Dans le cours de l'histoire que nous avons entrepris de raconter,

nous rencontrerons, nous saisirons pour ainsi dire sur le fait

quelques migrations de cette dernière catégorie, qui se sont

produites au milieu des temps pleinement historiques, dans le

bassin de la Méditerranée et dans celui de la mer d'Oman: par

exemple la migration d'une partie des populations pélasgiques

d'Asie-Mineure en Italie, ou bien celles qui ont eu lieu entre

l'Inde, d'une part, et, de l'autre, l'Arabie méridionale et la côte

africaine du pays des Somalis. Mais ce sont, d'après leurs

proportions mêmes, des faits de colonisation plutôt que proprement

de migration. D'ailleurs nous les voyons se produire dans des

conditions qui les rendent aussi peu extraordinaires que celui de

l'établissement et de la diffusion de la race blanche en Amérique

depuis le XVe siècle jusqu'à nos jours. Il s'agit de mouvements

opérés, en prenant la mer pour grand chemin, par des populations

habituées au métier de matelots, possédant des vaisseaux capables

d'affronter des traversées d'une certaine étendue, connaissant les

conditions d'une navigation hanturière qui, sans franchir encore de

bien vastes espaces, ne craignait pas cependant de perdre pour

quelques journées la vue des côtes, par des populations parvenues à

un degré de civilisation déjà remarquable. Remarquons de plus

qu'aucun de ces transports de tribus entières par la voie de mer ne

dépasse l'aire du développement habituel de la navigation

commerciale à l'époque où elles se sont produites. Tout cela est

bien loin de ce que firent les Scandinaves, avec des vaisseaux qui

n'étaient ni plus forts ni plus perfectionnés, lorsqu'au IXe siècle

ils colonisèrent le Groenland, et que, du XIe au XIVe siècle, ils

fréquentèrent habituellement le Vinland, c'est-à-dire le littoral

de l'Amérique du Nord, en y fondant des établissements.

La réalisation de migrations maritimes de ce genre n'a donc en

réalité presque aucun rapport avec le problème, insoluble

semble-t-il au premier abord, que présente le peuplement par

migrations de certaines parties du globe qui se composent d'îles

disséminées sur un immense espace, séparées entre elles par

d'énormes distances, et que cependant les Européens ont trouvées

habitées par des tribus sauvages qu'il était difficile de croire

capables d'avoir franchi, avec les faibles moyens en leur

possession, les effrayantes étendues de mer qui s'interposent entre

249 ces îles et le continent où tout nous induit à placer le berceau

unique et commun de l'espèce humaine. Et pourtant ce problème a été

résolu d'une manière certaine par la science contemporaine, et cela

précisément pour la région où le fait exigé par la doctrine

monogéniste paraissait le plus invraisemblable.

[Illustration 272: Malay[1].]

[Note 1: D'après Prichard. Type de la sous-race

malayo-polynésienne, dans sa division malaye.]

La plupart des défenseurs de la pluralité des espèces d'homme et de

l'autochthonie des races ont reconnu que les migrations par terre

n'avaient en elles-mêmes rien d'impossible; mais il en était tout

autrement, affirmaient-ils, des migrations par mer. En particulier,

ils soutenaient que le peuplement de la Polynésie, par des

immigrants venus de notre grand continent, était au-dessus de tout

ce que pouvaient entreprendre et accomplir des peuples dépourvus de

250 connaissances astronomiques et de moyens perfectionnés de

navigation. A les en croire, les conditions géographiques, le

régime des vents et des courants devaient opposer une barrière

insurmontable à toute entreprise de ce genre.

Or, les admirables études de l'anthropologiste américain, M.

Horatio Hale, puis de M. de Quatrefages, fondées sur les traditions

orales des différents peuples de la Polynésie, sur les chants

historiques qui s'y répètent de génération en génération, ainsi que

sur les généalogies soigneusement étudiées de leurs maisons

princières, ont permis de reconstituer sans lacunes, avec une

sûreté parfaite et en n'enregistrant que des faits positifs,

l'itinéraire et les annales de la migration maritime des

Polynésiens. Il est impossible de le contester aujourd'hui, la

Polynésie, cette région que les conditions géographiques semblent

au premier abord isoler du reste du monde, a été peuplée à une

époque rapprochée de nous par voie de migration volontaire, et de

dissémination accidentelle, procédant de l'ouest à l'est, au moins

pour l'ensemble, et elle l'a été par une population qui ne

possédait même pas l'usage des métaux, qui en était encore aux

pratiques de l'âge de la pierre polie. Les Polynésiens venus de la

Malaisie, et de l'île Bouro en particulier, se sont établis et

constitués d'abord dans les archipels de Samoa et de Tonga; de là

ils ont successivement envahi le monde maritime ouvert devant eux;

ils ont trouvé désertes, à bien peu près, toutes les terres où ils

ont abordé et n'ont rencontré que sur trois ou quatre points

quelques tribus peu nombreuses de sang plus ou moins noir. Il y a

plus. On est parvenu à déterminer avec une approximation très

rapprochée les dates des principales étapes de cette migration si

extraordinaire. C'est vers l'époque de l'ère chrétienne que les

ancêtres des Polynésiens sont sortis de l'île de Bouro, et dans les

quatre premiers siècles de cette ère qu'a eu lieu leur première

extension jusqu'aux îles Samoa et Tonga. Au Ve siècle ils

occupaient les Marquises, au VIIIe les îles Sandwich, aux XIIIe,

dans une autre direction, les îles Manaïa, d'où partirent les

colons qui s'établirent à la Nouvelle-Zélande entre 1400 et 1450.

Ainsi c'est au plus tôt dans les premières années du XVe siècle de

notre ère qu'ont pris terre, dans cette dernière contrée, ces

Maoris dont on a voulu faire les enfants du sol qui les porte.

251

[Illustration 274: Tahitien[1].]

[Note 1: D'après Prichard. Type de la sous-race

malayo-polynésienne dans sa division canaque ou polynésienne.]

Les dates que nous venons d'indiquer prouvent que cette migration

est étrangère à l'histoire ancienne, de même que le domaine où elle

s'est développée est en dehors de l'aire géographique des

civilisations dont les époques les plus antiques font le sujet du

présent ouvrage. Il en est de même du peuplement de l'Amérique,

dont l'époque et le mode ne sont pas aussi bien éclaircis, et où il

faut sûrement admettre des époques différentes et des couches

d'immigrations successives. La question se complique ici par le

fait de l'existence sur le nouveau continent, dès l'époque

quaternaire, d'une population humaine encore imparfaitement connue,

qui n'a peut-être pas été étrangère à la formation de la race

rouge, à laquelle appartient l'immense majorité des indigènes de

l'Amérique. L'homme américain des temps géologiques a dû passer

d'Asie en Amérique par le Nord, où les îles Aléoutiennes

établissent entre l'extrémité orientale de l'Asie et le

Nouveau-Monde une chaîne ininterrompue, dont les anneaux sont si

rapprochés que le passage par cette voie rentrait plutôt dans la

donnée des migrations terrestres que dans celle des migrations

maritimes. Mais en dehors de la race rouge, le continent américain

a présenté à ses premiers explorateurs des îlots de populations

appartenant de la manière la plus formelle aux trois races, jaune,

noire et blanche, isolés au milieu de la masse des indigènes, qui

252 est de race rouge. Et l'existence de ces îlots sporadiques ne peut

s'expliquer que par des faits de dissémination accidentelle,

produits des tempêtes et des grands courants marins, faits ayant

pour théâtres le littoral de l'Océan Pacifique, de la Californie au

Pérou, le long du trajet du vaste courant que les Japonais

appellent Kouro-Sivo ou «fleuve noir,» ou bien le littoral de

l'Atlantique, là où portent le Gulf-stream et son contre-courant.

Je ne veux pas, du reste, m'appesantir plus longuement sur des

ordres de faits qui n'intéressent pas directement le sujet spécial

de l'histoire que j'ai entrepris de raconter. Il était cependant

impossible de les passer absolument sous silence, en touchant d'une

manière générale à la question de la diffusion, sur toutes les

parties de la surface terrestre, de l'homme, sorti d'une source

unique sur un point déterminé du globe. Mais il me suffit d'y avoir

trouvé dans le passé la justification de ces belles paroles du

grand géologue anglais Lyell, aussi fermement convaincu de l'unité

de l'espèce humaine, et de la sortie de tous ses rameaux d'un

centre commun, que de son antiquité géologique: «En supposant que

le genre humain disparût en entier, à l'exception d'une seule

famille, fût-elle placée sur l'Océan ou sur le nouveau continent,

en Australie ou sur quelque îlot madréporique de l'Océan Pacifique,

nous pouvons être certains que ses descendants finiraient dans le

cours des âges par envahir la terre entière, alors même qu'ils

n'atteindraient pas à un degré de civilisation plus élevé que les

Esquimaux ou les insulaires de la mer du Sud.»

§ 3.--GRANDES DIVISIONS DES RACES HUMAINES, TYPES FONDAMENTAUX ET

TYPES SECONDAIRES.

Entre les nombreuses variétés de l'espèce humaine, dont nous avons

indiqué un peu plus haut, à grands traits, la distribution

géographique, on ne peut pas toujours distinguer les plus

anciennes, celles qui sont pures ou du moins constituées depuis des

milliers d'années, de celles qui résultent de croisements.

«Toutefois, dit M. Maury, en s'appuyant sur ce fait fourni par la

physiologie végétale que les espèces pures varient peu ou restent

dans leurs variations soumises à des lois végétales, tandis que

chez les hybrides la forme se dissout, d'une génération à l'autre,

en variations individuelles, on peut admettre que les races

humaines dont le type est le plus persistant, sont les moins

mélangées. En tenant compte de toutes les variétés spécifiques, et

253 en rangeant les unes à côté des autres, par ordre d'affinités,

toutes les races humaines, on arrive à reconnaître qu'elles se

groupent autour de trois types principaux:

«Un type blanc,

«Un type jaune,

«Et un type noir.

«On passe de l'un à l'autre type par une série de types

intermédiaires, qui représentent des races mixtes. Quoique à

certains égards indépendant du climat et de latitude, quoique

persistant un laps de temps fort long quand il est transporté en

d'autres régions que celle où il est indigène, le type ne peut être

considéré comme ayant une origine étrangère à la constitution du

pays où il se produit. Au contraire, tout donne à penser

aujourd'hui que la race, émigrée sous un autre ciel, revient peu à

peu au type propre à ce nouveau climat. C'est ainsi que

l'Anglo-Américain tend à se rapprocher du type indien, qu'il perd

chaque jour davantage de sa physionomie européenne pour prendre

celle des anciens indigènes, avec lesquels il évite pourtant de se

croiser; de même le nègre établi dans les contrées froides perd,

après plusieurs générations, en partie le pigment noir de sa peau

et prend une couleur grisâtre. Ce phénomène nous explique comment

les populations aryennes ont pu en Europe revêtir un type tout

septentrional. Inversement, les Portugais établis depuis plusieurs

générations dans l'Inde, sans se croiser avec les Hindous, ont pris

peu à peu, par l'action du climat, la coloration et le type de

ceux-ci. Ce phénomène tend donc à faire attribuer un caractère plus

géographique que physiologique à la distinction des races.

«Le type blanc semble avoir son berceau dans le plateau de l'Iran,

d'où il a rayonné dans l'Inde, l'Arabie, la Syrie, l'Asie-Mineure

et l'Europe, circonstance qui a fait donner à la race blanche le

nom assez impropre de _caucasique_.

«Le type jaune existe en Chine depuis la plus haute antiquité; il

se présente dans toutes les contrées habitées par les populations

mongoliennes; de là l'épithète de _mongolique_ appliquée à la race

chez laquelle il s'observe. Cette race s'est répandue, au sud,

jusque dans les deux presqu'îles de l'Inde et dans la Malaisie; au

nord, elle confine aux régions polaires.

«Le type noir répond à l'Afrique centrale et occidentale, et paraît

s'être étendu sous la zone intertropicale, depuis la côte orientale

254 de l'Afrique jusqu'en Australie.» Son centre primitif de formation

a peut-être été dans une partie de l'Inde ou vers l'Éthiopie

asiatique des anciens, le Beloutchistan actuel. C'est ainsi qu'on

s'expliquerait le mieux le double courant divergent de migration

qui a répandu les populations de ce type, d'un côté en Afrique, de

l'autre dans l'Inde méridionale, dont les traditions

semi-historiques conservent le souvenir de peuples noirs, dans les

Philippines, où nous rencontrons les Negritos, dans la Papuasie et

dans une portion de l'Océanie, dans celle qu'on appelle

spécialement la Mélanésie.

Les nègres du type le plus caractérisé ont le crâne allongé,

comprimé, étroit surtout aux tempes. L'os de la mâchoire supérieure

se projette en avant, par cette disposition que les naturalistes

appellent _prognathisme_; de là les traits les plus saillants du

visage de la race noire, le peu de saillie du nez, son épatement à

l'endroit des narines et le développement exagéré des lèvres. Les

cheveux sont noirs, courts et crépus, le système pileux en général

très peu développé, ce qui se remarque aussi chez les différents

mammifères des pays qu'habite le nègre. Avec quelques

particularités dans la forme du torse et une courbure sensible des

jambes, ce sont là les caractères essentiels et distinctifs de la

race noire, bien plus que la couleur, car il est tel peuple de race

blanche, comme les Abyssins, à qui un long séjour dans l'Afrique

équatoriale a donné une teinte de peau tout aussi foncée.

Le crâne de la race jaune présente une forme arrondie; l'ovale de

la tête est plus large que chez les Européens. Les pommettes sont

fortement saillantes, les joues relevées vers les tempes; par

suite, l'angle externe des yeux se trouve élevé, les paupières

comme bridées et à demi-closes. Le front s'aplatit au-dessus des

yeux. Le nez est écrasé vers le front, le menton court, les

oreilles démesurément grandes et détachées de la tête. La couleur

de la peau se montre généralement jaune et tourne au brun dans

certains rameaux. Les poils sont durs et presque constamment noirs

comme les yeux.

Quant à notre race blanche, elle est avant tout caractérisée par la

beauté de l'ovale que forme sa tête. Les yeux sont horizontaux et

plus ou moins largement découverts par les paupières; le nez est

plus saillant que large; la bouche est petite ou modérément fendue,

les lèvres sont assez minces. La barbe est fournie, les cheveux

longs, lisses ou bouclés, et de couleur variable. La peau, d'un

255 blanc rosé, a plus ou moins de transparence, selon le climat, les

habitudes et le tempérament. Sous le rapport intellectuel et moral,

la race blanche a une supériorité marquée sur les autres. C'est

parmi les peuples qui y appartiennent que nous rencontrons, depuis

une haute antiquité, le plus grand développement de civilisation et

les tendances les plus progressives.

[Illustration 278: Australien[1].]

[Note 1: D'après Prichard.]

Peut-être faut-il joindre à ces trois types, comme celui d'une

quatrième race fondamentale de l'humanité, le type rouge, propre à

l'Amérique, où il s'est certainement constitué. Nous avons indiqué

déjà plus haut les principaux traits qui distinguent le visage de

l'homme de ce type, très voisin dans sa construction osseuse du

type blanc, mais s'en distinguant par la couleur, toujours d'un

brun rouge ou cuivrée, avec plus ou moins d'intensité dans le ton,

puis par la rareté du système pileux, car toutes les populations

américaines ont les cheveux rares et courts, et sont imberbes.

On ne saurait déterminer toutes les variétés sorties des

innombrables mélanges opérés entre les trois races primordiales, ou

dues à l'action combinée des influences sous lesquelles chacune de

ces trois grandes races a pris naissance. Quelques-unes ont

cependant des caractères spécifiques assez tranchés, assez

permanents pour constituer des sous-races particulières.

Ce sont:

256

La race boréale, qui embrasse toutes les populations habitant au

voisinage du cercle polaire arctique, et qui est intermédiaire

entre les races blanche et jaune. C'est à cette race, nous l'avons

vu plus haut, qu'appartenait une partie des habitants de notre

contrée à l'époque quaternaire, les tribus qui ont laissé leurs

vestiges bien caractérisés à Grenelle, sur les rives de la Seine,

et à Furfooz en Belgique;

La race altaïque ou ougro-japonaise, qui est sortie du même

métissage de blancs et de jaunes et qui présente une série continue

de transitions graduelles entre ces deux types extrêmes; la race

boréale n'en est presque qu'une exagération, et par quelques-uns

des peuples qui la constituent, comme les Lapons, la race altaïque

arrive à la toucher d'une manière intime; les Samoyèdes, plus

boréaux de type et de demeure, forment le lien et la transition

entre les deux; ce sont surtout le langage et l'habitat qui

constituent à la race altaïque une individualité pleinement

distincte de celle de la race boréale; on serait assez disposé à

les envisager comme deux branches d'une même famille humaine que

des milieux divers ont différenciées[122], mais qui sortiraient

originairement d'une seule souche;

[Note 122: Il faut remarquer, en effet, combien le type des

Yakoutes, qui sont pourtant de sang turc pur, c'est-à-dire

altaïque, est devenu celui de la race boréale dans leur séjour

sur les bords de la Léna, touchant à la mer Glaciale.]

La race malayo-polynésienne, qui participe à la fois des types

nègre, mongolique et blanc, et dont le domaine s'étend, de chaque

côté de l'équateur, depuis Madagascar jusqu'en Polynésie;

La race égypto-berbère, qui a peuplé le nord et le nord-est de

l'Afrique; elle participe des races blanche et noire, et présente

un grand nombre de variétés où l'un ou l'autre élément est

prépondérant;

La race hottentote, de l'extrémité méridionale de l'Afrique, qui se

place entre la race nègre et la race jaune;

La race noire pélagienne, dont les Papous, les Negritos et les

Australiens sont les principales variétés; on peut la considérer

comme une branche de la race nègre, distinguée par sa

brachycéphalie, tandis que les noirs africains sont éminemment

dolichocéphales.

On est ainsi amené à reconnaître dix grandes familles d'hommes, dix

types, tant secondaires que primaires, qui, dans leur distribution

actuelle, répondent sensiblement à des régions zoologico-botaniques

assez nettement tracées.

Nous l'avons dit plus haut, l'influence des milieux et l'hérédité

257 rendant permanente une variété d'abord produite accidentellement,

ont été, sans aucune contestation possible, les deux principaux

facteurs de la formation des races humaines. C'est à eux seuls

qu'il convient d'attribuer l'apparition des types fondamentaux

autour desquels se groupent tous les autres, plus indécis, moins

nettement définis et occupant une position intermédiaire.

[Illustration 280: Femme hottentote[1].]

[Note 1: D'après Prichard. Type de la sous-race hottentote.]

Mais dans la formation des types secondaires, qui tous participent

dans une certaine mesure à la fois de plusieurs des types

primordiaux, et surtout des innombrables variétés qui les

subdivisent à l'infini et font passer de l'un à l'autre par une

série de transitions graduelles et presque insensibles, il n'est

guères douteux qu'une autre action se soit aussi exercée, celle du

métissage, c'est-à-dire des unions entre deux races différentes

mises en contact, qui a produit des types nouveaux portant

l'empreinte de leur double origine. Ici encore, c'est par

l'analogie avec les faits qui se produisent sous nos yeux que nous

pouvons juger ceux qui ont marqué les temps primitifs de l'espèce

humaine et de sa diffusion sur la surface de la terre.

La prodigieuse expansion de la race blanche européenne, comme

commerçante, civilisatrice et conquérante, depuis le XVe siècle, a

produit et produit encore de nos jours de très nombreux faits de

métissage de cette race avec les races de couleur en Amérique, dans

l'extrême Asie et en Océanie. On peut évaluer actuellement à 18

millions, c'est-à-dire à 1/62 de la population totale du globe, le

nombre des métis modernes de ce genre.

Mais la plupart des croisements qui les produisent ne s'opérant que

passagèrement, ils n'ont pu engendrer de véritables races, d'un

caractère permanent. Le sang qui finit par prédominer davantage

ramène peu à peu au type qu'il représente. C'est ainsi que dans

258 certaines parties de l'Amérique centrale et méridionale, l'infusion

toujours de plus en plus grande du sang indien chez les créoles

d'origine espagnole, tend à faire reparaître à l'état presque pur

la vieille race, qui avait été d'abord repoussée dans les forêts et

les savanes, et à rendre au Nouveau-Monde sa population indigène.

Mais là où le métissage se reproduit sans cesse avec les mêmes

éléments, une race croisée tend à se constituer, qui prend même

parfois la place de la race indigène. En Polynésie, la population

primitive est graduellement remplacée par un croisement d'Européens

et de Polynésiens. Aux Philippines, notamment à Luçon, les métis de

Tagals, de Chinois et d'Espagnols voient leur chiffre incessamment

grossir, et ils se substituent peu à peu aux insulaires primitifs.

Au Cap, le croisement des Hollandais et des Hottentots donna

naissance à des métis appelés Basters, qui devinrent bientôt assez

nombreux pour inspirer des craintes. On les bannit au delà de la

Rivière Orange. Ils s'y sont constitués sous le nom de Griquas, et

leur population s'accroît rapidement par elle-même. C'est

certainement un phénomène tout semblable qui s'est produit en

beaucoup de lieux dans le passé, et plusieurs des races qui

tiennent déjà une place dans l'histoire ancienne n'ont pas d'autre

origine. Il n'est que bien peu de peuples dans le monde que l'on

puisse considérer comme appartenant à une race absolument pure.

«Le milieu et l'hérédité, dit M. de Quatrefages, ont façonné les

premières races humaines, dont un certain nombre a pu conserver

pendant un temps indéterminé cette première empreinte, grâce à

l'isolement.

Peut-être est-ce pendant cette période, bien lointaine, que se sont

caractérisés les trois grands types, nègre, jaune et blanc.

Les instincts migrateurs et conquérants de l'homme ont amené la

rencontre de ces races primaires, et par conséquent les croisements

entre elles.

Quand les races métisses ont pris naissance, le croisement même n'a

fonctionné que sous la domination du milieu et de l'hérédité.

Les grands mouvements de populations n'ont lieu qu'à intervalles

éloignés et comme par crises. Dans l'intervalle d'une crise à

l'autre, les races formées par croisement ont eu le temps de

s'asseoir et de s'uniformiser.

La consolidation des races métisses, l'uniformisation relative des

caractères à la suite du croisement, ont été forcément très lentes

259 par suite du défaut absolu de sélection. Par conséquent, toute race

métisse uniformisée est en même temps très ancienne.

Les instincts de l'homme ont amené le mélange des races métisses,

comme ils avaient produit celui des races primaires.

Toute race métisse, uniformisée et assise, a pu jouer, dans de

nouveaux croisements, le rôle d'une race primaire.

L'humanité actuelle s'est ainsi formée, sans doute pour la plus

grande partie, par le croisement successif d'un nombre encore

indéterminé de races.

Les races les plus anciennes que nous connaissions, les races

quaternaires, n'en sont pas moins représentées encore de nos jours,

soit par des populations généralement peu nombreuses, soit par des

individus isolés, chez lesquels l'atavisme reproduit les traits de

ces ancêtres reculés.» C'est un fait que nous avons exposé déjà

dans le livre précédent.

§ 4.--L'HOMME PRIMITIF.

Il serait du plus haut intérêt, parmi les grands types primordiaux

de l'humanité, que nous trouvons déjà complétement constitués et

aussi distincts qu'aujourd'hui dès les temps les plus anciens où

remontent l'histoire positive et les monuments de la civilisation,

d'arriver à déterminer quel est le plus antique et s'il en est un

qui représente encore avec un certain degré d'exactitude l'homme

primitif. Malheureusement c'est là une question à laquelle la

science est impuissante à donner une réponse formelle. Elle n'a pas

d'éléments certains pour déterminer quel était le type primitif de

notre espèce.

Histoire ancienne de l'Orient jusqu'aux guerres médiques (1/6) I. Les origines, les races et les langues · 第 25 / 46 段