Les grammairiens en général n'ont qu'un seul procédé: ils commencent par
poser _à priori_ un principe sans autre fondement que leur bon plaisir
et souvent leur ignorance, qu'ils ne manquent pas d'appeler _la
logique_. Voilà la loi faite. Armés de cette loi, ils regardent ensuite
dans les écrivains. Naturellement tout ce qu'ils y rencontrent de
favorable, ils ne manquent pas de le citer en confirmation de leur
théorie; quant aux exemples contraires, ils savent encore en tirer parti
dans leur intérêt: Rousseau a violé la règle dans tel passage... Bossuet
a péché contre la pureté de la langue... J. J. Rousseau a méconnu le
principe... Pascal ou Molière ne s'est donc pas exprimé correctement
quand il a dit... Il faut bien se garder d'imiter Voltaire quand il
écrit... _etc., etc._ Qui donc imiterons-nous pour être assurés de bien
parler français? Qui? MM. Féraud, Girault, Andry de Boisregard, Landais,
Boniface, Domergue, Demandre... Voilà les autorités véritables et les
guides infaillibles.
(_Voyez_ OU, p. 401.)