Nous venons au deuxiesme point qui est l'autre vice duquel la dame ou

damoiselle & femme de court & toute autre se doibt garder. c'est

assavoir du peché de mesdire. Et tout premierement pource que mesdit ne

peut estre excusé par nulle bonne raison / & aussi pour mieulx venir a

noz termes toucherons trois causes / dont communement il vient & sourt &

qui toutes sont communes a court & aucunesfois de toutes troys ensemble.

L'une des causes si est par hayne. la .ii. pour cause d'oppinion. &

l'autre pour pure envye. Si sont ces trois causes maulvaises / mais non

pourtant celle qui vient d'envie faict le moins a excuser. Et pource que

tous trois sont a eschever et que en nul cas mesdire ne est loisible /

ains est peché mortel tresdeffendu Car c'est contre des deux des

commandemens de dieu l'ung qui dit. Ne fais a aultruy ne que tu

vouldrois qu'il te fist. Et l'autre / ayme ton prochain comme toymesmes:

nous en dirons & enseignerons aux dessusdictes dames les remedes de s'en

garder. Et premierement toucherons sur la premiere cause qui est hayne &

sur ce formerons quattre principalles a demonstrer pourquoy par hayne on

ne doit mesdire d'autruy quelque injure que on ayt receue. On ne hait

point de fformee hayne communement si ce n'est a cause d'aucune injure

receue d'aultruy ou que on la se repute avoir receue soit a tort ou a

droit en la personne qui est ou qui se tient injuriee. Adonc est

tresencline par la haine & mal talent qu'elle porte de mesdire dont elle

se repute estre blessee comme quoy & a nostre propos qui est chose qui

souvent advient a court une dame ou autre femme de court sçaura que

aucunes gens ou certaine personne luy nuyra & la tiendra a la faire mal

de sa maistresse ou du seigneur ou des amys d'elle ou de la faire bouter

hors & par adventure viendra a son entente parquoy ladicte dame ou

damoyselle en perdra son service son bien & son estat / & par adventure

son honneur par les choses qui luy seront mises sus / peut estre sans

cause / & posons que a cause fust: si herra elle la personne qui ce luy

aura pourchassé: si mesdira n'est pas doubte a part et en publicque si

la personne n'est si grant qu'elle n'ose. Mais trop fort fera si

aulcunement n'en murmure / car le cueur luy deuldra trop & n'est

merveille en disant de ladicte personne mal & villennie & ce qu'elle

sçaura & ce qu'elle ne sçaura mye. Ceste cause de mesdire c'est assavoir

par hayne par quelque meffaict sembleroit a aucunes gens qu'elle peut

estre juste. mais sans faille non est. Et voicy nostre premiere raison

qui le demonstre. Dieu veult et commande expressement qu'on ayme son

ennemy & qu'on luy rende bien pour mal. & qui fait contre le

commandement de dieu se dampne & si ne gaigne riens: pourquoy seroit

mieulx son prouffit se taire. Item avec ce ung autre inconvenient luy en

vient / & est nostre .ii. raison c'est qu'il fait ou elle fait contre

son honneur / & voicy la raison. une personne de grant couraige jamais

ne mesdiroit de son ennemy / pource que elle scet bien qu'il pourroit

sembler aux gens que vengier se vouldroit de parolles laquelle chose est

la vengeance des gens de pou de puissance & de foible de cueur et de

quoy pou de saiges gens usent. Item la .iii. raison est que ceulx qui

orront mesdire aux hayneulx de son adversaire ou ennemy ne la croyront

mye / car ilz diront qu'i le dist par hayne si ne doibt estre creu. Et

la quarte raison est que la personne qui ja luy a nuy ou peu nuyre sera

de tant plus indignee contre luy quant dire orra qu'elle en mesdit / si

purra engreger l'injure & luy faire encores pis si seroit moins mal

recevoir ung desplaisir que deux. Et pource en concluant fut trop bien

comparé par exemple a mesdit ce qui est escript d'un qui vouloit prendre

guerre au ciel / & tiroit d'ung arc contre les nues et les fleches

retournoyent sur son chief & le navroyent. Tout ainsi le mesdit que le

haineux fait de son adversaire retourne sur luy & navre son ame & son

honneur / sicomme par les dessusdictes quatre raisons est demonstré.

¶ De mesmes comment femmes de court se doyvent bien garder de dire mal

de leur maistresse. Chap. xxxiii

La deuxiesme cause dont vient & sourt mesdit est de oppinion en telle

maniere ou semblable une personne aura oppinion que une autre soit

mauvaise ou deffaillant en aucunes choses ou en toutes / ou que elle ne

se gouverne pas bien en tous cas ou en aucuns & pour ceste cause sans

sçavoir la verité de la chose laquelle est par adventure toute autre

qu'elle ne la pense en mesjurera & mesdira abondamment et plainement a

petite consideration pour bien pou d'achoison. Et tel cas advient

communement par tout. Car sans faille a cause de oppinion et sans

sçavoir de certaine science mesdient plus ceulx qui ont la tache de

mesdire. Si n'est mye communement court de prince & de princesse sans

telz mesdisans / lesquelz a tel cause / c'est assavoir d'oppinion sans

plus n'espargnent ame / et mesmes ne maistre ne maistresse. Et pource en

parlant de ce vice chiet a dire du grant mal que fait toute personne qui

diffame & dit mal d'autruy & par especial de qui le paist & nourrist

dont il a son estat & son vivre / mais nonpourtant il advient a mainte

court que se les servans ou servantes ou ceulx ou celles qui y demeurent

voyent ou leur semble veoir en maistre ou maistresse tant soit petit

signe de quelque vice tantost a cause d'oppinion les chargeront de grant

langaige disant que la chose est faicte que ilz ont pensee. Et a nostre

propos parlant aux femmes quoy qu'il peut aussi bien aux hommes toucher.

Assés de femmes de court en mains pays est il de tous estatz que si

elles voyent leur dame ou maistresse sans plus parler bas a une personne

une fois ou deux ou quelque signe de priveté ou d'amitié ou quelque ris

ou quelque joyeuseté faicte par adventure par jeunesse ou ygnorance &

sans mal penser se ladicte maistresse se est tant soit petit joyeuse ou

en ses habillemens gente & propre qui sont choses qui a mainte personne

viennent de droicte condicion plus aux unes que aux autres tantost ilz

seront prestz d'en mesjuger. & non mye seullement en cestuy cas mais

aussi bien en tous autres dequoy par petite achoison aucunesfois

prendront quelque maulvaise oppinion de leur dicte maistresse mais du

mesjugement c'est du moins ilz feront pis / car pourtant se elle est

leur dame et qu'ilz soyent nourris repeuz & a beaulx gaiges de ses biens

que ilz facent ou qu'elles facent bien les obeissans les genoulx a terre

a grant reverence & assez de flateries si ne s'en tairont ilz mye / ains

diront leur advis l'une a l'autre & s'acointeront a conseil & a brief

dire seront tout ainsi que la maulvaise brebis qui est rongneuse donne &

depart de sa rongne aux autres / mais toutefvoyes bien se garderont que

leur maistresse ne l'apperçoyve ne oye & leur suffira mais que a elle

seulle soit celé & mesmement de ce que eulx ou elles luy accorderont &

soustendront disant que sera bien faict d'ainsi faire s'en mocqueront &

en parleront en derriere & y adjousteront plus qu'il n'y a & qu'il n'y

scevent assez de servans & de servantes le font aussi. mais a nostre

propos les dames damoiselles femmes de court qui ainsi le font trop

grandement mesprennent & font trop plus grant peché que se d'autres ou

d'entre elles mesdisoyent pour cinq principaulx raisons. La premiere

pource que de tant qu'elle est plus grant maistresse son honneur ou

deshonneur est plus renommé par tout pays que d'une autre simple femme

pource fait pis que la diffame car celluy diffame peut voller en maintes

contrees. La deuxiesme pource qu'elles font trahyson a qui ilz monstrent

bel semblant & obeissent. Tiercement ilz font contre leur serment qui

fut tel elles garderoyent son bien & son honneur. Quartement qu'elles

rendent mal pour bien a celles de qui & par qui sont soustenus &

nourries & ont leur estat. Et quintement que elles jugent autruy qui est

contre le commandement de dieu qui dit ne juges si tu ne veulx estre

juge. Et posons ores qu'elles sceussent tout clerement seur leur

maistresse sicomme ja est dit devant / & qu'elle fust une tresmauvaise &

perverse creature si ne la doibvent ilz diffamer ne entre elles ne

aultre part. car parolles ne sçauront ja estre dictes si celeement que

raportees ne soyent & elles sont tenues de garder son honneur & couvrir

sa honte & que se autres en oyent mal dire de abaisser les parolles &

l'excuser. Et en verité celles qui font le contraire font leur grant

deshonneur et les en doibt on mains priser ne excuser ne s'en pevent.

Car se tu nous dis je voy de quoy j'ay cause de parler & mesdire le

service n'est ne bel ne bon nous te respondons si t'en va s'il ne te

plaist. Et s'il te est besoing de servir parquoy ne t'en puisses aller

que trop grant prudence n'y eusses si tentais a tout le moins & fay

semblant que tu n'y voyes goute & que riens n'y apperçoys puis qu'il

n'est en toy d'y mettre remede ne quel ne te appartient fay bien et

loyaulment ce qu'il te appartient & de plus ne te mesle prie dieu qu'il

la vueille amender & luy doint congnoissance se tu y vois mal & se a

autre en oys parler abesse les parolles se tu peulz ou sinon t'en tays &

de ce seras tu mieulx prisee / mais ce que ja devant est dit certes il

va tout autrement Car dieu scet que maintes parlent de leur maistresse

qui le font plus par despit de ce que elles ne sont appellees au secret

et par l'envye que autres femmes en scevent plus que pour autre

precieuté ne cause. Mais toutesfois voicy ce que la bonne & loyalle dame

damoyselle ou autre de court fera qui vouldra user de bonne conscience &

aymera le bien & honneur de sa maistresse que elle verra dechoir de son

honneur & en peril de grant inconvenient si ne luy oseroit dire ne le

admonnester / elle s'en yra au confesseur de sa maistresse & non a autre

si luy dira secrettement & en confession ce que on dit d'elle & le peril

ou elle se met & le mal qui luy en pourroit venir luy priera pour dieu

qu'il luy monstre / & ne l'accuse mye.

¶ Cy dit comment il n'appartient a femmes de diffamer l'une l'autre ne

dire mal. Chapitre .xxxiiii.

Avecques ce que les femmes de court doyvent garder semblablement que dit

est de blasmer ne diffamer l'une l'autre pour le peché & autres causes

ja assignees / comme aussi que qui diffame autruy de secret que luy

mesmes soit diffamé. Car n'est pas doubte que la personne qui sçaura que

on le diffame diffamera aussi celuy ou ceulx qui le diffameront & le

deust controuver ne nul ne nulle n'est si juste qui doye dire je ne

crains ame que pourroit on dire sur moy je me sens net ou nette pource

puis parler des autres hardiement / mais c'est follement penser a ceulx

et celles qui ainsi le cuident / car par tout a a redire & quelque

maniere & ce tesmoigne l'escripture qui dit il n'est homme sans crime

c'estadire sans peché & ce tu n'as ung vice tu en as ung autre par

adventure pire ou deux ou trois & si tu ne lisoyes bien en ta conscience

tu y trouveroyes assés a redire. car pourtant si ton pechié est secret

au monde n'est il pas a dieu mucé & luy seul scet qui est bon pelerin.

Et avec ces choses c'est trop grant honneur que aval la ville ou autre

part on puisse dire les dames & femmes de court mesdient trop bien l'une

de l'autre j'ay ouÿ dire a telle dame ou damoiselle tel chose et telle

de tel autre. Car court de princesse en tel cas doit estre ainsi que une

abbaye bien ordonnee dont les moynes ont serment que aux seculiers ne

dehors ne diront riens de chose qui adviengne entre eulx ne de leurs

secretz tout ainsi se doivent aymer & porter l'une l'autre comme seurs

dames & femmes de court non mye tencer ensemble es chambres des dames ne

de traire en derriere comme feroyent harengieres. Car telles choses sont

trop mal seans a court de princesse & ne les devroit on souffrir. Nous

avons cy devant que la troiziesme cause qui fait mesdire est envye & que

c'est celle qui fait le moins a excuser. C'est assavoir est la plus

mauvaise & la plus loing de droit & de toute raison & il est vray car se

le haineux mesdit de celluy qui luy a meffait c'est chose naturelle que

chascun dueille de sa blessure & si dieu ne le deffendoit par la raison

susdicte selon droit sensuel te seroit chose juste aussi qui mesdit par

oppinion se peut aucunement fonder sur aucune apparence ou couleur qui

luy appert comme il luy semble de ce qu'il dit / mais qui mesdit par

envye il n'a autre cause ne mais pure mauvaistie qui est & habonde en

son courage & pource est le plus dampnable a celle ou celluy qui le dit

& le plus perilleux a celluy ou celle de qui il dit que quelzconques

autres mesdit. Car oncques morsure de serpent coup d'espee ou autre

pointure ne fut venimeuse ne si perilleuse comme langue de personne

envieuse / car elle frape & tue souvent soy & autre & aucuneffois en ame

& corps. Car se nous y voulons regarder beau sire dieu quans royaulmes

quantes contrees & quantes bonnes personnes ont esté destruyctes par

maulvais rapors dont le fondement venoit & sourdoit d'envie a merveilles

nous en trouvons plusieurs exemples lesquelz je laisse pour briefveté.

Et que il est vray que le mesdit de l'envieux viengne par pure

mauvaistie sans autre achoison il y pert. Car dequoy a deservy celuy ou

celle qui est bonne personne ou qui a plusieurs des biens de grace de

nature & de fortune que on die mal de luy ou que il luy pourchasse

encombrier pourtant se ces choses luy viennent bien ou se il est eureux

& bien fortuné cestuy mesdit ne vient de nul droit pource concluons ce

que dit est devant c'est assavoir de pure mauvaistie il vient / &

pourtant est le plus dampnable & de ceste envye pource que cy devant en

est assez parlé au quatriesme & cinquiesme chapitre de ceste deuxiesme

partie n'en dirons plus & suffise a tant quant a parler des dames

damoiselles & femmes de court.

Cy parle de dames baronesses la maniere du sçavoir qu'il leur

appartient. chap. .xxxv.

Or advient a parler aux dames et damoiselles qui demeurent en chasteaulx

ou en autres manoirs sur leurs terres ou en villes fermees ou bours / si

nous fault adviser que nous pourrons dire qui leur soit propice. Et

pource que leurs estatz & puissances soyent differens nous convient

parler en aucunes choses differentement c'est assavoir de l'estat ordre

& maniere de leurs vivre / mais quant aux meurs et biensfaitz vers dieu

tout leur affiert ce que dit est devant aussi bien que aux princesses &

dames de la court. C'est a entendre ensuyvir les vertus & fuyr les vices

si le pourront la veoir si leur plaist. & pource que en diverses

seigneuries sont demourans plusieurs puissans dames. Sicomme baronesses

& grans terriennes qui pourtant ne sont pas appellees princesses lequel

nom de prince n'affiert estre dit ne mais des emperis des roynes & des

duchesses se ce n'est aux femmes de ceulx a qui a cause de leurs terres

sont appellees princesses par le droit nom du lieu sicomme il en a en

ytalie & ailleurs & quoy que les contesses ne soyent mye en tous pays

nommees princesses / mais pource que suyvent assés le renc des duchesses

selon la dignité des terres entendons d'elles ou nombre dessusdit des

princesses parlerons icy premierement ausdictes baronnesses dont assés y

a en france en bretaigne & autre part qui passeroient en honneur &

puissance moult de contesses est il quoy que le nom de baron ne soit si

hault que de conte / mais moult est la puissance grant d'aulcuns barons

a cause de leurs terres & seigneuries & la noblesse qui y est dont leurs

femmes tiennent moult grant estat & a dire d'icelles ce que a leur

gouvernement appartient est assavoir qu'il affiert trespeciallement a

baronnesses qu'elles soyent saiges & prudentes & plus communement que

les autres femmes. Si nous convient deviser comment s'estendra son

sçavoir / ce que elle se sache entendre de toutes choses / car dit le

philozophe que celluy n'est pas saige qui ne congnoist aucune chose de

chascune part. Et aussi luy appartient a avoir sicomme couraige d'homme.

Si n'est mye a dire que elle doye estre nourrie trop en chambre ne soubz

grans & feminines mignotes. Or est a parler des causes [qui nous

meuvent. Il n'est pas doubte que il apertient a tout baron, se il veult

estre honnourez en son degré, que le moins du temps demoure sus ses

manoirs et en son propre lieu, car suivre armes, la court de son prince,

et voyagier sont ses offices. Or demeure la dame, sa compaigne, laquelle

doit representer son lieu: quoy que il ait assez baillis, prevosts,

receveurs et gouverneurs, il affiert que souveraine soit sur tous. Et

pour ce convient ce faire: veult selon son droit que elle se gouverne

par tel savoir que craintte soit et aussi amee. Car c'est la meilleur

craintte qui soit que celle qui vient d'amour, si que dit est devant, et

que ses hommes puissent recourir a elle pour tous reffuges aprés le

seigneur, et en cas que on leur feroit aucun tort: et pour ce est droit

que elle sache de toutes choses, afin que en chascun cas puist donner

response convenable. Soit toute enseignee et aprise des usages, drois et

coustumes du lieu, et quelz choses y apertiennent; bien enlangagee,

haultaine, se besoing est, par bonne discrecion contre ceulx qui la

vouldroient mespriser ou qui aucunement seroient rebarbatis et rebelles,

et doulce, humble, et charitable vers les gens obeissans; si doit ouvrer

par les gens du conseil de son seigneur en tous ses fais, et oïr les

opinions des anciens sages afin que elle ne soit reprise de chose que

elle face ne que on ne die que elle vueille ouvrer de sa teste. Nous

avons dit aussi que elle doit avoir cuer d'omme, c'est qu'elle doit

savoir des drois d'armes et toutes choses qui y affierent afin que elle

soit preste d'ordonner ses hommes se besoings est, et le sache faire

pour assaillir et pour deffendre se le cas s'y adonne; prendre garde que

ses forteresses soient bien garnies; se elle est en aucun doubte ou avis

que elle entrepregne aucun fait, essaie ses gens et sache de leurs

courages et voulentez ains que trop s'y fie, regarde quelle puissance

elle a de gens et quel secours puet avoir se besoing en a; et que elle

en soit certaine, non mie se attendre en vain ne en foibles promesses,

prengne garde comment pourra fournir ains que son seigneur viegne, et

quel finance elle a et puet avoir pour ce faire; se garde le plus que

elle pourra de grever ses hommes, car c'est chose de quoy on acquiert

trop leur haine; parle hardiement et constamment a ses gens de ce qui

sera deliberé par son conseil a faire, non pas die hui une raison et

demain une autre; donne par ses bonnes et belles paroles courage aux

gens] d'armes & a ses hommes d'estre bons & loyaulx et de bien faire

ainsi & par tel voye sont ces manieres convenables a tenir a la saige

baronnesse son mary estant dehors se il luy en a donne la charge & la

commission se il advient que aucun autre baron ou puissant homme luy

vueille faire quelque chalenge d'aucune chose. et avecques ce luy sont

expedians & propices les manieres que avons ja devisees cy devant ou

chap. des princesses vefves lesquelles choses par une autre raison luy

sont prouffitables a aprendre & que elle sache tout le fait de son

gouvernement si que dit est / des le vivant de son mary / c'est assavoir

que se vefve demouroit qu'elle ne fust pas trouvee ignorante de sçavoir

son estre si que chascun la voulsist fouler et emporter sa piece.

¶ Cy devise la maniere comment il appartient que les dames & damoiselles

qui demeurent sur leurs manoirs se gouvernent ou fait de mesnage. chap.

.xxxvi.

Que autre maniere d'estat & de vivre appartient aux simples dames et

damoiselles demourans es fors ou sur leurs terres dehors les bonnes

villes que aux baronnesses mais nonpourtant pource que semblablement que

les barons et encores plus communement les chevaliers escuyers & gentilz

hommes voyagent & suyvent guerres est convenable a leurs femmes qu'elles

soyent sages de grant gouvernement & voyent cler en leurs faitz pource

le plus de temps elles demeurent a leurs mesnaiges sans leurs marys qui

a court sont ou en divers pays. si convient qu'elles ayent tout le soing

de gouvernement & faire valoir leurs revenues et leurs meubles. Si

appartient a chascune dame de tel estat s'elle veult user de sens

qu'elle sache combien monte par an & vault la revenue de sa terre. Et

doit tant faire s'elle peut ceste saige dame vers son mary par doulces

parolles & bons admonnestemens que ilz advisent ensemble & disposent de

tenir tel estat comme leurdicte revenue pourra fournir / & non mye si

grant par dessus que au bout de l'an se treuvent en debtes vers leurs

maisgnies ou autres crediteurs Car sans faille ce n'est point honte de

tenir estat selon sa terre ou rente soit ores petit. Mais c'est honte de

le tenir si grant que les debteurs viennent tous les jours crier &

braire a l'ostel & lever les basteaux telle fois ou qu'il conviengne par

necessité qu'on griefve ses hommes ou ses hostes ou qu'on face quelques

autres extorcions il appartient a telle dame ou damoiselle / qu'elle

soit toute aprinse es droitz des fiefz d'arriere fiefz de censives &

droictures de champars de prises de plusieurs mains / et de toutes

telles choses qui sont en droit de seigneurie selon les coustumes des

pays / affin qu'elle n'y puisse estre deceue. Et pource qu'il est tout

plain de gouverneurs de terres & de jurisdicions de seigneurs qui

voulentiers trompent doit estre de tout ce advisee & bien s'en prendra

garde & ne luy sera point de deshonneur s'elle se congnoist en comptes &

que souvant les oye & vueille sçavoir comment iceulx se gouvernent vers

ces choses ou hommes qu'ilz ne les trompent ne griefvent oultre raison.

Car ce seroit a la charge de l'ame de son mary & d'elle ou fait des

amendes aux povres gens doit estre pour l'amour de dieu plus piteuse que

rigoureuse. Avecques ces choses luy affiert a estre tresbonne

mesnagiere. & qu'elle se congnoisse en labour & en quel temps et en

quelle saison on doit donner aux terres & aux labourages les façons / de

quelle maniere est le meilleur que les talons aillent selon l'assiete du

gueret s'il est en païs sec ou moiste & de la profondeur et qu'ilz

soyent droitz & vivement fais semés a point de telz grains que les

terres desirent et pareillement se congnoistre au labour des vignes se

c'est pays ou il y ait vignoble se doit garder qu'elle ait bons

laboureux & maistres en tel office / & ne prengne pas gens qui changent

maistre de terme en terme / car c'est mauvais signe ne trop vieulx / car

ilz seroyent paresseux & foibles / ne trop jeunes. car trop seroient en

jeux / si soit soigneuse de les faire lever matin / ne s'en attendre a

nul s'elle est droite mesnagere / ains elle mesme se lieve et affuble

une houppelande / voise a sa fenestre & huche tant qu'elle les voye

saillir dehors. car de ce sont ilz le plus volentiers paresseux / se

voise souvent esbatre aux champs veoir comment ilz labourent. Car assés

en est il qui voulentiers se passeroient de grater sans plus la terre

par dessus pour eulx en delivrer s'ilz cuidoient qu'on n'y prenist garde

et qui bien se scevent dormir aux champs soubz l'ombre d'ung arbre et

laisser leurs chevaulx du labour ou les beufz entandis paistre en ung

pré et ne leur chault / mais qu'ilz puissent dire au soir qu'ilz ont

fait leur journee. Et pource la saige mesnagiere s'en prendra garde.

Avec quant les bledz seront sur leur meurir des le mois de may

n'attendra pas la cherté / mais baillera son aoust a soyer a compaignons

bons fors & diligens / a eulx marchandera & composera a argent ou a bled

Et quant viendra au temps qui seront en telle office se prendra garde

qu'ilz ne laissent riens derriere eulx ou qu'ilz ne facent assez

d'autres faulcetés que telz gens scevent bien faire qui n'est dessus &

semblablement es autres labours se lievent voulentiers matin car en

l'hostel ou la dame gist communement grande matinee a peine ira bien le

mesnage / voise aval l'hostel assez trouvera commander. car peu chault a

mesgnie communement comment voise qui n'est dessus / face mettre les

bestes hors a heure. prengne garde au bergier comment il les gouverne. &

s'il en est maistre / & qu'il ne soit despiteux / car il les font

nourrir quant ilz veullent en despit de la maistresse ou du maistre / &

quelles soyent nettement tenues gardees de trop ardant soleil & de pluye

garies de la rongne / elle yra s'elle est saige souvent au toyt avecques

une de ses femmes veoir comment on les ordonne. & ainsi sera le bergier

plus songneux qu'il n'y ayt que redire. en fera bien penser au temps

qu'elles devront agneler. & prendre grant soing des aigneaulx car

souvent se meurent par faulte d'en penser. sera songneuse de lever des

nourritures / soit present au tondre & que ce soit en saison. En ces

hostelz qui seront en pays ou il aura grans praries & herbaiges tiendra

grant foison bestes a cornes. & se foison a avaines qui pou se vendent

tiengne des beufz en creche dont fera grant argent quant seront gras /

s'elle a bocaiges la tiendra haras qui est prouffitable chose a qui bien

s'en scet chevir advisera en yver que les gens sont a bon marché adonc

leur fera coper ses saussoyes ou couldroyes & faire des eschaillas pour

vendre en la saison aussi embesongnera les varletz a coper bois pour le

chauffage de l'hostel ou deffricher quelque champ & s'il fait trop fort

temps les fera batre en granche / & ainsi jamais ne les lerra oyseux.

Car il n'est chose plus gaste en ung hostel que mesgnie oyseuse. Et

semblablement embesongnera ses femmes les chamberieres de penser du

bestial de faire a menger aux laboureux & des letaiges sarcler les

courtilz aller a l'herbe & estre crotees jusques aux genoulx / elle ses

filles & damoiselles s'embesongnera de draper de trier celle laine &

sortir. mettre les coletz & la fine a part pour faire fins draps pour

son mary & pour elle & pour vendre se mestier est. des gros pour les

petis enfans & pour ses femmes et maignie fera des couvertures de gros

bourions de la laine. & des fumiers fera cultiver des chanvres que

toilleront & filleront au soir en yver ses chamberies pour faire des

grosses toilles Et toutes telz choses & autres semblables qui trop long

seroit a dire en plat pays ont mestier a mesnage / & celle qui plus en

est diligente quelque grande qu'elle soit fait le plus que saige & en

doit estre treslouee / & ceste voye tenir a saige mesnagiere rend

aucunesfois plus de prouffit que la droicte revenue de la terre /

sicomme le sçavoit bien faire la saige mesnagiere contesse de Eu mere du

bon jeune conte qui mourut en voyage de hongrie qui n'avoit point de

honte de se employer en tout honneste labeur de mesnaige tant que plus

valoit par an le prouffit qui yssoit que toute la revenue de sa terre.

Et de telle femme se peut bien dire la louenge que recite l'espitre de

salomon de la saige femme.

¶ Cy devise de celles qui sont oultrageuses en leurs habitz atours &

habillemens. Chap. .xxxvii.

Le trésor de la cité des dames de degré en degré et de tous estatz · 第 9 / 14 段