d'autre matiere & tout soit il differencié du dessusdit se n'est il mye
de moindre maistrise a le sçavoir bien conduyre / car l'autre est
naturel comme ce soit chose acoustumee que toute saige mere a soing du
gouvernement & de la doctrine de ses enfans / mais cestuy qui est de
sçavoir vaincre & corriger le propre couraige & voulenté de soy mesmes
est chose comme par dessus nature. Et pource de tant que plus est fort a
faire de tant est plus digne de recommandation / & la personne qui bien
en scet user en fait plus a louer. Car c'est signe de tresgrant force &
constance de courage qui est entre les vertus cardinalles de grant
excellence & toutesfois n'est mye doubte qu'il est necessité a toute
sage princesse qui ayme le pris d'honneur & de renommee sçavoir user de
ceste force ou autrement sa prudence ne se peut bonnement ne du tout
monstrer ne faire congnoistre n'estre parfaicte. Si nous convient plus
particulierement declarer a ce que nous voulons dire. Il n'est point de
doubte que selon le corps du monde & les mouvemens de fortune il n'est
nul si grant prince en ce monde / tant soit juste ne fut oncques prince
seigneur ne dame ne aultre homme ne femme qui ayt peu estre ne soit de
tous aymé. Car posons que une creature fust toute parfaicte si ne
souffiroit point la despitable envie qui se fiche en cueur humain que la
personne fust au gré de tous ne aymee de chascun. Et ce povons veoir par
la personne de Jhesucrist qui fut seul tout parfait / & toutesfois envye
le fist mourir / & si a elle faict mains autres bons vaillans que je
pourroye traire a exemple. Et de tant que la personne est meilleure &
plus vertueuse de tant plus fait envye bien souvent greigneur guerre &
si n'est nul ne nulle tant puissant ne oncques ne fut fors dieu qui de
tous se peut venger. Et pource a nostre propos la saige princesse &
semblablement toutes celles que vouldront ouvrer de prudence sera de ce
tresbien avertie & pourveue de remede / dont s'il advient que fortune la
vueille assaillir par aucun endroit si qu'elle a fait & fait mainte
bonne gent et elle apperçoyve & saiche que aucun ou aulcunes personnes
puissans ne luy veullent point de bien l'ayent en male grace & qu'ils
luy nuyroyent s'ilz povoyent & s'eslongeroyent de l'amour & de la grace
de son seigneur qui les croyroit par adventure pour leurs blandices &
flateries ou la mettoyent par les faulx rapors mal des barons des
subgetz ou du peuple elle ne fera de ce nul semblant qu'on s'en
aperçoive ne que on les repute ne tienne ses ennemys Ainçois pour la
bonne chere qu'elle leur monstrera donnera a croyre qu'elle tient
grandement ses amys & jamais ne croyroit que aultrement fust & que plus
que en autre y a fiance / mais il conviendra que celle de bonne chere
soit ordonnee par tel sens et si rassise que nul ne puisse appercevoir
que sainctement le face. Car si une fois estoit trop grande & autre fois
a yeulx felons sicomme de cueur qui est plain qu'on voit bien que le ris
en est a force tout seroit honny pource est le sens a garder mesure en
cest endroit & fault bien que le courage en soit pourveu avant le coup /
si faindra qu'elle se veult gouverner par eulx & par leur conseil & les
appellera en ses estroitz conseilz comme elle monstrera a semblant leur
dira des choses communes par grant secret & fiance qui seront contre sa
pensee / mais conviendra que ce soit fait par bonne maniere qu'ilz ne
s'en donnent de garde & qu'elle soit maistresse de sa bouche. Car se
aucun mot disoit d'eulx en derriere contraire a ses semblans qui fust
raporté ce seroit peril / car il n'est si grant seigneur ne si grant
dame a qui tous ses servans soyent loyaulx. Si doit on bien regarder
devant qui on parle / mais cueur qui est gros & plain a peine seuffre la
bouche tousjours taire de ce qui luy desplaist Et la est la maistresse
elle gasteroit tout son affaire. Car ce seroit sa honte & amenuisant sa
grandeur que ces ennemys apperceussent que elle sceust qu'ilz ne
l'aymeroyent pas & leur fist tel semblant. Car ilz penseroyent que elle
le fist par crainte. Si en seroyent plus orgueilleux et plus hardis de
luy nuyre. Et l'en priseroyent moins / si se sçaura bien de ce garder.
Et se aucune personne luy en rapporte riens et elle pense que a iceulx
sa responce puist estre raportee / elle blasmera les rapporteurs & dira
qu'elle scet bien que ceulx de qui ilz parlent vouldroyent son bien &
son honneur / & qu'ilz sont tresbons et loyaulx & ses amys. Et pensons
que iceulx ennemys fissent ou dissent aucune chose a son prejudice de la
chose se peut couvrir nullement que pour aucune autre cause que pour mal
d'elle l'ayent fait ou dit. Encores fera elle si la simple ou ygnorante
que ne l'aperçoyve & monstrera semblant que ce ne luy touche point &
qu'elle n'a nulle pensee ne suspecion contre eulx / mais nonobstant
toutes ces choses & ses grans dissimulations se guettera d'eulx de tout
ce qu'elle pourra & sera dessus ses gardes. Ainsi la sage dame usera de
ceste discrete dissimulation & prudence cautelle laquelle chose ne croye
nul que ce soit vice mais c'est grant vertu quant faicte est pour cause
de bien & de paix & sans faire a nul injure pour eschever greigneur
inconveniens. Et voicy le mal qu'elle eschevera et le bien qui luy en
suyvra se semblant faisoit qu'elle apperceust leur crisme. Ce seroit
raison qu'elle print debat & contens a eulx & mist peine a s'en venger.
Si conviendroit qu'elle en emeust grant noise & mist en guerre & en
peril ses amys / & peut estre que son seigneur les croyroit mieulx que
elle ou les autres barons & subgetz. Si engregeroit adoncques le contens
& viendroit a plus grant meschief & si ne s'en verroit ja par adventure
vengee / si auroit de tant plus grant dueil / & par la susdicte voye de
souffrance & dissimulation est a presumer qu'elle appaisera l'ire et le
maltalant de ses ennemys / & a tout le moins n'auroient ilz jamais le
cueur de tant luy nuyre comme s'elle se monstroit ennemye. Car trop
seroit desloyal celluy qui vouldroit faire mal a la personne qui le
reputast son amy. Et posons qu'ilz ne s'en souffrissent leur trahyson &
leur maulvaistie sera de trop plus grande & de plus apparoit au monde /
si en seroyent de tant plus reprins & plus deshonnorez & moins
viendroyent a leur entente. Car chascun leur donneroit le tort / & ne
peut a toutes fins que la dame ne gaigne plus en tel cas a tenir si
saincte maniere que par voye de rigueur & n'est pas doubte que cest
enseignement affiere a tenir / non mye seullement aux princesses &
dames / mais aussi generallement a toutes femmes. car en mains contens
viennent en mariage par faulx rappors de flateurs aux maris que maintes
ne scevent pas bien ou ne pevent dissimuler / ce scet dieu aussi font
autres.
¶ Cy devise le v. enseignement de prudence qui est comment la saige
princesse mettra peine comment elle soit en la grace & benivolence de
tous les estatz de ses subgetz Chapitre .xvi.
Pource qu'il appartient a la sage princesse qui par prudence veult
ordonner tous ses faictz qu'elle quiere et tienne toutes les voyes que
honneur demander vouldra pour ceste cause qui est le cinquiesme
enseignement estre bien du clergié / & en leur grace tant de gens des
religions & des docteurs comme des prelatz & des gens du conseil & aussi
des bourgois & mesmes de ceux du peuple. Mais aucuns se pourroient
merveiller pourquoy nous disons plus nommeement de ceulx icy que des
barons & des nobles. Si est la responce pource que nous suposons qu'elle
en ja en soit bien si que c'est plus de commun usaige que lesditz barons
& nobles elle frequente Si vouldra estre des dessus nommés bien pour
deux principaulx causes L'une si est affin que les bons & devots prient
dieu pour elle. & l'autre pource qu'elle soit louee d'eulx en leurs
sermens et collations si que leurs voix & parolles luy puissent estre se
mestier est escu & deffence contre les murmures & rappors de ses ennemys
mesdisans. & les puissent estaindre par quoy elle en ait mieulx l'amour
de son seigneur & aussi du commun peuple qui bien leur dame orra dire &
qu'elle fust soustenue des plus puissans se besoing luy en venoit. Si
sera bien informee lesquelz des clercz & des maistres tant des religieux
comme d'autres seront les plus souffisans & de la greigneur auctorité &
a qui on adjouste plus de foy a leurs ditz Iceulx mandera de fois a
autre vers elle puis les ungs puis les autres parlera a eux moult
amyablement vouldra avoir leur conseil & en user les fera aucunefois
disner a sa court acompaignés de son confesseur & des gens de sa
chappelle qui tous seront honnorables gens leur portera grant honneur /
& vouldra que des siens soient honnorés qui est chose qui bien affiert.
Car vrayment ceulx qui sont anoblis de science doivent estre honnorés /
leur fera du bien de sa puissance donnera a leurs colleges & a leurs
convens. Et combien que aulmosne doye estre faicte secrettement la cause
si est telle / affin que la personne qui la fait n'en puisse monter en
vaine gloire qui est trop mortel peché. mais se ladicte personne n'en
n'avoit nulle elevation en son cueur mieulx seroit la donner
publicquement que en secret pource qu'elle donneroit bon exemple a
aultruy. & qui en celle intencion le fait double son merite & fait
bien / dont ceste sage dame qui bien se sçaura garder d'icelluy vice
vouldra bien que les dons & aulmosnes qu'elle fera par celle voye soyent
sceuz & registrez s'ilz sont notables comme pour refaire leurs eglises &
leurs convens ou autres necessaires en perpetuelle memoire en tableaulx
en leurs eglises / affin que les gens prient dieu / ou autres registres
ou ilz le dient publicquement / si y prendront exemple de pareillement
donner d'avoir accointance mieulx pour avoir renommee par eulx s'il
semble qu'elle touche aucun rain d'ypocrisie ou qu'elle en prengne le
nom. toutesfois se peut elle nommer par maniere de parler juste
ypocrisie. Car elle tend affin de bien & eschevement de mal. Car nous
n'entendons mye que soubz umbre de ceste chose maulx et pechiez se
doivent commettre ne que une grant vaine gloire en doyve sourdre en
courage. Si disons de rechief que ceste maniere de juste ypocrisie est
comme necessaire par especial a princes & princesses qui ont a dominer
autruy a qui plus reverence affiert que a autre & certainement aussi ne
messiet elle point a toute personne qui desire honneur le faisant a
cause de bien. Et a ce propos il est escript au livre de valere que
anciennement les princes faignoient qu'ilz fussent parens aux dieux
affin que leurs subgetz les eussent en plus grant reverence & plus les
craingnissent. Aussi vouldra la sage dame estre bien des gens du conseil
de son seigneur soient prelatz chanceliers ou autres ordonnera qu'ilz
viennent vers elle / les recevera honnorablement & parlera a eulx par
sages parolles & le plus qu'elle pourra les tiendra en amour et ceste
maniere de tenir luy sera vaillable en plusieurs choses. C'est assavoir
car ilz loueront le sens & gouvernement d'elle qu'ilz verront notable.
Aussi s'il advenoit que aucun envieux voulsisse quelque chose machiner
contre elle ilz ne souffreroient passer en conseil riens a son prejudice
et desmouveroyent le prince s'il estoit mal informé par aucuns autres /
& aussi s'elle desiroit aucune chose estre passee en conseil ilz luy
seroyent amys & plus favorables. Avec ce ladicte dame vouldra avoir la
bien vueillance des clercz qui se meslent des causes comme du peuple
comme nous dirions a paris avocas en parlement & ailleurs de tieulx
semblables deffendeurs des causes si vouldra veoir a certains jours les
presidens & principaulx d'entre eulx & des autres plus notables avec
eulx & devisera a eulx amiablement & vouldra qu'ilz sachent & voyent de
son honnorable estat non mye qu'elle leur die par maniere de vengence
mais qu'ilz apperçoyvent par l'effet de son maintien & grant sçavoir &
telle maniere tenir pourra estre vaillable a l'acroissement de son
honneur et los / & la cause si est pource que tous estatz & de toutes
manieres de gens de justice les principaulx bourgois des cités & villes
de sa seigneurie de son seigneur & aussi des gros marchans & mesmement
aucuns des plus honnestes des gens de mestier vouldra qu'ilz viengnent
de fois a autre vers elle si leur fera tresbonne chere & mettra peine a
estre bien d'eulx affin que s'elle avoit aucun affaire qu'ilz fussent
devers elle & que se necessité leur venoit de quelque finance faire
qu'elle peust par lesditz marchans de leur bon gré & voulentiers estre
secourue laquelle chose il convient qu'elle emprunte se elle veult bien
garder tous les termes & pointz de honneur doit rendre sans faillir a
jour nommé affin que la verité de sa parolle soit tousjours tenue en
toutes choses entieres & sans faillir & que plus grant foy on y
adjouste. Pource que nous avons dit en cestuy chapitre .v. des .vii.
enseignemens comment la saige princesse doit estre bien de ses subgetz
si que dit est & pourroit sembler a aulcuns mal advisés que chose
superflue soit de ce dire & que il n'appartiengne que princesses prengne
cure de atraire ses subgés ains doit commander baudement ses plaisirs &
que ilz doivent obeir & mettre peine de l'attraire a amour & non mye
elle eulx ou autrement ne seront ilz mye subgés & elle maistresse mais a
ce nous respondrons que sauve la grace des diseurs ce appartient a faire
non mye seulement a princesses mais aux princes par maintes raisons /
mais de deux nous passerons. Car moult se pourroit ceste matiere plus
eslargir. L'une si est que quoy que le prince soit seigneur maistre des
subgetz / toutesfois les subgetz font le seigneur & non mye le seigneur
les subgetz. Et trouveroient trop plus legierement qui les reputeroit a
subgetz se ils luy vouloyent estre mauvais que il ne trouveroit qui le
recepveroit a seigneur & pour celle cause & aussi qu'il ne pourroit luy
tout seul forçoyer contre eulx si luy estoient rebelles / & s'il avoit
ores la puissance de les destruyre il mesmes se deffendroit. Et s'il est
necessité que il les tiengne a amour en telle maniere que de celle amour
viengne crainte plus que par rigueur ou autrement sa seigneurie est en
balence. Si est vray le proverbe commun que l'en dit / il n'est mye sire
de son païs qui de ses hommes est haÿs. Et de les tenir en amour
vrayement plus grant sens ne pourroit faire se a droit veult estre nommé
seigneur Car il ne pourroit avoir cité ne forteresse d'aussi grant
deffence force & puissance comme luy peut estre l'amour & benivolence
des vrays subgetz. L'autre raison si est pource que poson que subgetz
ayent bonne voulenté vers prince & princesse si n'auroyent ilz jamais le
hardement d'aler familierement vers eulx se ilz ne les mandoient ne il
n'appartiendroit aussi. Si doit doncques venir le premier acueil du
prince ou de la princesse mais il est bien raison que les subgetz facent
de ce tresgrant joye & feste & qu'i s'en tiennent bien honnorez & en
doit doubler en eulx leur amour & loyaulté tant que plus de doulceur &
trouvent. Et a ce propos dit ung saige qu'il n'est chose qui plus
suprengne le cueur des subgetz ne qui tant les tire vers leur seigneur
comme quant ilz treuvent benignité et doulceur en luy si que il est
escript d'un bon empereur qui disoit qu'il vouloit estre tel a ses
subgetz que eulx mesmes desiroyent qu'il leur fust. & de ceste chose
bien advisee la sage princesse le fera ainsi leurs femmes la visiteront
aucunesfois & elle leur fera tresbonne chere et parlera a toutes si
amyablement que tres contentes se tendront & loueront son sçavoir et sa
tresgrant court tiendra et feste a ses gesines et aux nopces de ses
enfans vouldra que elles soyent en la compaignie des dames & des
damoiselles. Pour laquelle chose elle acquerra moult amour de tous & de
toutes.
¶ Cy devise comment la saige princesse tiendra en belle ordonnance ses
femmes de sa court. Chapitre xvii.
Le vi. enseignement de prudence est que la saige princesse tout ainsi
que le bon pasteur se prent garde que ses brebis soyent maintenues en
santé & se aucune en devient rongneuse il la separe du troupel de peur
qu'elle peust empirer les autres elle se prendra garde sur le
gouvernement de ses femmes lesquelles aura terres a son povoir toutes
bonnes & honnestes car aultres ne vouldra avoir en tour elle. Et pource
que c'est chose assez acoustumee que chevaliers et escuyers et tous
hommes qui frequentent en tour femmes par especial les aucuns ont
maniere de les prier d'amours & de les attraire se ilz pevent / la saige
princesse par ses ordonnances tiendra telle maniere qu'il n'aura nul
repairant a sa court si hardy qui a nulle de ses femmes ose conseiller
apart ne faire semblant d'atrait & se il le fait ou que il soit apperceu
en aucun signe que tantost telle chere luy soit monstree qu'il ne s'i
osera plus embatre. Et ainsi selon seigneur maisgnee duicte la dame qui
toute honneste sera vouldra que toutes ses femmes le soyent sur peine
d'estre mises hors de sa compaignie si vouldra qu'elles s'ebatent a
jeulx honnestes & non tieulx que hommes s'en puissent mocquer ne tenir
leurs parolles ainsi que voulentiers font de femmes quoy qu'ilz s'en
rient & jouent avecques elles se contiennent entre chevaliers & escuyers
& tous hommes par beau maintien dient leurs parolles coyment &
simplement s'esbatent & solacent soit en dances ou autres esbatemens
gracieusement & sans liberté ne soyent baudes saillans n'effrayees en
parolles contenance maintien ris & ne voysent la teste levee comme cerfz
ramages lesquelles contenances seroyent trop mal seans & grant mocquerie
a femmes de court ou plus doibt avoir honnesteté bonnes meurs & courtois
maintiens que en nulles autres. Car la ou est le plus d'onneur doivent
estre les plus parfaictes meurs & maintiens & de ce deceveroient trop
les femmes de court se aucun païs en avoit de telle opinion qui
cuydassent que plus leur apartenist a estre baudes & saillans que autres
femmes / mais pource que nous esperons que yceste nostre doctrine soit
portee par le temps advenir en mains royaulmes affin que en tous lieux
ou il auroit en cest endroit aucune deffaulte peust estre vaillable.
Nous disons generaument a toutes & de tous pays que il appartient a
toute dame & damoiselle de court estre plus saige plus rassise & mieulx
moriginee en toutes choses soit jeune ou vieille que autre. Car elles
doyvent estre exemplaire de tout bien & de tout honneur aux autres
femmes & se autrement le foisoient point ne feroyent d'honneur a leur
maistresse ne a elle mesmes. Avecques ce vouldra la sage princesse affin
que toutes choses en honnesteté se correspondent que les robes & les
atours de ses femmes quoy qu'ilz soyent beaulx & riches comme il
appartient bien soyent d'honneste façon bien mis & bien seans
honnestement & nettement maintenus mais n'y ait nulle desguisure ne
deshonnesteté de trop grans collectz ou d'autres oultaiges & en toutes
choses la saige princesse ordonnera ses femmes / tout ainsi que la
prudente & bonne abbesse fait son convent en telle maniere que mauvais
rapport en estranges contrees ne aval la ville ne autre part n'en puisse
estre fait / & sera ladicte princesse tant crainte & redoubtee par le
sage gouvernement que on luy verra tenir que nul ne nulle ne sera si
hardy aucunement desobeir a ses commandemens ne lever l'ueil
senestrement ne mal apoint / car il n'est nulle doubte que une dame est
plus crainte & doubtee & tenue en plus grant reverence quant on la voit
saige & de pesans meurs & honneste / & posons que elle soit benigne &
doulce que ne seroit male & diverse / car le seul regard de la saige &
chiere attrempee est assés souffisant signe pour corriger ceulx & celles
qui mesprennent & les faire craindre.
¶ Cy devise comment la sage princesse se prendra garde sur ses revenues
& de ses finances & de l'estat de sa court.
Le .vii. enseignement de prudence a la sage princesse est que elle
prendra garde soigneusement au fait de sa revenue & de sa despence
laquelle chose doyvent adviser nonpas seullement princes & princesses /
mais semblablement toutes gens que veulent vivre par ordre de saigesse
n'aura point de honte elle mesmes de vouloir sçavoir la somme de ses
revenues ou de ses pensions & que les comptes de ses receveurs &
despenciers de ses finances soyent a certains jours fais devant elle
vouldra sçavoir comment ses maistres d'ostel gouvernent ses gens &
ordonnent son commun & distribuent les viandes & semblablement des
autres offices de sa court dont elle ne vueille bien estre informee que
ilz soyent prudens de bonne vie & prudens hommes ains que les prengne &
se le contraire scet que tost ne les mette hors si sçaura combien monte
la despence de son hostel vouldra sçavoir ce que on a prins des marchans
& sus le peuple pour elle & pour sa despence & ordonnera qu'il soit bien
payé a certain jour / car nullement ne vouldra leurs mauldissons ne
estre a leur haine. si ne vouldra riens devoir mieulx aimera se passer a
moins & plus sobrement despendre. deffendra qu'on ne prengne riens sus
le peuple maulgré eulx & que ce ne soit a juste pris tantost payer & non
mye faire aller les povres gens des villaiges & d'ailleurs a leur grant
coust & destourbier & frais. Cent fois et plus a tout une cedule en sa
chambre aux dames & a ses receveurs ains qu'ilz puissent estre payés ne
vouldra point que ses tresoriers ou distributeurs de finances usent du
stille commun / c'est assavoir soyent menteurs ne pourmenans les gens de
terme en terme comme ilz pourront penser que ilz puissent payer. Ceste
sage dame ordonnera l'avoir de ses revenues en la maniere qui s'ensuyt.
Elle le partira en cinq parties. La premiere sera la part & porcion que
elle vouldra mettre en aulmosnes & donner aux povres. La seconde en la
despence de son hostel la somme elle sçaura que elle monte / voire s'il
est ainsi que sur sa revenue & pention la doye querir et que son
seigneur ne luy administre sans que elle s'en mesle. La tierce a payer
ses officiers & ses femmes. La quarte en dons a estrangiers ou autres
qui luy auront desservy extraordinairement. Et La .v. mettra en tresor &
dessus prendra a sa plaisance ce que elle vouldra mettre pour elle en
joyaulx robes & autres abillemens & sera chascune part & portion de
telle quantité comme elle verra que elle puisse faire selon sa revenue.
Et ainsi par ceste voye tenir riglement pourra avoir droit ordre en
toutes ses choses sans confusion ne que argent faille pour assovyr
aucunes des dessusdictes choses parquoy il convient faire finances
estranges ou chevances non licites a grans dommaiges & frais. En ceste
maniere par les sept dessusditz enseignemens de prudence tenir avec les
autres vertus lesquelles choses ne sont mye fortes a faire / ains
embellissent & sont plaisans mais que bon cueur s'i vueille disposer &
que ung petit l'ait acoustumé pourra la saige dame acquerir la gloire
renommee & grant honneur au monde & a la fin paradis qui est promis aux
biens vivans.
¶ Cy devise en quelle maniere se doit estendre la largesse & liberalité
de la saige princesse. Chap. .xix.