LÉANS, CÉANS.

Deux expressions excellentes, sonores, pleines de sens, que rien ne

remplace.

_Léans_ est pour _là ens_, _là dedans_;

_Céans_, pour _ci ens_, _ici dedans_. L'euphonie a légèrement modifié

leurs racines.

_Léans_ se rapporte à un lieu qu'on désigne; _céans_ marque le lieu où

l'on est dans le moment où l'on parle.

Aubérée guette l'instant de la sortie d'un mari pour se glisser chez sa

femme:

Et fu a un jor de marchié

Que la vielle ot bien agaitié

Que li sires n'ert pas _laiens_.

Et Diex, fait elle, soit _Caiens_!

Orgon rentrant chez lui après une absence:

Qu'est-ce qu'on fait _céans_? comme est-ce qu'on s'y porte?

Vous noterez que l'ange était un drôle,

Un frère Jean, novice de _léans_.

(LA FONTAINE, _Féronde, ou le Purgatoire_.)

La Fontaine emploie souvent _léans_ et _céans_. Molière n'emploie que le

second, l'autre était déjà trop vieux; mais _céans_ avait toujours cours

parmi la bourgeoisie. Il sied admirablement dans la bouche de madame

Jourdain, de madame Pernelle, de Dorine, de Chrysalde.

Mais les rogneurs de notre langue ont décidé qu'_ici_ et _là_

suffisaient à tout.

Des variations du langage français depuis le XIIe siècle ou recherche des principes qui devraient régler l'orthographe et la prononciation · 第 143 / 227 题