * * * *
Demain, séance extraordinaire, cour des Fontaines. M. Syryès de
Mayrinhac montrera sa langue.
* * * * *
Il paraît que don Miguel pense qu'il ne faut jurer de rien.
* * * * *
M. de Chabrol a défendu l'administration des jeux; il est vrai qu'elle
va sur des roulettes.
* * * * *
«Avec la presse telle qu'elle est constituée, disait Charles X, nous ne
pouvons jamais _faire le bien_.» De quel bien entendait parler le roi?
La congrégation se chargeait de l'apprendre à ceux qui le demandaient.
On n'arrivait au portefeuille qu'avec son _projet de loi sur la presse_
en poche; M. de Martignac avait le sien. Le 14 avril, il fut déposé sur
le bureau de l'Assemblée. La nouveau projet était presque entièrement
emprunté aux amendements introduits par la Chambre des pairs dans le
célèbre projet de loi de _justice et d'amour_ de M. de Peyronnet.
Libéral en apparence, il fut accueilli avec faveur. Plus tard, une
lecture attentive y fit découvrir des précautions et des exigences qui
diminuaient singulièrement les faveurs accordées.
Le nouveau projet rétablissait la liberté de publication et supprimait
la _censure facultative_ et les procès de tendance; mais un
cautionnement considérable était imposé à tous les écrits périodiques,
politiques ou non. Il était fixé à 10,000 fr. de rentes pour les
journaux quotidiens.
Cette mesure devait tuer nombre de journaux littéraires. Elle contribua
au succès du _Figaro_, assez riche pour déposer le cautionnement
demandé.
Cette loi fut adoptée le 14 juillet, après cinq jours de discussion, à
la majorité de 139 voix contre 71.
* * * * *
En lisant le projet de loi sur les journaux, M. de Peyronnet a retrouvé
quelques souvenirs de ses premières amours.
* * * * *
En lisant le projet de loi de M. de Portalis, M. de Peyronnet a cru
qu'il nous faisait encore la loi.
* * * * *
Le gouvernement portugais veut faire un emprunt au gouvernement
espagnol; ce sont deux mendiants qui changeront de besace.
* * * * *
M. de Portalis a voulu attendre le retour des fleurs pour nous
dépouiller de nos feuilles.
* * * * *
Les grands journaux n'osent pas défendre les journaux littéraires; ils
sont politiques.
* * * * *
Quand nous écrirons un secret à quelqu'un, nous ne confierons pas la
lettre à M. de Puymaurin.
* * * * *
MM. les employés du cabinet noir ont fait fortune, si on les a payés au
cachet.
* * * * *
Quand on veut mettre une lettre à la poste, on regarde si M. Marcassus
n'est pas là.
* * * * *
M. Genoude veut qu'on ferme tous les théâtres, pour jouer tout seul la
comédie.
* * * * *
Les odalisques se font préparer des robes à la russe.
* * * * *
Les jésuites ne veulent pas que M. de Chateaubriand soit envoyé à Rome,
ils craignent le génie du christianisme.
* * * * *
La loi d'amour et celle de M. de Portalis viennent d'être mises en
rapport; à l'avenir, on ne pourra point avoir d'esprit à moins de deux
cent mille francs.
* * * * *
La loi de la presse est une terrible personnalité contre le ministère.
INFAMIE DE LA GAZETTE.
Voici l'article qu'on lisait hier dans la _Gazette_:
«Nous savions depuis plusieurs mois que l'administration qui a dans ses
attributions la censure des pièces de théâtre, avait ouvert la scène aux
passions révolutionnaires et livré les principes et les idées
monarchiques aux grossières insultes d'un public égaré par l'esprit de
faction. Nous savions que, dans nos grands théâtres, on avait permis des
ouvrages corrupteurs où la morale n'est pas moins outragée que les
gouvernements; qu'on avait autorisé, dans des pièces nouvelles, des
allusions qui flattaient les préventions que le journalisme a proposées,
qui fortifiaient les calomnies qu'il a répandues; nous savions que dans
les petits spectacles on avait vu Odry, chamarré d'ordres étrangers,
parodier une réception de commandeur, et Brunet fouler aux pieds un
grand cordon auquel il ne manquait que la couleur pour rappeler les
insignes des plus hauts dignitaires de l'État; nous savions que tous les
lazzis, toutes les farces ignobles des tréteaux de nos boulevards,
étaient dirigés contre les distinctions sociales, contre les idées
d'ordre et de pouvoir, contre la religion, attaquée comme autrefois sous
le nom d'hypocrisie; nous savions enfin que le ministre qui dirige la
censure des théâtres avait permis qu'on insultât un de ses
prédécesseurs, non-seulement par des allusions indirectes, mais par des
couplets grossièrement injurieux[7]; mais nous ne savions pas qu'on
aurait porté l'oubli de tous les devoirs jusqu'à ouvrir aux allusions
insolentes des pamphlétaires et des spectateurs des boulevards, un
sanctuaire où ne doivent pénétrer que nos hommages, nos respects, nos
sentiments d'amour et de reconnaissance; un sanctuaire que tous les
membres de l'administration, depuis le ministre jusqu'au dernier
employé, doivent défendre contre les hardiesses impies de l'esprit de
faction.
«Ce n'est pas sans une profonde indignation que nous avons vu dans un
journal intitulé: _le Moniteur des théâtres_, et qui donne le programme
de tous les spectacles du jour, l'annonce suivante d'une pièce qu'on
joue tous les soirs aux Variétés:
LES IMMORTELS
Revue mêlée de couplets
PERSONNAGES.
_Sempiternel_ (le roi) MM. BRUNET.
_Déficit_, son ministre ODRY.
«Nous ne connaissons point cette pièce; mais le journal qui publie ce
programme est sous nos yeux. Comment un pareil ouvrage a-t-il été
autorisé? Où sommes-nous? Où nous conduit-on?
«Vile prostituée du dernier pouvoir, on voit que la _Gazette_, dans une
dernière saturnale, insulte de la manière la plus révoltante la personne
sacrée du roi. Jusques à quand, monsieur Genoude, aurons-nous à essuyer
vos lâches et odieuses calomnies? Écrivain dégradé, sorti de la fange et
que la fange réclame encore un instant, _pulvis es et in pulverem
reverteris_.»
COUPS DE LANCETTE.
On parle d'une partie de quatre coins entre la Russie, la Turquie,
l'Angleterre et la France; on devine quel sera le rôle de l'Autriche.
* * * * *
Nos ministres sont très-embarrassés, relativement à l'Angleterre.
* * * * *
Le Grand Turc s'amuse à fumer en chantant:
Tu ne l'auras pas,
Nicolas.
* * * * *
On trouve que M. de Martignac a déjà un air bien déplorable.
* * * * *
Mahmoud maigrit, on ne lui voit plus que les os, il voudrait bien
reprendre sa Grèce.
* * * * *
M. de Martignac a été vaincu par un habile adversaire, c'est Constant.
Samedi, 24 mai 1828.
COUP DE CISEAUX.
C'est par respect, sans doute, pour l'éloquence parlementaire que les
comédiens français suppriment maintenant, dans _les Deux cousines_, une
partie de la scène où, Laure conseillant à sa mère de quitter l'état de
marchande, madame Dupré lui répond:
Donner congé
Dès aujourd'hui! pendant l'absence de ton père!...
Cela ne se peut pas, vois-tu? c'est une affaire...
_Beaucoup trop conséquente_, et vraiment je craindrais...
LAURE (_à part_).
Conséquente! Ah! grand Dieu!
(_S'approchant de sa mère._)
Cela n'est pas rançais,
Ma mère, dites donc une affaire importante.
A la bonne heure! mais on prétend que madame Dupré va poursuivre
l'honorable membre en restitution.
MOEURS DU TEMPS.
SOCIÉTÉ ACTUELLE DE LA COUR.
«.... Tout est grave aux Tuileries en présence des vertus qui en ferment
l'accès à la frivolité. Cinq ou six dames, douze à quinze ducs, se font
remarquer dans le salon. Les convenances n'y permettent pas les
entretiens dont la politique serait l'objet. On n'y traite pas de
questions scientifiques; la littérature ne leur est guère préférée. Des
paroles affectueuses, quelques compliments, des anecdotes qu'amène
naturellement le spectacle d'une ville telle que Paris, conduisent cette
imposante assemblée jusqu'au moment où l'horloge donne le signal du
départ en sonnant onze heures.
«Au milieu de cette pièce, le roi joue au whist. Sa vieillesse ne lui a
fait perdre ni cette politesse exquise que la cour admira toujours en
lui, ni ce caractère aimable et facile, qui lui a conservé les mêmes
liaisons dans les différentes vicissitudes d'une vie fort agitée.
«Semblable à la duchesse de Bourgogne, qui aimait à bannir de la cour du
grand roi le sérieux que les querelles dogmatiques y répandaient, la
sémillante duchesse de Berry voudrait communiquer un peu de sa gaîté à
cette réunion parfois monotone.
«Cette petite société qui se réunit chaque soir chez le roi, et lui
offre l'élite de la fidélité, compose maintenant la cour. Toute la
noblesse française brillait autrefois à Versailles; mais les motifs de
radiation sous le Directoire, mais la soumission au Consulat, mais
l'encens prodigué au chef de l'Empire, n'ont laissé qu'à un très-petit
nombre de persévérants dans la carrière de la légitimité, le droit
d'approcher journellement de Charles X.
«Un publiciste anglais attribue la solitude du palais des Tuileries à la
profonde piété des membres actuels de la famille royale. Telle est,
d'après ses observations, la cause qui a communiqué tant de gravité au
plus auguste des cercles. Les plus nombreuses réunions se composent à
peine d'une vingtaine d'individus, presque tous attachés par des
bienfaits à la famille royale.
«Parmi les femmes qui ont l'honneur d'être invitées, trois ou quatre
fois la semaine, au jeu du roi, quelques-unes se plaignent en rentrant
chez elles de l'ennui qu'on éprouve au château; mais qu'elles
réfléchissent, comme le dit très-bien la _Revue britannique_, à ce que
deviendraient leurs propres salons, si les conversations y étaient
circonscrites dans le cercle de la chasse et des petites chances d'une
partie de cartes. Madame la duchesse d'Angoulême est la seule personne
qui, de temps en temps, parle de politique. Comme elle lit les discours
prononcés dans la Chambre des pairs, elle demande quelquefois à une des
personnes présentes son avis sur tels ou tels discours de pairs
libéraux. Par une basse condescendance pour les opinions qu'on lui
suppose, on se plaît à lui répondre: _Le discours est mauvais_; cette
princesse ne se montre pas sensible à ce genre de flatterie, elle répond
assez ordinairement: _Vous vous trompez, Monsieur, le discours est
très-bon_.
«Aux Tuileries, comme dans toutes les cours, ceux qui pensent le moins
bien, ou qui affectent de penser le plus mal, sont les courtisans. Il
n'y a que l'humeur facile et la bonne grâce de Charles X qui puissent
tempérer un peu la gravité de ces cercles.
«On ne s'adressait point à Napoléon sans l'appeler _Votre Majesté_;
Louis XVIII pensa que cette qualification avait été profanée:
l'étiquette prescrivit dès lors de parler au roi à la troisième
personne. Cet usage s'est maintenu sous son successeur; et, pour
répondre à Charles X, on s'exprime ainsi: _Le roi me faisait l'honneur
de me dire_, etc.»
COUPS DE LANCETTE.
On trouve que M. de Martignac est bien sujet à caution.
* * * * *
Nicolas veut prouver qu'un petit Russe vaut bien un grand Turc.
* * * * *
Les odalisques ont promis de n'avoir pas peur des Cosaques.
* * * * *
EXTRAIT DE LA SÉANCE D'HIER.--_M. de Laboulaye_: Messieurs, les bonnes
lois restent et les mauvais ministres passent.
_Voix à gauche_: Les mauvais ministres ne passent déjà pas si vite.
* * * * *
M. de Martignac veut qu'à l'avenir les gens de lettres soient des
moutons; il n'aime que les épigrammes d'agneau.
* * * * *
Les ministres ne sont pas comme les jours, ils se suivent et se
ressemblent.
* * * * *
M. de Peyronnet va faire, enfin, connaissance avec la justice[8].
* * * * *
Dans la dernière édition d'Horace, imprimée à Constantinople, on a
supprimé l'ode:
O rus, quando te aspiciam...
* * * * *
Séminaire vient de _semen_; cela signifie mauvaise graine.
* * * * *
Une foule d'évêques arrivent depuis quelques jours par le chemin de la
révolte.
* * * * *
La congrégation est furieuse depuis qu'un auguste personnage a dit: «Mes
amis, plus de jésuites.»
* * * * *
Le maréchal S.... commence à juger prudent de souffler son cierge.
* * * * *
Les évêques jouent gros jeu; ils pourraient bien perdre leurs bénéfices.
Samedi, 14 juin 1828.
CHRONIQUE DE L'AN......
Or, mes amis, oyez tous mon histoire:
Plus ne dirai les gestes surprenants
Des paladins, fils chéris de la gloire,
Des damoisels, modèles des amants;
Mais vous ferai le narré véritable
D'un fabliau, sur un cas trop fameux!...
Aucuns auteurs le disent déplorable,
Et suis tenté de l'appeler comme eux,
En un jardin de superbe apparence,
Il paraîtrait qu'on avait transplanté
Deux arbrisseaux que l'on appelle en France,
L'un _Industrie_, et l'autre _Liberté_!
Ils grandissaient à l'abri de l'orage,
Poussant déjà des rejets vigoureux.
Et protégeant d'un fraternel ombrage
Les arts, le trône, et la lyre et ses jeux.
C'était fort bien, mais comme la nature,
A dit quelqu'un, a besoin de culture,
Pour bien soigner l'arbre à la noble fleur
On s'avisa d'appeler un seigneur.
Or, ce seigneur, nous dit une vieille chronique,
Mauvais gardien et d'humeur despotique,
Point ne sarcla, n'arrosa, n'émonda;
A droite, à gauche, en brutal il coupa;
Peu de rameaux aux arbres il laissa;
Encor, dit-on, qu'aux feuilles pâlissantes
Dont il parait leurs troncs déshonorés,
Il attacha des bêtes malfaisantes
Qui les perçaient de leurs dards acérés.
Ces bêtes-là, je crois qu'en son vieux style,
Mon écrivain les appelle censeurs.
«Ce sont, dit-il, animaux destructeurs;
Race méchante, illégale et servile;
Noirs vermisseaux, de venin saturés,
Nés de la boue et de boue entourés,
Monstres rongeant tout ce qui porte trace
De vérité, d'élégance, de grâce,
Et salissant de leur poison impur
Ce que leur dent rencontre de trop dur.»