crime abominable, le crime ne lui servit de rien. Les électeurs des
départements furent épouvantés, c'est vrai; l'opposition fut moins
forte, mais elle conserva encore une majorité de plus de cinquante voix.
C'était la chute du Cabinet, les ministres le comprirent. Le 26
décembre, les journaux annoncèrent le départ de M. de Villèle pour la
Bretagne.
Mardi, 20 novembre 1827.
BIGARRURES.
Tout Paris a été illuminé hier; l'allégresse était au comble: les
pétards éclataient de tous cotés, les feux de joie se multipliaient à
l'infini; les rues Saint-Denis et Saint-Martin étaient resplendissantes
de lumières. La présence inutile d'une cinquantaine de gendarmes à
cheval a seule troublé cette grande fête de famille. En vain les
priait-on de marcher au pas; un vieil officier, placé sur le flanc du
détachement, a commandé à sa troupe de partir au grand trot, et,
brandissant son sabre, on l'a entendu s'écrier: «Frappez! frappez-les!»
Cette scène de désordre avait lieu dans la rue Saint-Denis au coin de la
rue Mauconseil.
Mercredi, 21 novembre 1827.
BIGARRURES
Dans la déplorable soirée d'avant-hier, M. Duvillard, officier de
gendarmerie, de service au théâtre Feydeau, s'est permis d'éteindre à
coups de pied quelques lampions placés à la porte du libraire Jehenne.
M. Duvillard obtiendra sans doute une bonne note chez M. Franchet[5]
pour cet acte de _courage_ et de _patriotisme_.
COUPS DE LANCETTE.
La rue Saint-Denis va, dit-on, prendre le nom de rue des Boucheries.
* * * * *
Quand la foule ne veut pas se retirer, on la somme.
* * * * *
Autrefois il y avait guet à pied, guet à cheval; aujourd'hui, il y a
guet-apens.
* * * * *
On n'a tué personne; on a seulement envoyé quelques prévenus devant leur
juge naturel.
Jeudi, 22 novembre 1827.
L'AVEUGLE ET SON FILS.
L'AVEUGLE.
Viens par ici, mon enfant; j'entends des cris de joie. Il y a bien
longtemps que les accents de l'ivresse populaire ne sont parvenus à mes
oreilles.
L'ENFANT.
Oh! papa, si tu pouvais voir combien les maisons sont brillantes! Neuf
heures du soir viennent de sonner, et l'on se croirait au milieu d'un
beau jour.
L'AVEUGLE.
J'ai souvenance que dans mon jeune temps les habitations des citoyens
étaient souvent ornées de semblables lumières; mais ce n'était pas
toujours une preuve d'allégresse.
L'ENFANT.
Je sais ce que tu veux dire; mais alors on n'apercevait qu'aux premiers
étages la lueur vacillante de quelques lampions; les grands hôtels
seulement étaient éblouissants de clarté, tandis qu'aujourd'hui un
cordon de feu brille aux lucarnes de toutes les mansardes.
L'AVEUGLE.
Aux mansardes mêmes! c'est une fête nationale; le pauvre n'illumine pas
par ordre. Avançons.
L'ENFANT.
Entends-tu le bruit des pétards?
L'AVEUGLE.
On les a prohibés. Et comment des hommes qui devraient jouir
paisiblement d'un bienfait ou d'une conquête.....
L'ENFANT.
Ce ne sont pas des hommes, papa, ce sont des enfants comme moi, qui,
voyant leurs pères heureux, veulent aussi prouver leur allégresse. Nous
n'avons pas la voix assez forte; un pétard, cela fait du bruit!
L'AVEUGLE.
Cela peut faire du mal, et l'on se croirait en droit de réprimer
fortement la joie du peuple pour un léger accident causé par des têtes
sans cervelle: peut-être même profiterait-on de l'imprudence de quelques
inexpérimentés pour mêler à eux des gens qui auraient une vengeance à
exercer, des haines à assouvir.
L'ENFANT.
Tu as raison, mon père, car je viens de voir passer près de nous une
foule d'hommes en guenilles qui viennent de lancer leurs fusées dans les
vitres des maisons voisines. Entends-tu le bruit des carreaux que l'on
casse?
L'AVEUGLE.
Il y a des lois; les malfaiteurs seront punis.
L'ENFANT.
Cependant, mon père, ils viennent de se ranger pour laisser passer une
patrouille, et celle-ci ne leur dit rien.
L'AVEUGLE.
Le peuple ne se réjouit pas souvent, on ne veut pas troubler ses
plaisirs.
L'ENFANT.
Ah! mon Dieu, papa, combien de soldats viennent au loin.
L'AVEUGLE.
N'aie pas peur, mon enfant; on a besoin souvent de déployer l'appareil
militaire quand la foule est grande. Mais ces armes, que tu as le
bonheur de voir briller, n'ont été tirées que pour défendre les
citoyens, on ne veut que les protéger: ce sont les ennemis de l'ordre
qui doivent seuls trembler, puisque ces soldats qui s'avancent vers nous
ont mission de veiller à ce qu'il ne nous soit fait aucun mal.
L'ENFANT.
Mais quel bruit viens-je d'entendre? on dirait une décharge de
mousqueterie.
L'AVEUGLE.
Ce sont les pétards dont tu parlais tout à l'heure.
L'ENFANT.
Je ne me trompe pas, une balle vient de siffler à mon oreille.
L'AVEUGLE.
Enfant, ne reconnais-tu pas le bruit que fait une fusée en s'échappant
des mains de celui qui l'allume?
(Le même sifflement retentit une seconde fois aux oreilles de l'aveugle;
il étendit la main vers son fils pour le rassurer; l'enfant n'était plus
à ses côtés, il gisait sur le pavé.)
COUPS DE LANCETTE.
--Il y a donc eu beaucoup de personnes tuées hier? demandait
mademoiselle Duch... à un gendarme qui se trouvait dans les coulisses
le lendemain du désastre de la rue Saint-Denis.
--Mais non, répondit le naïf militaire; pas trop.
* * * * *
C'est comme parrain des 76 que M. Vil... a fait distribuer des dragées
au peuple.
* * * * *
M. Vil... fait quelques corrections au calendrier, il vient de changer
le jour des Morts.
CORRESPONDANCE MILITAIRE
JEAN PICHU A SES PARENTS.
Jeudi, 29 novembre 1827.
Respectables parents,
I n'y a qu'un mois et un jour que je sui-t-au service, et l'on vient
déjà de m'lancer au feu. Attention!... J'vas vous narrer la chose. V'là
qu'à dix heures du soir not' coronel mont' sur son grand cheval de
bataille. «Fantassins.... qui dit.... i n's'agit pas d'ça: la patrie est
en danger; i faut nous mett'en route.» Moi, j'étai-t-en train d'jouer à
_breling-chiquet_; j'plante la partie là, et je cour-t-aux armes. Nous
défilons tous en silence, tambour battant, le long d'not'faubourg, et
nous faisons, une pause au coin d'la rue St-Denis, qui ce jour-là était
tout illuminée d'lampions comme un volcan. Alors j'apercevons çà et là
pas mal de _péquins_ (sauf vot' respect), qui avaient l'air de t'nir
conciliabule... A c'te vue, le ventr' commence à me _grouiller_... mais,
à mesure que nous avançons, v'là les _péquins_ qui _fouinent_... ça me
donne du courage. Une échelle barre not'marche triomphante; all' nous
sert à monter à l'assaut... oui; mais on fait d'la résistance... Pour
lors, not' coronel qui n' s'embête pas dans les feux d'file, nous crie:
En joue... feu!... Moi, j'tire!... pass'que, voyez-vous, mes bons
parents, l'soldat est un état à part; nous sommes tous des automates,
comm' dit not' coronel, qui d'vons toujours obéir sans préambule. Après
cett' petite charge, nous nous précipitons sur les fuyards à travers les
lampions. Au détour d'une rue, moi, j'vois un bergeois en retard...
j'veux l'empoigner.... Pan! i m'donne un soufflet soigné, et s'sauve en
m'appelant blanc-bec, dont j'ai la joue encore tout' rouge. V'là pour le
premier jour. Le lend'main, c'est à r'commencer. Je r'çois un éclat de
pétard sur l'oeil gauche, et pour changer j'ai la figure toute noire.
L'troisième jour, même manége; mais i n'y avait plus personne.
Stapendant, on me place t'en faction pendant quatre heures d'horloge,
ousque j'attrapai un rhume de cerveau; j'battis la semelle avec un brave
marchand de marrons en plein vent, qui m'permit d'prendre un air de feu
à son fourneau. J'y brûlai un pan de ma nouvelle uniforme. J'croyais
qu'à l'odeur du roussi mon coronel allait m'fourrer aux z'haricots... au
contraire, i m'fit carporal sur le champ de bataille. Bref, je suis
présent'ment à l'hôpital pour guérir ma chienne de catarrhe. Envoyez-moi
de la bonn' réglisse vivement.
Adieu, papa, maman; je suit en toussant votre fils bien-aimé.
JEAN PICHU, fantassin.
COUPS DE LANCETTE.
La _Gazette_ parle de liberté comme une prostituée de pudeur.
* * * * *
Au lieu de décorer les gendarmes et de casser les boutiques, on ferait
mieux de décorer les boutiques et de casser les gendarmes.
* * * * *
On a vu M. Piet assis sur les ruines du pot-au-feu ministériel, _ces
deux grands débris se consolaient entre eux_.
* * * * *
La nuit dernière, M. V... a senti un bourgeois de la rue Saint-Denis qui
le tirait par les pieds.
JOURNÉE D'UN BON GENDARME.
«Le premier devoir d'un bon gendarme qui veut devenir brigadier est
d'aller à la messe, de même que le premier devoir d'un employé supérieur
des postes est d'_inspecter_ les lettres, et celui de M. Piet d'avoir un
chef de cuisine. Je me lève donc frais et dispos; je passe mon costume
de ville, ma redingote bleue, je mets ma cravate et mes bottes à
éperons; je prends ma grosse canne à pommeau d'ébène, je me mets en
route... me voilà à l'église.
«Je me place d'ordinaire là où je vois le plus de monde; mais je laisse
chanter les prêtres et dire la messe aux bonnes âmes qui m'entourent: ce
n'est pas pour cela que je suis venu. Je regarde, j'observe, j'écoute,
ce serait une bonne fortune pour moi si je pouvais mettre M. Franchet
sur la trace d'un bon sacrilége!... Je serais brigadier demain.
«Rien à faire à l'église. Parcourons quelques quartiers de la capitale.
Diable! qu'est-ce qu'on chante là-bas? _Les Bons Gendarmes!..._ Quelle
audace! Si j'attrape cet Odry, qui est sans doute un des rédacteurs du
_Constitutionnel_, il passera un vilain quart d'heure. Quelle est donc
cette rumeur chez ce libraire? Ah! j'y suis, on saisit des _in_-32.
Bien! saisissez toujours. J'en saisis moi-même plusieurs exemplaires.
Cela montera ma bibliothèque.»
Le bon gendarme continua ses travaux philanthropiques. Dix-sept exploits
signalèrent sa matinée; et midi sonnait à peine qu'il était déjà de
retour à la caserne, le menton enfoncé dans sa cravate, agitant sa
grosse canne, et sifflant la marche de _Robin des bois_ avec autant de
plaisir qu'un étudiant sifflerait Quatremère de Quincy.
Enfin il fallut endosser la livrée guerrière. Le regard oblique de
l'observateur fit place à l'air farouche d'un apprenti maréchal de
France à 2 fr. 50 c. par jour. Ainsi costumé, il quitte sa caserne et
reprend ses courses avec la ferme résolution de remplir sa mission avec
conscience, afin d'être nommé brigadier.
«Oh! oh! voilà qu'on crie au voleur! à l'assassin! c'est mon affaire.
J'empoigne l'individu, je le tiens ferme. Mais on se presse là-bas...
qu'est-ce donc? C'est un élève en droit qui s'est échappé de
Sainte-Pélagie. Un élève en droit! Vite, je lâche mon assassin, et je
cours après l'étudiant. Je parie que ce mauvais sujet aura écrit contre
le ministre ou contre les gendarmes. Si je l'attrape, je suis
brigadier.»
L'étudiant courait plus vite et disparut.
Désolé de sa mésaventure, notre héros, après une longue promenade,
finit par découvrir un simple perturbateur, et le conduisit au corps de
garde. Il ne devint pas brigadier.
FEUILLE VOLANTE
ENVOLÉE D'UN VOLUME SUR LA VOLONTÉ
=Par M. Dud=***.
«Il ne faut jamais s'arrêter dans son _vol_.»
Prenons notre _vol_ée en riant du _vol_can _vol_tairien et
ré_vol_utionnaire dont _vol_ontiers les malé_vol_es font peur aux
_vol_uptueux. Qu'espère ce _vol_can ou plutôt ce camp _vol_ant de
_vol_tigeurs _vol_ages, fri_vol_es et faux, _vol_ontaires, par ses
é_vol_utions contre une ferme _vol_onté qui peut dans son _vol_ chasser
ces _vol_atiles dans une _vol_ière?
Mais ces _vol_ereaux, par leur _vol_ubilité, pourront _vol_atiliser les
esprits, et la ré_vol_te naître de cette _vol_atilisation. Il faut
_vol_ontairement paraître affaiblir son _vol_, _vol_eter même, et, par
d'adroites circon_vol_utions, s'emparer des béné_vol_es; puis faire
_vol_te-face, et nous avons la _vol_e; car les _vol_tigeurs ne pourront
con_vol_er à d'autres ré_vol_utions.
La _vol_onté ferme a fait _vol_er jusqu'à nous les noms de Scé_vol_e et
de l'hôte des _Vol_sques. Nous _vol_erons aussi; et après sept ans
ré_vol_us de travaux _vol_umineux, un char nous fera _vol_er à nos
_vol_uptueuses demeures, où, grâce aux biens qui nous seront dé_vol_us,
nous nous reposerons d'un long _vol_ en _vol_tigeant autour des
_vol_ages en ba_vol_et.
Soyons _vol_ontaires; mais si les fri_vol_es ré_vol_tés, élevant
_vol_onté contre _vol_, faisaient en_vol_er nos espérances,
en_vol_ons-nous avec elles avant qu'ils ne nous rattrapent au _vol_.
Passant des adorateurs de _Vol_ianus aux anciens croyants de _Vol_a, et
poussé par _Vol_turne jusqu'aux autels de _Vol_utma; voguant sur le
_Vol_turnon en parcourant la _Vol_hinie, bien fourré dans notre _vol_vi,
nous attendrons, pour _vol_ter et re_vol_er près de nos pénates, le
temps où _Vol_taire et la ré_vol_ution ne rendront plus des esprits
fri_vol_es et _vol_atilisés semblables aux malheureux atteints du
_vol_vulus.
COUPS DE LANCETTE.
Suivant M. de Clerm... Tonn..., on ferait d'excellentes bourres avec la
Charte.
* * * * *
Enfin M. de Peyr... vient de rendre justice à quelqu'un, il s'est donné
sa démission.
* * * * *
Les démissions deviennent à la mode en Angleterre; E. Vil... devrait
bien imiter les modes anglaises.
=CIRCULAIRE SECRÈTE=
TROUVÉE PAR UN INDIVIDU QUI VENAIT DE PRENDRE SON PASSEPORT
_Nascuntur mouchards, fiunt gendarmes._
A tous les intéressés qui ces présentes liront, salut.
Faisons savoir que les aspirants mouchards qui pullulent autour de nous
d'une manière étourdissante (et, par cela, nous mettent à même d'être
plus difficiles sur le choix), qu'ils doivent se dispenser de s'inscrire
sur les rangs, s'ils n'ont pas les vertus morales et les qualités
physiques requises par le présent cahier des charges:
Art. 1er. Il faut qu'un mouchard soit bête, parce qu'un homme
d'esprit ajoute toujours quelque chose dans ses rapports.
2. Qu'il soit sans pitié, parce que son père peut être républicain.
3. Qu'il soit discret, parce qu'il connaît toutes les bévues
administratives.
4. Il devra boire comme un Suisse, mais garder le sang-froid d'un
Italien. _In vino veritas._
5. Il est de toute nécessité qu'il soit lâche: car la peur donne des
jambes, et un poltron est moins exposé qu'un autre à laisser saisir sur
lui sa carte d'électeur.
6. Il importe qu'il n'ait pas de religion, pour mieux surveiller la
conduite des impies dans les églises.
7. Il est de rigueur qu'il soit escroc, pour ne pas faire rougir ses
camarades. Il ne serait pas mal qu'il sortît du bagne.
8. Il lui est enjoint de ne pas faire de cuirs dans un salon et de ne
parler que l'argot dans un cabaret.
9. Ses oreilles doivent être aussi étendues que l'esprit de César, pour
entendre de quatre côtés à la fois.
10. Son omoplate doit être revêtue d'une épiderme fortement trempée,
parce que les cuirasses de papier gris sont chères: l'administration a
renoncé à en fournir.
11. On exigera des certificats authentiques d'une campagne sous le
fameux Lebon, de trois ans de service sous Savary, et une attestation en
règle de sa présence à Nîmes en 1815.
12. Il ne peut être affilié à aucune congrégation, parce que son temps
est trop précieux.
_Nota._ S'il a toutes les qualités requises, il sera reçu à cinquante
sous par jour. On lui paiera les coups de bâton à part et à la douzaine,
et il aura des gratifications pour les avaries.
1828
COUPS DE LANCETTE.
Monseigneur a fait augmenter la garnison de Paris: est-ce pour donner
des étrennes aux habitants de la rue Saint Denis?
* * * * *
Malgré le jour de l'an, M. de Peyr... reste déconfit.
TÉLÉGRAPHE DE MONTROUGE
--Mingrat est calme dans sa prison.
--On espère que les électeurs du Jura opteront pour Sa Grandeur.
--On dit Contrafatto bien malade.
--L'empoisonneur Royer a été marqué; il a conservé toute sa tête pendant
l'exécution.
--Un avocat général d'Amiens refuse de poursuivre les écrits clandestins
sortis des presses du baron de Villebois, s'ils ne sont dénoncés à
Bourges, à Lyon et à Paris.
--Les agraviados qui habitent Toulouse ont reçu l'ordre de quitter cette
ville.
--Les catholiques de la paroisse de Saint-Sauveur, à Gand, seront
appelés à l'office au son de trois cloches, au lieu d'avoir le chagrin
de n'en entendre qu'une.
--Le père don Pablo Abbella vient d'être sacré évêque _in partibus_ de
Thibériopolis.
--Ferdinand VII prend le titre de chanoine de la cathédrale de
Barcelone. Il a reçu trois années d'avance de son traitement et quarante
mille francs en sus. Le jour de sa nomination, il a assisté au _Te Deum_
et à l'embarquement des agraviados pour les galères de la côte
d'Afrique.
--N'ayant pu empêcher qu'un bâtiment à vapeur, parti de Batavia, vînt
mouiller à Singapore, on a eu soin de faire croire aux indigènes de ce
port que le diable faisait marcher le bâtiment.
--On entretient toujours dans l'esprit du peuple des idées de
sorcellerie. Un jeune garçon de ferme, aidé d'un vagabond, a abusé de la
confiance d'un mari pour violer sa femme, sous prétexte de chasser le
démon dont elle était possédée. Le tribunal de Laval a condamné les
imposteurs.
--On ne compte que 4,206 enfants déposés à l'hospice de la Maternité.
--On continue à mettre en vigueur, à Francfort, la loi nouvelle qui ne
permet que quinze mariages par an sur mille familles juives.
--Grande distribution de croix de la Légion d'honneur aux fonctionnaires
qui ont fait preuve de zèle lors des élections du Nord.
--Pas de gratifications cette année aux commis du ministère des
finances: elles avaient été données aux électeurs.
COUPS DE LANCETTE.
Je suis ici contre la volonté du peuple, s'est écrié M. de Vil..., et
j'y resterai par la force des baïonnettes.
* * * * *
M. de Corb... a été fouillé à la barrière de Rennes; pour la première
fois, il n'avait pas fait la fraude.
* * * * *
M. de Peyronnet a manqué faire une chute pour commencer la nouvelle
année; nous la lui souhaitons bonne.
* * * * *
On dit que M. de Corbière n'est plus malade; il est toujours bien bas.
* * * * *
M. Martignac est ministre de l'intérieur, espérons que tout finira par
des chansons.
* * * * *
On dit que M. de Peyron.... se retire avec des millions; nous avions
toujours cru que c'était un pauvre homme.
* * * * *
On dit que M. de Clerm..... Ton..... bourre tout le monde, depuis qu'il
ne fait plus fusiller personne.
* * * * *
On dit que, dans le nouveau ministère, il y a déjà des chefs de
division.
* * * * *
Le ministère n'est franc qu'à demi, il sera dissous.
* * * * *
M. de Vatisménil est nommé député de la Corse; c'est bien pour son âge,
on dit qu'il n'a que trente-huit ans.
* * * * *
Les élections auraient porté de mauvais fruits, si on les jugeait sur
l'écorce.
* * * * *
M. de Vatimesnil, étranger dans son pays, a été réduit à se faire nommer
en pays étranger.
* * * * *
Montrouge est pour la France la barrière du trône.
* * * * *
M. le duc de Wellington a l'ouïe dure, c'est peut-être qu'autrefois on
lui a frotté les oreilles.
* * * * *
Il y avait des gendarmes au mariage de mademoiselle Laf...: voilà qui
est bien ministériel.
* * * * *
Deux académiciens sont, dit-on, nommés censeurs; est-ce que l'Académie
s'ennuierait d'être honnête?
* * * * *
L'année dernière, on comptait sur l'ineptie des députés; aujourd'hui, on
craint leur adresse.
* * * * *
Qu'on dise que les jésuites ne se fourrent pas partout, il y en a même
aux galères.
* * * * *
M. le duc de Raguse est en procès avec son cuisinier; est-ce qu'il
serait jaloux de ses lauriers?
* * * * *
Le chef de brigade Coco a partagé la disgrâce de M. Franchet: il aura
une recette particulière.
* * * * *
On désirerait savoir quel commerce fait M. de Saint-C......
Samedi, 2 février 1828.
LA PARTIE DE CARTES
VILL.--Allons, Peyr, et vous, d'Herm, faisons une petite partie de
cartes. Il faut bien maintenant que nous occupions notre temps à quelque
chose.
DUD., _s'élançant vers la table_.--D'abord, je prends... les cartes. Que
jouons-nous?
PEYR.--L'honneur.
DUD.--C'est amusant! jouer toute une soirée sans pouvoir gagner ni
perdre.
VILL.--Je suis de votre avis; il faut rendre la partie intéressante. Je
suis fort pour l'intérêt... Mais quel jeu choisissons-nous? le boston?
DUD.--A la bonne heure, on y fait des levées.
CORB.--Oui; mais de tous côtés on entend prononcer le mot de _misère_...
ça donne des idées qui empêchent de dormir.
DEL., _d'un ton imposant_.--Enfin, messieurs, c'est un jeu séditieux.
TOUS.--Séditieux!
DEL.--On y parle d'indépendance.
PEYR.--C'est vrai, messieurs; revenons donc aux doux et naïfs plaisirs
de nos ancêtres, _jouons_ le mariage.
VILL.--C'est un jeu divin; on peut y coter ses points, si on en fait. Où
est l'heureux temps où je tournais et retournais le roi comme je
voulais.
CORB.--Vous n'en cachiez pas moins bien votre jeu. (_Ils se placent et
ils jouent tous successivement._)
PI.--Ce diable de Vill, comme il a rempli ses poches! il nous a tous
gagnés.
VILL.--J'en ai gagné bien d'autres.
PI.--Grâce à mes brioches.
D'HERM.--Grâce à mes écoles.
CORB.--Quant à toutes les écoles, si vous m'aviez écouté...
PEYR.--Ah! ouais! parlez-moi du piquet: on y fait des tierces, même
contre des cartes supérieures.
DUD.--Et l'écarté? c'est ça un jeu charmant; on peut y faire des voles!
PI.--Oui, c'est charmant; surtout quand on a la fourchette.
Jeudi, 7 février 1828.
UNE HEURE AVANT LE LEVER DU RIDEAU[6].
Tous les acteurs sont prêts, la pièce est sue, dans une heure on va
commencer. Tandis que le public attend avec impatience le lever du
rideau, les individus qui doivent concourir à l'ensemble de la
représentation sont diversement occupés. Ceux-ci, s'imaginant que le
comble de l'art est dans la manière de se présenter en scène, s'étudient
devant une glace à prendre de nobles poses: ils feront d'excellents
mimes: l'emploi des personnages muets est assez tombé en discrédit pour
qu'il ne conduise plus aux subventions.
Ceux-là pensent que toute la magie du débit est dans la variété des
inflexions de la voix; ils s'écoutent rendre des sons et, fiers de
quelques intonations assourdissantes, ils ne s'aperçoivent pas qu'ils ne
sont autre chose que des instruments à vent.
Nous sommes dans les coulisses; je veux vous conduire au milieu de
chacun de ces groupes.
Le premier n'est pas nombreux; mais ceux qui le composent doivent faire
trembler pour le sort futur du drame: ils ont stipendié les misérables
qui peuplent nos parterres pour murmurer contre les artistes les plus
remarquables. Ils n'ont d'autre but que d'empêcher l'effet d'une belle
scène: par exemple, celle où un vengeur de la patrie accuse publiquement
un traître, et brave les poignards de quelques scélérats en traînant le
misérable devant les magistrats qui doivent le punir.
Le groupe le plus voisin est formé d'autres acteurs à qui l'usage a
donné le nom d'_utilités_, ne sachant comment désigner leur nullité.
Moins hardis que ceux que nous venons de voir, mais non moins dangereux,
ils ont promis aux ennemis des premiers sujets de la troupe
d'interrompre maladroitement une réplique sublime, de se faire siffler
même, pour que le bruit pût couvrir la voix d'un des héros ou détourner
l'attention publique d'une situation hardie ou d'une partie intéressante
de l'exposition.
Par ici nous apercevons quelques débutants, qui se sont glissés par
intrigue dans la société dramatique: le désir de porter l'habit de
théâtre leur a donné de l'audace; mais, au lever du rideau, les
spectateurs sauront bien reconnaître la fraude. Gare aux huées
lorsqu'ils paraîtront!
Plus loin, et c'est là que doivent se porter nos regards, sont les
principaux personnages de la pièce. Sans étudier leurs poses, ils en ont
trouvé d'admirables; car ils se sont pénétrés de leurs rôles. Ils
essaient quelques passages de l'ouvrage qu'ils vont représenter, et,
sans avoir cherché des inflexions de voix, leur débit fait tressaillir,
enflamme, inspire l'admiration. Ils ont demandé leurs inspirations à de
nobles sentiments; ils n'ont cherché qu'à traduire l'expression de la
vérité.