Tout ceci n'est que ridicule; mais comment qualifier les persécutions de

tous les jours? A la vérité, le temps des cours prévôtales était passé,

on ne versait plus de sang, mais toute une génération était sacrifiée.

Aux uns, on enlevait les dignités acquises; aux autres, les moyens

d'existence; à tous, on fermait toutes les carrières. Les plus

maltraités furent les anciens soldats de Napoléon, sans distinction de

grade. On voulait épurer l'armée. Aussi, les officiers en demi-solde,

qu'on retrouve mêlés à tous les complots, à toutes les conspirations,

ont-ils puissamment contribué à la révolution de 1830.

COUPS DE LANCETTE.

A chaque titre que M. d'Ap... enlève à nos maréchaux, il s'écrie en

s'essuyant le front:--Encore une victoire de gagnée!...

* * * * *

M. d'Appony ne veut plus que l'on dise: Un poulet à la Marengo.

PARODIE

Etre des libertés l'effroi, la tyrannie,

Proscrire les talents, étouffer le génie,

Suspendre les travaux du libraire incertain

Aux sinistres accents de ta voix menaçante,

Voir succomber enfin la presse chancelante,

Quel rêve!... et quel plus beau destin.

ÉPITAPHE.

Ci-gît un journaliste, écrivain sans talents,

Qui ne dut son nom qu'a l'intrigue;

Qui, de peur des mouchards, cria selon les temps:

Vive le roi! vive la ligue!

Comme folliculaire il ne fit rien de bon.

Il gagna, pour mentir, un modique salaire;

Auteur de mélodrame, il fit très-maigre chère,

Et vécut vingt-cinq ans sur un _Pied de mouton_.

A UN AMI.

Je t'aimais, comme on aime un ami du jeune âge,

Je t'estimais..., mais sur l'honneur

Je ne puis te voir davantage,

Tu reçois _le Médiateur_.

Lundi, 15 février 1827.

LE QUI

_Qui_, sur les bords de la Gironde,

Où le sort plaça son berceau,

De son insipide faconde

Ennuya jadis le barreau?

_Qui_, pour le malheur de la France,

Couvert de maintes dignités,

Garde, dit-on, son éloquence,

Pour endormir les députés?

_Qui_, dans une autre Alexandrie,

Rallumant la torche d'Omar,

Voudrait, d'un plus vaste incendie,

Charmer les enfants d'Escobar?

Ce n'est pas moi,

Ce n'est pas toi,

Ce n'est pas vous,

Ce n'est pas nous.

Mais si ce n'est ni moi, ni toi, ni vous, ni nous, c'est donc un

_conte_?

MUSÉE GROTESQUE

LIVRET D'EXPLICATION.

Nº 1.--M. P..., toisant d'un air chagrin la bouche de Gargantua.

Nº 787.--Lord Cochrane descendant de sa tortue à un relais, pendant

qu'on lui selle une écrevisse.

Nº 375.--Les trois cents Spartiates de la rue de Rivoli défendant

l'entrée de la cuisine de Grignon.

Nº 542.--Une caravane, rencontrée par des Arabes dans les déserts du

Vaudeville.

Nº 224.--La déclaration d'amour du monstre à la fiancée de Zametti qui

cherche à s'échapper en criant au secours.

Nº 545.--Diogène sortant de sa société des Bonnes-Lettres avec sa

lanterne allumée, et examinant avec dédain la figure de tous ceux qui se

pressent à la porte.

Nº 621.--M. Ancelot démontrant la possibilité du miracle de saint Pierre

en marchant sur la Seine, qui se gèle à mesure qu'il avance.

Nº 172.--M. de Cuir-Bouilly se hissant sur la pointe du pied pour

atteindre la stature de M. de Nonante-Cinq.

Nº 2.--Cadmus semant les dents des Spartiates modernes et ne recueillant

que des mâchoires.

Nº 501.--Madame de G..., accroupie sur les degrés de Saint-Roch, et

mangeant des pommes de terre frites sur le coin de son cachemire.

Nº 444.--M. le baron d'Eck... taillant son drapeau pour s'en faire une

chemise.

Nº 425.--MM. El... et de T... faisant décider par un arbitre à qui des

deux une calotte sied le mieux.

Nº 671.--Trait d'égoïsme. Le _Pilote_ refusant un picotin à un de ses

collègues destitué.

Nº 52.--Voltaire attaquant M. de Jouy en contrefaçon devant la police

correctionnelle.

Nº 272.--M. d'App... se servant de maréchaux de France en guise de

muscades et les escamotant, tandis qu'un paillasse, coiffé à la

financière, lui sert de compère en soufflant sur des gobelets.

Nº 5348.--Le beau grenadier traçant des petits amours sur les panneaux

de M. Fenaigle, pour suivre un cours de Mnémosine.

Nº 1001.--Le maire de Perpignan faisant exécuter en effigie le carnaval

sur la place de l'Hôtel-de-Ville.

COUPS DE LANCETTE.

L'auteur du _Pied de mouton_, ex-rédacteur du _Drapeau blanc_, va,

dit-on, s'occuper d'un nouvel ouvrage, intitulé: le _Pied de nez_.

* * * * *

Thémis a maintenant pour attributs un bâillon et un timbre.

* * * * *

DÉCOUVERTE. L'imprimerie était une des sept plaies de l'Egypte.

* * * * *

_Bravo_: fleur de rhétorique.--_Murmure_: réfutation.--_Clôture_:

argument sans réplique.

* * * * *

La liberté est trop lourde, a dit M. de Cur... Il se rappelle peut-être

le temps où il traînait le char de la déesse.

* * * * *

A chaque bêtise qu'il entend dire, M. de Saint-Ch... ôte son chapeau.

* * * * *

On parle beaucoup du ventre de M. de V..., mais on ne dit rien de ses

entrailles.

* * * * *

M. Dudon, auquel s'adresse l'épigramme qui suit, avait cet avantage

d'être une des «bêtes noires» de _Figaro_. Et véritablement, pour les

coups de lancette, jamais homme ne présenta une plus large surface.

M. Dudon était un de ces hommes trop compromis pour pouvoir l'être

davantage, comme tous les partis en traînent à la remorque; hommes de

tous les dévoûments dangereux et bien payés, compères de tous les tours

de passe-passe politiques. Serviteur à tout faire du ministère, on le

mettait en avant dans toutes les questions scabreuses. Réussissait-on,

tant mieux; échouait-on, on le désavouait.

A la tribune il recevait sans sourciller toutes les bordées d'injures de

tous les partis; il eut presque autant à souffrir de l'extrême droite

que de l'extrême gauche. Manuel l'appelait «un homme dangereux et

compromettant pour son propre parti.» Le général Foy disait, en parlant

de M. Dudon: «Il est des hommes dont la position est si malheureuse et

si embarrassante, qu'ils ne peuvent monter à la tribune que pour

débiter des calomnies.»

_Figaro_ revient à chaque instant sur les malversations dont M. Dudon

était accusé, malversations qu'il appelle d'un nom beaucoup plus vif. Le

petit journal n'était pas le seul à rappeler les accidents de la vie

publique de l'homme-écran du ministre. M. Dupont (de l'Eure) lui criait

en pleine chambre: «Liquidez vos comptes et ne calomniez pas d'honnêtes

gens;» en pleine chambre encore, on lui jetait au visage cette rude

apostrophe: «Je le déclare ici, je défie ouvertement M. Dudon de citer

une seule transaction _véreuse_ (et certes, il en connaît beaucoup) à

laquelle j'aie pris part. Je ne suis pas de ces hommes justement

méprisés qui ont indignement abusé de leurs fonctions pour s'enrichir

par des rapines et des _liquidations_ scandaleuses, qui ont forcé les

ministres du roi à les chasser de leur administration, et à proclamer

leur infamie.»

Pour tout dire, «M. Dudon avait été, sous l'Empire, enfermé à Vincennes

pour avoir déserté son poste, abandonné l'armée d'Espagne et répandu la

terreur dont il était saisi sur toute la route qu'il avait parcourue.» A

la chute de l'Empire, il fut tiré de prison par M. de Talleyrand et

chargé d'enlever à Orléans le trésor particulier de l'Empereur. Il

réussit; il est vrai que l'histoire a qualifié de vol cette spoliation.

Plus tard, il fut destitué par M. de Richelieu de la présidence de la

commission de liquidation des créances étrangères.

C'est à ces deux aventures surtout qu'à tout moment il est fait

allusion.

ÉPIGRAMME.

Lui, se vendre; et quel prix voulez-vous qu'on l'achète

Sans craindre d'avoir fait la plus mauvaise emplette?

--Alors, il s'est donné.--Donné pour rien, pardon;

Mais qui même à ce prix pourrait vouloir du don?

Mercredi, 21 février 1827.

NOUVEAU DIALOGUE DES MORTS

L'EXCELLENCE.

Quel bruit désagréable arrive à mon oreille! Dieu me pardonne! l'enfer

aurait-il aussi des imprimeries? Oui, ce sont les gémissements d'une

presse...

GUTTENBERG.

La belle invention! En vérité, j'ai mérité la reconnaissance des

hommes...

L'EXCELLENCE.

Quelle sottise dites-vous là, Monsieur l'imprimeur?

GUTTENBERG.

Voilà une ombre qui arrive tout au moins en droite ligne du royaume des

Topinambours.

L'EXCELLENCE.

Monsieur au bonnet de papier, voudriez-vous, s'il vous plaît,

m'apprendre quel privilége vous avez pour vous servir de cet instrument

diabolique?

GUTTENBERG.

Je vois que Monsieur n'est ici que d'hier. Nous autres trépassés, tout

morts que nous sommes, nous aimons à faire encore ce que chacun de nous

faisait sur la terre; j'use amplement de la permission, et j'imprime.

L'EXCELLENCE.

Un article du _Moniteur_? une note secrète?

GUTTENBERG.

Fi donc! Voltaire, Fénelon, Rousseau, Bossuet.

L'EXCELLENCE.

Tous ces auteurs-là sont à l'index, et je me verrai forcé de sévir

contre vous. Rappelez-vous le texte de la loi: défense d'imprimer...

GUTTENBERG.

On devrait, au contraire, me délivrer un brevet d'invention.

L'EXCELLENCE.

Comment! vous seriez le mauvais génie qui a perdu, par l'excès des

lumières, les hommes que vous vouliez éclairer par la _philosophie_?...

GUTTENBERG.

C'est un caractère de nouvelle date, je n'employais que le _cicéro_...

L'EXCELLENCE.

Un bavard qui s'escrimait contre les ministres dans la chambre des

députés des _Romains_.

GUTTENBERG.

J'ai toujours affectionné l'_italique_.

L'EXCELLENCE.

Vous osez parler de l'usurpateur devant une Excellence! Vous êtes, je le

vois, un imprimeur enragé, un républicain, un petit Romain...

GUTTENBERG.

Je fais beaucoup de cas de ce caractère... Mais, en vérité, je ne

comprends rien à tout ce que vous dites. Qu'étiez-vous donc sur la

terre?

L'EXCELLENCE.

Je faisais des lois.

GUTTENBERG.

Si vous le voulez, j'imprimerai vos ouvrages?

L'EXCELLENCE.

Insolent! vous me plaisantez, je crois; sachez que ce matin encore

j'étais ministre...

GUTTENBERG.

Et ce soir vous voilà mort, par suite sans doute d'un jugement, d'un

arrêt...

L'EXCELLENCE.

Non pas, nous ne mourons plus ainsi. Figurez-vous que j'avais aboli

l'imprimerie, et, pour le plus grand bonheur de mes concitoyens, j'avais

ruiné quelque cent mille familles...

GUTTENBERG.

Cent mille familles! Je devine la fin de l'anecdote, il n'a fallu qu'un

désespoir...

L'EXCELLENCE.

Au contraire, j'aurais vécu longtemps encore si, à force de timbrer les

autres...

GUTTENBERG.

Je comprends; mais, M. l'ex-Vandale, ma presse est, Dieu merci, à l'abri

de vos arrêts. J'aperçois Astaroth qui vient vous lire votre sentence;

écoutez.

ASTAROTH, _lisant_.

«La susdite ombre est condamnée à être apprenti imprimeur sous les

ordres de Guttenberg...»

L'EXCELLENCE.

Apprenti vous-même.

ASTAROTH.

«Pendant deux mille ans.» A l'ouvrage, petit.

L'EXCELLENCE.

Si je reviens jamais de ce bas monde, je ferai pendre tous les

imprimeurs.

GUTTENBERG.

On vous formera, mon enfant.

COUPS DE LANCETTE.

On a vu M. de Sal... qui s'amusait à graver ces mots sur une pièce de

quarante-huit: _Remède contre l'imprimerie_.

* * * * *

M. Ouvrard a obtenu la permission de sortir de Sainte-Pélagie pour trois

jours. Deux gendarmes et un huissier l'escorteront partout. C'est la

liberté que M. de P..... promet aux imprimeurs.

* * * * *

On dit que depuis hier M. le comte de P..... se sent le timbre fêlé.

* * * * *

M. de Saint-Chamans, que _Figaro_ appelle tantôt monsieur de

C'est-charmant ou monsieur Tant-mieux, avait été un des plus chauds

partisans, un des défenseurs les plus opiniâtres du projet de loi sur la

presse. Ce surnom de Tant-mieux lui venait d'une phrase malencontreuse

prononcée à la tribune: «Le projet de loi,» s'était-il écrié,

«empêchera, dit-on, tout à la fois les bons et les mauvais livres, les

bonnes et les mauvaises maximes; tant mieux.» (_Explosion de murmures._)

«Oui, Messieurs,» répète M. de Saint-Chamans avec plus de force, «tant

mieux! tant mieux! tant mieux! Tous ceux qui _croient_, en politique

comme en religion, doivent _croire_ sur la parole seule de l'autorité

légitime.»

Franchement une telle profession de foi valait bien quelques épigrammes.

M. de Sallaberry, dont il est question quelques lignes plus haut, était

aussi fort partisan de la loi. C'est lui qui avait comparé l'imprimerie

au _manioc_, d'où le surnom de M. Manioc que lui donnèrent les petits

journaux de l'époque. C'est lui encore qui, dans le même discours,

s'écriait avec véhémence: «Redoutons, Messieurs, le fléau de

l'imprimerie, seule plaie dont Moïse oublia de frapper l'Egypte.»

(_Interruptions et éclats de rire._)

ÉPITAPHE.

Entêté, ridicule, ennuyeux,

Hélas! il gît ici, ce bon monsieur Tant-mieux,

Qui voulait que lui seul sût lire.

Quand ses graves discours faisaient pâmer de rire,

Tout fier de leur effet, il s'écriait: Tant mieux!

Je suis un fou: Tant mieux!

Un sot même. Tant mieux!

Tant mieux! tant mieux! tant mieux!

Enfin, ces mots lui plaisaient tant à dire,

Qu'à l'instant où la mort vint lui fermer les yeux,

Il bégayait encor: Tant mieux!

COUPS DE LANCETTE.

M. de C'est-charmant pense que les muselières nous conviendraient mieux

encore que la censure.

* * * * *

On a vu l'autre jour un Cosaque du Don se dévouer pour sauver son maître

qui allait se noyer. Ils ont du bon, ces Cosaques.

* * * * *

Le fameux «_tant-mieux_» de M. de Saint-Ch... est destiné à partager

(sublime à part) la célébrité du _qu'il mourût_! et du _qu'en dis-tu_?

ÉPITAPHE.

J'ai vécu des produits de ma plume vénale;

J'ai vécu d'un journal par moi mis à l'encan;

De honte j'ai vécu; j'ai vécu de scandale;

J'ai vécu de la croix; j'ai vécu du turban;

J'ai vécu, j'ai vécu, gazetier famélique,

Quatre-vingts ans passés... Mais je voulus, enfin,

Vivre un matin de l'estime publique,

Et le soir, j'étais mort de faim.

COUPS DE LANCETTE.

M. de V... assure que MM. de P... et Fren... sont des hommes d'un grand

prix.

* * * * *

Mademoiselle Adel... disait: Si jamais je prenais un mari, ce serait M.

de Laboë... que je voudrais, il vote toujours pour l'adoption.

* * * * *

M. Dud... est tellement dévoué à son maître, qu'il irait partout, au

seul commandement de celui-ci. Quand donc lui plaira-t-il de l'envoyer

au diable?

* * * * *

--Le mensonge déshonore.

--C'est possible, répondit M. de V..., mais ça n'ôte pas un

portefeuille.

* * * * *

M. de Villèle, grâce à la façon hardie dont il avait mené les dernières

élections, avait réussi à se constituer une imposante majorité. Il

n'avait, il faut lui rendre cette justice, reculé devant aucun moyen. Il

avait donné pleins pouvoirs aux préfets, en leur notifiant qu'ils

répondaient «sur leurs places» du vote des électeurs de leur

département. Cette notification eut les meilleurs résultats. Partout on

employa l'intimidation; les destitutions des fonctionnaires

_mal-pensants_ étaient à l'ordre du jour. Dans certaines provinces, on

eut recours à la gendarmerie. De son côté, le clergé agissait.

Donc le ministère eut sa majorité. La Chambre _introuvable_ de 1815

était _retrouvée_.

On appela cette majorité les _Trois-Cents_ de M. de Villèle; puis, par

allusion aux trois cents combattants des Thermopyles, on les appela _les

Spartiates_.

Les députés étaient admirablement choyés. M. de Villèle leur avait dit:

«Vous êtes ici non pour discuter, mais pour voter.» Ils obéissaient, il

fallait bien les en récompenser.

C'était alors le bon temps des dîners ministériels. Tous les députés

bien pensants avaient, dit-on, leur rond de serviette chez MM. de

Villèle et de Peyronnet. «On tenait, dit un petit journal, les députés

par la gueule.» Un autre disait: «Quand on a la bouche pleine, on ne

parle pas;» ou encore: «Un homme qui digère ne refuse rien.» Et le

public riait.

Figaro fait chorus. Sans cesse il revient aux tables ministérielles; il

énumère avec complaisance les truffes, les primeurs, les mets délicats

servis aux Spartiates affamés. Il fait le compte des bouteilles bues; il

voudrait avoir pris mesure de la taille des _Trois-Cents_, pour savoir

s'ils ont beaucoup engraissé pendant la session. Pour les Spartiates, il

réserve ses plus méchants quolibets, ses plus mordantes épigrammes. On

dirait qu'il essaye de leur couper l'appétit. Il n'y réussit pas, et

c'est d'un ton dolent qu'il s'écrie: «Leur appétit nous ruine.»

Il est vrai que cette majorité coûtait gros; grasse était la solde des

Spartiates.

--Monsieur, demandait un jour Charles X, combien pensez-vous qu'il

faille à un député pour vivre honorablement à Paris?

--Je pense, Sire, qu'avec six mille francs...

--Six mille francs! dites-vous, s'écria le roi, il en est auxquels je

donne plus du double et qui se plaignent de mourir de faim.

Et le roi ne comptait ni les places ni les sinécures.

Il y a cependant à ceci une moralité assez bonne à méditer pour les

gouvernements: c'est cette majorité si chèrement et si déloyalement

obtenue qui renversa le ministère Villèle et prépara la chute de Charles

X.

COUPS DE LANCETTE.

Samson n'en avait qu'une pour combattre ses ennemis; beaucoup plus

heureux, M. de V... en a trois cents.

* * * * *

Ces messieurs veulent bien dire des absurdités, mais sans que le public

en soit instruit: au moins voilà du respect pour le public.

ÉPIGRAMME

TRADUITE DE MARTIAL.

Pourquoi veux-tu, Truffus, pour un mot indiscret

Couper la langue à ton esclave?

Ne sais-tu pas que le peuple te brave,

Et qu'il parle, quand il se tait?...

COUPS DE LANCETTE.

Dorénavant, tout écrivain qui n'aura pas 50,000 francs de rentes, sera

un homme sans considération et sans talent. D'après cette nouvelle

découverte, M. de Rothschild va se trouver le gros génie de l'époque.

* * * * *

.....«J'en appelle à votre conscience......»

(_Silence universel._)

* * * * *

Les prières des agonisants sont à l'ordre du jour.

Samedi, 17 mars 1827.

LE DÉCALOGUE DU SPARTIATE.

1. Pour seul dieu tu reconnaîtras

Celui qui te truffe amplement.

2. Dans les grands jours tu te tairas

Par respect pour le rudiment.

3. Avec un tel tu voteras

Par assis levé seulement.

4. Un tel, un tel applaudiras

Par politesse purement.

5. Tandis qu'un tel tu siffleras

Ainsi qu'un tel mêmement.

6. Leurs beaux discours réfuteras

Par un loyal trépignement.

7. Eloquent point tu ne seras,

Car c'est du luxe assurément.

8. Et comme un tel tu parleras

Contre le bon sens sciemment.

9. Jamais tu ne t'aviseras

D'avoir esprit ni jugement.

10. Jusqu'à la mort tu resteras

Fidèle à ce commandement.

COUPS DE LANCETTE.

La Conciergerie est, de nos jours, tout près du Parnasse.

* * * * *

Des joueurs bien connus ont perdu une partie de boules aux

Champs-Elysées; ils demandent leur revanche dans le jardin du

Luxembourg.

* * * * *

Cependant, ils ne sont pas inviolables, puisqu'on peut les _empoigner_.

* * * * *

Il était assez audacieux, en ce moment, de rappeler aux Trois-Cents

qu'ils n'étaient pas inviolables,--pour le peuple, est sous-entendu.--Quant

au mot _empoigner_, c'est une allusion au fait bien connu de l'expulsion

de la Chambre du député Manuel. Fort de son droit et de sa conscience,

considérant la résistance comme un devoir, le célèbre orateur avait

déclaré qu'il ne céderait qu'à la force. Il tint parole. La garde

nationale, envoyée pour l'expulser, refusa d'obéir à l'ordre inique. On

fit alors marcher la gendarmerie, sous les ordres du colonel Foucauld.

Trois fois le colonel somma Manuel de sortir, et comme il «refusait

d'obtempérer:»

--Gendarmes, s'écria M. Foucauld, _empoignez-moi_ M. Manuel.

Le mot est resté.

Jeudi, 22 mars 1827.

UN SPARTIATE ET SON FILS

LE SPARTIATE.

Mon fils, qu'est-ce que c'est que la Sparte moderne?

LE PETIT.

On appelle ainsi une grande étendue de terrain qui produit des truffes

et du vin de Champagne.

LE SPARTIATE.

Quelle est la capitale de ce royaume?

LE PETIT.

Un grand hôtel avec des factionnaires à la porte.

LE SPARTIATE.

On a l'habitude d'employer le mot _patrie_; que veut-il dire?

LE PETIT.

Ce mot-là ne signifie rien.

LE SPARTIATE.

Quel est le meilleur gouvernement?

LE PETIT.

Celui sous lequel on fait les meilleurs dîners.

LE SPARTIATE.

Quel est l'homme le plus utile dans un État bien organisé?

LE PETIT.

Le chef de cuisine du ministre.

LE SPARTIATE.

Comment reconnaît-on le bon parti?

LE PETIT.

Aux opinions gastronomiques.

LE SPARTIATE.

Quel talent faut-il pour réussir?

LE PETIT.

Il ne faut qu'une mâchoire garnie de ses trente-deux dents et en

activité.

LE SPARTIATE.

Comment sert-on le mieux son pays?

LE PETIT.

En le mangeant.

LE SPARTIATE.

Qui peut empêcher l'homme le plus habile de faire son chemin?

LE PETIT.

Un mauvais estomac.

LE SPARTIATE.

Qu'est-ce qu'une loi?

LE PETIT.

Un ragoût assaisonné aux truffes.

LE SPARTIATE.

Qu'est-ce qu'un homme qui a fait ses preuves ne doit jamais refuser?

LE PETIT.

Une invitation à dîner.

LE SPARTIATE.

Où doivent se discuter les affaires importantes?

LE PETIT.

Dans la salle à manger.

LE SPARTIATE.

Assez pour aujourd'hui; vous savez votre leçon à merveille. Je suis

satisfait. Dites à votre bonne de vous donner à déjeuner.

LE PETIT.

Je voudrais des truffes, papa.

LE SPARTIATE.

Quand vous serez plus grand... (_A part._) Il n'y a plus d'enfants.

PENSÉES D'UN SPARTIATE.

* Les grandes pensées viennent de l'estomac.

* Tous les chefs-d'oeuvre de nos grands écrivains ne valent pas la

carte d'un restaurateur.

* Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es.

* Le Tibre a des Césars; la Seine a des Chevet.

* L'amitié est une sauce piquante qu'on mange à deux.

* La truffe ne vieillit pas.

* On imprime que, depuis 400 ans, on a dîné de tout temps.

* On a vu monsieur de C'est-charmant hausser les épaules; il se parlait

à lui-même.

* Il est tout naturel que les ennemis de l'imprimerie en veuillent à

certains académiciens, ils ont montré quelque caractère.

ÉPIGRAMME.

--A cent francs le journal! c'est la dernière enchère.

--J'en offre dix écus.--C'est peu.--J'en suis fâché.

--Voyez la marchandise... On ne peut vous surfaire.

--Allons! dix sous de plus, et pour finir l'affaire,

Je prends les rédacteurs par-dessus le marché.

COUPS DE LANCETTE.

Les épiciers préparent déjà des lampions.

* * * * *

M. le prince de H... veut absolument que le mot schlague soit français.

* * * * *

Mille garapines! ces chournalisdes sont bar drop méchants! disait un

général français; on téfrait leur tonner sur les oncles!.....

MANIÈRE DE FAIRE UN GÉNÉRAL.

Vous prenez un individu... le premier qui vous tombe sous la main...

cependant n'allez pas le choisir dans la classe des _féroces_. Tâchez

de le prendre spirituel..... imbécile, ce serait absolument la même

chose. Le sujet sera d'avance suffisamment mortifié. Vous lui apprenez

l'exercice..... du chrétien, c'est-à-dire son _pater_, son _ave_, son

_credo_ et son _meâ culpâ_, soit en latin, soit en grec, soit en

anglais, soit en allemand; il suffit que ce ne soit pas en français.

Vous lui faites ensuite connaître tous les canons... qui se sont chantés

et qui se chantent à Rome, depuis le pontificat de Grégoire Ier. Il

doit aller, les yeux fermés, de la caserne à la paroisse, et de la

paroisse à la caserne, car c'est indispensable s'il veut faire son

chemin. Vous avez soin de lui jeter sur le dos un habit bleu brodé en

feuilles de chêne et de laurier, c'est le symbole de sa gloire... à

venir. Puis vous lui mettez deux belles épaulettes, vous l'attachez à un

grand sabre, et..... il ne faut plus qu'un miracle pour le faire

marcher.

Le 28 mars 1827 mourut, à l'âge de quatre-vingts ans, un homme qui, dit

M. de Vaulabelle, «honorait à la fois son nom, le rang où il était né et

la France,» le duc de La Rochefoucauld-Liancourt.

Dévoué aux Bourbons jusqu'à sacrifier pour eux sa vie et sa fortune, le

duc de La Rochefoucauld eut ce rare honneur de déplaire au gouvernement

de la Restauration. Nommé pair de France, il figurait dans la chambre

héréditaire au nombre des membres de l'opposition, et prêtait ainsi à la

cause libérale l'appui d'une belle vie et d'un grand nom.

Cela déplut à M. de Corbière, qui ne craignit pas de retirer brutalement

au duc plusieurs fonctions _purement honorifiques_ auxquelles son grand

caractère l'avait naturellement désigné.

Le duc, malgré cette injure, resta fidèle à la cause de toute sa vie;

mais, tandis que cette injustice lui faisait une grande popularité, son

attitude le brouillait irrévocablement avec la congrégation.

Ainsi que nous venons de le dire, le duc de La Rochefoucauld mourut le

28 mars. Il n'était pas rentré en grâce. Ses obsèques furent indiquées

pour le 30. Au milieu de l'immense concours de personnes qu'elles

attirèrent, on remarquait un assez grand nombre d'anciens élèves de

l'Ecole des Arts et Métiers de Châlons, école dont le duc était

fondateur.

L'ancien Figaro · 第 6 / 18 段