Si viendrons aux enseignemens qui pevent garder les jeunes gens de

contendre arguer mesaymer ne despriser les anciens / mais les avoir en

toute reverence. & leur dirons ainsi. O enfans & entre vous jeunes gens

qui estes abilles a retenir & aprendre entendés la leçon qui vous peut

introduire prouffitablement en meurs & coustumes qui a tenir vous

affierent vers les treshonnorables estatz des anciens. Laquelle leçon

vous peut introduire en cinq principaulx pointz. dont le premier point

appartient a la reverence que porter leur devés. Le deuxiesme a

l'obeissance. Le troisiesme a la crainte Le quatriesme en l'aide &

reconfort. Et le cinquiesme a adviser le bien qu'ilz vous font & que par

eulx. dont quant au premier point qui est de la reverence que par

droicte ordonnance leur devés est escript que il fut ung roy en grece

que on nommoit figurgus / qui maintes belles lois trouva & entre les

autres en establit une telle que les jeunes gens portassent tresgrant

honneur & reverence aux anciens. Si advint une fois que celluy roy ou

autre sien successeur avoit envoyé ses ambassadeurs en une autre contree

avec lesquelz estoient alés pour les garder servir & acompaigner de

nobles gens du païs Advint que quant temps fut de faire leur legation la

presse estoit moult grande ou lieu ou assis estoient / car la fut

assemblee la gent pour ouÿr ce que dire vouloyent si estoient les places

toutes prinses. Si y vint ung ancien homme pour ouÿr comme les aucies &

ala traçant tout a l'environ pour trouver a se seoir & nul de sa nation

trouva si courtois qui point de lieu luy presentast mais quant il vint a

l'endroit ou seoient les jeunes estrangiers dessusditz tantost selon les

lois de leur païs se leverent & firent reverence & place au vieillart.

laquelle chose fut tresgrandement notee & prisee de tous. Et ceste

mesmes maniere tenoient semblablement les rommains au temps qui se

gouvernoyent par souveraines ordonnances. Et pourtant entre vous enfans

& jeunes gens cest exemple par enseignement vous soit doctrine / car

sachiés que droit & raison veult que honneur leur soit portee & mesmes

la saincte escripture le tesmoigne & soyés certains que en ce faisant

vostre tresgrant los y sera. Car l'honneur n'est mye a celluy a qui on

le fait. Et s'il est ainsi que honneur leur devés il s'ensuyt que

souverainement vous devés garder de les mocquer ne dire ou faire

derisions injures oultrages ne vilennies quelconques desplaisir ne

arguer a ceulx sicomme font aucuns mauvais enfans qui trop en sont a

reprendre / qui les appellent vieillars ou vieilles / mais c'est ung bel

reproche a qui bien le gouverne. Le deuxiesme point qui est comment leur

devés obeir touche comment devés croire certainement que ilz sont plus

saiges que vous si appartient que vous vous tenés a leurs oppinions plus

que aux vostres / c'est a entendre des anciens saiges que usiés de leur

conseil & de vos plus grans fais ordonnés & riglés par eulx et par ainsi

ne pourrés estre aprins. Le quatreiesme point est que tous ne soient ilz

pas fors de corps pour vous batre / et que ja n'ayés celle doubte si les

devés vous craindre sicomme s'ilz fussent tous vos peres & vos meres. La

raison est pource qu'ilz ont avecques eulx en leurs sens Et sçavoir le

baston de correction qui vous appartient pource vous affiert redoubter

leur presence / c'est assavoir vous garder de mesprendre la ou ilz sont:

car tost l'apercevroient Le quatriesme est que vous leurs devez ayder &

reconforter de la force de vostre corps & aussi de voz biens piteusement

en leurs maladies & foiblesses a ceulx qui besoing en ont par humaine

compassion pensant que semblablement devendrés impotens & foibles se

vous tant vivés si vouldriés bien adonc que on vous reconfortast & aussi

pour la tresgrande charité & aulmosne que c'est envers dieu / car plus

grant enfermeté n'est que vieillesse. Item le cinquiesme point qui est

du bien que par eulx recevés lequel plus vous doit esmouvoir a les

suporter & avoir compassion d'eulx est que ce sont mesmement les loys

par ce estes enseignés & riglés en ordre de droit si ne pourriés jamais

rendre ces grans benefices & qui aussi soustiennent tous les jours en

toutes terres païs & royaulmes les belles rigles & ordonnances du monde.

car non obstant la grant force des jeunes se ne fussent les saiges

anciens le monde yroit a confusion / & ce mesme tesmoigne la saincte

escripture qui dit mal pour la terre dont le roy ou seigneur est enfant

c'est a dire jeune de meurs et aussi & par ces rigles entre vous jeunes

vous devez ordonner & maintenir vers les anciens affin que le bien de

vous & de vostre renommee mesme en croisse. Car moult est grant

auctorité la bonne renommee qui est recitee par la bouche de saige

ancienne personne de la relation d'autruy & y adjouste l'en grant foy

parquoy se les jeunes qui la desirent estoyent bien advisés ilz

devroyent mettre trop grant peine d'estre en leur grace par bonnes meurs

affin que d'eulx ilz fussent loués. Si touche cest admonnestement que

dit avons en ce pas tant les jeunes hommes comme les jeunes femmes. Mais

pour descendre a nostre propos a l'enseignement des femmes pource que

les sens et les biens dessusdictz sont es anciennes / c'est assavoir en

ceulx & celles qui sont honnorables & saiges car nostre entente n'est

mye d'aucuns maleureux vieillars ou vieilles endurcis en leurs pechés &

vices ou n'a quelconques sens ne bonté & ceulx sont a fuyr plus que

chose nee / mais de bonnes & honnestes se doibt voulentiers accointer

toute jeune femme qui desire honneur aller a festes ou a quelconque lieu

que ce soit voulentiers en leur compaignie plus que avec les jeunes /

car plus en sera louee & plus seurement yra & se aulcune chose venoit en

l'assemblee mal apoint ja le diffame ou blasme ne sera sur telle qui en

honnorable compaignie d'ancienne femme bien nommee sera. Si doibt si que

dit est la jeune femme servir & honnorer & porter grant reverence a

l'ancienne & suporter d'elle posons qu'elle feust aucunement male ou

dangereuse recevoir en gré sa correction ne luy respondre point

maulgracieusement mais se taire ou parler courtoisement l'apaisier par

bel se elle peut & se garder de faire les choses qu'elle scet qui la

peut mouvoir a ire & de ce faire sera tres louee. Et par ces voyes tenir

de vieilles gens aux jeunes gens & de jeunes aux vieulx pourra estre

gardee & maintenue[**u/n entre eulx qui souventesfois sont en grans

desaccors.

¶ Cy devise des femmes des mestiers comment gouverner se doivent. Chap.

.xlvii.

Or nous convient parler de l'ordre de vivre des femmes mariees aux

hommes des mestiers qui demeurent es cités & bonnes villes sicomme a la

ville de paris & autre part non obstant que tout le bien que devant est

dit pevent prendre en leur usaige se il leur plaist. mais non pourtant

que les mestriers soyent plus honnestes les ungs que les aultres sicomme

orfevre brodeur armurier tapissier & autres plusieurs que ne sont maçons

cordonniers & telz semblables a toutes appartient que elles soyent

tressoigneuses & dilligentes se chevances veullent avoir par honneur de

solliciter leurs maris ou leurs ouvriers de eulx prendre matin a la

besongne & tard laisser / car sans faille il n'est nul si bon mestier

que qui n'y met dilligences a peines peut on aller de pain a autre. Et

avec ce que tel femme doibt solliciter les aultres a ellemesmes

appartient mettre les mains a la paste tant faire que elle se congnoisse

en l'ouvrage affin que elle saiche deviser a ses ouvriés se le mary n'y

est reprendre s'ilz ne font pas bien doibt estre dessus pour les garder

d'oiseuseté car par ouvriers mausongneux est aucunesfois desert le

maistre & quant marchés viennent a son mary de faire aucun ouvraige

aucunement dangereux & non acoustumé elle le doibt admonnester par bel

que il garde bien que il n'en prengne marché ou il puist perdre & luy

conseille que le moins qu'il puisse face de creances s'il ne scet bien

ou & a qui / car par ce plusieurs viennent a povreté quoy que

aucunesfois la couvoitise de plus gaigner ou de la grant offre que on

leur fait / leur face faire. Avec ce doibt tenir son mary en amour le

plus qu'elle peut a celle fin que plus voulentiers se treuve a l'hostel

& que il n'ayt cause de suyvre les sottes compaignies d'aultres jeunes

hommes en tavernes & autres superflus & oultrageuses despenses si que

assez de gens de mestier & par especial a paris font desquelles par

doulcement traicter le doibt garder le plus que elle peut. Car on dit

que trois choses chassent l'homme de son hostel femme rioteuse cheminee

qui tient fumee & maison ou il pleut. Avec ce elle se doit tenir

voulentiers a l'hostel non mye allant tous les jours trotant ça & la

voisinant pour sçavoir que chascun fait ne visitant souvent commeres /

car c'est faict de maulvaises mesnagieres si ne luy sont bien seans tant

de compaignies faire par ville ne troter a pelerinages trouvés sans

besoing qui ne sont toutes fors despences sans necessité. Avec ce doit

admonnester son mary que ilz vivent si sobrement que la despence ne

passe la gaigne si que au bout de l'an se treuvent en debtes se elle a

enfans leur face aprendre premierement a l'escolle affin qu'ilz puissent

& sachent mieulx servir dieu aprés soyent mis a aulcun mestier par quoy

leur vie puissent avoir. Car grant avoir donne a son enfant qui luy

donne science marchandise ou mestier & les garder de mignotises & de

friandises sur toutes riens. car en verité c'est une chose qui moult

honnist les enfans de bonnes villes qui est grant peché a peres & a

meres lesquelz doibvent estre cause du bien & des bonnes meurs de leurs

enfans & ilz sont aucunesfois achoison par les friandises en quoy ilz

les nourrissent & les grans mignotises que ilz leur font de leur mal &

perdicion.

¶ Cy devise des femmes servantes & chamberieres. chap. .xlviii.

Affin que tout se sente de nostre admonnestement en bien vivre parlerons

mesmement aux femmes servantes & chamberieres de paris & d'aultre part &

pource que en plusieurs lieux la necessité de gaigner leur vie & assez

en est il par ce que elles ont esté mises bien jeunes a servir

l'occupation du service mondain leur a par adventure empeschié de

sçavoir si largement des choses qui appartiennent a sauvement comme

autres font & aussi a servir dieu en oyant messes sermons et disans

patenostres & oraisons dont peut estre desplaisir a auculnes bonnes mais

besoing de servir ne leur seuffre nous semble bon parler ung petit de la

maniere en fait oeuvre ou pensee qui pour leur sauvement a tenir leur

est prouffitable & aussi de ce qu'elles doibvent eschever. Si doit

sçavoir toute femme servante qu'elle faict a excuser de toutes choses

mesmement vers dieu se elle ne les fait que sa maistresse ou autre femme

aisee n'en sera pas excusee / c'est assavoir que se elle est en service

par necessité de son vivre & il convient que pour son service mieulx

acomplir tire grant peine lieve matin & couche tard disne & souppe aprés

les autres & mal a son loysir / mais aille mengeant ça & la tousjours en

servant & par adventure non mye bien largement aura sa substentation /

mais assez escharcement & ric a ric se telle femme ne jeusnes mesmes

tous les jours commandés de l'eglise elle en faict vers dieu a excuser

voire se elle sent que sans grever son corps lequel par adventure

deffauldroit si qu'elle ne pourroit gaigner sa vie ne le peut faire non

mye que elle brise son jeune par gloutonnie & par folle presumption

disant je suis servante je ne doy mye jeusner. Et pource discretion &

bonne conscience doivent faire la difference & en estre juges Car il est

des chamberieres plus aises de toutes choses que assez de mesnagiers est

il qui jeusnent ou font abstinences pour l'amour de dieu si ne le disons

mye pour icelles. Et semblablement disons d'aller en l'eglise & estre en

oraisons. que doit faire la bonne servante qui veult deservir estre

sauvee certainement elle doit avoir que dieu qui tant congnoist voit ne

demande que le bon cueur vers luy ne fauldra a bien ouvrer et pour celle

qui tel aura & se sauvera en tel maniere que elle se gardera de tous

lais & mauvais pechés portera loyaulté en faict & en dict a maistre & a

maistresse et songneusement les servira et mesmes en faisant la la

besongne pourra dire ses patenostres & ses devotions & se elle peut

estre de fait au moustier le cueur y sera par bonne voulenté &

toutesfoys n'est mye a croyre que nulle ou pou soit occupee que s'elle

veult prendre la peine de lever matin qu'elle ne puisse bien avoir

espace d'oÿr une messe le plus des jours se recommander a dieu puis s'en

retourner faire sa besongne & telle voye tenir avec les autres biens que

bonne servante peut faire sans faille les conduyront a sauvement. Mais

tenir la maniere que aucunes gouliardes & mauvaises font est chemin

dampnable. Et pour les reprendre de leurs mauvaisties & follies en

dirons il est aucunes faulces gloutes chamberieres que par ce qu'elles

scevent assez du bas vouler et bien servir pour mieulx flater es grans

hostelz des bourgois & riches gens on leur baille grant gouvernement

pource qu'elles scevent bien faire les bonnes mesnagieres si ont office

d'acheter la viande et aller a la chair ou trop bien batent le cabas qui

est mot communement dit qui est a entendre faire acroire que la chose

couste plus que elle ne fait & retenir l'argent / si font entendant que

le quartier de mouton leur couste quatre soulz que elles ont pour dix

blans ou moins & ainsi des autres choses si pevent par celle voye faire

aval l'annee grant dommaiges / et plus font telz jours est / car elles

apportent a part ung morcellet de friandise si font faire ung pasté et

sur la taille de leur maistre le content au four. Et puis quant leur

maistre est au palais ou en la ville & leur maistresse a l'eglise a la

grant messe la desjeunerie est faicte en la cuisine a bon gaudeamus et

n'est pas sans bien boire et du meilleur et la viennent les autres

chamberieres de la rue qui sont du flot des chamberieres et autres

commeres & dieu scet comme la se fourrent et aucune porte le pasté en la

chambre que elle a en la ville. et la vient le gentil gallant et ainsi

se rigollent / s'il y a femmes qui repairent en l'ostel qui aident a

faire les lessives & a escurer les potz celles sont de la cordelle de la

chamberiere / car elles font la besongne de l'hostel tandis que icelle

va jouer affin que le maistre & la maistresse treuvent tout prest quant

ilz vendront si les envoye bien a heure / mais dieu scet comment boudees

de vin & de viandes si leur servent d'ung autre office. car aucunesfois

quant on fait la lessive a l'hostel & la maistresse qui en sera bien

embesongnee cuidera que sa chamberiere soit a la riviere pour laver la

lessive & elle est aux estuves paix & aise / et a ses femmes qui luy

font sa besongne / mais ne les paye pas du sien / si a ses cousins & ses

comperes qui la viennent demander a l'hostel & veoir aucunesfois & dieu

scet que les cousinages & les chalandises de maintes commeres qu'elles a

en la ville coustent a l'ostel maintes bouteillees de vin / mais s'il

advient quel tel femme serve en lieu ou il y ait jeune maistresse

nouvelle mariee / et ung pou nicette elle est bien arrivee. Car bien se

sçaura pener de flater le maistre & de parler a luy bien en preude femme

& dire fy de flatars / affin que se fie bien a elle de sa femme & de

tout / mais ne fault pas a luy tirer bien les vers du nés / car d'autre

coste raflatera la jeune fille / si que par celle maniere les tendra

tous deux qu'ilz ne croiront a autre dieu & adonc vin & viande chandelle

pain lart sel & toute despence d'ostel sera bien gouverné & se le

maistre dit aucunesfois que les garnisons y faillent trop tost

incontinent aura sa responce preste disant que c'est pource qui faict de

grans disners & semont tant les gens de boire / mais s'il advient que

aucun galant luy promette ou donne chapperon ou robe pour faire ung

message a sa maistresse se elle ne le fait de bonne maniere que elle

soit arse de telles gloutes chambrieres est il aucunesfois si est moult

grant peril en ung hostel. Car par le beau service que elles scevent

faire leurs flateries bien appareiller & beau respondre aveuglent

tellement les gens que on ne se prent garde de leurs mauvaisties / car

elle se meslent de devotion parmy pour mieulx tout couvrir & vont au

monstier a tout patenostres & la est le peril. Si vous en prenés garde

entre vous qui estes servis que ne soyés deceus. Et a vous qui servés le

disons affin que abhomination aiés de telz choses faire. Car sans faille

celles qui le font se damnent & desservent mort d'ame & de corps / car

de telles sont arses ou vives enfouyes qui tant ne l'ont desservy.

¶ Cy parle a l'enseignement des femmes de folle vie. Chapitre .xlix.

Tout ainsi comme le soleil luyst sur les bons & sur les mauvais n'aurons

point de honte d'espandre nostre doctrine mesmes sur les femmes qui sont

folles legeres & desordonnees vie quoy qu'il ne soit riens plus

abhominable & ce ne devons mye avoir pensant que la digne personne de

jesucrist n'eut pas orreur de leur tenir resne en les convertissant

donques pour charité & intention de bien & affin que aucunes d'elles

puist se l'aventure si a donné que elle l'oye recueillir & retenir de

noz enseignemens quelque chose qui puisse estre cause de la retraire de

vie folle. Car plus grant aumosne ne peut estre faicte que de retraire

le pecheur de mal & de peché dirons ainsi ouvrés les yeulx de

congnoissance entre vous miserables femmes donnees a peché tant

deshonnestement retrahés vous tandis que la lumiere du jour avés & ains

que la nue vous surprengne / c'est a dire tandis que vie au corps vous

dure que mort ne vous assaille & prengne em peché qui vous conduise en

enfer. Car nul ne scet l'eure de la fin avisés la grant ordure de vostre

maniere de vivre tant abhominable que avec ce que vous estes en l'ire de

dieu le monde vous desprise que toute personne honneste vous fuyt comme

chose excommuniee & en rue destourne sa veue que ne vous voye. Et

pourquoy dure en vous tant ville couraige que on parle de telle

abhominacion vous tenez plungiees comment peut estre ramenee a tel vice

femme qui de sa nature & condition est honneste simple & honteuse

qu'elle puisse endurer tant de deshonnesteté vivre boire & menger entre

hommes plus vilz que pourceaulx ne d'autre gens n'avez congnissance qui

vous batent traisnent & menassent & desquelz estes tous les jours en

peril d'estre occises. Helas pourquoy est simplesse & honnesteté de

femme ramenee en vous a telle paillardise. A pour dieu femmes qui portés

le nom de crestienté & qui le convertisés en si vil office levez sus

vous sourdés de la boue tant abhominable & ne vueillés plus souffrir voz

povres ames chargees des ordures commises par les villains corps. Car

dieu tout piteux est apareillé vous recevoir a mercy se repentir vous

voulez & criés mercy par grant contriction. Si prenez exemple a la

benoiste marie egiptienne qui de folle vie se repentit & a dieu se

convertit qui est glorieuse saincte en paradis. Semblablement la

benoiste saincte affre qui offrit son corps dequoy elle avoit pechié a

martirer pour honneur de nostre seigneur & autres pareillement qui ont

esté sauvees Et se aucunes de vous se vouloit excuser disant que ce

feroit elle volentiers / mais trois raisons l'en destournent. L'une

pource que les deshonnestes hommes qui la hantent ne luy souffreroyent.

L'autre que le monde qui l'a en abhomination la debouteroit & chasseroit

de tous lez & pource puis qu'elle est tant a honte jamais ne se oseroit

veoir entre gens. La tierce que elle n'airoit dequoy vivre car elle ne

scet nul mestier Si dirons que ces raisons riens ne vallent Car remede

peut avoir en toutes Le premier est tel savoir doivent qu'il n'est point

de doubte que femme n'est tant commune ne acointe de plusieurs que se

elle veult bien a certes se disposer a retraire de pechié quoy que

advenir luy en doye crier mercys a dieu par repentance & se tirer devers

luy par ferme propos de jamais n'y renchoir il la gardera bien de tous

ceulx qui l'en vouldroient destourber / mais que elles mesmes s'en

vueille garder en fait & maintien laisse tantost son tresdehonneste

habit & se veste & affuble de robe large & honneste & fuye les repaires

que hanter souloit se traye vers le monstier & l'eglise en devotes

oraisons suyve les sermons devottement & en grant repentance &

contricion se confesse a saige confesseur. Et a tous ceulx qui

l'admonnesteront de pechié respondre plainement que plus tost offreroit

son corps a martire que elle le souffrist. Car dieu luy a donné grace de

soy repentir & retraire si ne luy adviendra jour de sa vie pour mourir.

Et par celle voye tenir n'est point de doubte apellant dieu a son aide

qu'i n'y aura si grant goliard donc elle bien ne se delivre & se ores

aucun trouvoit si mauvais qu'elle ne peust resister tantost contast son

fait a justice qui pitié en auroit & y seroit pourveu. A l'autre raison

qui est que le monde la despiteroit ne doit avoir telle oppinion ne

pource laisser. Car le vray est tout au contraire & ne face nulle doubte

que toutes les creatures qui la verront ainsi convertie & honteuse de

son peché & folle vie en auroient tresgrant pitié l'appelleroient vers

eulx luy diroient bonnes parolles & luy donroient occasion de perseverer

& bien faire & pourroit estre veue & si bonne & si honneste vie tant

devote doulce & humble que la ou elle souloit estre deboutee de chascun

seroit apellee de toutes bonnes gens & cher tenue & ainsi par bien faire

& la grace de dieu auroit recouvré honneur pour honte. Et pour quoy ne

seroit. Car quant dieu luy auroit pardonné & prinse en grace ne seroit

pas raison que le monde la boutast Helas sans faille toute femme ainsi

donnee a honte & peschié deveroit bien desirer estre remise en cestuy

estat laquelle chose seroit se disposer se vouloit / la tierce raison

qui est qu'elle n'auroit dequoy vivre ne vault. Car se elle a corps fort

& puissant pour mal faire & pour souffrir maintes batures & assez de

mescheances elle l'auroit bien a gaigner sa vie / mais que ainsi fust

disposee comme nous disons / car chascun la prendroit voulentiers a

aider a faire les lessives en ces grans hostelz si en auroient pitié &

voulentiers luy donneroient a gaigner / mais que bien gardast que on ne

veist en elle ordure ne mauvaistie en nul endroit filleroit garderoit

des accouchees & des malades demoureroit en une petite chambre en bonne

rue & entre bonnes gens la vivroit simplement & sobrement si que on la

veist nulle fois yvre ne malle ne tenceresse ne grande quaqueteresse &

gardast bien que de sa bouche n'issist quelconques parolles de lubreté

ne de deshonnesteté / mais tousjours courtoise humble & doulce & de bon

service a toutes bonnes gens & bien se gardast que homme n'attraist. Car

elle perdroit tout Et par ceste voye pourroit servir dieu & gaigner sa

vie si luy feroit plus de bien ung denier que cent receus en pechié.

¶ Cy parle en louant les femmes honnestes & chastes. Chap. .l.

Tout ainsi comme le blanc du noir se differe et que contre l'ung l'autre

mieulx est apperceue la difference nous plaist pour donner plus grant

veue aux femmes chastes & honnestes parler a elles en les louant non mye

pour les orgueillir / mais affin que perseverance de bien faire leur

soit plaisir et que toutes femmes desirent estre de ce renc si en dirons

aprés ce que nous avons parlé aux povres pecheresses. car tout ainsi

comme a icelles deffaillans se pevent par grace de dieu relever

convertir les bonnes par temptation d'ennemy & fragilité pervertir &

estre peries & dampnees. Car point n'est congneue la constance du bon

pelerin jusques a ce qu'il ayt acomply le terme de son voyage. Et pource

considere la povre fragilité humaine tost encline a trebuscher nul ne

doit presumer de soy que il soit plus fort que fut saint pierre ne que

david salomon & aultres de grant sçavoir qui trebucherent en peché. Si

dirons ainsi a vous femmes honnestes de chaste vie. Salut par dilection

amys cheres le plaisir que nous prenons a la lueur de chasteté nous

desduit a vous escripre tant les proprietés d'icelle noble fleur comme

les louenges qui luy sont donnees a celle fin que tout ainsi que quant

on loue le bon ouvrier par le bon ouvraige de plus en plus il se delicte

a bien ouvrer faciés semblablement. Et quoy que assez suffise descripre

toutes ses proprietés seroit fort neantmoins aulcunes belles & bonnes

voulons en brief ramentevoir. Chasteté a telle proprieté qu'elle rend la

personne en qui elle est & demeure agreable devant dieu sans laquelle

nul n'y pourroit plaire. Et il y pert par ce que recite sainct ambroise

quant il dit que de creature humaine fait devenir ange. Et celle mesmes

sentence accorde saint bernard ainsi disant que plus belle chose fait il

peut estre que chasteté qui de creature humaine conceue d'orde matiere &

semence & en peché peut faire ung tresnet & plaisant habitacle a dieu.

Chasteté dit il est la seulle vertu qui mesmes en ce monde mortel

represente l'immortalité de lassus / c'est assavoir que les creatures

qui l'ont en eulx se pevent comparer aux saintz esperitz du ciel si sont

infinies les proprietés & louenges que la saincte escripture recorde de

ceste vertu celeste. Et avec ce que elle est tant tesmoignee estre

haulte devant dieu l'experience nous demonstre semblablement au monde &

a la louenge exaulcee / car il ne sçaura estre creature remplye de tant

de defaulx que s'il est renom que elle soit chaste que on ne l'ait en

reverence & se elle est renommee du contraire d'aucune personne quelque

bien qu'elle face que on ne s'en mocque en derriere & que moins n'en

soit prisee. Si vous y vueillés doncques delicter de plus en plus entre

vous preudes femmes / non mye par faintise montrer par signes & parolles

que le soyés & que couvertement ait en vous le contraire. Car dieu a qui

riens n'est mucé le sçauroit bien qui vous en pugniroit / mais en realle

verité soit telle vostre conscience par droit effect. Et ne faictes

comme aucunes folles qui cuident par parler des aultres mucier leurs

follies ou faire acroire que moult sont preudes femmes & que tel fait

ont en abhomination / mais telle maniere fait a despriser. car quelque

bonne que une femme soit de tant comme elle est bonne luy appartient

plus se taire en tel cas pource que elle doit penser que les autres

pareillement le sont. Car n'est point signe que elle soit quant tant

treuve sur les autres a dire. Car en ce cas luy affiert prendre son

cueur a autruy. Si ne vous devés doncques orgueillir pour vostre

chasteté suppeditant ne mocquant les autres posons que sceussiés de vray

leurs vices n'en parler en mal pour vous aloser & monstrer que mieulx

vaillés pour deux principaulx raisons. L'une car vous ne sçavés qui vous

est a advenir ne comment temptees serés Car dit le proverbe commun.

quant la brebis est vieille si l'emporte aucunesfois le loup L'autre que

si vous n'avez celuy peché vous en avés peut estre d'autres pires envers

dieu si que en ce livre est aucunesfois touché / quoy qu'ilz ne soyent

mye par adventure si deshonnestes au monde. Si devez avoir pitié des

deffaillantes prier pour elles leur donner occasion d'elles retraire &

louer dieu de ce que de tel mal vous a gardés luy prier qu'il vous doint

perseverance / fuir les occasions qui vous pourroient faire encliner a

pechié vous tenir humbles vers dieu & ne vous fier en vous mesmes / mais

tousjours estre craintives & ainsi & par ceste voye tenir pourrés

conduyre vostre charroy jusques a fin & terme de gloire / laquelle dieu

vous ottroit.

¶ Cy dit des femmes des laboureux. chap. li.

Le trésor de la cité des dames de degré en degré et de tous estatz · 第 13 / 14 段