Au commencement de ceste .iii. partie suyvant la route des princesses

qui devant vont & puis les dames & damoiselles de court & dehors nous

convient si que nous promismes parler aux femmes d'estat des cités.

C'est assavoir a celles qui sont mariees aux clercz gens de conseil de

roys ou de princes ou gardans justice ou en divers offices & aussi a

celles qui sont mariees au bourgois des cités & bonnes villes qui en

aucuns pays sont appellees nobles quant ilz sont de lignages anciens. Et

aprés dirons aux autres estatz des femmes / affin que toutes se sentent

de nostre doctrine. Et si que ja avons touché plusieurs fois cy devant

c'est nostre entente que tout ce que recordé avons aux autres dames tant

es vertus comme au gouvernement de vivre en ce qui peult a chascune

femme appartenir de quelque estat qu'elle soit / soit aussi bien dit

pour les unes que pour les autres si peut chascune prendre telle piece

qu'elle voit qui luy appartient. et ne vueille mye faire comme aulcune

folz ou folles qui sont trop aises quant ilz sont au sermon & le

prescheur parle sur la charge d'aucun estat qui ne leur touche & trop

bien le notent & dient qu'il dit vray & que c'est bien dit. mais quant

vient a ce qui leur peut appartenir ilz baissent la teste & cloent les

oreilles / & leur semble qu'on leur fait grant tort de en parler & ne

prennent point garde a leurs faictz / mais ouy bien aux autres. Et

pource le saige prescheur doit trop bien adviser quelz estatz de gens a

a son sermon & s'il parle bien aux ungz doit si bien toucher les autres

que l'ung ne se puisse mocquer de l'autre ne murmurer. Si dirons

doncques ainsi de rechief nous troys vertus comme dessus disons a vous

femmes d'estat & bourgoises de cités & bonnes villes que l'oreille

vueillés tendre sur les enseignemens qui vous pevent appartenir

principallement sur .iiii. quoy qu'ilz soyent ailleurs touchés aprés ce

que nous supposons que ja vers dieu soyés bonnes & devotes / mais a ce

qui touche prudence mondaine l'un des quatre. Et le premier est a ce qui

appartient a l'amour & foy que devés avoir a vos maris / et comment vers

eulx vous vous devés porter. Le second point au fait du gouvernement de

vostre mesnaige. Et le tiers touche vos vestures & habillemens. Le quart

comment vous garderés de blasme et de cheoir en diffame Et quant au

premier qui est de l'amour & foy que debvés a vos parties / et comment

vers eulx vous appartient a gouverner soyent vos maris vielz ou jeunes

bons ou mauvais paisibles ou rioteux de petite loyaulté vers vous ou

preudhommes affin que ne redisions ce que devant est ja dit / mais vous

envoyrons cercher au tresiesme chapitre de la premiere partie de cestuy

livre ou la en est assés a plain desclairé. Mais avec ce affin que plus

vous embellisse a tenir vers eulx les manieres qui vous pevent touchier

qui la sont devisees vous reduirons a memoire trois biens qui de vous

gouverner bien et saigement vers eulx qui qu'ilz soyent et leur garder

la foy et loyaulté promise tenir en bonne paix et en toutes choses faire

vos devoirs vous peut venir. L'ung est grant merite a l'ame que acquerés

faisant vos devoirs L'autre est grant honneur au monde. Et le tiers est

que on a veu maintes fois et voit on souvent que quoy que plusieurs

riches hommes de plusieurs et divers estatz ayent esté / et soyent

merveilleux a leurs femmes en tous temps / que quant vient a la mort que

conscience les reprent et advisent le bien de leurs femmes qui si

bonnement les ont supportez et le tort qu'ilz ont eu vers elles que ilz

les laissent dames et maistresses de tout quant qu'ilz ont vaillant. Le

second point de nostre enseignement et doctrine que avons dit qu'il vous

convient qui touche au faict de mesnage / c'est que vous devés mettre

grant cure et diligence de distribuer saigement et mettre au prouffit

les biens et la chevance que vos maris par leur labour office ou rente

amainent ou pourchassent a l'ostel. Et est l'office de l'homme

d'acquerre & faire venir en la maison les provisions / et les femmes les

doivent ordonner et dispenser par bonne discrection & ordre convenable

sans trop grant escharceté. Et aussi bien se doit garder de folle

largesse Car c'est ce qui vuide et desemplit la bource et met la

personne a povreté Bien adviser en toutes choses que degast ne excés

n'en puisse estre faict ne s'en attendre mye du tout a la mesgnie.

Ainçois elle mesmes estre dessus & s'en prendre souvent garde & de ses

choses vouloir avoir le compte. Ceste saige dame ou mesnagiere se doit

congnoistre en toutes choses de mesmement en appareiller a menger affin

qu'elle le sache ordonner & commander a ses servans ou servantes parquoy

elle puist tousjours garder la paix de son mary s'il semons gens

d'honneur en son hostel / si doibt ellemesmes se besoing est aller en la

cuysine & ordonner comment ilz seront servis / doit bien garder que son

hostel & sa maison soit tenue nettement & toutes choses en leur place &

par ordre. ses enfans bien enseignés & endoctrinés ne quoy que qu'ilz

soyent petis que on ne les oye point mignoter ne aussi mener grant

noise. soyent nettement tenus & riglement gouvernez ne que drappeaulx a

nourrices ne riens qui leur appartienne ne traine point aval l'hostel /

doit estre songneuse que son mary soit nettement tenu en robes & aultres

choses. car le nect adornement du mary est l'honneur de la femme qui

soit bien servy & sa paix gardee / & quant il vient a l'hostel pour

prendre son repas que tout soit prest & ordonné tables & dressoir selon

l'estat / & s'elle veult user de prudence & avoir les loz du monde & de

son mary s'il est homme de bien luy soit a toutes heures faire bonne

chiere affin que s'il advient qu'il soit aulcunement troublé en couraige

sicomme en diverses choses que les hommes ont affaire livrent

aucunesfois mains desplaisirs qu'elle luy puisse par son gracieux

accueil faire aulcunement entreoublier. Car n'est point de doubte que

c'est grant recreation a homme de bien quant il vient en son hostel &

s'il a quelque ennuy en pensee & treuve sa femme qui saigement &

gratieusement l'acueille & c'est bien raison que ainsi soit faict. Car

celluy qui pourchasse le vivre & l'estat. & qui en a la peine & le

soussy ne peut au moins que d'estre bien acueilly en son hostel ne doit

point ceste femme tencier / rechigner ne rioter sa maisgnie a table.

mais s'il y a aulcune chose qu'ilz ayent faict mal a point les doit

reprendre en briefves parolles sans tençons. Car a refection laquelle

doit estre prinse joyeusement est trop dure chose a oÿr celle note: Et

se son mary est mauvais ou rioteux le doit appaiser a son povoir par

belles parolles ne luy enquerre point de ses besongnes ne autres choses

aucunement secrettes a tables ne devant mesgnie. mais a part et en sa

chambre. Ceste saige mesnagiere avec ce que dit est sera songneuse de

lever matin. Et quant elle aura ouÿ messe & dictes ses devotions &

retournee a son hostel commandera a ses gens de ce que besoing sera puis

se prendra a faire aucune bonne oeuvre ou a filler ou a couldre quelque

autre chose. Et quant ces chamberieres auront fait leur mesnaige vouldra

que semblablement facent / ne filles ne femmes ne ellemesmes ne vouldra

veoir ne souffrir nulles heures oyseuses / elle achetera du lin a bon

marché aux foires / fera filler en ville aux povres femmes mais se garde

bien que leur peine elle ne retiengne par quelque engignement ou par sa

maistrise. car elle se damneroit ne ja a son proffit n'iroit. Si fera

faire toilles grosses & deliees nappes & touailles & autres linges & de

ce sera tressoigneuse. car c'est le plaisir naturel aux femmes qui n'est

lait ne villain mais honneste & licite si fera tant que elle aura de

tres beau linge delié large a parer & bien ouvrer. Si le tiendra blanc &

souef flairant bien ployé en coffre & de ce sera tressoigneuse si en

seront servis les gens d'honneur que son mary amenera dont elle sera

prisee & louee. Ceste saige femme prendra bien garde que riens ne

pourrisse aval son hostel / & ne voise a gast dequoy povres se peussent

aucunement ayder / ne que relief n'y endurcisse robbes ne soyent mengees

de vers si les fera donnera aux povres. Mais s'elle ayme le bien de son

ame & la vertu de charité ne fera pas seullement de ce ses aulmosnes

mais du vin de sa propre boisson & de la viande de sa table aux povres

acouchees a malades ou a ses povres voisins souventesfoys & ce fera elle

de bon cueur s'elle est saige & a dequoy. Car c'est tout le tresor

qu'elle emportera ne ja plus povre n'en sera / mais toutesvoyes elle

doibt bien regarder a qui & que par discretion soit faict avecques ces

choses ceste femme sera saige gracieuse c'est adire de plaisant chere

honneste a couvert langaige accueildra & recevra les amys & acointes de

son mary / elle parlera beau a toutes gens. se fera aymer de ses voisins

leur fera compaignie & amytié se besoing en ont / ne fera refus de

prester petites chosettes ne a ses maisgnies ne sera male mauldisant ne

disant villennie ne tout le jour rioter pour ung beau neant: mais les

reprendra voirement quant ilz mesprendront / & menacera de les mettre

hors s'ilz ne s'amendent mais ce sera sans tonner ne mener grant harou

si que on ne l'oye de loing. Sicomme aulcunes folles font a qui il

semble que parestre bien malles & tencer fort a leurs maris & a leur

mesgnie de neant que on les tiendra a sages & bonnes mesnagieres & a

faire bien les embesongnees de pou de chose & trouver par tout a redire

& toute jour caqueter / mais ce mesnaige la nest point de nostre

doctrine. Car nous voulons que nos disciples soyent en tous leurs faitz

saiges / & nul sens ne pourroit estre sans attrempance laquelle ne

demande malice ne felonnie ne trop de langaige qui est chose qui moult

messiet a femme.

¶ Cy devise comment femmes de estat doivent estre ordonnees en leur

habit / et comment se garderont de ceulx qui tachent a les decevoir.

chap. .xli.

Le tiers point que voulons notifier a entre vous femmes d'estat de

bonnes villes & aux bourgoises / lequel touche vos vestures &

habillemens est qu'en iceulx ne vueillés point estre oultrageuses tant

es coustumes comme es façons. & y a .v. especialles raisons qui vous

doivent mouvoir a vous en garder. L'une que c'est pechié & chose qui

desplaist a dieu d'estre tant curieux ou curieuse de son corps La .ii.

que de faire oultrage on n'en est ja plus prisié / mais mains / ains que

ailleurs est ja dit. La .iii. que c'est gastement d'argent apovrissement

& vuidenge de bource. La quatriesme que on donne mauvais exemple a

autruy / c'est assavoir cause de ainsi faire ou plus. Car il semblera a

une dame qui verra a une damoiselle prendre si grant estat ou a une

bourgoise que de tant qu'elle est plus grande devera encores plus

croistre son estat / & c'est ce qui fait tous les jours multiplier &

croistre les estatz & les boubans par ce que chascun tend tousjours a

surmonter l'autre / dont maintes gens sont grevés & apovris en france &

autre part. La cinquiesme que on donne par desordonné & oultrageux habit

occasion a aultruy de pechier ou en murmuration ou en couvoitise

desordonnee / qui est chose qui trop desplaist a dieu. Et pource chieres

aymees veu que ce ne vous peut riens valoir & beaucoup nuire ne vous

vueillés en telles faulcetés trop delicter / non pourtant c'est bien

droit que chascune porte tel habit & estat que appartient a son mary & a

elle / mais s'elle est bourgoise qu'elle se porte telle comme une

damoiselle et la damoiselle comme une dame / et ainsi de degré en degré

monstant sans faire c'est chose hors ordre de bonne police en laquelle

s'elle est bien ordonné en quelque pays que ce soit toutes choses

doivent estre limitees. Or vient a parler du quatriesme point qui est

comme vous vous garderés de blasme & de cheoir en diffame. Auquel point

se peult encores touchier le faict de voz habillemens tant en

l'oultraige du trop grant coust comme en la maniere des façons en ceste

maniere il est assavoir que posons que une femme soit de tresbonne

voulenté & sans mauvais fait ne pensee de son corps si ne le croyra pas

le monde puis que desordonnee en habit on la verra & seront fais sur

elle mains mauvais jugemens quelque bonne qu'elle soit Si appartient

doncques a toute femme qui veult garder la bonne renommee qu'elle soit

honneste & sans desguisure en son habit & habillement non trop

estraincte ne trop grans colletz ne autres façons malhonnestes ne grant

trouveresse de choses nouvelles par especial constances & non honnestes

Et avec ce la maniere & contenance y fait moult. Car si que ja est

touchié cy devant il n'est riens plus desseant a femmes que laide

maniere & mal rassise / aussi ne chose plus plaisant que belle

contenance & coy maintien quoy qu'elle soit jeune doibt estre en ses

jeux & ris attrempee & sans desordonnance a les sçavoir prendre par

appoint si qu'ilz soyent bien seans & le parler sans mignotise mais soit

propre & doulx ordonné & attrait en regard simple tardif & non vague &

joyeuse par apoint. Mais ensuyvant la matiere de dessus est assavoir que

avec le mauvais langaige & blasme qui peult sourdre a femme par habit

desordonné & par maniere mal honneste y a ung autre plus perilleux

inconvenient c'est l'amusement des folz hommes qui pevent penser qu'elle

le face pour estre couvoitee & desiree par folle amour. Et elle par

adventure n'y pensera / ains le fera seullement pour la plaisance de

soymesmes & par sa propre condition qui luy enclinera. Si y a des hommes

de mains estatz qui tacheront par grant diligence a les attraire en les

poursuyvant par divers semblans & moult s'en peneront. Mais que doit

faire la saige femme qui cheoir ne veult en blasme & qui bien est

advisee que de tel amour ne peut venir que tout mal prejudice &

deshonneur parquoy nulle voulente n'a d'entendre a telz musars & ne

veult mye faire comme aucunes musardes a qui trop bien plaist que on les

poursuyve par grans semblans & leur semble belle chose de dire si suis

aymee de plusieurs c'est signe que je suis belle & qu'il y a en moy

assez de bien. Je n'aymeray nul pourtant / mais a tous feray bonne

chere / & autant y aura l'ung que l'autre et tous les tiendray en

parolles. ceste voye n'est mye de garder l'honneur ains est impossible

que longuement soit maintenue par femme qui qu'elle soit que n'en chee

en blasme. Et pource la sage dessusdicte si tost qu'elle aperçoit par

aucun signe ou semblance que quelque homme a devers elle pensee elle luy

doit donner toutes occasions de s'en retraire en manieres parolles et

semblans & tant faire qu'il apperçoive qu'elle n'y a courage ne n'y

veult avoir. Et s'il advient qu'il luy die elle luy doit respondre &

dire sur ceste forme et maniere. Sire se vous avés a moy pensee vueillés

vous en retraire / car je vous prometz & jure ma foy que en tel amour

n'ay mon intencion ne n'auray jour de ma vie de ce puys je bien jurer /

car de ce suis je bien affermee en tel voulenté qu'il n'est homme ne

chose nulle qui oster m'en peust & toute ma vie demoureray en ce point

de ce soyés vous certain si perdriez vostre peine tant plus vous y

museriés / & vous prie tant comme je puis que ne me faciés plus telz

semblans ne disiés ces parolles que en bonne foy je y prendroye grant

desplaisir & me garderoye a mon povoir d'aller ou vous seriés. Si le

vous dy une fois pour toutes et croyés fermement que jamais en autre

propos ne me trouverez & a dieu vous dy. Ainsi en brief & sans

longuement escouter doit respondre la bonne & saige jeune femme qui ayme

son honneur a tout homme qu'il la prie & avec ce que aussi soyent les

semblans pareilz aux parolles. C'est assavoir que de regard ne de

maintien ne face aucun semblant parquoy y puisse nullement penser que

jamais y puist advenir. Et s'il y envoye dons quelz qu'ils soyent que

elle garde bien que nulz n'en prengne Car qui don prent se vent Et s'il

advient que aucune personne luy en face quelque messaige que elle die

expressement & a rechinié visaige que jamais plus ne luy en parle. Et se

chamberiere ou varlet qu'elle ait s'en hardist a luy dire qu'elle ne le

tiengne point en son hostel. Car tel maisgnie n'est pas seure si treuve

voye par bonne maniere de le mettre hors pour quelque aultre achoison

sans noise & sans tençon / mais garde bien comment qu'il soit que a son

mary ne le dye. Car quelque bonne voulenté qu'elle ait le pourroit

mettre en tel frenaisie que ne l'en osteroit pas quant elle vouldroit &

est trop grant peril et aussi n'en est nul besoing s'en garde sagement

et s'en taise Car n'en sera ja homme si en grant que s'elle veult au

long aller par tenir saiges manieres qu'il ne s'en retraye ne aussi dire

ne le doit a voisin ne a voisine ne autre / car parolles sont raportees

par quoy il advient aucunesfois que hommes contreuvent mauvaisties sur

les femmes par despit de ce qu'ilz sont refusés & que ilz scevent

qu'elles en parlent ou ont parlé. Si ne griefve riens taire la chose

dequoy on ne peut de riens mieulx valoir la dire. Et n'est point belle

vantance a femme. Avec ce femmes qui se veulent garder de blasme se

doibvent garder d'aler en compaignies qui ne soyent bonnes & honnestes

ne en assemblees faictes en jardins ou en autres lieux par prelatz ou

par seigneurs ou autres faictes soubz quelque umbre ou couverture de

festoier gens & que ce soit pour autre machination de quelque broullerie

ou par elles ou par autres. Et posons que une femme saiche bien que pour

elle ne soit faicte telle assemblee / si se doit elle bien garder

qu'elle ne face umbre a autre. Car cause seroit du mal & du peché si n'y

doit aller se elle le scet ou aucun souppeçon y a / & ains qu'elle voise

nulle part si elle est saige doit bien adviser ou avecques comment et

que doit estre ou elle va ne de trouver ses pelerinages hors la ville a

faire pour aller quelque part jouer / ou mener la galle en quelque

compaignie joyeuse n'est fors peché & mal a qui le fait. Car c'est faire

de dieu umbre & chape a pluye ne sont point bons ne aussi tant aller

trotant par ville a jeunes femmes au lundy a saincte avoye / au jeudy je

ne sçay ou. au vendredy a saincte katherine & ainsi es autres jours si

aucunes le font n'en est ja grant besoing non pas que nous vueillons

empescher le bien a faire. Mais sans faille veu le peril de jeunesse la

legiereté et la grant couvoitise que hommes ont communement a attraire

femmes et les parolles qui tost en sont levees & a pou d'achoison est le

plus seur mesmes pour le prouffit des ames & l'honneur du corps estre

coustumieres de tant troter ça & la. Car dieu est par tout qui exaulce

les oraisons des devotz deprians ou qu'ilz soyent & qui veult que toutes

choses soyent faictes par discretion & non mye du tout a voulenté. Aussi

de baigneries d'estuves et de commerages trop hanter a femmes & telz

compaignies sans necessité ou bonne cause ne sont que despens superflus

sans quelque bien que en peust venir. Et pource de toutes telles choses

& d'autres semblables: femme si elle est saige qui aime honneur et

eschever veult blasme se doit garder.

¶ Cy devise des femmes des marchans. Chapitre. xlii.

Desormais or viendrons a parler des marchans C'est assavoir de femmes

aux hommes qui se meslent de marchandises dont a paris & ailleurs a de

moult riches et desquelz les femmes portent grant & cousteux estat &

plus hault en aucunes autres contrees & villes que a paris sicomme a

venise a jennes a florence a lucques avignon & autre part Mais iceulx

lieux nonobstant que nulle part ne soit oultrage mieulx soit a excuser

ce que elles ne sont que en ces parties de france ne seroit pource qu'il

n'y a pas tant de differences des haulx estatz comme a paris & ceste

part / c'est assavoir roynes et duchesses contesses & autres dames &

damoiselles parquoy les estatz sont plus differenciés Et pource en

france qui est le plus noble royaulme du monde et ou toutes choses

doivent estre les plus ordonnees selon qui est contenu des anciens

usaiges de france n'appartient point quoy qu'elles facent ailleurs si

que ja est plusieursfois touché devant que la femme d'ung laboureur de

plat païs porte tel estat que la femme d'un homme d'honneste mestier de

paris ne celle d'ung homme commun de mestier comme une bourgoise / ne

une bourgoise comme une damoiselle ne la damoiselle comme la dame ne la

dame comme une contesse ou duchesse / ne la contesse comme la royne /

ains se doit chascune tenir en son propre estat & ainsi qu'il y a

difference & maniere de vivre des gens doit avoir es estas / mais ces

rigles ne sont mye bien gardees aujourd'uy ne maintes autres bonnes qui

y souloyent estre. Et pource y pert a l'effect qui ensuyt. Car sans

faille oncques les orgueilz ne les estatz n'y furent en toutes manieres

de gens depuis les grans jusques aux moindres si oultraigeulx que ores

sont & ce peut on veoir par les croniques & anciennes histoires. Et

pource que nous avons dit qu'en ytalie encore les femmes portent plus

grant estat quoy qu'il soit vray ne sont ilz point de si grans frais qui

si endroit sont a tout regarder veu les compaignies & boubans en maintes

manieres & choses que elles font esquelles aussi bien que es robes /

chascune s'efforce de surmonter l'une l'autre. Car puis que nous sommes

a parler des marchandes ne fut ce pas voirement grant oultraige a celle

femme de marchant de vivre voire comme marchant n'est mye comme ceulx de

venise ou de jennes qui vont oultre mer & par tout païs ont leurs

facteurs achetent en gros & font grant faitz. Et puis semblablement

envoyent leurs marchandises en toutes terres a grans fardeaux / et ainsi

gaignent grans richesses & telz sont appellés nobles marchans mais

celles dont nous disons achatte en gros & vent a detail pour quatre

soubz de denrees se besoing est ou pour plus ou pour moins quoy qu'elle

soit riche et portant grant estat & assés de telles y a que elle fist a

une gesine d'ung enfant que elle eut n'a pas longtemps Car ains que on

entrast en sa chambre on passoit par deux aultres chambres moult belles

ou il avoit en chascune ung grant lit de parement bien & richement

encourtiné. Et en la deuxiesme ung grant dressoir couvert comme ung

autel tout chargié de vaisselle d'argent blanche. Et puis de celle on

entroit en la chambre de la gisant laquelle estoit grande et belle toute

encourtinee de tapisserie faicte a la devise d'elle / ouvree

tresrichement de fin or de chippre le lit grant & bel encourtiné tout

d'ung parement / et les tappis d'entour le lit mis par terre sur quoy on

marchoit tous parelz a or ouvrés les grans draps de parement qui

passoient plus d'ung espan par soubz la couverture de si fine toille de

rains que ilz estoient prisez a trois cens frans & tout par dessus ledit

couvertouer a or tissu avoit ung autre grant drap de lin aussi delyé que

soye tout d'une piece et sans cousture / qui est une chose nouvellement

trouvee a faire et de moult grant coust que on prisoit deux cens frans

et plus qui estoit si grant et si large que il crouvroit de tous lez le

grant lit de parement / et passoit le bort dudit couvertouer qui

traisnoit de tous les costés. Et en celle chambre avoit ung grant

dressouer tout paré couvert de vaisselle doree. En ce lit estoit la

gisant vestue de drap de soye taint en cramoisi appuyee de grans

oreillees de pareille soye a gros boutons de perles / atournee comme une

damoiselle et dieu scet les autres superflus despens de festes /

baigneries de diverses assemblees / selon les usaiges & coustumes de

paris a acouchees / les une plus que les autres qui la furent faictes en

celle gesine / et pource que cest oultraige passe les autres quoy que on

en face plusieurs grans est digne d'estre mis en livre. Si fut ceste

chose raportee en la chambre de la royne dont aulcuns dirent que les

gens de paris avoient trop de sang dont l'abondance aucunesfois

engendroit plusieurs maladies. C'estoit a dire que la grant abondance

des richesses les pourroit bien faire desvoyer. Et pource seroit leur

mieulx que le roy les chargast d'aulcun aide emprunt ou taille parquoy

leurs femmes ne se allassent pas comparer a la roine de france gueres

plus n'en feroit. Si sont telz choses desordonnees & viennent de

presumption & non de sens / car ceulx & celles qui les font en

acquierent non mye pris / mais despris / car quoy qui prennent les

estatz des haultes dames ou des princesses si ne le sont elles pas ne on

ne les y appelle pas. ains ne perdent point le non de marchandes ou

femmes de marchans voire telz que on les appelleroit en lombardie non

mye marchans / mais revendeurs / puis qu'ilz vendent a detail. Si est

trop grant folie de revestir d'aultruy habit quant chascun scet bien a

qui il est c'est a entendre de prendre estat qui appartient a aultre non

mye a soy / mais se ceulx et celles qui telz oultrages font soit en

habit ou estat laissoient leur marchandise & prensissent du tout les

grans chevaulx & les estatz des seigneurs leur estre s'ensuyvroit mais

c'est trop sotte chose de n'avoir pas honte de vendre ses denrees &

faire sa marchandise & avoir honte de porter l'abit. Voire qui est bel

grant & honneste qui a droit si maintient & est l'estat de marchant bel

& honnorable en france & en tous païs. Si se pevent telz gens appeller

gens desguisés & ne disons mye pour les amenuisés d'honneur / car ainsi

que dit est estat de marchant est bel & bon qui a droit le maintient

ains le disons en bonne entente affin de donner conseil & advis aux

femmes a qui nous parlons d'elles garder de telz superfluités qui bonnes

ne sont a corps ne ame & pevent estre cause que leurs maris soient

chargés d'aucun nouvel subside. Si est leur meilleur & leur plus grant

sens que leurs habitz propres chascune selon soy qui sont beaulx riches

& honnestes portent sans prendre autres posons que riches soient. Ha

dieu que pevent telz gens faire de bien certes se ilz theraurisoient au

ciel selon l'admonnestement de l'euvangille ilz seroient bien

conseillés / car ceste vie est tresbriefve & celle est a tousjours si

que ja est dit devant si seroit pour eulx bonne espargne pour le temps

advenir que de leurs tresgrans richesses departissent aux povres par

vraye charité & si font les plusieurs n'est pas doubte il est bien

besoing car par celle bonne noble vertu de charité que a tant aggreable

dieu / pevent achater le champ dont l'evangille parle en parolle ou est

le grant tresor mucié c'est la joye de paradis: Et ung noble mot

d'icelle saincte vertu dit leon pape au sermon de l'apparicion ou il dit

tant tresgrande est la vertu de charitable misericorde que sans elle les

autres vertus ne pevent proffiter / car combien que aucune creature soit

abstinent se garde de peché soit devot & ayt toutes autres vertus sans

icelle qui faict les autres valoir tout est neant / car au derrain jour

du jugement elle sera portant la baniere devant toutes vertus pour ceulx

qui en ce monde l'auront exercee & aymee qui les conduyra en paradis &

confondra ceulx nostre seigneur en qui elle n'aura esté trouvee donnant

sa diffinitive semence ce nous tesmoigne le texte de l'evangille. Si

vous povez par celle voye saulver entre vous riches femmes voire en vous

gardant de fraudes & de baratz en voz marchandises contre voz

prouchains.

¶ Cy devise des femmes veufves vieilles & jeunes. Chap. .xliii.

Le trésor de la cité des dames de degré en degré et de tous estatz · 第 11 / 14 段