Le quatriesme enseignement de prudence a la sage princesse est tout

d'autre matiere & tout soit il differencié du dessusdit se n'est il mye

de moindre maistrise a le sçavoir bien conduyre / car l'autre est

naturel comme ce soit chose acoustumee que toute saige mere a soing du

gouvernement & de la doctrine de ses enfans / mais cestuy qui est de

sçavoir vaincre & corriger le propre couraige & voulenté de soy mesmes

est chose comme par dessus nature. Et pource de tant que plus est fort a

faire de tant est plus digne de recommandation / & la personne qui bien

en scet user en fait plus a louer. Car c'est signe de tresgrant force &

constance de courage qui est entre les vertus cardinalles de grant

excellence & toutesfois n'est mye doubte qu'il est necessité a toute

sage princesse qui ayme le pris d'honneur & de renommee sçavoir user de

ceste force ou autrement sa prudence ne se peut bonnement ne du tout

monstrer ne faire congnoistre n'estre parfaicte. Si nous convient plus

particulierement declarer a ce que nous voulons dire. Il n'est point de

doubte que selon le corps du monde & les mouvemens de fortune il n'est

nul si grant prince en ce monde / tant soit juste ne fut oncques prince

seigneur ne dame ne aultre homme ne femme qui ayt peu estre ne soit de

tous aymé. Car posons que une creature fust toute parfaicte si ne

souffiroit point la despitable envie qui se fiche en cueur humain que la

personne fust au gré de tous ne aymee de chascun. Et ce povons veoir par

la personne de Jhesucrist qui fut seul tout parfait / & toutesfois envye

le fist mourir / & si a elle faict mains autres bons vaillans que je

pourroye traire a exemple. Et de tant que la personne est meilleure &

plus vertueuse de tant plus fait envye bien souvent greigneur guerre &

si n'est nul ne nulle tant puissant ne oncques ne fut fors dieu qui de

tous se peut venger. Et pource a nostre propos la saige princesse &

semblablement toutes celles que vouldront ouvrer de prudence sera de ce

tresbien avertie & pourveue de remede / dont s'il advient que fortune la

vueille assaillir par aucun endroit si qu'elle a fait & fait mainte

bonne gent et elle apperçoyve & saiche que aucun ou aulcunes personnes

puissans ne luy veullent point de bien l'ayent en male grace & qu'ils

luy nuyroyent s'ilz povoyent & s'eslongeroyent de l'amour & de la grace

de son seigneur qui les croyroit par adventure pour leurs blandices &

flateries ou la mettoyent par les faulx rapors mal des barons des

subgetz ou du peuple elle ne fera de ce nul semblant qu'on s'en

aperçoive ne que on les repute ne tienne ses ennemys Ainçois pour la

bonne chere qu'elle leur monstrera donnera a croyre qu'elle tient

grandement ses amys & jamais ne croyroit que aultrement fust & que plus

que en autre y a fiance / mais il conviendra que celle de bonne chere

soit ordonnee par tel sens et si rassise que nul ne puisse appercevoir

que sainctement le face. Car si une fois estoit trop grande & autre fois

a yeulx felons sicomme de cueur qui est plain qu'on voit bien que le ris

en est a force tout seroit honny pource est le sens a garder mesure en

cest endroit & fault bien que le courage en soit pourveu avant le coup /

si faindra qu'elle se veult gouverner par eulx & par leur conseil & les

appellera en ses estroitz conseilz comme elle monstrera a semblant leur

dira des choses communes par grant secret & fiance qui seront contre sa

pensee / mais conviendra que ce soit fait par bonne maniere qu'ilz ne

s'en donnent de garde & qu'elle soit maistresse de sa bouche. Car se

aucun mot disoit d'eulx en derriere contraire a ses semblans qui fust

raporté ce seroit peril / car il n'est si grant seigneur ne si grant

dame a qui tous ses servans soyent loyaulx. Si doit on bien regarder

devant qui on parle / mais cueur qui est gros & plain a peine seuffre la

bouche tousjours taire de ce qui luy desplaist Et la est la maistresse

elle gasteroit tout son affaire. Car ce seroit sa honte & amenuisant sa

grandeur que ces ennemys apperceussent que elle sceust qu'ilz ne

l'aymeroyent pas & leur fist tel semblant. Car ilz penseroyent que elle

le fist par crainte. Si en seroyent plus orgueilleux et plus hardis de

luy nuyre. Et l'en priseroyent moins / si se sçaura bien de ce garder.

Et se aucune personne luy en rapporte riens et elle pense que a iceulx

sa responce puist estre raportee / elle blasmera les rapporteurs & dira

qu'elle scet bien que ceulx de qui ilz parlent vouldroyent son bien &

son honneur / & qu'ilz sont tresbons et loyaulx & ses amys. Et pensons

que iceulx ennemys fissent ou dissent aucune chose a son prejudice de la

chose se peut couvrir nullement que pour aucune autre cause que pour mal

d'elle l'ayent fait ou dit. Encores fera elle si la simple ou ygnorante

que ne l'aperçoyve & monstrera semblant que ce ne luy touche point &

qu'elle n'a nulle pensee ne suspecion contre eulx / mais nonobstant

toutes ces choses & ses grans dissimulations se guettera d'eulx de tout

ce qu'elle pourra & sera dessus ses gardes. Ainsi la sage dame usera de

ceste discrete dissimulation & prudence cautelle laquelle chose ne croye

nul que ce soit vice mais c'est grant vertu quant faicte est pour cause

de bien & de paix & sans faire a nul injure pour eschever greigneur

inconveniens. Et voicy le mal qu'elle eschevera et le bien qui luy en

suyvra se semblant faisoit qu'elle apperceust leur crisme. Ce seroit

raison qu'elle print debat & contens a eulx & mist peine a s'en venger.

Si conviendroit qu'elle en emeust grant noise & mist en guerre & en

peril ses amys / & peut estre que son seigneur les croyroit mieulx que

elle ou les autres barons & subgetz. Si engregeroit adoncques le contens

& viendroit a plus grant meschief & si ne s'en verroit ja par adventure

vengee / si auroit de tant plus grant dueil / & par la susdicte voye de

souffrance & dissimulation est a presumer qu'elle appaisera l'ire et le

maltalant de ses ennemys / & a tout le moins n'auroient ilz jamais le

cueur de tant luy nuyre comme s'elle se monstroit ennemye. Car trop

seroit desloyal celluy qui vouldroit faire mal a la personne qui le

reputast son amy. Et posons qu'ilz ne s'en souffrissent leur trahyson &

leur maulvaistie sera de trop plus grande & de plus apparoit au monde /

si en seroyent de tant plus reprins & plus deshonnorez & moins

viendroyent a leur entente. Car chascun leur donneroit le tort / & ne

peut a toutes fins que la dame ne gaigne plus en tel cas a tenir si

saincte maniere que par voye de rigueur & n'est pas doubte que cest

enseignement affiere a tenir / non mye seullement aux princesses &

dames / mais aussi generallement a toutes femmes. car en mains contens

viennent en mariage par faulx rappors de flateurs aux maris que maintes

ne scevent pas bien ou ne pevent dissimuler / ce scet dieu aussi font

autres.

¶ Cy devise le v. enseignement de prudence qui est comment la saige

princesse mettra peine comment elle soit en la grace & benivolence de

tous les estatz de ses subgetz Chapitre .xvi.

Pource qu'il appartient a la sage princesse qui par prudence veult

ordonner tous ses faictz qu'elle quiere et tienne toutes les voyes que

honneur demander vouldra pour ceste cause qui est le cinquiesme

enseignement estre bien du clergié / & en leur grace tant de gens des

religions & des docteurs comme des prelatz & des gens du conseil & aussi

des bourgois & mesmes de ceux du peuple. Mais aucuns se pourroient

merveiller pourquoy nous disons plus nommeement de ceulx icy que des

barons & des nobles. Si est la responce pource que nous suposons qu'elle

en ja en soit bien si que c'est plus de commun usaige que lesditz barons

& nobles elle frequente Si vouldra estre des dessus nommés bien pour

deux principaulx causes L'une si est affin que les bons & devots prient

dieu pour elle. & l'autre pource qu'elle soit louee d'eulx en leurs

sermens et collations si que leurs voix & parolles luy puissent estre se

mestier est escu & deffence contre les murmures & rappors de ses ennemys

mesdisans. & les puissent estaindre par quoy elle en ait mieulx l'amour

de son seigneur & aussi du commun peuple qui bien leur dame orra dire &

qu'elle fust soustenue des plus puissans se besoing luy en venoit. Si

sera bien informee lesquelz des clercz & des maistres tant des religieux

comme d'autres seront les plus souffisans & de la greigneur auctorité &

a qui on adjouste plus de foy a leurs ditz Iceulx mandera de fois a

autre vers elle puis les ungs puis les autres parlera a eux moult

amyablement vouldra avoir leur conseil & en user les fera aucunefois

disner a sa court acompaignés de son confesseur & des gens de sa

chappelle qui tous seront honnorables gens leur portera grant honneur /

& vouldra que des siens soient honnorés qui est chose qui bien affiert.

Car vrayment ceulx qui sont anoblis de science doivent estre honnorés /

leur fera du bien de sa puissance donnera a leurs colleges & a leurs

convens. Et combien que aulmosne doye estre faicte secrettement la cause

si est telle / affin que la personne qui la fait n'en puisse monter en

vaine gloire qui est trop mortel peché. mais se ladicte personne n'en

n'avoit nulle elevation en son cueur mieulx seroit la donner

publicquement que en secret pource qu'elle donneroit bon exemple a

aultruy. & qui en celle intencion le fait double son merite & fait

bien / dont ceste sage dame qui bien se sçaura garder d'icelluy vice

vouldra bien que les dons & aulmosnes qu'elle fera par celle voye soyent

sceuz & registrez s'ilz sont notables comme pour refaire leurs eglises &

leurs convens ou autres necessaires en perpetuelle memoire en tableaulx

en leurs eglises / affin que les gens prient dieu / ou autres registres

ou ilz le dient publicquement / si y prendront exemple de pareillement

donner d'avoir accointance mieulx pour avoir renommee par eulx s'il

semble qu'elle touche aucun rain d'ypocrisie ou qu'elle en prengne le

nom. toutesfois se peut elle nommer par maniere de parler juste

ypocrisie. Car elle tend affin de bien & eschevement de mal. Car nous

n'entendons mye que soubz umbre de ceste chose maulx et pechiez se

doivent commettre ne que une grant vaine gloire en doyve sourdre en

courage. Si disons de rechief que ceste maniere de juste ypocrisie est

comme necessaire par especial a princes & princesses qui ont a dominer

autruy a qui plus reverence affiert que a autre & certainement aussi ne

messiet elle point a toute personne qui desire honneur le faisant a

cause de bien. Et a ce propos il est escript au livre de valere que

anciennement les princes faignoient qu'ilz fussent parens aux dieux

affin que leurs subgetz les eussent en plus grant reverence & plus les

craingnissent. Aussi vouldra la sage dame estre bien des gens du conseil

de son seigneur soient prelatz chanceliers ou autres ordonnera qu'ilz

viennent vers elle / les recevera honnorablement & parlera a eulx par

sages parolles & le plus qu'elle pourra les tiendra en amour et ceste

maniere de tenir luy sera vaillable en plusieurs choses. C'est assavoir

car ilz loueront le sens & gouvernement d'elle qu'ilz verront notable.

Aussi s'il advenoit que aucun envieux voulsisse quelque chose machiner

contre elle ilz ne souffreroient passer en conseil riens a son prejudice

et desmouveroyent le prince s'il estoit mal informé par aucuns autres /

& aussi s'elle desiroit aucune chose estre passee en conseil ilz luy

seroyent amys & plus favorables. Avec ce ladicte dame vouldra avoir la

bien vueillance des clercz qui se meslent des causes comme du peuple

comme nous dirions a paris avocas en parlement & ailleurs de tieulx

semblables deffendeurs des causes si vouldra veoir a certains jours les

presidens & principaulx d'entre eulx & des autres plus notables avec

eulx & devisera a eulx amiablement & vouldra qu'ilz sachent & voyent de

son honnorable estat non mye qu'elle leur die par maniere de vengence

mais qu'ilz apperçoyvent par l'effet de son maintien & grant sçavoir &

telle maniere tenir pourra estre vaillable a l'acroissement de son

honneur et los / & la cause si est pource que tous estatz & de toutes

manieres de gens de justice les principaulx bourgois des cités & villes

de sa seigneurie de son seigneur & aussi des gros marchans & mesmement

aucuns des plus honnestes des gens de mestier vouldra qu'ilz viengnent

de fois a autre vers elle si leur fera tresbonne chere & mettra peine a

estre bien d'eulx affin que s'elle avoit aucun affaire qu'ilz fussent

devers elle & que se necessité leur venoit de quelque finance faire

qu'elle peust par lesditz marchans de leur bon gré & voulentiers estre

secourue laquelle chose il convient qu'elle emprunte se elle veult bien

garder tous les termes & pointz de honneur doit rendre sans faillir a

jour nommé affin que la verité de sa parolle soit tousjours tenue en

toutes choses entieres & sans faillir & que plus grant foy on y

adjouste. Pource que nous avons dit en cestuy chapitre .v. des .vii.

enseignemens comment la saige princesse doit estre bien de ses subgetz

si que dit est & pourroit sembler a aulcuns mal advisés que chose

superflue soit de ce dire & que il n'appartiengne que princesses prengne

cure de atraire ses subgés ains doit commander baudement ses plaisirs &

que ilz doivent obeir & mettre peine de l'attraire a amour & non mye

elle eulx ou autrement ne seront ilz mye subgés & elle maistresse mais a

ce nous respondrons que sauve la grace des diseurs ce appartient a faire

non mye seulement a princesses mais aux princes par maintes raisons /

mais de deux nous passerons. Car moult se pourroit ceste matiere plus

eslargir. L'une si est que quoy que le prince soit seigneur maistre des

subgetz / toutesfois les subgetz font le seigneur & non mye le seigneur

les subgetz. Et trouveroient trop plus legierement qui les reputeroit a

subgetz se ils luy vouloyent estre mauvais que il ne trouveroit qui le

recepveroit a seigneur & pour celle cause & aussi qu'il ne pourroit luy

tout seul forçoyer contre eulx si luy estoient rebelles / & s'il avoit

ores la puissance de les destruyre il mesmes se deffendroit. Et s'il est

necessité que il les tiengne a amour en telle maniere que de celle amour

viengne crainte plus que par rigueur ou autrement sa seigneurie est en

balence. Si est vray le proverbe commun que l'en dit / il n'est mye sire

de son païs qui de ses hommes est haÿs. Et de les tenir en amour

vrayement plus grant sens ne pourroit faire se a droit veult estre nommé

seigneur Car il ne pourroit avoir cité ne forteresse d'aussi grant

deffence force & puissance comme luy peut estre l'amour & benivolence

des vrays subgetz. L'autre raison si est pource que poson que subgetz

ayent bonne voulenté vers prince & princesse si n'auroyent ilz jamais le

hardement d'aler familierement vers eulx se ilz ne les mandoient ne il

n'appartiendroit aussi. Si doit doncques venir le premier acueil du

prince ou de la princesse mais il est bien raison que les subgetz facent

de ce tresgrant joye & feste & qu'i s'en tiennent bien honnorez & en

doit doubler en eulx leur amour & loyaulté tant que plus de doulceur &

trouvent. Et a ce propos dit ung saige qu'il n'est chose qui plus

suprengne le cueur des subgetz ne qui tant les tire vers leur seigneur

comme quant ilz treuvent benignité et doulceur en luy si que il est

escript d'un bon empereur qui disoit qu'il vouloit estre tel a ses

subgetz que eulx mesmes desiroyent qu'il leur fust. & de ceste chose

bien advisee la sage princesse le fera ainsi leurs femmes la visiteront

aucunesfois & elle leur fera tresbonne chere et parlera a toutes si

amyablement que tres contentes se tendront & loueront son sçavoir et sa

tresgrant court tiendra et feste a ses gesines et aux nopces de ses

enfans vouldra que elles soyent en la compaignie des dames & des

damoiselles. Pour laquelle chose elle acquerra moult amour de tous & de

toutes.

¶ Cy devise comment la saige princesse tiendra en belle ordonnance ses

femmes de sa court. Chapitre xvii.

Le vi. enseignement de prudence est que la saige princesse tout ainsi

que le bon pasteur se prent garde que ses brebis soyent maintenues en

santé & se aucune en devient rongneuse il la separe du troupel de peur

qu'elle peust empirer les autres elle se prendra garde sur le

gouvernement de ses femmes lesquelles aura terres a son povoir toutes

bonnes & honnestes car aultres ne vouldra avoir en tour elle. Et pource

que c'est chose assez acoustumee que chevaliers et escuyers et tous

hommes qui frequentent en tour femmes par especial les aucuns ont

maniere de les prier d'amours & de les attraire se ilz pevent / la saige

princesse par ses ordonnances tiendra telle maniere qu'il n'aura nul

repairant a sa court si hardy qui a nulle de ses femmes ose conseiller

apart ne faire semblant d'atrait & se il le fait ou que il soit apperceu

en aucun signe que tantost telle chere luy soit monstree qu'il ne s'i

osera plus embatre. Et ainsi selon seigneur maisgnee duicte la dame qui

toute honneste sera vouldra que toutes ses femmes le soyent sur peine

d'estre mises hors de sa compaignie si vouldra qu'elles s'ebatent a

jeulx honnestes & non tieulx que hommes s'en puissent mocquer ne tenir

leurs parolles ainsi que voulentiers font de femmes quoy qu'ilz s'en

rient & jouent avecques elles se contiennent entre chevaliers & escuyers

& tous hommes par beau maintien dient leurs parolles coyment &

simplement s'esbatent & solacent soit en dances ou autres esbatemens

gracieusement & sans liberté ne soyent baudes saillans n'effrayees en

parolles contenance maintien ris & ne voysent la teste levee comme cerfz

ramages lesquelles contenances seroyent trop mal seans & grant mocquerie

a femmes de court ou plus doibt avoir honnesteté bonnes meurs & courtois

maintiens que en nulles autres. Car la ou est le plus d'onneur doivent

estre les plus parfaictes meurs & maintiens & de ce deceveroient trop

les femmes de court se aucun païs en avoit de telle opinion qui

cuydassent que plus leur apartenist a estre baudes & saillans que autres

femmes / mais pource que nous esperons que yceste nostre doctrine soit

portee par le temps advenir en mains royaulmes affin que en tous lieux

ou il auroit en cest endroit aucune deffaulte peust estre vaillable.

Nous disons generaument a toutes & de tous pays que il appartient a

toute dame & damoiselle de court estre plus saige plus rassise & mieulx

moriginee en toutes choses soit jeune ou vieille que autre. Car elles

doyvent estre exemplaire de tout bien & de tout honneur aux autres

femmes & se autrement le foisoient point ne feroyent d'honneur a leur

maistresse ne a elle mesmes. Avecques ce vouldra la sage princesse affin

que toutes choses en honnesteté se correspondent que les robes & les

atours de ses femmes quoy qu'ilz soyent beaulx & riches comme il

appartient bien soyent d'honneste façon bien mis & bien seans

honnestement & nettement maintenus mais n'y ait nulle desguisure ne

deshonnesteté de trop grans collectz ou d'autres oultaiges & en toutes

choses la saige princesse ordonnera ses femmes / tout ainsi que la

prudente & bonne abbesse fait son convent en telle maniere que mauvais

rapport en estranges contrees ne aval la ville ne autre part n'en puisse

estre fait / & sera ladicte princesse tant crainte & redoubtee par le

sage gouvernement que on luy verra tenir que nul ne nulle ne sera si

hardy aucunement desobeir a ses commandemens ne lever l'ueil

senestrement ne mal apoint / car il n'est nulle doubte que une dame est

plus crainte & doubtee & tenue en plus grant reverence quant on la voit

saige & de pesans meurs & honneste / & posons que elle soit benigne &

doulce que ne seroit male & diverse / car le seul regard de la saige &

chiere attrempee est assés souffisant signe pour corriger ceulx & celles

qui mesprennent & les faire craindre.

¶ Cy devise comment la sage princesse se prendra garde sur ses revenues

& de ses finances & de l'estat de sa court.

Le .vii. enseignement de prudence a la sage princesse est que elle

prendra garde soigneusement au fait de sa revenue & de sa despence

laquelle chose doyvent adviser nonpas seullement princes & princesses /

mais semblablement toutes gens que veulent vivre par ordre de saigesse

n'aura point de honte elle mesmes de vouloir sçavoir la somme de ses

revenues ou de ses pensions & que les comptes de ses receveurs &

despenciers de ses finances soyent a certains jours fais devant elle

vouldra sçavoir comment ses maistres d'ostel gouvernent ses gens &

ordonnent son commun & distribuent les viandes & semblablement des

autres offices de sa court dont elle ne vueille bien estre informee que

ilz soyent prudens de bonne vie & prudens hommes ains que les prengne &

se le contraire scet que tost ne les mette hors si sçaura combien monte

la despence de son hostel vouldra sçavoir ce que on a prins des marchans

& sus le peuple pour elle & pour sa despence & ordonnera qu'il soit bien

payé a certain jour / car nullement ne vouldra leurs mauldissons ne

estre a leur haine. si ne vouldra riens devoir mieulx aimera se passer a

moins & plus sobrement despendre. deffendra qu'on ne prengne riens sus

le peuple maulgré eulx & que ce ne soit a juste pris tantost payer & non

mye faire aller les povres gens des villaiges & d'ailleurs a leur grant

coust & destourbier & frais. Cent fois et plus a tout une cedule en sa

chambre aux dames & a ses receveurs ains qu'ilz puissent estre payés ne

vouldra point que ses tresoriers ou distributeurs de finances usent du

stille commun / c'est assavoir soyent menteurs ne pourmenans les gens de

terme en terme comme ilz pourront penser que ilz puissent payer. Ceste

sage dame ordonnera l'avoir de ses revenues en la maniere qui s'ensuyt.

Elle le partira en cinq parties. La premiere sera la part & porcion que

elle vouldra mettre en aulmosnes & donner aux povres. La seconde en la

despence de son hostel la somme elle sçaura que elle monte / voire s'il

est ainsi que sur sa revenue & pention la doye querir et que son

seigneur ne luy administre sans que elle s'en mesle. La tierce a payer

ses officiers & ses femmes. La quarte en dons a estrangiers ou autres

qui luy auront desservy extraordinairement. Et La .v. mettra en tresor &

dessus prendra a sa plaisance ce que elle vouldra mettre pour elle en

joyaulx robes & autres abillemens & sera chascune part & portion de

telle quantité comme elle verra que elle puisse faire selon sa revenue.

Et ainsi par ceste voye tenir riglement pourra avoir droit ordre en

toutes ses choses sans confusion ne que argent faille pour assovyr

aucunes des dessusdictes choses parquoy il convient faire finances

estranges ou chevances non licites a grans dommaiges & frais. En ceste

maniere par les sept dessusditz enseignemens de prudence tenir avec les

autres vertus lesquelles choses ne sont mye fortes a faire / ains

embellissent & sont plaisans mais que bon cueur s'i vueille disposer &

que ung petit l'ait acoustumé pourra la saige dame acquerir la gloire

renommee & grant honneur au monde & a la fin paradis qui est promis aux

biens vivans.

¶ Cy devise en quelle maniere se doit estendre la largesse & liberalité

de la saige princesse. Chap. .xix.

Le trésor de la cité des dames de degré en degré et de tous estatz · 第 4 / 14 段