des femmes parlerons aux vefves des communs estatz quoy que dessus ayons
dit en l'estat des princesses dirons en telle maniere. Cheres amys nous
mues par pitié de vous cheues en l'estat de vefveté par mort qui
despoullés vous a de voz maris qui qu'ilz soient ou fussent auquel
piteux estat sont livrees communement maintes angoisses & assez
d'enuieux affaires: mais c'est en diverses manieres. Car a celles qui
sont riches d'une guise & a celles qui mye ne le sont en une autre. Si
est livré meschief aux riches par ce que on bee communement a leur oster
& aux povres ou a celles qui ne sont mye riches par ce que en leurs
affaire ne treuvent pitié sicomme en nulluy. Si y a avec la douleur que
avez d'avoir perdu voz parties qui assez deust souffrir trois
principaulx maulx qui moult generaulment soient povres ou riches vous
convient sus. L'ung qui est ja touchié est que vous trouvés communement
durté pou de pris & de pitié en toute personne & telz vous souloyent
honnorer ou temps de voz maris qui officiers ou de grant estat estoyent
qui ores en font pou de compte & pou les trouvés amys. Le deuxiesme mal
dequoy estes assaillies est de divers plais & demandes de plusieurs gens
en faitz de debtes ou de chalenges de terres ou de rentes. Et le tiers
est le maulvais langaige des gens que de commun cours est enclin a vous
courroseure si que a peines sçaurés si bien faire que on n'y trouve a
redire. Et pource que vous avez besoing d'estre armees de bon sens
contre ces pestilences & de toutes autres qui advenir vous pevent nous
plaist vous admonnester de ce qui vous peut estre vaillable combien que
peult estre que en avons ailleurs parlé mais pource qu'il eschiet a
propos de rechief le ramentrons. Quant a la durté que vous trouvés en
toute gent communement qui est le premier des trois dessusditz maulx y a
aussi trois remedes: L'ung que tout premierement vous tourniés vers dieu
qui tant veult souffrir pour creature humaine. & se bien y pensez ce
vous apprendra a estre patientes qui est chose qui bien vous a besoing /
& vous conduyre en point se bien y mettés le cueur que pou tiendrés de
compte du pris & de l'honneur du monde. Car ores a primes pourrés
apprendre comment les choses du monde sont tournables. Le deuxiesme
remede est que il convient que vous disposez vostre cueur a estre
doulces & benignes en parolles & en reverence a toute gent si que par
celle voix vous matiez & flechissiés les couraiges des felons et par
doulces prieres & humbles requestes. Item le troiziesme remede est que
non obstant les dessusdictes choses & que en parolles habitz &
contenance soyent doulces humbles que vous advisiés par bonne prudence &
saige gouvernement comment vous vous deffendrés & garderés de ceulx qui
trop vous vouldront fouller. C'est assavoir que vous escheviez leurs
compaignies n'avoir que faire avecques eulx se vous povez vous tenir
closement en voz hostelz ne prendre debat a voisin ne a ung ne a autre
ne mesmes a varlet ne chamberiere / tousjours parler bel et garder
vostre droit / & par ainsi faire & par pou vous mesler avecques diverses
gens se besoing ne vous en est / escheverés que vous ne soyez foullees
ne suppeditees par autruy. Au fait des plais ceulx qui vous assauldront
qui est le deuxiesme mal debvés sçavoir que eschever debvez plait et
procés le plus que vous povez. car c'est chose qui trop peut grever
femme vefve pour plusieurs raisons. L'une qu'elle ne se congnoit & est
simple en telz choses. L'autre qu'il convient qu'elle se mette en
dangier d'aultruy pour faire solliciter ses besongnes & gens sont
communement mal dilligens des besongnes aux femmes & voulentiers les
trompent & mettent en despens huyt solz pour six. Et l'autre qu'elle n'y
peut a toutes heures aller comme feroit ung homme. Et pource est le
meilleur conseil qu'elle laisse avant aller aucune partie de son droit
mais que ce ne soit a trop grant oultraige que elle si fiche & se doit
metre en tous ses devoirs offrir raisonnables offres par bon conseil de
ce qu'on luy demande ou s'il fault qu'elle soit demanderesse qu'elle
pourchasse avant le sien courtoisement & regarder se par aultre voye ou
moyen le pourra traire. Se on l'assault par debtes regarder quelle
action & quelle cause les demandeurs ont. Et posons toutesfois qu'il n'y
ayt lettre ou tesmoingtz se sa conscience sent que quelque chose soit
deue garde soy bien qu'elle ne retienne le droit d'autruy car elle
chargeroit l'ame de son mary & la sienne & dieu luy sçauroit bien
envoyer tant de pertes au feur l'emplaige d'autre costé que la perte
doubleroit. Mais se saigement se scet garder des cauteleux qui demandent
sans cause elle fait ce qu'elle doit Mais se a toutes fins convient
qu'elle entre en procés doit sçavoir que troys choses principalles sont
necessaires a toute personne qui plaide. L'une est ouvrer par conseil
des saiges coustumiers & clercz bien aprins es sciences de droit & de
loys / l'autre est grant soing & grant dilligence de soliciter la
cause / & l'autre est avoir argent assez pour ce faire. car sans doubte
se l'une de ces trois choses faillent quelque bonne cause que la
personne ayt en peril sera de la perdre. Si est mestier a la femme vefve
en ce party qu'elle se tire vers les anciens coustumiers les plus
usaigiers de diverses causes & non mye devers les plus jeunes leur
monstrer sa raison ses lettres & tiltres entendre bien ce qu'ilz diront
ne leur cele riens de ce qui peut appartenir a la cause / soit pour elle
ou contre elle. Car conseiller ne la pevent fors par ce qu'elle leur dit
& se leur conseil plaide ou accorde aux parties par leur advis / mais se
en procés entreface diligence & paye bien / si en sera meilleure sa
cause. Si luy conviendra bien pour ces choses faire et pour resister a
tous les aultres ennemys se a chief en veult venir qu'elle prengne cueur
de homme / c'est assavoir constant fort & saige pour adviser & pour
poursuyvre ce qui luy est bon a faire non mye comme simple femme
s'acrouppir en plours & en larmes sans autre deffence. comme ung povre
chien qui s'aculle en ung coingnet & tous les autres luy courent sus.
Car par ainsi faire entre vous femmes trouveriés assez de gens sans
pitié qui le pain vous osteroyent de la main et vous reputeroit on
ygnarans & simples / ne ja pource plus de pitié ne trouveriés en ame /
si ne devés pourtant ouvrer de vostre teste ne en vostre sens vous fiez.
Mais tout par bon conseil par especial es grans choses que vous ne
sçavez. Et ainsi par telle voye vous devez gouverner entre vous vefves
en voz affaires c'est a entendre celles qui sont ja d'aage & qui plus
nourir ne se veullent. car quant des jeunes il appartient qu'elles
soyent gouvernees par leurs parens & amys tant que remariees soyent se
tiennent doulcement & simplement avec eulx & en tel guyse que maulvaise
renommee n'en puisse saillir car ce seroit l'achoison de faire perdre
leur bien & avancement. Le tiers remede contre les trois maulx
dessusditz aux femmes vefves qui sont au dangier du mauvais langaige des
gens est qu'elles se doivent garder en toutes manieres de non donner
occasion de mal parler sus elles en contenances maintiens & habitz qui
doibvent estre simples & honnestes coyes doubteuses du fait de leur
corps qu'on ne puisse en mal murmurer. ne soyent trop acointables ne
privees a hommes que on voye frequenter souvent en leur maison s'ilz ne
sont leurs parens. & encores que ce soit fait discretement ne beau pere
prestres ne freres pou ou neant quelque devote qu'elle soit: Pource que
le monde est tant enclin a dire mal & se garder de tenir mesgnie ou l'en
puist avoir aucune suspecion ne moult grant priveté ne familiarité
quelque bons qu'elle les saiche / ne quoy que a nul mal n'y pensast ne
leur face ne au fait de sa despence affin qu'on n'en puist parler &
aussi pour mieulx garder le sien ne tiengne trop grant estat ne en gens
ne en robes ne en viandes car c'est droit estat de femme vefve estre
sobre & sans superfluités de quelque chose. Et pource que en l'estat de
veufveté a tant de durté pour les femmes sicomme nous disons & il est
vray pourroit sembler a aulcunes gens que doncques seroit leur meilleur
que toutes se remariassent. Si pourroit a ceste question estre respondu
que s'il estoit ainsi que en la vie de mariage eust tout repos & paix
vrayement seroit sens a femme de s'i rebouter mais parce qu'on voit tout
le contraire le doit moult eslongner toute femme quoy que aux jeunes
soit chose comme de necessité ou tresconvenable. Mais a celles qui ja
ont passé jeune aage. Et qui assez ont du leur ne povreté ne les y
contraint c'est toute follie quoy que aucunes qui le veullent faire
dient ce n'est riens d'une femme seulle & si pou se fient en leur sens
qu'elles se excusent que gouverner ne sçauroient. mais le comble des
follies & la grant mocquerie est quant une vieille prent ung jeune
homme. dont petit voit on longuement bonne chanson chanter. mais tant y
a que de leur malle meschance on ne les plaint point a bon droit.
¶ Cy parle a l'enseignement des jeunes filles & vieilles estans en
l'estat de virginité. Chap. .xliiii.
Ce n'est mye droit que au procés de noz lecons soyent oubliees les
femmes ou filles qui sont en l'estat de virginité dont on peut parler
d'elles en deux differences d'estas. c'est assavoir de celles qui ont
propos de garder leur virginité tout le temps de leur vie pour l'amour
de nostreseigneur & de celles qui attendent le temps de mariage par
l'ordonnance de voulenté de leurs parens. Et ainsi comme il y a
difference en leur propos doit semblablement avoir en leur habitz
conversation & maniere de vivre mesmement au monde. Car a celles qui du
tout se sont disposees de jamais ne l'enfraindre appartient vie
tresdevote & sollitaire & quoy qu'elle soit a toutes bien seant /
neantmoins a cestes affiert plus que a autres. Et si leur est necessaire
faire aulcun ouvraige pour avoir leur vie ou qu'elles servent en aucun
lieu elles doivent regarder que toute leur occupation soit aprés ce que
leur labour necessaire ont faict au service de dieu en devotes oraisons
et aussi en jeunes & abstinences faictes par discretion non mye aprés
qu'elles ne le puissent porter ne continuer ne que leur serueil en
puisse estre trouble Car riens de trop grant aspreté ne doibt estre
prins sans bon conseil. Si se doibvent garder de tous pechez
singulierement en fait & en pensee affin que le bien qu'elles font de
une part ne perdent pas de l'autre car petit vauldroit estre vierge ou
chaste faire abstinences & devotions & que avec ce on fust ung tresgrant
pecheur ou pecheresse / si doibt toute personne qui se met a bien faire
garder qu'elle offre a dieu offrande nette / car qui presenteroit au roy
une tresbelle & bonne viande toute entremeslee de ordure & punaisie on
ne luy feroit nul plaisir. & si la reffuseroit & a bon droit. Si
doibvent estre leurs parolles bonnes simples devotes & sans trop de
languaige. leur habit honneste & sans nulle cointerie maintien simple &
courtois & treshumble chere les yeulx bessez & la parolle basse / si
doit estre leur joye ouÿr la parolle de dieu & frequenter l'eglise &
celles qui ceste vie ont esleue sont de bonne heure nees. car elles ont
prinse la meilleur partie Les autres pucelles qui attendent l'estat de
mariage autressi doibvent estre en contenances maintiens & belles
parolles attrempees & honnestes & par especial en l'eglise coyes
regardans sur leurs livres ou leurs yeulx abaissiés en rues & par voye
simples & rassises / & a l'hostel non oyseuses / mais soient tousjours
occupees en quelque oeuvre de leur mesnaige leurs habis & vestures bien
faictz jointz & pollis mais que deshonnesteté n'y ayt & nettement tenus
leurs cheveulx bien ordonnés & non mye trainans par les joues ne
sailles / le parler amyable & courtois a toutes gens humble maniere non
trop emparlees. & se a festes sont a dances ou a assemblees la / doivent
bien estre sur leur garde que bien soyent de belle maniere & de beau
maintien / pource que plus de gens ont les yeulx sur elles. et dancent
simplement / chantent bassement ne soit leur regard vague ne traceant ça
ne la qui trop ne s'enpressent entre hommes / mais tousjours se tirent
vers leurs meres ou les autres femmes Cestes pucelles se doivent garder
de prendre debat ne tençon a quelque personne ne a varlet ne a
chamberiere. C'est trop layde chose a pucelle estre tenceresse &
renponneuse & en pourroit perdre son bien par les maulvais & mensongeux
rapors que mesgnies font souventesfois a pou d'achoison. Pucelle ne soit
nullement saillant effrayee ne ribaulde par especial a hommes qui qu'ilz
soyent ne a clercz de l'ostel ne varletz ne autres mesgnies & si ne
seuffre en nulle guise homme la touche ne se joue a elle des mains ne de
trop rigollages. Car ce seroit trop grant empirement de l'honnesteté que
avoir doit & de son bon loz. Si affiert aussi a pucelle estre devote par
especial vers nostre dame vers saincte Katherine & toutes vierges / &
s'elle scet lire en lise voulentiers les vies / jeune aucuns jours &
soit sobre sur toutes riens en boire & en menger & contente d'assez pou
de viande & de foibles vins car gloutonnie a pucelle sur vin & sur
viande sur toutes choses est layde tache. Pource doit bien garder qu'on
ne la voye nulle fois changee par vin prendre trop largement / car se
telle tache avoit on n'y esperoit quelconque autre bien si doit de
droicte coustume toute pucelle mettre largement de l'eaue en son vin / &
acoustumer a petit boire aussi avecques les bonnes taches & manieres qui
luy affierent appartient estre a toute pucelle humble et obeissant a
pere & a mere & les servir diligemment de tout son povoir. s'attendre de
son mariage du tout a eulx & non mye que de elle mesmes le face & sans
leur consentement / ne quelconques parolles n'en doibt tenir ne escouter
personne. Et sont pucelles par ceste maniere aprinses & endoctrinees
sont a desirer aux hommes qui marier se veullent.
¶ Cy devise comment anciennes femmes se doivent maintenir vers les
jeunes et des meurs que avoir doibvent. Chap. .xlv.
Pource que assez communement a debat & discord tant en oppinions comme
en parolles entre vieilles gens & les jeunes si que a peine se pevent
entresouffrir comme s'ilz fussent de deux especes laquelle chose fait
l'aage qui tout ainsi qu'il est differencié met difference en leurs
meurs & condicions nous semble bon pour mettre paix de celle guerre
entre les femmes de divers aages qui nostre doctrine pourront ouÿr que
nous ramentevions aucunes choses qui bonnes y pevent estre. Mais dirons
premierement aux anciennes les meurs qui leur advisent. Il appartient a
toute femme d'aage qu'elle soit sage en fait en habit contenance &
parolle. en fait doibt estre saige / par ce que advis doibt avoir &
memoire des choses que veues a advenir en son temps. Et pource avant
aucune chose qui veult faire ou entreprendre doit ouvrer par l'exemple
d'icelles. car s'elle a veu mal ou bien advenir a elle / ou a autre par
tenir aulcunes manieres penser peult que ainsy luy adviendra par
semblablement faire. Et pource dit on que vieilles gens sont communement
plus saiges que les jeunes. Et est vray pour deux raisons. L'une pource
que leur entendement est plus parfait & a plus grant consideration. Et
l'autre qu'ilz ont plus grant experience des choses passees: pource
qu'ilz ont plus veu. Si leur appartient doncques estre plus saiges / &
s'ilz ne le sont plus sont a reprendre. Et sans faille quant vieilles
gens sont sans sens ou nices ou qu'ilz facent les follies que jeunesse
admonneste aux jeunes & dont mesmes on les reprent il n'est si grant
mocquerie. Et pource l'ancienne femme doibt bien estre pourveue qu'elle
ne face chose dont on y puist noter follie ne luy appartient dancer
baller ne rire follement mais s'elle est joyeuse de sa condicion doit
toutesfoys regarder qu'elle prengne ses joyeusetés par apoint non mye de
la maniere des jeunes gens: mais plus rassisement die ses parolles a
trait & gracieusement face ses esbatemens / & sans nul effroy / car quoy
que nous disons que saige doibt estre & rassise n'entendons par pourtant
que rechignee soit malle ramponneuse ne maulgratieuse pour donner a
croire que c'est tout sens. Car ainçois se doit garder de telles
passions si viennent communement a vieilles gens. C'est assavoir d'estre
ireulx maugracieux & rechinés pource la saige ancienne quant elle
sentira que son couraige sera enclin a tencer ou se courroucer elle la
moderera par telle sage distrecion disant a soy mesmes dieu & que as tu
que demandes tu est ce fait de saige femme d'ainsi se demener ou
troubler se ces choses te semblent maufaictes / il n'est mye en toy de
tout amender soies plus en paix ne parle pas si maugracieusement se tu
te voies comment ta chere est maugracieuse quant tu es en tel despit
grant orreur en auroies soies plus conversable & plus debonnaire a tes
gens et ceulx que tu dois chastier reprens les plus courtoisement et te
garde de tel ire / car c'est chose qui desplaist a dieu & en vault pis
ton corps & moins en es aymee. Il appartient a avoir pacience. Telles
choses & semblables doit dire a soy mesmes la saige femme ancienne quant
les mouvemens d'ire luy viennent avec ce sens doit estre l'ancienne
femme vestue large et d'abillement honneste. Car a ce propos dit ung
vray mot machault vieille coincte et jolie est matiere de mocquerie / sa
contenance de beau port & honnorable. Car en verité quoy que nul die
c'est beau parement et chose de grant honneur et reverence en une place
& qui bien y tient son lieu souventesfois que une ancienne personne soit
homme ou femme quant elle est saige ou de honnorable maniere en toutes
choses la parolle de ceste saige femme ancienne doit estre toute meue
par discretion se garde bien que de sa bouche n'isse folles parolles
deshonnestes / car chose de plus grant derision n'est que sotte parolle
& mal honneste en vieille gens / pource les doit dire toutes de bon
exemple Et a venir a ce que nous avons dit devant. C'est assavoir a
parler du contens et mal accord qui est communement entre vieilles gens
& jeunes gens la saige ancienne femme doit estre sur ce advisee en telle
maniere que quant aucun mouvement luy viendra en pensee ou en parolle
contre jeunes gens pour leurs jeunesses que elles ne puissent pas bien
soufrir pensee en soy mesmes. Beau sire dieu tu as esté jeune advise
bien quelles choses tu faisoies en ce temps eusses tu voulu qu'on
parlast ainsi de toy pourquoy leurs cours tu tant seur advise comment
sont grans les aguillons de jeunesse tu en dois avoir pitié Car tu es
passee par ces pas on doit jeunes gens reprendre & tencer voirement de
leurs follie. Mais non mye pourtant les haïr ne diffamer / car ilz ne
scevent qu'ilz font & ne congnoissent pource les supporteras benignement
& chastieras par bonne maniere ceulx & celles qui te touchent & se les
autres le blasment ou diffament tu les excuseras par pitié advisant
l'ignorance de jeunesse qui leur toust a avoir plus grant congnoissance.
Ha dieu advises en toy mesmes que se tu n'as a present en toy les
mouvemens que jeunesse a ne plus ne te delictes en telz folies par
vieille qui t'a meuree & refroide tu n'es mye pourtant sans pechié ains
en as par adventure de plus grans et de plus gros que tu n'avoyes de tel
aage ou que assés de jeunes gens n'ont & se ces vices la t'ont delaisee
d'autres plus mauvais t'ont acueillie comme envie couvoitise ire
impacience gloutonnie par especial de vins en quoy tu fais souvent de
grans deffaultes. Et toy qui dois estre saige n'a pas puissance de y
resister par ce que l'inclination de vieillesse tire tempte & admonneste
& tu veulx que iceulx jeunes soient plus saiges que toy / c'est assavoir
que ilz resistent aux temptations que jeunesse leur met en couraige et
facent ce que tu ne peus faire si laisses en paix jeunes gens & plus ne
murmures contre eulx. Car se bien te regardes assés as affaire de toy
mesmes. & se les vices de jeunesse t'ont laissee ce n'est mye par ta
vertu / mais par ce que nature plus ne s'i encline et pour ce te
semblent ilz si abhominables.
¶ Cy devise comment jeunes femmes se doivent maintenir vers les
anciennes. chap. .xlvi