gouvernera si mal advisement despuys la departie de celle qui gouverner
la souloit que parolles seront eslevees contre l'onneur d'elle & tant se
multiplieront que la bonne sage dame dessusdicte qui l'avoit en
gouvernement et ores demeure a son mesnaige en orra parler / de laquelle
chose sera tant doulente de ainsi veoir amendrir l'honneur de sa
maistresse qui tant a mis peine de bien l'endoctriner enseigner &
apprendre que plus ne pourra. Si ne sçaura bonnement que faire de ceste
chose & conclusion quant assez aura pensé sur ceste chose sera
contraincte par grant amour quel que bon gré ou maulgré que avoir en
doye pource que ce qui est escript en lettres est aucunesfoys mieulx
retenu et plus perce le cueur que ce qui est dit de bouche de luy
escripre & signifier par lettres de rechief l'amonnestement que dire luy
souloit pour veoir se aulcune chose y pourroit prouffiter. Si escripra
telles ou les semblables parolles en une lettre & par ung prestre qui
escriptes en confession les aura tressecretement les luy envoyera.
Maistresse doubtee dame je me recommande a vous tant & si treshumblement
comme je puis ma tresredoubtee dame plaise vous a ne me sçavoir aucun
mauvais gré se je me suys a present meue de vous escripre pour vostre
bien ce que grant aymer me contraint a faire. Car ma tresredoubtee dame
il m'est advis que je suis jeune de vous admonnester vostre bien comme a
celle qui a esté en ma gouvernance depuis enfance jusques a ores tout
n'en feusse je mye digne me semble que je mesprendroye de moy taire de
ce que sçauroye qui vous peust tourner a aucun grief se ne le vous
signifioye. Et pource chere dame je escrips en ces presentes ce qui
s'ensuyt de laquelle chose treshumblement je vous prie derechief que
maulvais gré ne m'en vueillés sçavoir aucunement. Car vous povez estre
trescertaine que tresgrant amour & desir de l'acroissement de mieulx en
mieulx de vostre noble renommee & honneur me meut a ce faire. ma dame
j'ay entendu aucunes nouvelles de vostre gouvernement telles que j'en
suis dolente de tout mon cueur pour la peur que j'ay du decheement de
vostre bon los & sont telles comme il me semble que comme il soit de
droit & de raison que toute princesse & haulte dame tout ainsi comme
elle est hault eslevee en honneur & estat sur les autres qu'elle doye
estre en bonne sagesse meurs conditions & manieres excellente sur toutes
affin qu'elle soit exemplaire par lequel les autres dames et mesmement
toutes femmes se doibvent rigler en tout maintien & comme il
appartiengne qu'elle soit devote vers dieu & quelle ayt contenance
asseuree quoye & rassise en ses esbatemens attrempee et sans effroy rie
bas & non sans cause ayt haulte maniere humble chere & grant port. Soit
a tous doulce responce & aymable parolle son habit & atour riche & non
trop cointe. A estrangiers d'acueil seignery parlant a dangier non trop
acointable de regard tardif & non volage. A nulle heure n'appaire male
felle ne despite ne a servir trop dangereuse a ses femmes & serviteurs
humaines & amiables non trop haultaine en dons large par raison
ordonnee. Saiche congnoistre de toutes gens lesquelz sont les plus
dignes en bonté et preudhommie & de ses servans les meilleurs & ceulx &
celles tire vers soy & leur guerdonne selon leurs merites ne croire ne
adjouster foy a flateurs ne flateuses ains les congnoisse & chasse de
soy ne croire de legier parolles raportees / n'ait coustume de souvent
conseiller a estrange ne privé en lieu secret ne apart mesmement a nul
de ses gens ou de ses femmes si que on ne puisse juger que plus sache de
son secret l'une que l'autre & ne dye devant gens a personne quelconques
en riant aucuns motz couvers que chascun n'entende / affin que les oyans
ne supposent aucun vice secret entre eulx trop enclose en chambre ne
trop solitaire ne se doit tenir / ne aussi trop commune a la veue des
gens. Mais a certaine heure retraire & aucuneffois plus convenables. Et
comme sesdictes condicions & toutes autres manieres convenables a haulte
princesse feussent en vous le temps passé estes a present toute changee
sicomme on dit. Car vous estes devenue trop plus esgaree plus emparlee &
plus jolie que ne souliés estre & c'est ce qui faict communement jugier.
les cueurs changent quant les contenances se changent / car vous voules
estre seulle & retraire de gens fors d'une ou de deux de vos femmes ou
aucuns de vos serviteurs a qui vous conseillés & riés mesmes devant gens
& dictes parolles couvertes comme se vous vous entre entendissiés bien &
ne vous plaist fors la compaignie d'iceulx / ne les autres ne vous
pevent servir a gré. Lesquelles choses & contenances sont cause de
mouvoir a envye vos autres servans & de juger que vostre cueur soit en
amouré ou que ce soit a ma tresredoubtee dame pour dieu mercy prenés
garde qui vous estes a la haultesse ou dieu vous a eslevee ne ne vueille
vostre ame & vostre honneur pour aucune vaine plaisance mettre en oubly
& ne vous fiés en vaines pensees que plusieurs jeunes femmes ont qui se
donnent a croire que ce n'est point mal d'aymer par amours / mais qu'il
n'y ait villenie car je me rens certaine que autrement ne le vouldriés
penser pour mourir & que on vit plus liement & que de ce faire on faict
ung homme vaillant & renommé a tousjours. Ha ma chere dame il va tout
autrement. Et pour dieu ne vous y decevés ne laissés decevoir & prenes
exemples a de telles grans maistresses avés vous veu en vostre temps qui
pour seullement estre souppesonnees de telle amour sans que la verité en
fust oncques attaincte en perdoyent l'honneur & la vie de telles y eut.
Et si tiens sur mon ame que peché ne coulpe vilanie n'y avoyent & leurs
enfans en avés reprouchiés & moins prisés / et combien que a toute femme
soit povre ou riche telle folle amour deshonnorable encores trop plus
est messeant & prejudiciable en princesse ou haulte dame de tant que est
plus grande / & la raison y est bonne / car le nom d'une princesse est
porté par tout le monde parquoy s'il y a en son renom aucune chose a
redire plus est sceu par les estranges contrees que des simples femmes.
Et aussi pour cause de leurs enfans qui doyvent seigneurir les terres &
estre princes de aultres gens. Si est grant meschief quant il y a aucune
suspection qu'ilz ne soyent droitz hoirs & maint meschief en peut venir.
car posons qu'il n'y ait meffait de corps si ne le croyroient mye ceulx
qui seullement l'orront dire telle dame est amoureuse. Et pour ung petit
de vice semblant par adventure fait par jeunesse & sans malices
mauvaises langues jugeront & y adjousteront des choses qui oncques ne
furent ne faictes ne pensees / & ainsi va tel langaige de bouche en
bouche qui mye n'est apeticié ains est acreu. Et ainsi est necessaire a
une chascune grant maistresse avoir plus grant regard en toutes ses
manieres contenantes & paraboles que a autres femmes. La cause si est /
car quant on vient en la presence d'une haulte dame toute personne
adresse son regard a elle & ses oreilles a ouÿr ce qu'elle dira & son
entendement a noter tout son fait. Si ne peut la dame ouvrir l'ueil dire
parolle rire ou faire semblant a aucun que tout ne soit recueilly &
retenu de plusieurs personnes & puis raporté en maintes places. Et que
cuidés vous ma treschiere dame que ce soit mauvaise contenance a une
grant maistresse voire a toute femme quant plus qu'elle ne seul deul
devient esgaree jolye & plus veult oÿr parler d'amours & puis quant son
cueur se change pour aucun cas tout a coup devient rechinee malgratieuse
tenceresse & ne la peut on servir a gré & ne luy chault de son habit &
atour. Certes adonc dient les gens que elle souloit estre amoureuse.
mais ne l'est plus. Ma dame si n'est mye maniere que dame doye avoir Car
elle doit prendre garde encore quelque pensee qu'elle ait que tousjours
soit d'un maintien et contenance a celle fin que telz jugemens ne
puissent estre faitz sur elle. Mais peut bien estre que fort seroit en
la vie amoureuse garder telle mesure. Et pource le plus seur est du tout
l'eschever & fuir. Si povés veoir chiere dame que toute grant maistresse
& semblablement toute femme doit trop plus estre couvoiteuse d'acquerir
bon renom que quelconques autre tresor. Car il la fait reluyre en
honneur & demeure tousjours a elle & ses enfans redoubtee dame ainsi
comme devant est touchié / je suppose bien et pense les raisons qui
pevent mouvoir la jeune dame a soy encliner a si faicte amour aise &
joyeuseté luy fait penser Tu es jeune il ne te fault fors que ta
plaisance tu peulz bien aymer sans villanie & n'est point de mal puis
qu'il n'y ait peché tu feras ung vaillant homme on n'en sçaura riens tu
en vivras plus joyeusement & auras acquis ung vray serviteur & loyal amy
& ainsi telles choses. Ha ma dame pour dieu soiés advisee que telles
folles oppinions ne vous deçoyvent. Car quant a la plaisance soyés
certaine que en amours a deux foys plus de dueil nuysances & dangiers
perilleux par especial du costé des dames qu'il n'y a de plaisance. Car
avec ce amours livre de soy maintes diverses amertumes la peur de perdre
honneur & qu'il soit sceu leur demeure ou cueur qui chier acheter leur
fait telle plaisance. Et quant a dire ce ne sera mye mal puis que fait
de peché n'y a. Helas ma dame ne soit nul ne nulle si asseuree de soy
qu'elle se rende certaine quelque bon propos qu'elle ait de garder
tousjours mesure en si faicte amour et que ne soit sceu comme j'ay cy
devant dit. Certes c'est chose impossible. Car feu n'est point sans
fumee. mais fumee est souvent sans feu. Et a dire je feray ung homme
vaillant. Certes je dis que c'est trop grant folie de soy destruyre pour
accoistre ung autre. Posons que vaillant en deust devenir & celle bien
se destruyt qui pour refaire ung aultre se deshonnoure. Et quant a dire
j'auray acquis ung vray amy et serviteur dieu dequoy pourroit servir si
fait amy a la dame. car s'elle avoit aulcun afaire il ne se feroit
porter en nul cas pour elle / pour peur de son deshonneur dequoy
doncques luy pourra servir si fait serviteur qui s'osera employer pour
le bien d'elle. mais ilz sont aucuns qui dient qu'ilz servent leur dames
quant ilz font beaucoup de choses soit en armes ou autrefois. Mais je dy
qu'ilz servent eulx mesmes. Car l'honneur & le preu leur est demouré &
non mye a la dame. Encores ma dame se vous ou autres vous voulés excuser
en disant j'ay mauvaise partie qui pou de loyaulté & de plaisir me fait.
pource puis je sans mesprendre avoir plaisir en aucun autre pour oublier
melencolie & passer le temps. mais certes telles excusations / saulve
vostre bonne reverence & de toutes autres qui ce dient / ne vallent
riens. car trop fait grant folie celluy qui met le feu en sa maison pour
ardoir celle de son voisin. mais se celle qui a tel mary le porte
patiemment & sans soy empirer tant acroist plus le merite de son ame &
son honneur en bon los & quant a avoir plaisance. Certainement une si
grant maistresse voire toute femme s'elle veult elle peut assés trouver
de loisibles & bonnes plaisances a quoy s'entendre & passer le temps
sans melencolie sans telle amour. Celles qui ont enfans plus gratieuse
plaisance & plus delectable peut on demander que de souvent les veoir &
prendre garde que bien soyent nourris & endoctrinés sicomme il
appartient a leur haultesse & estat. & les filles ordonner en telle
maniere que en enfance prengnent rigle de bien & de deuement vivre par
exemple de suyvre & estre en bonne compaignie. Helas & se la mere
n'estoit toute saige quel exemple seroit ce aux filles & a celles qui
enfans n'ont. Certes n'est ce honneur non a tout haulte dame. Aprés ce
qu'elle a dit son service de soy prendre & faire aulcun ouvraige ou
besongne pour eviter oysiveté ou faire faire fins linges estrangement
ouvrés / ou draps de soye ou autre choses dequoy elle peust user
justement. & telles occupations sont bonnes / & destourbent a penser
choses vaines. Et je ne dis mye que une grant maistresse ne se puisse
bien esbatre rire & jouer en temps & en lieu mesmement ou il y ait
seigneurs & gentilz hommes / & qu'elle ne doye honnorer les estrangiers
selon que a sa haultesse appartient chascun selon son degré / mais ce
doit estre fait si rassisement & de si beau maintien qu'il n'y ait ung
seul regard ne ris ne parolle que tout ne soit a mesure & par raison.
Assés & tousjours doibt estre sur sa garde que on ne puisse appercevoir
en parolle ou regard ou contenance en elle chose desconvenable ne mal
seant. Ha dieu se toute grande maistresse voire toute femme sçavoit bien
comment beau maintien luy est advenant plus mettroit peine a l'avoir que
quelque autre parement. Car il n'est joyau precieux qui tant la peust
parer Et encores ma tresredoubtee dame reste a parler des perilz et
dangiers qui sont en celle amour / lesquelz sont sans nombre. Le premier
et greigneur est que l'en courrouce dieu. Aprés que se le mary s'en
appercevoit ou les parens la femme est morte ou cheute en reproche ne
jamais puis n'aura bien. Et encores suppose que n'aviengne disons du
costé des amans encores que tous fussent loyaulx secretz vrays disans ce
qu'ilz ne sont mye / ainçois scet on assés qui comunement sont faintz &
pour les dames decevoir dient ce qu'ilz ne pensent ne vouldroient faire.
Touteffois c'est chose vraye que l'ardeur de / telle amour ne dure mye
longuement mesmes aux plus loyaulx & est ceste chose certaine. Ha chiere
dame comment cuydés vous que quant il advient que celle amour est
deffaillie & que la dame qui aura esté aveuglee par l'enveloppement de
folle plaisance s'en repent durement quant elle s'avertist & pourpense
les follies & divers perilz ou maintes fois s'est trouvee / & combien
elle vouldroit qui luy eust cousté & oncques ne luy fust advenu & que
tel reproche de elle ne peust estre dicte. Certes vous ne pourriez
penser la grant repentance & desplaisant pensee qui au cueur leur en
demeure Et oultre se vous & toutes les autres povés veoir quelle follie
c'est de mettre son corps et son honneur es dangiers de langues & es
mains de telz servanz puis que serviteurs s'apellent / mais la fin du
service est communement telle que quoy qu'ilz vous ayent promis & juré
de tenir secret ilz ne s'en taisent mye & en la fin de telle amour
souventesfois le blasme & parler de gens aux dames en demeure ou a tout
le moins la crainte & paour en leurs cueurs que ceulx mesmes en qui se
sont fiees le dient & s'en vantent ou aulcun autre qui le fait saiche /
et ainsi se sont mises de franchise en servaige & veés la fin du service
de celle amour. Comment cuydés vous ma Dame qu'il semble a ses servans
grant honneur de dire et eulx vanter qu'ilz soyent aimés ou ayent esté
d'une grant maistresse ou femme de renom. Et comment en tairoient ilz la
verité. car dieu scet comment ilz mentent. Et que pleust a dieu que
entre vous mes dames le sceussiés bien. Car cause auriés de vous en
garder. Oultreplus les servans qui scevent vos secretz & en qui convient
que vous vous fiez cuydez vous qu'ilz s'en taisent. combien que leur
ayés fait jurer. Certes la plus grant partie sont telz qu'ils seroyent
bien dolens que l'on ne sceust que plus grant priveté & hardiesse ont
vers vous que les autres. et s'ilz ne dient de bouche vos secretz ils
les monstreront au doy par divers semblans couvers qui veullent bien que
on note. He dieu quel servitude a une dame & a toute autre femme en tel
cas qui n'osera reprendre ne blasmer son servant ou sa servante posons
qu'elle les voye grandement mesprendre quant elle se sent en leur
dangier & seront montés contre elle en tel orgueil que mot n'osera
sonner ains conviendra qu'elle leur seuffre a faire et dire chose
qu'elle n'endureroit de nul autre. Et que pensés vous que dient ceulx &
celles qui ce voyent & notent ilz ne pensent fors ce qui y est & soyés
certaine qu'ilz en murmurent assés. Et s'il advient que la dame se
courrouce ou donne congié a telz servans / dieu scet se tout est revelé
& dit en plusieurs places. et toutesfois souvent advient qu'ilz sont &
ont esté moyens & procureurs d'icelle amour bastir / laquelle chose ilz
ont voulentiers pourchassee & a grant diligence pour traire a eulx dons
ou offices ou autres emolumens. Tresredoubtee dame que vous en dirois
je / soyés certaine que aussi tost espuiseroit on une abisme comme on
pourroit racompter tous les perilz et maulx qui sont en ceste vie
amoureuse. & ne doubtés du contraire. Car il est ainsi. Et pource
treschiere dame ne vous vueillés ficher en si fait peril. Et se aulcune
pensee y avés eue / pour dieu vueillés vous en retraire ainçois que plus
grant mal vous en ensuyve. Car trop mieulx vault tost que tard / & tard
que jamais. Et ja povés veoir quelz parolles en seroyent se plus ce
continuoyent vos nouvelles manieres quant ja sont apperceues parquoy
parolles s'en espandent en maint lieu. Si ne vous sçay plus que
respondre fors que de toute ma puissance vous supplye humblement que de
ce ne me sachez aucun maulvais gré / mais vous plaise de adviser le bon
vouloir qui le me fait dire / & au fort mieulx doit vouloir faire mon
devoir & vous loyaulment admonnester & en deusse avoir vostre mal talent
que de vous conseiller vostre destruction ou de l'attraire pour avoir
vostre bon gré. Tresresoubtee princesse & ma treschere dame je prie a
dieu qu'il vous doint bonne vie et longue / et en la fin paradis.
Escript. &c.
¶ Cy commence la deuxiesme partie de ce livre laquelle s'adresse aux
dames & damoiselles. Et premierement a celles qui demeurent a court de
princesse ou haulte dame. Le premier chapitre parle comment les trois
dames / c'est assavoir raison droicture et justice recapitulent en brief
ce qui est dit devant. chap. .xxvii.
Apres ce que avons parlé aux roynes princesses & haultes dames / c'est
assavoir en ce qui touche la doctrine qui est proprice tant aux
enseignemens de ce qui affiert a l'ame comme aux meurs vertueux & bons
qui leur sont propices & appartiennent a leur haulte noblesse & a leur
estat qui d'honneur est adornee sur toutes autres s'adressera nostre
leçon doresenavant en ceste .ii. partie de la presente collation aux
dames & damoiselles & femmes tant a celles qui sont demourans a court de
princesses pour leur service & estat comme a celles qui demeurent sur
leurs terres en chasteaulx manoirs villes fermes & bours / mais a ce
commencement faisons protestation que nonobstant qu'il appartienne &
affiere une mesmes doctrine par especial en plusieurs choses tant a
l'ame comme aux vertus & meurs aussi bien aux dames & damoiselles & a
toutes femmes comme aux princesses ne pensons mye a relater & dire de
rechief tout ce qui est dit devant / car peine seroit sans necessité & a
ennuy pourroit tourner aux lisans si serve ce que dit est pour toutes ou
il eschiet & en prengne chascune ce dequoy sentira que elle ayt besoing
au bien & au proffit de son ame & de ses meurs. Car semblablement que
aux plus grans maistresses est mestier aux dames damoiselles & autres
femmes qu'elles ayent tousjours & en tous leurs faitz devant les yeulx &
en leur memoire l'amour & crainte de nostreseigneur qui leur ramentoyve
les biens qu'elles reçoyvent de luy / c'est assavoir l'ame qui est creé
a son ymage laquelle s'elles y veullent mettre peine possedera a
tousjours le royaulme des cieulx. Ce n'est mye petit don l'entendement
pour congnoistre dieu & que est bien & mal force de corps pour mettre le
bien a effect santé & foison d'autres grans graces parquoy l'amour a
quoy elles sont obligees vers luy qui est mesmes ung des commandemens de
la foy et le premier qui dit tu aimeras dieu sur toutes choses ne doit
jamais partir de leur memoire La crainte aussi en pensant la grant
punition de sa justice en quoy se mettent en peril les creatures qui ne
vont droite voye Ceste amour & crainte se a droit & en leurs couraiges
les deffendra de vices & conduyra aux vertus / abessera en elles orgueil
& essaucera humilité chassera ire & amenera pacience deboutera avarice &
y mettra charité. leur tollira envye & leur donnera amour vers leurs
prochains. eslongnera paresse & approuchera diligence de bien faire Leur
fera haÿr gloutonnye et aymer sobrieté. bennira luxure et attraira
chasteté Et ainsi donera toutes les vertus propice a l'ame. & chassera
les vices qui nuyre y pourroyent. Et avec ce aussi bien &
semblablemement affiert aux dames damoiselles & autres femmes avoir
prudence mondaine pour ordonner en bonne guise leur maniere de vivre
chascune selon son estat & qu'elles ayment honheur le bien de renommee &
de bon los que aux princesses. Si commencerons ainsi
Cy devise des quatre pointz les deux bons a tenir & les deux autres a
eschever & comment dames & demoiselles de court doivent aymer leur
maistresse. & ce est le premier point. chap. .xxviii.