assés au long & plus en brief avons touché la largesse mondaine qui en
dons luy affiert a avoir hors l'ordre commune de sa despence &
extraordinairement comme ce soit chose advisant a princesse que en ce
soit advisee en parlerons plus au large la saige princesse qui vouldra
qu'il n'y ait riens a reproucher en ses faitz se gardera bien que le
vice de chetiveté & de non deue echarceté ne soit point veu en elle &
aussi de folle largesse qui n'est mye maindre vice. Et pourtant par
grant discretion & prudence usera & fera de ces dons / car c'est une des
choses du monde qui plus exaulce la renommee des grans seigneurs & dames
que largesse & ce tesmoigne jehan de sabberieuse en policraticion ou
tiers livre ou .xiiii. chapitre a demonstrer que la vertu de largesse
soit necessaire a ceulx qui ont le gouvernement sur la chose publicque.
exemple de titus le noble empereur qui acquist telle renommee par sa
largesse que on l'apelloit le secours & l'aide de toute personne & il
avoit tel amour a ceste vertu de largesse que le jour qu'il n'avoit fait
don aucun il ne povoit estre joyeulx & pour ce aquist la generalle amour
de tous. Si demonsterra la sage dame sa largesse en telle maniere se
elle a puissance de donner & il luy vient a congnoissance se que elle
soit bien informee que aucuns gentilz hommes estrangiers ou aultres
aient par longue prison ou rançon moult perdu du leur ou soient a grant
souffreté elle leur aidera voulentiers du sien & de bon usaige largement
selon son povoir. & pource que largesse ne s'estend mie tant seulement
en dons comme dit ung saige / mais aussi en reconfort de parolles en
leur donnant esperance elle les confortera de meilleur fortune & ce
reconfort par adventure leur fera autant ou plus de bien que l'argent
que elle leur donra car moult est chose agreable a personne si que ja
est touché si devant quant prince ou princesse luy donne reconfort &
mesmes de sa parolle. Et aussi si ceste dame voit aucun gentilhomme soit
chevalier de bon couraige qui ait grant voulenté de soy avancer en
honneur. mais n'ait mye grant chevance pour soy habiller si qu'il
affiert & elle voit que de luy ayder soit bien employé & que il le
vaille la gentille dame qui aura en soy toutes nobles meurs pour
honneurs de gentillesse & pour tousjours eslever noblesse de vaillance
luy aidera. Et ainsi en divers cas qui peut advenir s'estendra la saige
& bien ordonnee largesse de ceste dame & s'il advient que aucuns presens
ou dons luy soyent faitz de par aucuns grans seigneurs elle donnera si
grandement aux messagiers que ilz s'en puissent louer & plus se ilz sont
estrangiers que aux autres affin que en leurs païs en facent mention a
leurs seigneurs & vouldra que tous soyent expediez. Et se les presens
viennent de grans dames elle leur envoyera semblablement de ses joyaulx
& de ses belles choses plus largement Mais se povre ou simple personne
luy fait aucun service ou luy presente quelque chose estrange par bon
vouloir elle regardera la faculté de la personne & son estat & la
grandeur du service ou la value ou bonté ou beaulté ou estrangeté du don
selon le cas si le remunerera quoyque ce soit si grandement que l'en
s'en puisse & doye louer & avec ce par si joyeuse chere recevra la chose
que ce sera a pou moitié poiment. Et non mie sera sicomme nous veismes
une fois & n'a pas moult de nos yeulx avenir dont moult nous pesa a une
court du monde de prince ou de princesse que ce fust la fut mandee une
personne que on reputoit a saige pour oÿr & congnoistre de son sçavoir.
Si y frequanta plusieurs fois / & se tenoit on tresfort content de ses
faitz & de ses ditz & de l'effect de son sçavoir duquel il avoit fait
audit prince ou princesse aucuns services justes bons & loysibles dignes
de recommandation & desserte. En cestuy mesmes temps & espace
frequentoit a icelle mesme court une autre persone qu'on reputoit a
folle qui a coustume avoit de servir les seigneurs & dames de bourdes &
rappors de ce qu'on faisoit par tout & de parolles de nulle value
sicomme par maniere de truffes & de faire rire. Advint que on voult
remunerer & faire dons a la personne que on reputoit a saige & qui avoit
desservy de son sçavoir & a la personne qu'on reputoit a folle qui avoit
servy seulement de dire les bourdes / si fut donné a ladicte folle ung
don qui fut extimé a la value de .vl. escus. & a l'autre ung don de
douze escus / de laquelle chose quant ce vismes entre nous troys seurs /
raison / doctrine & justice muçasmes nos faces de honte de veoir si
desconvenable extimation et tant aveuglee descongnoissance en court que
on dit autentique. non mye pour la value du don / mais pour l'extimation
des personnes & de leurs faitz Si ne fera mye ainsi la saige princesse
qui des folz ou des folles ou qui le contrefont / ou de raporteurs de
parolles et de choses de nulle value gueres ne s'acointera ne la
estandra mye ses dons mais aux vertueux & a ceulx a qui le bien est
employé.
¶ Cy devisent les excusations qui affierent aux bonnes princesses qui ne
pourroyent pour aucunes causes mettre a effect les choses dessusdictes.
Cha .xx.
Or avons dit ce qui appartient & touche a la largesse de la saige
princesse / mais avant que nous passions oultre affin que oblié ne soit
nous convient icy toucher par especial questions qui nous pourroient
estre faictes sur deux pointz que touchié avons cy devant C'est assavoir
l'un que nous avons dit & devisé comme il appartient que la saige
princesse se face accointer des gens de tous les estatz & subgetz. Et
l'autre a la liberalité que doit avoir. si que dernierement avons dit du
premier point. Pourroit souldre telle question vous dictes qu'il
appartient a saige princesse d'avoir la benivolence des subgetz pource
se doit d'eulx accointer. Mais comment pourroit cestuy enseignement
servir a toutes car il n'est point de doubte qu'il est assés que quoy
qu'elles soyent tressaiges & prudentes si ont elles maris de
merveilleuses meurs & qui si court les tiennent que a peine osent elles
parler mesmes a leurs serviteurs et aux gens de leur ostel. si ne se
pourroient icelles femmes de nul acointer & ne sert a nul envers elle
cestuy enseignement. Item a l'autre point semblablement qu'il est assés
de princes & d'autres hommes qui tant tiennent leurs femmes courtes
d'argent qu'elles n'ont ung denier. Si ne pourroient celles par effect
quelque bon vouloir qu'elles eussent user de celle vertu de largesse. Si
respondrons a ces deux questions ensemble tout en unemesmes sentence.
c'est assavoir que nous n'entendons mye de celles qui sont gardees par
telles extremités. Car aux dames & princesses ou autres tenues en tel
servage prudence ne peut donner autre enseignement & sil n'est il pas
petit fors prendre en pacience faire tousjours bien a leur povoir &
obeir pour avoir paix. Mais parlons a celles que nous supposons qui
ayent auctorité sens & puissance de ce faire si que ja avons dit. Et
aussi n'entendons mye des jeunes qui encores sont soubz l'administration
d'autres dames vray est que cest nostre doctrine s'elles l'estudient &
retiennent leur pourra servir d'aprendre a elles gouverner par telle
prudence que quant seront en aage de plus grant discrection les maris &
seigneurs qui les verront de semblable ordonnance & gouvernement leur
pourront bien donner auctorité de faire & gouverner semblablement qu'il
est dit & que nous dirons cy aprés en temps & en lieu a leur ennortement
& l'homme est trop fol de quelque estat qu'il soit quant il voit qu'il a
bonne femme & saige s'il ne luy donne auctorité de gouverner se besoing
est. combien qu'il en soit assés de si malostrus & de si descongnoissans
qu'ilz ne sçavent veoir ne congnoistre / ou bonté & sens sont assis & se
fondent sur l'oppinion que en sens de femme ne peut avoir grant
gouvernement. de laquelle chose nous veons souvent le contraire. Si
disons de rechief en concluant que se celles dames ainsi courtes tenues
ne pevent en ces pointz mettre a effect leur prudence tant en ce qui
touche d'elles faire a congnoistre a leurs subgectz & aussi en faisant
largesse elles en sont a excuser. mais neant plus que une grant lumiere
se pourroit si fort mucier que par aulcun anglet ne fust apperceue ne
les pourront tant empescher leurs maris que s'elles sont bonnes saiges &
de bon amour a leurs subgetz que elles ne soyent bien aymees de tous &
reputé leur bonne voulenté pour faict pour les discretes et bonnes
apparences qu'on verra d'elles / & que louees & renommees ne soyent en
tous lieux Et souffice quant a ce propos.
¶ Cy devise du gouvernement a la saige princesse demouree vefve. chap.
.xxi.
Parlé avons assés de ce qui touche les enseignemens des princesses
mariees / mais affin que nostre doctrine soit en tous les estatz des
dames vaillable dirons encore a ce propos parlant aux dames & princesses
vefves tant aux jeunes comme aux anciennes en differences de leurs aages
Si disons ainsi s'il advient que la saige princesse demeure vefve n'est
point de doubte qu'elle plorera sa partie si que bonne foy le donne se
tiendra close ung temps. aprés le service & obseques a petite lumiere de
jour en piteux & dolent habit selon honneste usaige. Si n'oubliera pas
la bonne ame de son seigneur / ains en priera & fera prier
tresdevottement par grant soing en mesmes services aulmosnes offrandes
et oblations. & moult la fera recommander a toutes gens de devotion / et
ne durera pas ung pou de temps ceste memoire & ses biensfaitz / mais
tant comme elle vivra. Neantmoins a ceste dame qui sera de grant sçavoir
prudente dira / & l'admonnesteront souvent son beau pere & ceulx a qui
il appartiendra que nonobstant sa tresgrant perte & son grant dueil &
regretz de la mort de son seigneur & de la bonne lealle amour qu'elle
luy portoit il convient estre pacient de tout ce qui plaist au seigneur
estre faist & que nous sommes nez pour aller celle voye quant il luy
plaira. Si pourroit bien pecher & courroucer nostreseigneur de tant
estre adolee & par si long temps & espace Si convient qu'elle prengne
autre maniere de vivre ou grever pourroit son ame & sa santé. si n'en
seroit mye de mieulx a ses nobles enfans qui encores ont tout mestier
d'elle. Ceste dame ainsi admonnestee de raison & de bon conseil pour
aucunement mieulx passer ceste grant tribulation se prendra a se donner
de garde de ses besongnes. Tout premierement vouldra avoir congnoissance
du testament de son seigneur & mettra toute sa peine au plustost que
faire ce pourra pour allegier la benoiste ame de celluy qu'elle aymoit
qu'il soit accomply. Apres s'elle a des enfans & le pere ne les a partis
en son vivant prendra grant cure que les partaiges des terres et des
seigneuries soyent faitz entre eulx par bon regard & advis des barons &
des saiges du conseil si que au gré d'un chascun soit s'elle peut s'en
travaillera de tout son povoir de les tenir en amour sans debat ensemble
& que tous les moindres servent & honnorent l'aisné leur seigneur si que
raison est. Avec ce advisera ce que a elle apartient tant au faict de
meubles comme a son douaire. Et s'elle n'a nulz enfans & aucun luy
vueille faire tort de ce qu'il luy appartient / sicomme souventesfois on
fait aux dames vefves soyent grandes ou petites elle appellera bon
conseil & en usera en gardant et deffendant son droit hardiment par
droit & raison sans s'eschauffer en hastiveté de parolles vers nulluy.
ains dira sa raison ou fera dire courtoisement a tous. mais elle gardera
son droit & tant comme elle vivra tiendra en amour a son pouvoir les
parens de son seigneur & grant honneur leur portera. & de ce faire sera
grandement louee & prisee Mais s'il advient cas que la princesse demeure
vefve a tout son aisné filz encores jeune & moindre de aage et que par
adventure guerre & contens sourde entre les barons. et pour cause du
gouvernement la convient il qu'elle employe toute sa prudence & son
sçavoir pour les mettre & les tenir en paix. car nulle guerre
d'estranges ennemys ne luy pourroit estre tant perilleuse comme ceste.
Et pource la saige dame qui toute sera saige sera si bonne moyenne entre
eulx par son prudent maintien & sçavoir pensant le mal qui pourroit
venir de leurs debatz / veu son enfant encores petit & jeune que bien
les sçaura apaiser. Et pource faire querre les plus convenables manieres
& le plus qu'elle pourra le traictera par doulceur & par bel. & vouldra
que tout soit fait par bon & loyal conseil / ou s'il advient que
aulcunes terres se rebellent ou que la contree soit assaillie d'ennemys.
sicomme souventesfois advient aprés mort de prince a enfans moindres
d'eage pourquoy conviengne avoir et maintenir guerre / bien aura besoing
la prudente dame & princesse qui desirera a garder le bien des enfans
que elle mette a oeuvre son grant sçavoir. Adonc luy aura mestier tenir
en amour les barons chevaliers & seigneurs de son païs affin que
tousjours soyent bons & loyaulx & de bon conseil a son enfant. Aussi les
chevaliers escuyers & gentilz hommes / affin que de plus grant cueur
voulentiers & hardiement se combatent se mestier est / & maintenant la
guerre pour leur jeune seigneur le peuple aussi affin que plus
voulentiers y aydent du leur se besoing est pour maintenir la guerre. Et
pource affin qu'ilz soyent tousjours plus loyaulx subgetz & que autre ne
les peust esmouvoir au contraire parlera a eulx aucunesfois par bel en
disant par doulces parolles qu'il ne leur vueille ennuyer se adonc sont
aucunement grevez pour la grant charge de la guerre & d'autres affaires
que si dieu plaist ce ne durera mye longuement & que bien luy en
souviendra et ramentevera a son filz le bien & la loyaulté qui est
trouvee entre eulx Et telle maniere de parler leur dira la saige dame &
princesse qui pourront estre vaillables en tel cas. Car ce les esmouvera
a plus voulentiers y mettre du leur & a les garder de rebellion
Lesquelles rebellions adviennent le plus souvent en peuple par estre
trop oppressé de seigneurs & mené par rudesse. Et n'est pas de doubte
que estre extimé ne pourroit le bien que telle princesse peut faire en
royaulme & contree.
Cy dit de ce mesmes a l'enseignement des jeunes princesses vefves Chap.
.xxii.
MAis se la princesse demeure vefve sans enfans ou qu'elle vueille vivre
plus a son aise et en paix quant revestue sera de ce qu'il appartient Et
du douaire assigné elle ira demourer sur la terre & la advisera comment
elle se gouvernera bien & sagement selon sa revenue. Si mandera tantost
les principaulx de ses hommes & aussi tous les prevotz & baillifz de ses
chastellenies. Si vouldra sçavoir par bonne enqueste comment ilz se
seront gouvernez et portés le temps passé & s'ilz sont preudommes se
informera des coustumes du pays & se iceulx officiers sont bons ilz ne
se bougeront / & se mauvais sont les ostera & mettra nouveaulx desquelz
elle aura bonne relation. Et ne vouldra nullement que ses prevostez
soyent baillees pour argent aux plus offrans & derniers encherissans /
sicomme on fait maintenant communement en france. Et pource en sieges en
beaucop de lieux a de tresmauvaise ribauldaille mengeurs de gens & pires
que ne sont larrons / car il n'est mauvaistie qu'ilz ne facent pour
tirer argent Et pour sçavoir le vray / l'experience commune le demonstre
& certifie. Pource ne vouldra la bonne dame qui sera informee & avertie
que sesdictes prevostés soyent loués vendues ne baillees a ferme / mais
baillees par election aux plus preudhommes & aux plus sages ainsi que
faire se doit. si leur conviendra expressement qu'ilz gardent que
justice soit bien gardee / ou que autrement elle les desposeroit &
pugniroit / & avec ses officiers fera expresse deffence & aux gens de
son hostel que nul ne soit si hardy de faire grief a nul de ses subgetz
ne prengnent riens sans payer / car elle ne vouldra pas son ame charger
de l'avoir des povres gens pource que toute informee sera des grans
excions que preneurs de seigneurs & de dames font souvent sus le
commun / desquelles extortions pourtant s'ilz ne le servent ne seront
pas excusés vers dieu lesditz seigneurs & dames Car ilz le doivent
sçavoir & ne le souffrir pas: les vouldra tenir en paix & garder de tous
maulx a son povoir. Et a brief dire de toutes choses les tiendra en
amour / vouldra estre par eulx & par leurs femmes visitee souvent &
bonne chere leur fera. Les dames & damoiselles du pays & les bourgoises
semblablement viendront vers elle si les recevra joyeusement & honnorera
chascune selon son droit. & les mandera pour en estre acompaigniee quant
seigneurs ou estrangiers vouldront venir vers elle a ceste noble dame
mesmement les petites femmes de village qui l'aymeront de tout leur
cueur luy apporteront de leurs petis presens comme fruytz ou autres
choses. & elle les fera venir vers elle et les vouldra veoir / recevra
leurs chosettes joyeusement & de pou de chose fera grand compte et grant
feste / & dira qu'il n'est riens si bon ne si beau. si les remercira
cherement parlera avec elle / & leur tiendra parolles du faict de leur
nourriture de leur mesnage / parquoy les bonnes femmes quant seront a
leurs maisons feront grant feste & parlement de la chere que leur dame
leur aura faicte & moult honnorees s'en tiendront. & grant quaquet en
meneront avecques leurs voisins. Ceste noble dame n'aura pas honte de
visiter les acouchees & povres et riches. aux povres donnera pour dieu /
& les riches honnorera / tiendra sur fons de leurs enfans / & a brief
dire en toutes choses bonnes se tiendra & demonstrera tant
charitablement tant doulce & humaine vers ses subgetz qu'ilz ne
parleront que d'elle prians pour elle & de tout leur cueur l'aymeront.
Ces voyes bonnes sçavoyent bien tenir les tresnobles roynes de france &
princesses en leurs veufvages que j'ay cy devant nommés / c'est assavoir
la royne Jehanne la royne blanche la duchesse d'orleans fille jadis du
roy charles .iiii. & semblablement d'autres que en telle maniere se
gouvernent en toute bonté & saigeté qu'a tousjoursmais pourront estre
exemplaire de bien et sagement vivre a celles advenir. Et cy est la fin
des enseignemens que prudence donne a la saige princesse qui est en aage
de congnoistre bien & mal. Si dirons ung petit puis que entrees ou
propos sommes de la jeune princesse vefve & puis dirons des jeunes
mariees il apartient a jeune princesse vefve que tant qu'elle sera en
tel estat soit soubz la baille de ses parens obeysse a leurs vouloirs &
se gouverne toute par eulx & par leur ordonance ne riens n'entrepreigne
sans leur sceu & voulenté. Tenir se doit simplement d'abit & d'atour
selon les usaiges des pays ou elle est coyment & doulcement en
contenance que maintien jeux trop renvoisiés toutes dances estroictes
robes & toutes jolivetés luy sont deffendues & quoy qu'elle soit joyeuse
par nature & que jeunesse l'amonneste de rire de jouer & chanter. Si
convient il si elle veult garder son honneur qu'elle s'en deporte au
moins se ce n'est bien a son privé & non devant hommes & doit par
especial entre segneurs & dames ou chevaliers estranges ou autres
gentilz hommes moult faire le sage avoir contenance rassise pour parler
& simplement regarder. Et lors diront les gens que c'est moult belle
chose a si jeune dame avoir si beau maintien & si asseuree contenance il
ne luy apartient point de tenir parolles appart ne conseil a hommes
quelz qu'ilz soyent ne que chevaliers escuyers ne autres frequentent
trop ne sans raisonnables achoisons environ elle ne a sa chambre / car
par telz choses son bien en pourroit estre desavencé & cheoir en aucunes
parolles qui moult tost & a peu d'achoison sont levees & de ce doit bien
prendre garde la principal dame qui l'a en gouvernement mais pour
eschever ennuy & oyseuse elle se doibt aux festes esbatre et jouer aux
martres avec ses femmes & autres jeux simples & cois et aux jours
ouvriers a faire aucuns ouvraiges elle se doit bien garder que elle ne
tiengne parolles de mariage a quelconque personne a part en recelé ne
sans le sceu de ses amys ne qu'elle en escoute nulles parolles se on les
vouloit dire. Car ce ne seroit mye son honneur & si pourroit bien estre
deceue. Si s'en doit du tout attendre a sesdis amys & bien garder que
riens n'en face sans eulx car de se marier a sa voulenté sans leur bon
consentement acquerroit grant blasme & se elle assenoit a mauvaise
partie & que mal luy en prensist jamais ne seroit plainte & si perdroit
leur grace. Si doit penser que ilz sauront mieulx congnoistre ce que luy
est bon que elle mesmes ne feroit
¶ Cy devise du gouvernement qui doit estre baillé & tenu a jeune
princesse nouvelle mariee. Chapitre .xxiii