droicture / & justice comme dessus. Premierement a vous dames
damoiselles & femmes de court au service de princesses et haultes dames
tout ce que dit avons qui toucher peut au bien de vos dames & a
l'acroissement de vos meurs Mais avec les bons admonnestemens dessusditz
adjousterons quatre pointz les deux premiers bons a suyvre / & les
autres a eschever. & ne sont pas simplement ne sans plus les deux
premiers bons a tenir / mais vous sont tresnecessaires pour le bien de
voz ames & l'honneur de vos personnes. De ces deux pointz le premier est
que de tout vostre cueur devés amer comme vous mesmes vostre maistresse.
c'est assavoir la princesse / auquel service ou compaignie vous estes.
L'autre point est que vous devés estre en vos manieres parolles & tous
faitz non trop acointables ne privees a divers hommes. Et des causes qui
nous meuvent vous enseignerons les raisons cy aprés. Et quant est des
autres belles manieres qui a tenir vous affierent pource qu'il est ja
dit cy devant comment la saige princesse vous maintiendra en bel ordre
en habitz simples & beaulx sans desguiseure. mais riches assés / & bien
ordonnez sicomme il affiert comme en contenances rassises & coyes en
parolles maintiens jeux & ris honnestes passerons oultre ces pointz
pource que cy devant au xviii. chap. de la premiere partie de ce livre
la peut on veoir qui veult. Selon nostre premier point & enseignement
des deux dessusditz la dame ou damoiselle de court ou toute servante est
tenue de aymer tresfort & de tout son cueur sa dame & maistresse soit
bonne ou mauvaise / ou doulce / ou autrement elle se dampne et faict que
tresmauvaise creature & semblablement je dis de tous servans puis que
ilz sont aux gaiges pensions ou loyer de qui que ce soit. & si tu
vouloies dire voire mais si mon maistre ou maistresse est mauvaise
personne ou ne me fait gueres de bien suis je doncques tenue a l'aymer /
nous te respondons que ouÿ sans faulte / car s'il te semble qu'ilz
soyent mauvais & que n'y faces ton proffit: tu t'en dois partir se bonté
semble non mye y demourer pour mal y faire ton devoir & ne luy porter
tel amour & tel foy que tu doibs. posons qu'il face mal son debvoir
pourtant ne doibs laisser a faire le tien tant que tu y es / ou t'en
aller. Car saches si ainsi ne le fais tu te dampnes en servant. Si est a
declairer nostre propos en quoy s'estendra celle amour que la dame ou
damoyselle de court aura a sa maistresse sera en luy portant foy &
loyaulté en toutes manieres / comment foy & loyaulté. c'est qu'elle
aymera premierement le bien de son ame. en telle maniere qu'elle luy
procurera et ennortera de son povoir & que a elle appartiendra tout bien
a faire & ne luy donnera ocasion du contraire. gardera sa paix a son
povoir en bien faisant. Et en ces choses icy fait entendre qu'elle ne
luy fera rapors nulz quelz qu'ilz soyent qui a l'empirement de son ame
puisse tourner / c'est assavoir ne en mesdisant d'autruy ne contre le
bien de honnesteté ne de honneur. ne aussi en parolles felonnesses ou
responces parquoy elle puisse troubler sadicte maistresse. Avecques ce
elle gardera sauvement le sien en ce qu'il appartiendra a elle a faire &
en destournant les autres a son povoir se oultrages non convenables
appartenoyent en aucuns. & sur toutes riens soustiendra son honneur de
toute sa puissance en fait en dit & en parolle plus en derriere que en
devant & essaucera sa bonne renommee. Se gardera bien pourtant sur ce
qu'elle ayme le bien de son ame que vers elle ne use de flaterie pour
mieulx avoir sa grace. si que font plusieurs servans de tous estatz
maistres & maistresses et par especial a grans seigneurs & dames qui est
chose qui trop desplaist a dieu & que la saincte escripture blasme a
merveilles. Mais pour plus proprement declarer que c'est flaterie affin
que nul ne soit deceu de entendre. dirons la difference d'entre bien
servir & flater. Si est assavoir que si tu sers bien & loyaulment de
tout ton povoir & tressongneusement garde bien l'honneur & proffit en
toutes manieres de maistre & maistresse & metz grant cure & dilligence
de luy faire plaisir & service en toutes choses licites & honnestes.
Mesmement tant pour faire ton devoir comme pour acquerir sa grace affin
qu'il t'en face mieulx pource qu'il t'en est besoing & que se il a mal &
desplaisir que tu en soyes dolent ou dolente comme du tien propre &
semblablement joyeulx ou joyeuse de son bien & prosperité & soyes triste
a mathe chiere quant luy voys avoir desplaisir & joyeulx quant bien luy
vient & non mye devant luy seullement. mais plus en derriere & le
excuses se mal oys dire & luy portes honneur & bonne renommee telz
choses faictes de bon cueur ne sont mie flateries ains est vraye amour &
pure loyaulté portee de bon servant ou servante a maistre ou a
maistresse & ce en sont les signes. Le pur flateur est si tu sçayes que
ton maistre ou maistresse eust aucune inclination vicieuse & contre le
bien de son ame & de son honneur & bonnes meurs & se sur ce tu le
confortoyes. en luy donnant conseil qui le peust soustenir & nourrir en
son vice & peché & que tu portasses ses mesmes faitz en dit & en fait ou
que tu luy ouÿsses dire parolles non vrayes contre le bien d'autruy ou
soustenir oppinions mauvaises ou deshonnestes & tu disoyes monseigneur
ou ma dame dit voir ou que tu luy feisses entendant qu'il soit bel ou
bon ou saige ou que bien seroit que il fist quelque chose que tu
penseroyes qui luy plairoit et ta conscience te disoit tout le contraire
se telz choses & aultres semblables qui pourroyent advenir faisoyes
vrayement tu flateroyes & pecheroye tresmortellement & avec ce que tu te
dampneroyes pareillement seroyes cause de son dampnement. Mais non
pourtant dieu scet tout comment plusieurs servans de jeunes gens &
d'autres se gouvernent en telz cas car pour avoir leur grace & traire
d'eulx plusieurs y a ne les soustiennent pas seullement en maulx faire
ains eulx mesmes quierent & pourchassent les voyes de tirer & faire
mettre maistres & mesmement maistresses aucunesfois en plusieurs vices &
laiz pechés & telz gens ne sont pas loyaulx servans ains sont faulx &
maulvais / mais ceux qui les treuvent quant ilz les scevent telz sont
eulx mesmes si aveuglez qu'ilz ne s'en donnent de garde. Et pource dist
trop bien ung saint docteur que le flateur par sa parolle fait tout
ainsi que se il fichoit ung clou en l'oeil de son maistre ou maistresse
c'est a dire qu'il l'aveugle par ses blandices. Mais a descendre a
nostre propos on pourroit icy faire une telle question sçavoir mon se
une dame ou damoiselle sert une princesse ou aultre dame quelle que elle
soit & il advient que sa maistresse vueille mettre son cueur en folle
amour vers quelque homme si la servante est tenue par la loyaulté que
elle luy doit de la soustenir & porter en son fait / car peut estre que
aulcuns ne cuyderoyent mye mesprendre en pensant j'ay pluscher a garder
l'honneur de ma maistresse & celer son faict mesmement veu que je n'ay
mye bastie la chose / mais elle la veult faire & si en moy elle ne se
fioyt en quelque autre se fieroit qui par adventure ne la celeroit mye
si bien que je feroye. La vraye responce a ceste question est que elle
feroit mal quelque cas qui y peust advenir & mal faire n'a point
d'excusation si ne peux porter ne soustenir ta maistresse en peché
faisant que toy mesmes ne peches ne soye participant du mal. Et avecques
ce posons que tu dies que pour garder son honneur le faces si tu
espeluches bien ta conscience tu trouveras que aultre cause te y encline
plus c'est assavoir pour avoir mieulx sa grace & en prouffiter en
chevance. Mais quelque cause qui t'y maine tu fais mal & en ce faisant
resembles l'aveugle qui maine ung autre aveugle & tous deux trebuchent
en la fosse. Mais vecy que tu feras si tu veulx user de sens & de bonne
conscience se ta maistresse se fie de tant en toy qu'elle te die son
secret en tel cas tu luy feras si faicte ou semblable responce / ma dame
je vous mercye dont tel fiance avez en moy que tant me dictes de vostre
tresprivé secret & si vous n'aviés fiance en moy ne le me diriés si
n'ayez jour de vostre vie quelconque doubte qui ne soit bien celé. Car
je vous prometz loyaulment que tant que je vivray ne sera par moy sceu /
mais vrayement il me poise de tout mon cueur de ce que vostre entente
avez mise ou voulez mettre en tel chose. Car il ne vous en peut venir
fors dampnement a l'ame & grant peril & deshonneur au corps & se par
nulle voye estoit en ma puissance de vous oster de celle voulenté &
pensee il n'est riens que je n'en feisse. Mais quant est de moy & me
pardonnés je aymeroye mieulx le bien de mon ame & de ma consciece qui en
seroit chargee que je ne fais vostre service et m'en deussiés vous haÿr
& bouter hors. Car je doy avoir pluscher vostre hayne pour bien faire
que vostre grace pour consentir mal si ne m'en mesleroye nullement
mieulx vouldroye mourir / je sçay bien que je suis a vous & que obeyr je
vous doy mais en tel cas je pecheroye laquelle chose je ne suis tenu de
faire pour personne vivant. Telle responce doit faire la bonne servante
en tel cas a sa maistresse / mais s'elle est sage & vraye se gardera
bien pourtant de l'aler disant ça & la pour soy aloser comme assez en
est par adventure qui pour faire les bonnes y soyent disant elle m'a
requise de tel chose / mais je l'ay bien & bel escondite je aymeroye
mieulx que elle fust arse & telz choses dont mieulx leur vauldroit taire
ainsi se doit gouverner la bonne & discrete dame ou damoyselle ou autre
vers sa maistresse. mais non pourtant affin que nous n'oublions riens a
dire que bon soit a ce propos n'est mye a entendre cest admonnestement
que s'il advenoit aucun inconvenient a la maistresse par quelque cas que
la bonne servante ne la doye garder en tous perilz & deffendre comme
elle feroit son enfant sicomme il est dit d'une dame qui fut gardee
d'estre sourprise en cas dont elle eust perdu son honneur par sa
damoiselle laquelle quant elle sceut l'adventure ala tantost comme bien
advisee bouter le feu a la granche affin que tout courussent la & que sa
maistresse en ce tandis se peust descouvrir. Et comme une autre qui
trouva sa maistresse qui se vouloit desesperer & occire ellemesmes de
honte que elle avoit de ce qu'elle estoit grosse sans estre mariee si la
reconforta & l'osta de ce maulvais vouloir & ellemesmes affin que quant
l'enfant viendroit qu'elle peust dire que il fust sien fist entendant
qu'elle estoit grosse & par celle voye la saulva de mort & garda de
deshonneur & telz choses faire puis que la chose est faicte & le conseil
en est prins pour garder autruy de desesperance ou de prendre mauvaise
voye mais que au fait de peché on ne soit consentant n'est pas mal. mais
est tresgrant charité & doit chascun avoir pitié du pecheur. Car dieu ne
veult pas sa mort. mais que il se convertise & vive. Et tel est cheu en
peché que aprés se relieve & maine juste vie & non mye seullement en cas
d'amours ne doibt estre consentant la servante de la maistresse: mais
aussi en tous autres ou il pourroit avoir peché & vice. car nul n'est
tenu d'obeyr a aultruy pour desobeyr a dieu.
¶ Cy devise du .ii. point qui est bon a tenir aux femmes de court qui
est comment elles doibvent eschever trop d'acointances. Chapitre .xxix.
Le .ii. point & enseignement si que nous avons dit est que femmes de
court de quelque estat qu'elles soyent se doivent garder de trop avoir
d'acointances a divers hommes nous convient dire les raisons qui nous
meuvent Car maintes par aventure pourroyent suposer & cuider que plus
leur loysist & apartenist est acointables que autres femmes: mais celles
qui le penseroyent se deceveroient & nous le te monstrerons par deux
principaulx raisons / l'une est pource que sur toutes autres les femmes
de court ont a garder honneur / l'autre raison te dirons aprés. Quant a
ceste pourquoy disons nous que plus que autres ont a garder honneur
pource que leur honneur ou deshonneur refiert & redonde en leur
maistresse. car se ilz sont ou bien ou mal ordonnees elle en aura le los
ou le blasme si que ja est touché en la premiere partie de ce livre. Or
il est ainsi que il n'est autre dame a qui tant d'honneur soit deue
comme a princesse si seroit a son empirement si aucune tache avoit en
femmes. Car on diroit selon seigneur meisgnie duite. Et pource je
conclus que plus que autres se doivent garder. Si n'est point de doubte
a venir a nostre propos que femmes qui que elles soyent qui se delictent
avoir plusieurs acointances a hommes & suppose qu'elles n'y pensent a
nul mal ne mais pour rire & esbatre a peine le pourront continuer qu'il
n'en soit senestrement parlé & non mye seullement des estrangiers
envyeulx qui sans cesser avisent comment pourront aultruy mordre / mais
certes de plusieurs de ceulx mesmes a qui elles feront bonne chiere. Car
ne pensent point le contraire femmes ne si aveuglent que ja hommes
plusieurs ne les frequentent longuement que aucuns ou le plus d'iceulx
ne pensent a elles atraire si pevent & quant ils voyent que plusieurs
hantent ou lieu ou chascun voulsist estre seul receu ilz en parlent mal
& contreuvent l'ung sur l'autre & en derriere s'en rigollent quelque
chere que aux dames & damoiselles facent en devant ne quoy que ils se
monstrent bien gracieulx & c'est chose vraye lesquelz rigolages &
parolles sont raportees en ville de bouche en bouche par les tavernes &
ailleurs & chascun y adjouste & met du sien Et par telle voye sans cause
& sans raison quant a pechié / mais seullement par la simplesse des
femmes qui n'y pensent sont souvent plusieurs a tort blasmés mesmes de
ceulx a qui elles font bonne chiere et qui ne le croit si en enquiere.
Car pleust a nostre seigneur que dames & damoiselles de court / voire
toutes femmes d'ailleurs sceussent bien que telz acomtes dient d'elles
cause auroient d'elles retraire de si faictes bonnes chiere. & mieulx
leur vauldroit moins d'esbatement que de tant de parolles & par ce que
ilz leur rient en devant & promettent corps & service a peine le
pourroyent croyre. mais tu nous pourroyes demander comment ne vault il
pas mieulx mesmes a honneur garder faire bonne chiere a chascun & que
autant en emporte l'un que l'autre seullement que le faire a ung ou a
deux & aussi que les autres puissent dire il ne hante en tel lieu que
telz ou telz ilz sont en grace autres n'y sont congnuz. Nous te
respondons que sans faille de ces deux maulx il n'y a nul qui face a
tenir / car mal est / c'est assavoir contre honneur si plusieurs en
hantent si que dit est & mal seroit ou est si on n'y voit frequenter
seullement ung deux ou trois en maniere que on y peust avoir souspecion.
Si n'est l'une maniere ne l'autre bonne. Mais tu nous diras comment
seront doncques femmes par especial de court si subgetz que elles ne
oseront ame veoir ne elle esbatre sans mal penser a compaignie ou il y
ait gentilz hommes. Si te respons a ce que la subgection est bonne quoy
que elle desplaise quant elle garde de plus grant inconvenient tout
ainsi que la bride ennuye & desplaist au cheval mais non pourtant elle
le garde aucunesfois de trebucher ou fossé. Et quant est que elles ne
facent bonne chiere ou il appartient & en temps & en lieu s'esbatent
convenablement en compaignie d'honneur n'est pas nostre entente de les
vouloir a ce restraindre. Et ne disons pas que s'il advient a quelque
court que ce soit en france ou autre part que le prince ou princesse
reçoyve estrangiers ou princes ou autres vaillans chevaliers ou escuyers
que il n'apartiengne bien qu'ilz soient festoyés & entre dames &
damoiselles bien venus / car ce seroit contre honneur qui ne le feroit /
mais entendons seullement de ceulx qui par droictes bauldes
acoustumeement frequenteroyent sans autre achoison y avoir fors de jouer
& esbatre es chambres de l'estat des dames & damoiselles. Et ces choses
que nous disons ne doyvent ennuyer a nulle soit jeune ou joyeuse ou
autre si elle ayme honneur ne que il doit desplaire a celuy qui sa santé
a chiere quant le medecin luy dit vous userés de tel remede contre telle
maladie & suffise quant a la premiere raison. Mais a venir a l'autre
laquelle peut aussi bien toucher aux autres femmes d'onneur comme a
celles de court est telle. Chascun qui tant est une chose plus digne
plus noble & de greigneur value plus doit estre tenue en grant chierté &
moins commune. Or est il ainsi que toute femme honnorable bonne et saige
doit este reputee comme ung beau tresor & une notable & singuliere chose
digne d'onneur & de reverence. doncques puis que elle est telle et y
veult estre tenue il n'appartient point que trop grant marché ne
largesse face de ses tresgrans tresors c'est assavoir de l'acointance de
sa treshonnorable personne. Car de tant que elle la tiendra en plus
grant charté vers tous hommes non mye par orgueil / mais par une
grandeur bien seant a femme de tant sera elle tenue en plus grant
reverence & en fera l'en plus grant compte / car chose n'est tant
voulentiers veue ne desiree que celle que on voit a dangier quant elle
est bonne & belle. pource disons que non estre trop accointable a femme
bien siet & que largesse de langaige & d'atrais accueillans luy
messieent.
¶ Cy dit du .iii. point qui est le premier des deux qui sont a eschever
parlant de l'envye qui regne en court & dequoy elle vient. cha. xxx.
Or viendrons aux autres deux dessusditz poins lesquelz a femmes de court
principallement & aprés a toutes femmes d'onneur sont a eschever.
lesquelz quoy qu'ilz soyent assés communs par tout regnans par especial
treshabondeement a toutes cours plus que autre part. ce sont deux vices
mauvais & dampnables merveilleusement & en attrayent infinis d'aultres.
L'un & le principal des deux mortelz vices est le trespiteable & de dieu
hay pechié d'envye / & l'autre est le vice de mesdire. Et du premier
dirons & de l'autre aprés Et pource que nous tendons a bien de vous
toutes nous plaist vous admonnester les remedes que nous enseignons a
toute personne qui user veult de justice & de bonne conscience. Et tout
premierement pour mieulx congnoistre la qualité ou nature de ceste
faulce envye est a adviser de quelle chose & a quel cause elle naist si
disons sans faille qu'elle sourt & vient purement d'orgueil qui
l'engendre es creatures qui ne sont sur leurs gardes d'avoir tousjours
devant leurs yeulx leur povre fragilité & leur venue de neant ains
s'oultrecuident par une arrogance fole que orgueilleux met en teste si
qu'ilz oublient leurs miseres & leurs vices & reputent & cuident estre
dignes de grans honneurs et de grans biens mesmes sans l'avoir desservy.
Et pource que le plus communement toute creature est en soy mesmes ainsi
deceue / advient que chascun tend a suppediter son prochain & le
surmonter / non mye en vertus / mais en grandeur d'estat de honneur ou
d'avoir / mais quant il advient qu'il y fault & qu'il y voit autre plus
avancé de luy ou qu'il cuyde ou qu'il a paour qu'il adviengne aussi
hault. la est l'envye toute formee. En pourtant que a la court des
princes & des princesses les honneurs et les estatz mondains sont
distribués plus generallement que une aultre part disons nous / & il est
vray que la regne principallement envye pource que chascun qui y
frequente vouldroit avoir d'iceulx biens et honneurs la plus grant part.
Mais a descendre a nostre propos en parlant a toute femme de court de
quelque estat qu'elle soit qui soit la demourant pour estat ou pour
service de princesse que se elle veult user de bon conseil pourvoyera si
bien son couraige de saige & de bon advis que elle n'aura en soy le
mortel ver de celle faulce envye qui destruyt l'ame a qui la porte &
ronge & desfait l'intention.
¶ Cy dit encores de ce mesmes enseignement aux femmes comment se
garderont entre elles d'avoir le vice d'envye. chap. xxxi
Que fera doncques pour eschever ce faulx arcison d'envye & qu'il ne soit
nullement en son couraige la saige & bonne dame ou autre demourant en
court elle estrivera par bon remede contre les choses qui s'ensuyvent
lesquelles sont les causes dont sourt envye a court de princesse en
couraige / c'est assavoir que quelque grande qu'elle soit s'il advient
qu'elle voye ou apperçoyve ou qu'il luy soit advis que sa maistresse ait
plus en grace quelque autre que elle ou souvent l'appelle en ses conselz
& vueille le plus sache de son secret & soit plus entour elle ja pource
le cueur ne luy vouldra / ne le vice d'envye ne la surmontera.
nonobstant que les aguillons & poinctures en couraige de celle faulce
envye en tel cas soyent telz. Et pourquoy peut ce estre que ma dame a
plus en grace ceste icy ou ceste la que toy & plus la veult & plus
l'appelle en ses secretz & environ soy / n'es tu de son lignaige ou plus
noble que celle n'est si en fust mieulx paree / ou tu es plus sage ou
plus preudefemme ou mieulx taillee de y estre. Et appartient il aussi
que telle & telle qui est venue de neant / ou qui ne scet ou qui ne
vault ne peut de se mettre si avant ne qu'elle prengne tel peine d'estre
en grace devant les autres / ne aussi que ma dame la doyve tant avancer
ne faire telle chiere qu'elle luy faict ne tel harnois / & luy baille
tel estat. Ja est plus avancee en ce pou de temps qu'elle y a demouré
que toy qui y es de ton enfance / pourquoy peut ce estre quelque cause y
a. mais je y mettray barres se je puis & la desavanceray Je sçay bien
comment telles choses & telles sçay sur elle / & si je ne le sçay si le
controuveray ou mettray du sel plus que je ne sçay avant que je ne la
desavance. elle se veult trop mallement mettre avant et ja fait la
maistresse & veult supediter les autres & mettre arriere mais je y
mettray barres se je sçay quoy que advenir en doye. ne quelque peine que
je y doye mettre. Je n'en pourroye plus souffrir en mon renc mesme se
veult elle ja mettre / et ma dame luy souffre & la porte & veult qu'elle
voise devant les autres mais ainsi n'ira mye. Telz ou semblans sont les
admonnestemens de envye. mais tantost par bon advis & juste conscience
les boutera arriere la saige dame ou damoiselle de court qui se
reviendra a soy Ha folle musarde & dequoy t'es tu advisee mais pour dieu
que te chault il de toutes ces faulsetés si tu fais ce que tu peulx
loyaulment en toutes choses & tu n'en as si grans guerdons en ce monde
comme ung autre dieu qui seul est juste & vray juge & qui congnoist tous
couraiges. & a qui riens ne peut estre celé le scet bien si le te rendra
& n'y fauldra point. & en luy seul dois avoir ton esperance. Car celluy
est mauldit qui a son esperance & la fiance es princes ne es hommes. Et
pourtant se ung autre a bien en ce monde qui n'est que ung trespas comme
ung pelerinaige des biens de fortune plus que a toy ce te semble. que
t'en apartient il a murmurer ne en avoir dueil. veulx tu garder les
princes & les princesses & les puissans personnes qu'ilz ne facent du
leur a leur voulenté: Si ta maistresse ou dame donne du sien a ung autre
plus que a toy quel tort te faict elle. certes nul. Et de ce donna bien
exemple nostreseigneur en la parolle dont l'evangille parle des ouvriers
qui furent mis en la vigne / dont les aucuns vindrent a soleil levant.
les autres a midy & les autres a vespres. Et quant vint a faire le
payement de leur journee le seigneur de la vigne partit & donna tout
autant a ceulx qui estoyent venus a vespres comme a ceulx du point du
jour de laquelle chose les premiers murmuroyent / & le seigneur leur
respondist. Mes amys quel tort vous fais je. Je vous paye de vostre
journee bien & bel ce que avez esté louez. & s'il me plaist de donner a
ceulx icy autant ou plus comme a vous ce n'est riens du vostre si n'avez
cause d'en parler. Tout ainsi & semblablement n'as tu nulle cause de
groucier si ta maistresse donne le sien ou il luy plaist quand ce n'est
rien du tien. Et aultre si peut advenir que toymesmes ne congnois pas
tes propres deffaulx par ce que tu es envers toy trop favorable & ta
dame les congnoist bien qui voit ung autre plus saige plus abille &
mieulx condicionnee & plus parfaicte de toy quoy qu'il te semble que tu
vaille mieulx s'il a plus chere environ soy. Et aussi si tu veulx bien
regarder au vray de ta conscience & lire en tes faitz tu trouveras ce
peut estre que tu le peves bien avoir desservy pour telle chose et telle
que tu fais. & telles parolles que tu dis luy furent rapportees / dont
elle se courrouça qui ne fut bien fait ne dit a toy / & elle ne t'en
ayme mye mieulx. assez d'autres t'eussent mise hors si est par ta
coulpe. pource tu n'as cause de tant t'en courroucer tu estoyes trop
ayse & trop orgueilleuse. & te sembloit que riens ne te povoit nuyre /
or en prens ce que tu en as & ne te en plains que a toy. Et avec ce que
scés tu: quel bien & quel service vers dieu peut avoir fait ceste
creature qui tant est en grace quoy qu'il te semble qu'elle n'en soye
mye digne. Parquoy il la veult par ceste voye en ce monde guerredonner.
car tu as ouÿ dire comment sont couvers les secretz de dieu / si
n'appartient a personne de en juger pour chose qu'il voye tant luy apere
merveilleuse Et pour ce ne te dois empescher d'estat d'autruy / mais
pense de ton ame & de te gouverner sagement & faire tousjours bien ton
devoir / si le congnoistra bien dieu & tel maistre fait il bon servir
qui est tout saige tout bon & tout puissant & tout autre service n'est
que vent & empeschement. Et gardes bien sur quanques vers luy tu peulx
meffaire que ne muses a autruy par faulse envie en faict en dit ne en
quelconques pourchas / car tu te dampneroyes. posons que on le te eust
desservy. Car dieu ne veult pas que l'on se venge de tant que en as
pensé crie en mercy a nostreseigneur. & ne te chaille qui va devant ne
qui va derriere. qui soit en grace ne qui non. car de chose qui faicte
en soit tu n'en vauldras de riens pis. Et avec ce ceulx & celles qui te
verront ainsi gracieusement suporter l'orgueil & oultrecuydance d'autruy
sans en faire parolles ne semblans t'en priseront & aymeront mieulx. Et
si tu veulx garder ton reng entre les autres que il te appartient sans
vouloir supediter autruy si le gardes gracieusement. Mais prens toy bien
garde que ta conscience ne soit point blessee pour telz fatras / ne que
tu donnes cause a autruy de troublemens ne de empeschemens car le peché
en descenderoit sur toy. Telz & semblables sont les remedes que la saige
dame de court bien pourveue si peut mettre contre les pointures &
aguillons d'envie. Et de cestuy mauvais peché pour demonstrer comment
toute personne le doit fuyr dict ung saige: Je ne sçay fait il comment
toute creature raisonnable deboute de soy sur tous autres vices le peché
d'envie / car a adviser la qualité de tous les autres peches il n'y a
celluy qui en l'exerçant ou faisant n'ayt aucun delit comme en vaine
gloire ou orgueil ou a delit d'honneurs en gloutonnie plaisir ou menger
en charnalité delit de corps & ainsi aux autres / lesquelz plaisirs
pevent attraire la creature a les aymer quoy qu'ilz soyent l'ame
deffendus. Mais celluy dyabolicque peché d'envie il ne fait ne donne a
la personne qui plus en est souprinse nul plaisir ne mais dueil de
pensee & deffrichement de couraige triste et desguise de visaige
tourment qui perce l'ame & tous maulx & tous desplaisirs. Et a brief
dire encline a tous maulx & a toutes felonnies. ne autre bien ne rend a
son maistre cestuy infernal vice. Et que les envieux facent a haïr dit
contre eulx de rechief ung autre saige pleust a dieu que l'envieux eust
si grans yeulx qu'il peust veoir toute la prosperité & la joye qui est
esparse par tout le monde. & plusieurs gens a celle fin qu'il eust cause
d'estre plus tourmentés.
¶ Cy dit du quatriesme point qui est le deuxiesme des deux qui sont a
eschever. Et parle comment femmes de court se doibvent bien garder de
mesdire / et de quelle chose vient mesdit ne a quelle cause ne occasion.
Chap. .xxxii.