Les 'Hamites furent donc, des trois grandes divisions de l'humanité

279 Noa'hide que la Bible montre se séparant après la confusion des

langues, ceux qui s'éloignèrent les premiers du centre commun, se

répandirent d'abord sur la plus vaste étendue de territoire et

fondèrent les plus antiques monarchies. Ce fut chez eux que la

civilisation matérielle fit d'abord les plus rapides progrès. Mais

Noa'h avait maudit son fils 'Ham pour lui avoir manqué de respect

dans son ivresse et pour avoir tourné en dérision la nudité

paternelle. «Tu seras le serviteur de Schem et de Yapheth,» lui

avait-il dit. Cette malédiction s'accomplit dans sa plénitude. Les

empires fondés par les 'Hamites se trouvèrent bientôt en contact

avec les deux autres races, qui entrèrent en lutte avec eux, les

vainquirent et s'emparèrent des pays qu'ils occupaient. Les Sémites

les remplacèrent dans la Chaldée, dans l'Assyrie, dans la Palestine

et dans l'Arabie; les Aryas dans l'Inde et la Perse. Les

descendants du fils maudit ne maintinrent leur puissance qu'en

Afrique et particulièrement en Égypte, où s'éleva la plus

florissante de leurs colonies. Et même encore là, dans la suite des

siècles, les effets de la malédiction paternelle ont fini par les

atteindre. Si 'Ham y est resté libre et maître plus longtemps

qu'ailleurs, il n'y est pas moins à la fin devenu le serviteur de

Schem. Après avoir été conquis par les Grecs et les Romains,

descendants de Yapheth, la Phénicie, l'Égypte et le nord de

l'Afrique obéissent depuis des siècles à des Arabes; les Éthiopiens

ont été conquis par des tribus sémitiques, qui se sont amalgamées

avec eux. Si la famille de 'Ham subsiste encore dans un certain

nombre de pays et y forme toujours le fond de la population, nulle

part, depuis des centaines et des centaines d'années, elle n'a une

vie propre et nationale et ne forme un État indépendant.

Les descendants de 'Ham furent les premiers, parmi l'humanité

Noa'hide, à marcher dans la vie de la civilisation matérielle,

qu'ils poussèrent à un haut degré de développement. Mais s'ils

avaient sous ce rapport des aptitudes remarquables, leur race garda

toujours l'empreinte des tendances dépravées et grossières qui

avaient attiré sur 'Ham la malédiction paternelle. Les peuples

'hamites ont été tous profondément corrompus, à part les Égyptiens,

qui forment à cet égard parmi eux une éclatante exception. Leurs

religions (en mettant aussi à part celle de l'Égypte) ne sortaient

pas du matérialisme le plus absolu, exprimé sans pudeur, par des

fables révoltantes et par des symboles d'une inconcevable

obscénité. Aussi le triomphe des familles de Schem et de Yapheth

280 a-t-il été partout la substitution d'une civilisation plus haute et

plus épurée à celle que les 'Hamites avaient établie, l'avénement

d'une morale plus pure et d'une religion plus spirituelle, même au

milieu des erreurs de l'idolâtrie.

FAMILLE DE SCHEM.--Les descendants de Schem furent les seconds à se

répandre dans le monde, en quittant la contrée que les enfants de

Noa'h avaient habitée à la suite du Déluge. Ils occupèrent les pays

qui s'étendent depuis la haute Mésopotamie jusqu'à l'extrémité

méridionale de l'Arabie et depuis les bords de la mer Méditerranée

jusqu'au delà du Tigre. L'énumération de leurs différentes

branches, dans le chapitre X de la Genèse, suit un ordre

géographique régulier, procédant d'est en ouest. Car on donne pour

fils à Schem, _'Elam_, _Asschour_, _Arphakschad_, _Loud_ et _Aram_.

[Illustration 304: Têtes d'Élamites de la classe inférieure, au

type négroïde[2].]

[Note 2: D'après les sculptures assyriennes du palais du roi

Asschour-bani-abal, à Koyoundjik, l'ancienne Ninive.]

Le premier-né est donc _'Elam_. Ce nom, d'origine sémitique et

signifiant «le pays élevé,» le pays des montagnes par opposition

aux plaines de la Chaldée[131], est celui par lequel les Assyriens,

les Hébreux et les peuples congénères désignaient la Susiane ou

Élymaïs de la géographie classique, la contrée située entre le

Tigre et la Perse. Au premier abord on est surpris de voir la

population de ce pays donnée comme sémitique, car linguistiquement

le pays de 'Elam est absolument étranger au monde sémitique. La

langue qu'on y parlait, et dont nous possédons un certain nombre de

monuments écrits, était un idiome agglutinatif, tenant de très près

à celui du vieux fond anté-aryen de la population de la Médie, et

apparenté dans une certaine mesure aux langues altaïques,

particulièrement à celles du rameau turc. Il ne paraît pas douteux

aujourd'hui que la masse du peuple élamite ou susien ne se composât

de tribus juxtaposées et en partie croisées, se rattachant les unes

à la souche de 'Ham comme les Cissiens et les Cosséens, les autres

à la souche touranienne comme les Susiens proprement dits, comme

les Susiens (_Schouschinak_ dans leur propre langage), les

281 Apharséens ou Amardes (_Hafarti_) et les Uxiens (nom tiré par les

Grecs du Perse _Ouvaja_). Les sculptures assyriennes représentant

des scènes des guerres des monarques ninivites dans le pays de

'Elam, montrent qu'un type négroïde très caractérisé prédominait

dans cette population de sang extrêmement mélangé. Mais en même

temps elles justifient l'écrivain biblique en attribuant à la

plupart des chefs de tribus et des hauts fonctionnaires de la cour

des rois de Suse un type de race tout à fait différent de celui des

hommes du peuple, des traits qui sont, sans aucun doute possible,

ceux des nations syro-arabes. Il y avait donc eu dans le pays de

'Elam, à une époque qu'il nous est impossible de déterminer,

introduction d'une aristocratie se rattachant à la race de Schem,

aristocratie qui avait rapidement adopté le langage du peuple

auquel elle s'était superposée, mais qui, ne se mélangeant pas avec

les indigènes des classes inférieures, avait conservé fort intact

son type ethnique particulier. C'est là ce que le document sacré

désigne sous le nom de _'Elam_, fils de Schem.

[Note 131: C'est aussi le sens du nom donné au même pays dans la

langue accadienne, _Nima_.]

[Illustration 305: Tête d'un Élamite de la classe aristocratique,

au type sémitique[1].]

[Note 1: D'après les sculptures assyriennes de Koyoundjik.]

_Asschour_, second fils de Schem, personnifie la nation des

Assyriens, qui joua un si grand rôle dans l'histoire de l'Asie

occidentale. La langue et la civilisation sont communes aux

Assyriens proprement dits et aux Chaldéo-Babyloniens; mais les

monuments figurés de ces peuples eux-mêmes montrent que leur type

physique et anthropologique différait profondément. Les Assyriens

ont tous les traits propres aux peuples syro-arabes; ils peuvent en

passer pour une des nations caractéristiques et typiques au point

de vue de l'apparence extérieure, ce qui s'applique très bien à la

place donnée à _Asschour_ dans la descendance de Schem. Les

Chaldéo-Babyloniens s'en distinguent d'une façon très accusée; il

suffit de voir leur figure dans les bas-reliefs exécutés avec soin

pour reconnaître que, malgré la communauté de langue, ce sont des

hommes d'une autre race. Et en effet, nous verrons en étudiant leur

histoire que leur nation s'est formée de la fusion de deux éléments

ethniques: l'un à qui appartenait en propre à l'origine la langue

282 de la famille syro-arabe dit abusivement _assyrienne_, mais que la

Genèse, en parlant de son héros légendaire Nimrod, range dans la

descendance de Kousch; l'autre, parlant un idiome agglutinatif très

particulier, est le peuple de Schoumer et d'Akkad, comme il

s'intitulait lui-même, qui paraît devoir être rapporté à la souche

touranienne. La distinction d'origine ethnique, que la Bible

établit entre les Assyriens et les Chaldéo-Babyloniens, est donc

parfaitement justifiée au point de vue scientifique.

[Illustration 306: Types d'Assyriens[1].]

[Note 1: D'après les bas-reliefs de l'Assyrie. La figure imberbe,

placée entre les deux autres, est celle d'un eunuque.]

Le texte sacré ajoute que c'est de la terre où Nimrod avait établi

son empire kouschite et où se trouvaient les quatre villes de Babel

(_Babilou_, Babylone), Érech (_Ourouk_, Orchoé), Akkàd et Kalneh

(_Koulounou_), que sortit Asschour; après quoi il bâtit Ninive et

les cités voisines. Ceci encore est de la plus merveilleuse

exactitude. Nous verrons, en effet, dans le livre de cette histoire

qui sera consacré aux Assyriens, que la civilisation

chaldéo-babylonienne était déjà depuis longtemps constituée, et

parvenue à un haut point de splendeur quand les tribus de race

sémitique pure, riveraines du Tigre, qui formèrent ensuite la

nation assyrienne, étaient encore à l'état de hordes confuses,

nomades et à demi barbares, auxquelles on donnait le nom collectif

de _Gouti_, en hébreu _Goim_. Une colonie babylonienne, prenant sa

route vers le nord, s'établit sur la rive occidentale du Tigre, à

l'entrée du territoire de ces tribus, dans le lieu qui s'appelle

aujourd'hui Kalah-Scherghât. Elle y fonda une ville, consacrée au

culte du dieu Asschour, un des dieux du panthéon

chaldéo-babylonien. Cette ville devint le foyer d'où la

civilisation et la langue de Babylone rayonnèrent sur les Gouti et

les conquirent. Peu à peu ils se groupèrent autour de ce centre,

283 reconnurent sa suprématie et se formèrent en unité nationale sous

le gouvernement de chefs, primitivement sacerdotaux, qui résidaient

dans «la ville d'Asschour.» Le dieu Asschour, sous les auspices

duquel ils s'étaient ainsi civilisés et constitués, devint leur

grand dieu national, le peuple que forma leur groupement «le peuple

d'Asschour» et leur territoire «le pays d'Asschour.»

[Illustration 307: Les deux types de visages des Babyloniens[1].]

[Note 1: D'après les sculptures du palais de Koyoundjik,

retraçant les campagnes du roi ninivite Asschour-bani-abal en

Babylonie.]

Le troisième fils de Schem, dans le tableau ethnographique de la

Genèse, est appelé _Arphakschad_. C'est une souche ethnique que

l'auteur représente comme se divisant, au bout de quelques

générations, en deux grands rameaux, les Tera'hites ou les Hébreux

et les peuples qui leur sont intimement apparentés, les Yaqtanides

ou populations sémitiques de l'Arabie méridionale. Les premiers

noms de la généalogie de cette section de la race de Schem, à

laquelle l'écrivain sacré donne un développement tout spécial,

parce que c'était celle à laquelle appartenait le peuple choisi

dont il racontait l'histoire, ont un caractère à part; ils ne sont

évidemment ni personnels, ni ethnographiques; leur sens est à la

fois géographique et historique. Ils représentent les premiers

faits de la migration d'est en ouest, de ce groupe des descendants

de Schem après la constitution de son individualité propre et avant

sa division en deux courants divergents. _Arpha-Kschad_ signifie

«limite du Chaldéen» ou plutôt «limitrophe du Chaldéen;» c'est

l'indication du point où fut le berceau du groupe. _Schela'h_, nom

donné comme celui de son fils, exprime «l'impulsion en avant,» la

mise en marche de ce rameau de populations, sortant de son premier

séjour pour se porter vers l'occident. A la génération suivante

_'Eber_ représente le «passage au delà (de l'Euphrate),» qui dut,

en effet, avoir lieu pour permettre aux Yaqtanides de gagner

l'Arabie et aux Tera'hites de s'établir autour d'Our des Kaschdim

ou Chaldéens, qui fut le point de départ de leur dernière

migration. Il rappelle aussi que les populations de la Syrie, en

vertu de ce même fait, donnèrent aux Tera'hites, quand ils vinrent

s'établir au milieu d'elles, le nom de _'Ebrim_ ou _Beni 'Eber_,

c'est-à-dire les gens venus d'au delà du fleuve, d'où l'on a fait

284 Hébreux. C'est à la génération après _'Eber_, autrement dit après

le passage sur la rive droite de l'Euphrate, que s'opère la

division du tronc ethnique en deux rameaux. Le représentant de

celui d'où sortirent les Tera'hites est _Peleg_, dont le nom

exprime l'idée de «division,» et le texte sacré insiste sur cette

signification; le représentant du rameau qui prend dès lors sa

route vers l'Arabie, a un nom ethnique, _Yaqtan_.

_Yaqtan_ revêt dans la tradition arabe la forme _Qa'htan_, qui est

le nom d'un canton situé dans le nord du Yémen, sans doute celui

d'où rayonnèrent toutes les tribus de cette race, qui se

superposèrent aux anciens habitants 'Hamites sur le littoral arabe

de la mer d'Oman. Les peuples yaqtanides ou qa'htanides constituent

dans la péninsule arabique la couche de populations que les

traditions recueillies par les Musulmans appellent _Moute'arriba_.

«Ils habitèrent, dit le texte, à partir de Mescha, en allant vers

Sephar, jusqu'à la Montagne de l'Orient.» Ces points géographiques

sont bien clairs: _Mescha_ est la Mésène de la géographie

classique, le _Maisân_ des écrivains syriaques, auprès de

l'embouchure commune de l'Euphrate et du Tigre, avec le _Mésalik_

de nos jours, c'est-à-dire la partie de désert, actuellement

habitée par la grande tribu arabe des Benou-Lam, qui s'étend

immédiatement en arrière de la contrée fertile du 'Iraq-'Araby;

_Sephur_ est le _Saphar_ des géographes grecs et latins, qui fut un

temps la capitale des Sabéens, le _Zhafâr_ d'aujourd'hui; quant à

la Montagne de l'Orient, cette désignation, par rapport à la

péninsule arabique, a trait évidemment au massif montueux et

fortement relevé du Nedjd. Ainsi les indications de la Genèse

déterminent pour l'habitation des Yaqtanides une vaste zone qui

traverse toute l'Arabie et comprend, à partir du Mésalik, le

Djebel-Schommer, le Nedjd, le midi du 'Hedjâz, le Yémen, le

'Hadhramaout et le Mahrah. Sur ce territoire, l'écrivain biblique

compte treize fils de Yaqtan ou peuples principaux issus de cette

souche:

_Almodad_, dont le nom présente l'article arabe _al_; ce sont

probablement les _Djor'hom_ de la tradition arabe, l'une des plus

puissantes nations issues de Qa'htan, qui habitait une portion du

'Hedjâz et dont les rois légendaires sont presque tous désignés par

l'appellation de _Modhadh_.

_Schaleph_ correspond bien manifestement aux _Salapeni_ de la

géographie classique et au canton actuel de _Salfieh_, au sud-ouest

de Çan'âa.

_'Haçarmaveth_ est la forme que devait revêtir régulièrement en

hébreu le nom du _'Hadhramaout_, le pays des Chatramotites des

Grecs.

285

_Yera'h_ ne peut être que la traduction hébraïque d'un nom de

peuple, qui en arabe avait le sens de «peuple de la lune;» les

commentateurs hésitent pour l'application de ce nom entre les

_Benou-Helal_ ou «fils de la nouvelle lune,» ancien peuple du nord

du Yémen, les Aliléens de la géographie classique, et la région du

_Djebel Qamar_, «la montagne de la lune,» dans le 'Hadhramaout

oriental.

Pas de doute que _Hadoram_ ne corresponde aux Adramites des

géographes classiques, donnés pour voisins des _Chatramotites_ mais

distincts d'eux.

_Ouzal_ représente le canton du Yémen où est située la ville de

Çan'âa, que les traditions arabes affirment s'être appelée _Aouzâl_

jusqu'à la conquête éthiopienne du Ve siècle de l'ère chrétienne.

Avec _Diqlah_ nous sommes obligés de rentrer dans la voie des

conjectures; aucun canton de l'Arabie ne nous offre d'appellation

analogue; mais ce nom signifie «palme» en hébreu; il doit donc

désigner une contrée particulièrement riche en palmiers, ou bien où

l'on rendait un culte religieux au dattier, comme le faisaient les

habitants de Nedjrân; la situation de ce dernier canton

conviendrait fort au groupement de _Diqlah_ avec les noms voisins.

_'Obal_, qui peut répondre à un protype arabe _Ghobal_, rappelle à

l'esprit les _Gebanitae_ de Pline, qui habitaient à l'ouest du

canton d'Aouzal, sur le bord de la mer, et dont la capitale, Tamna,

était une si grande ville qu'elle comptait jusqu'à 65 temples.

_Abimaël_, «le père de Maël,» représente un des cantons du pays de

Mahrah, la région principale de production de l'encens; le

naturaliste grec Théophraste dit, en effet, que de son temps le

meilleur encens venait du district de _Mali_, qu'on ne saurait

manquer d'identifier avec Maël.

Le sens de _Scheba_ est certain; ce sont les célèbres Sabéens, le

peuple le plus considérable et le plus fameux de l'Arabie-Heureuse.

Vient ensuite _Ophir_. Il ne saurait être ici question de l'Ophir

indien, du pays d'Abhîra, près des bouches de l'Indus; mais la

conjecture la plus vraisemblable, au sujet de l'Ophir arabe, est

que ce nom avait été appliqué dans l'usage à la région qui servait

d'entrepôt ordinaire aux produits de l'Ophir indien, c'est-à-dire

aux alentours du port de 'Aden, où les vaisseaux de l'Inde avaient

l'habitude d'apporter leurs marchandises, qu'y prenaient d'autres

vaisseaux faisant la navigation de la mer Rouge. Et, en effet, nous

286 voyons dans les géographes classiques la province du Yémen qui

s'étend le long du détroit de Bal-el-Mandeb, depuis Muza

(aujourd'hui Maouschid) jusqu'à 'Aden, appelée pays de _Maphar_,

appellation qui reproduit celle d'Ophir, avec une préformante _m_,

très fréquente dans les noms de lieux sémitiques.

_'Havilah_ est le pays de _Khaoulân_ dans le nord du Yémen,

touchant à la frontière du 'Hedjâz; c'est jusque là, est-il dit

plus loin dans la Genèse[132], que s'étendirent au sud les tribus de

la descendance de Yischmaël (Ismaël).

[Note 132: XXV, 18.]

Enfin le dernier des fils de Yaqtan est _Yobab_, dont le nom paraît

être altéré et devoir se corriger en _Yobar_; car Ptolémée

mentionne des _Iobaritæ_ dans l'Arabie méridionale, et les

traditions arabes enregistrent un peuple _Wabar_, issu de Qa'htan,

qui habitait à l'orient de 'Aden jusqu'à la frontière du

'Hadhramaout.

Pendant que la branche de _Yaqtan_ se divise ainsi, la descendance

de _Peleg_ se continue par les générations successives de _Re'ou_

(nom dont le sens implique la notion de la vie pastorale),

_Seroug_, _Na'hor_ et _Tera'h_. Après ce dernier personnage,

l'ensemble des tribus tera'hites ou des _'Ebrim_, opère sa

migration de la Chaldée occidentale en Syrie, où il a son premier

établissement à 'Haran, et la Bible nous le montre subissant une

division tripartite, qui semble calquée sur celle des fils de

Noa'h. Les trois fils de Tera'h sont _Abraham_, _Na'hor_ et

_'Haran_, tous trois chefs de divisions ethniques et pères de

nombreuses tribus. Na'hor reste fixé dans le _Paddan Aram_ ou _Aram

Naharaïm_, c'est-à-dire dans le vaste plateau de Damas, arrosé de

deux rivières, tandis que son frère Abraham se dirige vers le sud.

Là il a douze fils[133], qui représentent autant de peuplades, qui se

mêlent aux Araméens et s'étendent vers le sud, le long de la

lisière du désert. Lot, fils de 'Haran, suit la migration de son

oncle Abraham; la Genèse fait sortir de lui les peuples de Moab et

de 'Ammon, qui habitaient à l'Orient de la Mer Morte. Pour Abraham,

il a comme fils, de sa femme légitime Sara, Yiçe'haq (Isaac), qui

continue la lignée de la tribu aînée, et auparavant, de son esclave

Hagar, Yischma'el (Ismaël), qui, s'unissant à une Égyptienne, donne

à son tour naissance à douze fils, représentant les principales

tribus de la dernière couche de population de l'Arabie, les Arabes

proprement dits ou _Moust'ariba_ des écrivains musulmans. Les

287 tribus ismaélites, dont nous réservons l'examen détaillé pour une

autre partie de notre histoire, sont désignées dans le texte

biblique comme «habitant, les unes dans des villages et les autres

sous des tentes, depuis le pays de 'Havilah jusqu'au désert de

Schour à l'orient de l'Égypte, dans un sens, et de là jusqu'à la

frontière d'Asschour, dans l'autre sens[134].» Enfin Abraham, après

la mort de Sara, épouse une nouvelle femme, Qetourah, dont il a six

fils, représentant encore autant de peuplades, dont la liste

généalogique[135] suit l'ordre de leur position respective du sud au

nord. La plus importante est celle de _Midian_, fameuse dans

l'histoire des Hébreux, par ses conflits avec ce peuple; et les

autres appartiennent à son voisinage immédiat. L'auteur sacré

indique même que, de ses concubines, Abraham a eu encore de

nombreux fils, qu'il a envoyé au loin dans l'est, après les avoir

dotés[136], et qui y sont devenus les auteurs de tribus nomades. La

dernière division des Tera'hites se produit après Yiçe'haq, quand

de ses deux fils l'un, Yaqob (Jacob), surnommé _Yisraël_, devient

le père des Beni Yisraël ou Israélites, et de leurs douze tribus

(ce nombre de douze, qui se reproduit dans la famille de Na'hor et

dans celle de Yischma'el, est évidemment artificiel et cherché),

l'autre, 'Esav (Esaü), surnommé à son tour _Edom_, est l'auteur des

Édomites ou Iduméens. La Genèse attribue à 'Esav cinq fils, nés de

mères Kenânéennes ou Ismaélites[137]; ils représentent cinq tribus

qui, dans les montagnes de Se'ir, s'associent et se mêlent aux sept

tribus des 'Horim, habitants antérieurs du pays[138]. Ainsi la nation

des Édomites se montre à son tour formée encore de douze tribus,

issues de deux origines différentes.

[Note 133: _Genes_., XXII, 20-24.]

[Note 134: _Genes_., XXV, 12-18.]

[Note 135: _Genes_., XXV, 1-4.]

[Note 136: _Genes_., XXV, 6.]

[Note 137: _Genes_., XXXVI, 9-19.]

[Note 138: _Genes_., XXXVI, 20-30.]

[Illustration 311: Captif de la nation des Schasou, nomades

sémitiques du désert entre l'Égypte et la Syrie[4].]

[Note 4: D'après les sculptures égyptiennes du Palais de

Médinet-Abou.

Le nom de Schasou, comme celui de Bédouins aujourd'hui, était une

appellation générale que les Égyptiens donnaient à toutes les

tribus nomades de Sémites habitant le désert, telles que les

Édomites et les Ismaélites; il semble englober aussi les peuples

de 'Amaleq.]

288

Nous venons de suivre la vaste extension de la descendance

d'_Arphakschad_ dans l'ouest et le sud-ouest, telle que le texte

biblique la donne avec beaucoup plus de détails que celle d'aucun

autre des rameaux congénères. Mais le rang de ce nom dans la liste

des fils de Schem se rapporte à la position du berceau premier de

tous ces peuples, et non au champ de leur développement postérieur.

Les deux derniers fils de Schem sont _Loud_ et _Aram_. Ils

représentent les deux divisions, septentrionale et méridionale, des

peuples Araméens ou Syriens.

On a cherché dans _Loud_ les Lydiens de l'Asie-Mineure, d'après une

assonance de noms purement fortuite. Les Lydiens sont un peuple

aryen de race et de langage; et leur position géographique ne

correspond aucunement à celle du _Loud_, fils de Schem, qui,

d'après son rang dans l'énumération, habitait entre _Asschour_ et

_Arphakschad_, d'une part, et _Aram_, de l'autre. Sur ce qu'est ce

dernier, pas de doute possible, son nom a gardé sa signification

ethnographique et géographique dans toutes les langues orientales.

Seulement, dans toute la Genèse, sa signification est beaucoup

moins étendue que plus tard. Qu'on y emploie les noms d'_Aram_

simplement, de _Paddan Aram_ ou de _Aram Naharaïn_, ces expressions

ne désignent jamais (nous en donnerons la preuve dans le livre de

cette histoire consacré aux Israélites) que le pays voisin de

Dammeseq ou Damas, c'est-à-dire la Syrie méridionale. Et c'est

aussi là que nous maintient la liste des fils d'_Aram_ dans le

tableau ethnographique du chapitre X.

Ces fils sont, en effet:

_'Ouç_, le peuple auquel appartient le Patriarche Yiob (Job); le

même nom reparaît dans les généalogies des descendants de Na'hor et

de ceux des _'Horim_, ce qui indique que des éléments divers

s'étaient mêlés dans le peuple qu'il désignait; parmi les fils de

Na'hor, _'Ouç_ a pour frère _Bouz_, et les documents assyriens

mentionnent, comme deux peuplades situées à côté l'une de l'autre

dans le désert à l'est de la Syrie, _'Hazou_ et _Bazou_; le

prophète Yirmiah (Jérémie) parle d'un pays de _'Ouç_ touchant à

celui d'Edom, du côté du nord, et c'est bien là qu'est la scène de

289 l'histoire de Yiob; d'un autre côté, le _'Hazou_ des inscriptions

cunéiformes assyriennes est plutôt voisin de la Trachonitide, où

l'historien juif Josèphe place le _'Ouç_, fils d'_Aram_; enfin

Ptolémée parle d'une peuplade de _Aisitæ_ ou _Ausitæ_, errant dans

le désert à l'ouest de l'Euphrate; tout ceci donne l'idée d'un

peuple qui s'est formé dans l'est de Damas et de la Trachonitide,

et s'est ensuite brisé en plusieurs tronçons, répandus sur

différents points du désert de Syrie;

_'Houl_, dont le nom est celui du pays de _'Houl_ ou _'Houla_,

placé par les géographes arabes entre les contrées antiques de

_Baschan_ et de _Golan_; le territoire de la population désignée

par ce nom devait s'étendre jusque là où est située _'Houleh_, sur

le lac Merom;

_Gether_ est représenté dans les généalogies traditionnelles des

Arabes comme la source des peuples de _Themoud_ et de _Djadis_; on

n'est pas en mesure de discuter la valeur de cette donnée; dans le

document biblique, _Gether_ paraît correspondre au canton que la

géographie classique appelle l'Iturée;

Histoire ancienne de l'Orient jusqu'aux guerres médiques (1/6) I. Les origines, les races et les langues · 第 28 / 46 段