LÉSINE, ALESINE.

On devrait dire _alesine_, _l'alesine_; _la lésine_ est la même faute

que _la Guyane_, _la Natolie_. (_Voy._ p. 150 et 397.)

_Alesina_ est, en italien, une alêne de cordonnier. A la fin du XVIe

siècle, Vialardi composa une satire de l'avarice et des avares,

intitulée _la Compagnie de l'Alène_, _la Compagnia dell' Alesina_. Ce

livre, qui obtint un très-grand succès, fut traduit dans notre langue en

1604, et fit éclore une foule d'imitations: _les Noces de la Lésine_,

_la Contre-Lésine_, etc. Le mot _lésine_ ne remonte donc pas plus haut

que le XVIe siècle. Regnier, dans sa satire du mauvais repas:

Or, durant ce festin, damoyselle famine,

Avec son nez étique et sa mourante mine,

Ainsi que la cherté par édit l'ordonna,

Faisoit un beau discours dessus la _lézina_.

C'est ainsi que toutes les éditions écrivent le dernier vers.

L'étymologie commandait de mettre:

Faisoit un beau discours dessus l'_alésina_.

Évidemment, Regnier fait allusion au livre de Vialardi, et se sert du

mot italien, qui, probablement, n'avait pas encore été francisé en

_lésine_. On aurait dû dire _alesine_, comme on avait fait par syncope

_alesne_. J'observerai, en passant, que Regnier se nourrissait de la

lecture des ouvrages italiens; il est plein d'imitations du Caporali, du

Mauro et d'autres.

Pourquoi appelait-on les avares la Compagnie de l'alêne? L'abbé Goujet

dit que l'on était reçu dans la compagnie de l'_alesina_ quand on savait

bien manier l'alêne et allonger le cuir avec les dents. C'est une

explication conjecturale, et imaginée évidemment d'après la locution

qu'il s'agit d'expliquer. Il est probable qu'on trouverait la véritable

origine de cette métaphore dans le livre de Vialardi. Je ne l'ai point

vu, mais je crois pouvoir rapporter au symbole qu'il a choisi cette

expression du peuple, pour dire qu'un cuisinier a été avare de beurre

dans un ragoût: On y a mis du beurre _avec une alêne_.

Vialardi n'a point d'article dans la _Biographie universelle_; Ginguené

n'en fait pas mention davantage. Baillet et l'abbé Goujet parlent de lui

et de son livre. (_Anti_, in-4º, p. 368, et _Biblioth. française_, VIII,

134.)

Des variations du langage français depuis le XIIe siècle ou recherche des principes qui devraient régler l'orthographe et la prononciation · 第 144 / 227 题