Les élèves demandèrent à porter le cercueil de leur bienfaiteur, c'était

un hommage public qu'ils voulaient rendre à sa mémoire. Les fils du

défunt, les comtes Gaëtan et Alexandre de La Rochefoucauld, crurent

devoir accorder cette demande. Tout alla bien jusqu'à l'église. Mais

lorsque, la cérémonie terminée, les jeunes gens voulurent reprendre leur

fardeau, un commissaire de police s'y opposa. Le cortége était alors

dans la rue Saint-Honoré. Les élèves résistant aux ordres du

commissaire, celui-ci requit l'aide de la troupe envoyée pour rendre au

défunt les honneurs funèbres. Bientôt les baïonnettes, demeurées

jusque-là au fourreau, furent mises au bout des fusils. A la vue des

soldats, les assistants entourent les jeunes porteurs. On se mêle, on se

heurte, une sorte de lutte s'engage, et bientôt le cercueil, échappant

aux jeunes gens, glisse et tombe avec un bruit lugubre sur le pavé.

«L'épouvante s'empare des spectateurs, le vide se fait autour des

soldats qui relèvent le cercueil à demi brisé, ramassent dans le

ruisseau de la rue les insignes du défunt et son manteau de pair souillé

de boue, et les placent sur le corbillard que le commissaire de police

avait fait avancer.»

Telle avait été la violence du choc, que non-seulement la bière avait

été brisée, mais encore une partie des membres s'étaient détachés du

corps.

Cette violence atteignant jusque dans la mort un homme dont le seul

crime avait été d'être indépendant, ce scandale sacrilége, cette

profanation, firent jeter à Paris entier un cri d'indignation. Les

journaux s'émurent, les deux Chambres ordonnèrent une enquête.

Eh bien! devant cette réprobation générale, M. de Corbière osa monter à

la tribune, non pas pour blâmer les auteurs de cette coupable

profanation, mais pour payer un tribut d'éloge aux agents qui avaient

fait leur devoir.

Les articles du _Figaro_, si violents qu'ils soient, ne sont encore

qu'un écho affaibli de l'opinion.

COUPS DE LANCETTE.

Comment respecteraient-ils les morts, est-ce qu'il n'est pas dans la

nature des corbeaux de s'acharner après les cadavres?

* * * * *

On va bâtir une citadelle au milieu du cimetière du Père La Chaise.

* * * * *

Les employés aux pompes funèbres ne seront pris, désormais, que dans les

régiments de ligne.

* * * * *

On avait fait, la veille de l'ouverture du Cirque, une répétition de

l'_Attaque du convoi_.

* * * * *

On nous traîne dans la boue après notre mort; c'est pour nous apprendre

à vivre.

* * * * *

Quelqu'un nous assure avoir lu ces mots sur la même enseigne: _Fabrique

de baïonnettes et Pompes funèbres_.

* * * * *

M. le prince de Ho... a pris un maître de langue française, pour

apprendre seulement à dire: _En joue, feu!_

* * * * *

Il y a des gens qui, pour rendre les derniers honneurs aux mânes des

personnages vertueux, voudraient rétablir le gibet de Montfaucon.

* * * * *

Il y a plus de honte à être debout dans certains salons qu'à tomber dans

le ruisseau.

Dimanche, 5 avril 1827.

LE RUISSEAU ET LA BIÈRE.

DIALOGUE.

LE RUISSEAU.

Voilà qui commence bien; les bons gendarmes n'y vont pas de main morte;

les coups pleuvent comme grêle; baïonnettes d'entrer en danse.

Messieurs les bourgeois, gare les éclaboussures.

LA BIÈRE, _roulant dans le ruisseau_.

Ciel! quelle profanation!

LE RUISSEAU.

Dieu me pardonne, c'est un mort en grande tenue que j'ai reçu sur le

dos.

LA BIÈRE.

Où suis-je? couverte de boue et foulée aux pieds!

LE RUISSEAU.

Je croyais que c'était quelque agent de la police...

LA BIÈRE.

En effet, c'est bien là leur place; aussi, Monsieur le ruisseau, je suis

toute honteuse...

LE RUISSEAU.

Vraiment, il n'y a pas de quoi. Tous les jours, je vois des gens qui

vous valent bien et qui n'y regardent pas de si près.

LA BIÈRE.

Vous ne savez pas qui je renferme?

LE RUISSEAU.

Ce n'est probablement pas de ma connaissance, madame la dégoûtée...

LA BIÈRE.

Un honnête homme...

LE RUISSEAU.

Je ne vous entends pas.

LA BIÈRE.

Sa vie a été consacrée au bien; sa mémoire est vénérée par tous ceux qui

ont encore un peu d'âme.

LE RUISSEAU.

C'est sans doute quelque pauvre diable mort de faim.

LA BIÈRE.

Celui qui se trouve aujourd'hui dans un ruisseau, hier encore, par sa

fortune, son rang, sa noblesse, ses vertus, ses talents, était un des

citoyens les plus illustres.

LE RUISSEAU.

Sans doute il appartenait à la congrégation, avec laquelle j'ai beaucoup

de rapports?

LA BIÈRE.

Fi donc! il aimait sa religion, sa patrie et son roi.

LE RUISSEAU.

A en juger par cet immense concours de monde qui l'escortait à son

dernier hôtel, lorsque la force armée est venue mettre le holà, ce fut

un ministre, un législateur; aurait-il inventé le trois pour cent,

promulgué une loi du sacrilége et autres gentillesses?

LA BIÈRE.

Un silence religieux, interrompu par des sanglots, l'accompagnait

jusqu'au moment où des cris d'indignation...

LE RUISSEAU.

Je me souviens, lorsque j'étais bien jeune, d'avoir été sali par les

restes de Marat.... Les jours se suivent et ne se ressemblent pas.

LA BIÈRE.

As-tu remarqué qu'en tombant j'ai fait jaillir ton eau bourbeuse jusque

sur le visage des misérables?

LE RUISSEAU.

Ils n'y ont pas pris garde. Moi-même, je suis saisi de respect et je

crains de te toucher...

LA BIÈRE.

Adieu, deux croque-morts viennent de mon côté... ce ne sont plus ces

nobles jeunes gens... O ciel! cette terrible leçon préviendra-t-elle un

nouveau scandale?

LE RUISSEAU.

Adieu, Madame; je vous jure qu'il ne vous reste pas la moindre tache...

Ah! je ne remarquais pas, du sang...

LA BIÈRE.

O mon maître!...

COUPS DE LANCETTE.

Quelqu'un a proposé d'établir une école de canonniers près de quelques

cimetières: les tombes serviraient de cibles. Cette innovation ne peut

manquer de trouver beaucoup d'approbateurs.

* * * * *

Depuis qu'un mort illustre est tombé dans le ruisseau, MM. Ling... et

Ben... sont fiers de se rouler dans la fange.

* * * * *

On devrait bien créer une compagnie d'assurances pour les pompes

funèbres.

* * * * *

Il nous faut revenir maintenant à la _loi d'amour et de justice_, à

cette loi que M. Royer-Collard comparait à une loi de suspects largement

conçue, qui mettait la France entière en prison sous la garde des

ministres.

Le projet de M. de Peyronnet avait été adopté par la Chambre des

députés, en dépit des énergiques efforts des deux oppositions royaliste

et libérale. Il avait été adopté à une majorité de 233 voix contre 134

(12 mars).

Sept jours plus tard, le ministre portait son malencontreux projet à la

Chambre des pairs. Mais là il rencontra une résistance inattendue.

L'attitude de la commission d'examen lui faisant prévoir une éclatante

défaite, il remit le projet «à des temps meilleurs,» et, le 17 avril, il

monta à la tribune pour lire une ordonnance qui retirait le projet.

A cette nouvelle, l'allégresse éclata par toute la France. A Paris, ce

fut un indescriptible enthousiasme. La ville entière se trouva illuminée

comme par enchantement. «Nos ministres ont besoin de lumières,»

disait-on, «éclairons-les.» Des colonnes d'ouvriers imprimeurs

parcouraient les rues; ils criaient: Vive le roi! vive la Chambre des

pairs! vive la liberté de la presse!

Les journaux de l'opposition libérale entonnèrent l'hymne du triomphe.

Le terrible projet avait disparu tout à coup; ils espéraient que son

auteur ne tarderait pas à le suivre, et ils disaient tout haut leurs

espérances.

COUPS D'ENCENSOIR.

On a vu hier une foule de presses qui riaient comme des petites folles.

Cette gaîté leur allait à ravir.

* * * * *

C'est pour rire que M. C'est-charmant a dit que le Français était un

animal féroce.

* * * * *

M. de P.... signe avec la meilleure grâce du monde.

ÉPITAPHE.

Objet de haine et de colère,

Ci-gît un malheureux projet,

Lequel avait, dit-on, pour père

Ce bon monsieur de Draconnet.

C'est lui qui lui donna naissance,

C'est lui qui, par son assistance,

Le fit, un moment, respirer,

Et quand enfin la mort barbare

Eut frappé cet enfant si rare,

Il se chargea de l'enterrer.

BIGARRURE.

Hier, tout Paris semblait en feu; on n'a guère pu remarquer que les

maisons qui n'étaient point illuminées, et encore ne faut-il accuser

personne de tiédeur, car on n'était pas préparé à la fête que le Roi

vient de donner à la France; bien des gens n'ont pu trouver à acheter

des lampions.

L'ordre le plus parfait a régné partout.

A PROPOS.

Un projet proposé

Nous mit dans la souffrance.

Un projet amendé

Fit naître l'espérance.

Un projet retiré

Répand la joie en France.

COUPS DE LANCETTE.

Tout Paris était brillant de lumières; à Montrouge, on s'est couché sans

chandelle.

* * * * *

Il suffit d'une simple revue pour s'apercevoir de tous les défauts de la

_loi d'amour_.

* * * * *

M. de V... ne sort plus le soir; l'odeur des lampions l'incommode.

* * * * *

M. de P.... aurait dû se retirer en même temps.

* * * * *

L'enfant est enterré: bravo!--le papa reste. O Azaïs!

* * * * *

Lampion et sifflet sont maintenant synonymes.

* * * * *

On assure que M. de P.... va rendre l'âme. Il va donc rendre son

portefeuille; on dit qu'elle en est inséparable.

* * * * *

On ne dit plus railler, persiffler un homme, on dit: le _lampionner_.

DIALOGUE

A

Ces cris, ces lampions et leurs flammes sinistres

Ont jeté dans mon âme un prophétique effroi.

Tout est perdu, sans doute?

B

Oui, tout pour les ministres,

Mais tout est gagné pour le roi.

COUPS DE LANCETTE.

Toute la France s'illumine, ce n'est pas assez de sept éteignoirs pour

tant de lumières.

* * * * *

Cette pauvre _Etoile_ ne parle que de lampions et d'illuminations; il

paraît qu'on lui a fait voir trente-six mille chandelles.

PETIT DIALOGUE.

--Qu'est-ce que le ministère?

--Un éteignoir.

--La Charte?

--Un lampion.

--Le peuple?

--Un pétard.

* * * * *

Chaque année, le 12 avril, anniversaire de la rentrée de Charles X à

Paris en 1814, la garde nationale faisait seule le service des Tuileries

et était passée en revue par le roi. Cette année (1827), le 12 tombait

un jeudi saint; la revue fut donc remise au lundi de Pâques, 16 avril.

Dès le matin de ce jour, des détachements de toutes les légions

arrivèrent aux Tuileries pour le service exceptionnel; dans

l'après-midi, le roi, suivi du Dauphin, les passa en revue. Il y eut un

tel enthousiasme, on cria: Vive le roi! avec une telle unanimité, que

Charles X sembla regretter de n'être pas entouré de la garde nationale

tout entière.

Les gens qui entouraient le roi saisirent cette idée. Ils affirmèrent au

roi qu'ils étaient en mesure de répondre des bons sentiments de toutes

les légions, et, séance tenante, il fut décidé que, le dimanche 29

avril, Charles X passerait en revue toute la garde nationale de Paris,

réunie au Champ de Mars.

Cette décision prise, annoncée par les journaux, ceux même qui l'avaient

conseillée furent pris de doutes et de craintes. Mais il n'y avait plus

à y revenir. Les ministres surtout, dont on n'avait pas pris conseil, ne

cachaient pas leurs appréhensions.

Au jour dit, vingt mille hommes étaient rangés devant l'École Militaire.

Les tristes prévisions des pessimistes ne furent pas réalisées, tout se

passa convenablement. Peut-être y eut-il plus de cris de _vive la

Charte_! que de cris de _vive le Roi_! mais, en somme, de l'avis même de

Charles X, la journée fut bonne.

Mais, après la revue, un événement arriva qu'on n'avait pas prévu. Il y

eut des manifestations bruyantes contre les ministres. Des bataillons

entiers de gardes nationaux s'arrêtèrent devant les ministères et, là,

«firent entendre les cris mille fois répétés de _vive la liberté de la

presse! à bas les jésuites! à bas les ministres!_ A ces clameurs se

mêlaient aussi les cris de à _bas Peyronnet! à bas Villèle!_

Les ministres virent dans ces manifestations un attentat à leur dignité,

ils résolurent de se venger. Ils persuadèrent au roi que la majesté de

la couronne était compromise; bref, ils identifièrent si bien leurs

intérêts et leur orgueil offensé avec les intérêts et la gloire de la

monarchie, que, le soir même, on rédigea une ordonnance de licenciement.

Tous les postes furent changés; la garde nationale était dissoute.

Il était dit que ce malheureux gouvernement marcherait de faute en faute

et briserait l'un après l'autre tous ses appuis. En se privant de la

garde nationale, ce corps si essentiellement modérateur, il s'ôtait,

pour les jours néfastes, toute chance d'intermédiaire, tout espoir de

transaction. Voilà pour l'avenir. Pour le présent, chaque citoyen se

crut atteint dans sa dignité, et la garde nationale, qui avait donné à

la famille régnante tant de marques de sympathie, passa en masse à

l'opposition.

COUPS DE LANCETTE.

Il y a des gens qui ne veulent laisser entrer demain, au Champ-de-Mars,

que les personnes qui auront un bâillon dans la bouche.

* * * * *

En passant près du château de Rivoli, les tambours de la garde nationale

battront la retraite.

* * * * *

On assure qu'ils vont partir enfin tous les sept: ce ne sont pas des

gens de revue.

* * * * *

L'_Etoile_ nous dira probablement aussi que le soleil du 29 était un

faux soleil.

* * * * *

Les directeurs de spectacles ont rayé de leurs répertoires: _Une nuit de

la garde nationale_.

* * * * *

On vendait hier la complainte de la garde nationale. On ne lui fait pas

moins d'honneur qu'à tous les autres condamnés.

Malgré la colère de 24,000 hommes contre sept, ceux-ci sont parvenus à

les désarmer.--Ce que c'est que les bons procédés.

* * * * *

On ne dit pas que les musiciens de la garde nationale aient exécuté

l'air de _la Victoire est à nous_.

* * * * *

Sept personnes, à Paris, ont pensé que la journée d'hier serait

orageuse, et n'ont pas mis le nez dehors.

* * * * *

On peut dire, moralement parlant, qu'ils ont été traînés sur la claie

par l'opinion publique.

* * * * *

Hier, des millions de cris de: Vive le roi! ont prouvé à certains

détracteurs que la reconnaissance est une vertu nationale.

ÉPIGRAMME.

Notre garde civique a reçu son congé,

Mais un beau grenadier, oublié par mégarde,

Veut, dit-on, faire encor son service obligé.

Espérons que bientôt il descendra la garde.

COUPS DE LANCETTE.

Nous étions vingt mille à jouer l'écarté contre sept; nous avions quatre

points de chaque côté, un des sept a tourné le roi, et nous avons perdu

la partie.

* * * * *

La meilleure rime à ministre est sinistre.

* * * * *

La garde meurt et... les ministres restent.

* * * * *

On vient de publier une biographie de tous les bons ministres de France.

Cet ouvrage n'est pas long.

* * * * *

On ne dit plus: _Revue, augmentée et corrigée_, mais _revue et

licenciée_.

* * * * *

Il y a sept loges vacantes à Charenton. Allons, messieurs...

* * * * *

Ces messieurs conviendront au moins qu'ils ne nous gouvernent pas

gratis.

Vendredi, 11 mai 1827.

DIALOGUE ENTRE DEUX HABITS.

PREMIER HABIT.

Loin de moi, vil roturier!... Que viens-tu faire en ces lieux?

DEUXIÈME HABIT.

Moisir à tes côtés, confrère.

PREMIER HABIT.

Quoi! l'habit d'un vilain et l'habit d'un noble attachés au même croc!

Quelle honte!

DEUXIÈME HABIT.

Il n'y a pas de noblesse qui tienne, mon ancien; ici, tous les habits

sont égaux, et les vers ne font aucune distinction.

PREMIER HABIT.

Oses-tu bien te comparer à moi, misérable elbeuf?

DEUXIÈME HABIT.

De quelle étoffe es-tu donc, pour te montrer si fier?.... A la poudre,

jadis blanche, qui te couvre, à la crasse épaisse qui cache toutes tes

coutures, je parierais presque que tu as appartenu à quelque tête à

perruque?

PREMIER HABIT.

Ces galons d'or et d'argent, sous lesquels se cachent encore mes

coutures, ne t'apprennent-ils pas assez quel fut jadis mon rang dans le

monde?

DEUXIÈME HABIT.

Je n'y vois que les insignes d'une ridicule livrée.

PREMIER HABIT.

Je fus, tour à tour, l'habit d'un jacobin, d'un chambellan et d'un

ventru.

DEUXIÈME HABIT.

C'est-à-dire que tu as changé de forme et de couleurs, suivant la

circonstance. Enfin, pour trancher le mot, tu n'es qu'un habit

retourné...

PREMIER HABIT.

Mais toi, qui es-tu?

DEUXIÈME HABIT.

Je fus pendant longtemps l'honneur de la France. Hélas! hier encore,

chacun me regardait avec respect.

PREMIER HABIT.

Ne serais-tu pas un de ces habits séditieux qu'on vient de licencier? Je

crois te reconnaître à ton uniforme.

DEUXIÈME HABIT.

Précisément.

PREMIER HABIT.

C'est cela; et en passant sa garde-robe en revue, ton maître, en homme

prudent, t'as mis à la réforme. Encore, si comme moi tu avais des

titres?

DEUXIÈME HABIT.

Eh! n'en ai-je pas à la gloire!

PREMIER HABIT.

Où les as-tu gagnés?

DEUXIÈME HABIT.

A la barrière de Clichy!

PREMIER HABIT.

Et moi, dans l'antichambre des ministres.

DEUXIÈME HABIT.

Il paraît que tu as du service, car tu es furieusement râpé?

PREMIER HABIT.

Pas tant que toi, mon petit ami; tu es troué en plusieurs endroits.

DEUXIÈME HABIT.

Ce sont d'honorables cicatrices!

PREMIER HABIT.

Parbleu! et moi aussi, je porte des cicatrices!

DEUXIÈME HABIT.

Oui, dans le dos... c'est juste, quand on se sauve...

PREMIER HABIT.

On m'a vu plus d'une fois exposé au feu de mainte batterie.....

_DEUXIÈME HABIT._

De cuisine, tu veux dire?... car les taches de graisse qu'on aperçoit

sur toute ta personne le prouvent assez..; ce sont les seuls chevrons

qui servent à marquer tes années de service... à la table de nos grands

seigneurs s'entend.

_PREMIER HABIT._

Insolent!... je ne sais qui me retient... si ce n'était ce

porte-manteau!...

_DEUXIÈME HABIT._

Allons, ne t'emporte pas..... ou va secouer tes vers plus loin....

_PREMIER HABIT._

Heureusement que voici deux honnêtes chalands qui, en m'achetant, vont

me délivrer de ton ennuyeuse société.

_DEUXIÈME HABIT._

Que feraient-ils de toi?... tu n'es bon maintenant qu'à revêtir le

jocrisse de quelque escamoteur!

_PREMIER HABIT._

Penserais-tu par hasard que c'est de toi qu'ils viennent faire

emplette?... ne sais-tu pas que te voilà condamné à languir chez le

fripier...

_DEUXIÈME HABIT._

Patience, j'en sortirai peut-être plus tôt que tu ne crois!

COUPS DE LANCETTE.

Quand nous fera-t-on une _opération_, pour nous délivrer des sept plaies

qui nous rongent!

* * * * *

Il y a des gens qui regardent une charge de cavalerie comme une potion

calmante.

ALLOCUTION MARTIALE

D'UN GUERRIER SOI-DISANT FRANÇAIS.

Prafes militaires, ché afre à fous endredenir té fos exbloits querriers

pour les bressent, les bassé et les fitir. Fous afez azommé cet honnête

monsir qui édait mort et que nous afons clorieusement roulé tans le

poue. Che fous endredientrai encore de ce pon monsir de Reck..., qui

afre été chifflé comme ein chéçuite par cet betites bolissonnes, qui

afoir li lé Chan-Chaques et lé Foltaire, que sti pon monsir Quillon

n'avre pas prilé toute. Cté prafe monsir Reck..... qui était ein tuer de

chans, afec bermission té la vagulté, s'en allait toute pêtement dans sa

capriolete afec ein betit accompagnement de pons gentarmes, quand, sir

lé bont Sainté-Migel, les betites bolissonnes lui fouloir faire brendre

ein pain éburadoire. Lui qui avre bas cette vandaisie s'en être allé à

la bolice, où sti monsir Reck... il était sir dé drouver des amis.

Pentant ce demps-là, les pons chantarmes boursuifaient les betites

bolissonnes jusque tans le nachement afec tes crands goups de sapre, à

l'imidazion te vos exbloits à Presth. Poucre té chien! saberlotte,

camarates! nous ne avre pas été là! Cette avaire qui se bassait tans

l'eau a été firiesement chaude, héréissement qu'il n'y afait pas

peaucoup te gemin bour aller à la Morgue, lé pataille abrès huit heures

il était finite, barce que la nuit afoir rentu les étudiants plus

tifficîles à drouver qu'ein lococriphe.

Foilà, gamarades, ce que je afre à fous tire; cette betite succès a falu

touple bortion aux prafes chantarmes qui ont diré le sapre. Aux armes!

que la régombense enflamme fotre gourache: Montrouche brébare la botage.

COUP DE LANCETTE.

M. de C... prépare un ouvrage qui portera ce titre: _Des coups de

sabre_, et de leur influence sur l'instruction de la jeunesse.

LES GENDARMES.

AIR: _Moi je flâne_.

Des gendarmes! (_bis_)

Qu'on apaise mes alarmes!

Des gendarmes! (_bis_)

J'en mourrais, je croi,

D'effroi.

Depuis nos saints mandements,

Nos lois et notre ordonnance,

Partout on déclame en France

Contre nous et nos trois cents.

Etouffons leurs cris sinistres!

Quand le roi garde pour lui

Leur amour... que les ministres

Conservent pour eux celui

Des gendarmes, etc.

Dans la poche des vilains,

Monsieur Law, que je révère,

Pendant son beau ministère,

Jadis puisait à deux mains.

Et d'un déficit frivole

On accuse mon budget!

Pour leur couper la parole,

Vite, mettons au complet

Des gendarmes, etc.

L'autre jour j'ai cru, ma foi,

Forcer la gauche au silence

En assurant que la France

Avait grand besoin de moi.

Mais cette race endurcie

Raisonne au lieu d'obéir,

Et parle encor de patrie...

Ah! c'est à n'y plus tenir.

Des gendarmes, etc.

Partout de mauvais propos

Sur P... et sur sa milice;

Point d'égards pour ma police,

De lecteurs pour mes journaux.

De leurs lois, quand je m'écarte,

Un orateur factieux

Me crie aussitôt: la Charte!

Cela devient ennuyeux.

Des gendarmes, etc.

Pour encourager les arts,

Pour surveiller la science,

J'ai choisi par conscience

Vidocq et ses bons mouchards.

Si nos écoles rebelles

Allaient montrer de l'humeur,

Ce sont de jeunes cervelles,

Prenons-les par la douceur...

Des gendarmes, etc.

En dépit de mon savoir,

De mon talent (je m'en flatte),

Paris et la France ingrate

Maudissent notre pouvoir.

Mais à ce Paris que j'aime,

Malgré plus d'un vilain tour,

Pour montrer aujourd'hui même

Ma justice et notre amour...

Des gendarmes! (_bis_)

Qu'on apaise mes alarmes!

Des gendarmes! (_bis_)

J'en mourrais, je croi,

D'effroi.

COUP DE LANCETTE.

On est étonné que M. de Cl..... T..... n'ait pas parlé sur la poudre; ce

qu'il y a de sûr, c'est qu'il ne l'a pas inventée.

CONVERSATION A HUIS-CLOS

ENTRE LE VENTRE ET LA CONSCIENCE.

LA CONSCIENCE.--Dormez-vous, monsieur le Ventre?

LE VENTRE.--Non, mais je digère en silence.

LA CONSCIENCE.--Causons un peu.

LE VENTRE.--Il vous convient bien, madame la Conscience, d'élever

aujourd'hui la voix, depuis plus de dix mois que vous vous taisez!

LA CONSCIENCE.--Dites donc que depuis six mois vous riez si fort, qu'il

ne vous a pas été possible de m'entendre.

LE VENTRE.--Le beau plaisir, d'écouter les sons de votre voix rauque!

LA CONSCIENCE.--Ma voix vous déplaît, je le sais, vous craignez des

reproches!

LE VENTRE.--Des reproches de ta part, misérable Conscience! c'est bien à

une paresseuse comme toi de blâmer la conduite d'un personnage aussi

courageux que je le suis. Sais-tu que j'ai failli crever plus d'une fois

au service de M. le baron?

LA CONSCIENCE.--Oui! je vous conseille de vous vanter de vos exploits;

ils ont été bien utiles à notre maître commun.

LE VENTRE.--Eh! s'il n'avait suivi que tes instructions, serait-il

aujourd'hui l'un des plus éminents personnages du département?...

LA CONSCIENCE.--Il eût marché droit.

LE VENTRE.--A pied, comme un pauvre diable; je le fais aller en voiture.

LA CONSCIENCE.--Sa maison serait encore le modèle de l'heureuse

obscurité.

LE VENTRE.--Et son brillant hôtel serait encore à bâtir.

LA CONSCIENCE.--Ah! s'il m'eût écouté, comme je serais belle encore!

LE VENTRE.--Égoïste! tu parles pour toi; ne te fâche donc pas si j'ai

cherché à m'arrondir.

LA CONSCIENCE.--A mes dépens.

LE VENTRE.--Tu voulais bien me faire tort, pour te parer!

LA CONSCIENCE.--Plus j'étais pure, et plus je le rendais heureux.

LE VENTRE.--Plus je suis gros, et plus il avance dans la carrière des

honneurs.

LA CONSCIENCE.--Va, on vit toujours mal en te prenant pour guide.

LE VENTRE.--On meurt de faim en se nourrissant de ta viande creuse.

LA CONSCIENCE.--Tu es un mauvais conseiller.

LE VENTRE.--Et toi, une détestable cuisinière.

LA BOUCHE.--A l'ordre! j'ai tenu la balance pendant la discussion, et je

donne ma voix au Ventre. Ainsi, Conscience, tais-toi!

COUPS DE LANCETTE.

Ces messieurs méritent le cordon, monseigneur l'accorde.

* * * * *

Il y a des cordons-bleus qui ont rougi.

* * * * *

On les a mis au bleu, c'est au vert qu'il fallait les mettre.

* * * * *

M. de Cumulando est devenu très-riche en visitant les pauvres.

* * * * *

L'ancien Figaro · 第 7 / 18 段