Prudence sicomme j'ay dit devant avertira la sage princesse comment

l'ordre de son vivre sera riglé et par elle par son ennortement tiendra

telle maniere elle se levera tous les jours assez matin & seront les

premieres parolles adressans a dieu en disant. Daigne nous sire garder

huy ceste journee de pechié de mort soudaine & de toute mauvaise

aventure ainsi soit il a tous nos parens & amys aux tespassés pardon & a

nos subjectz paix & transquilité amen. pater noster. Et au surplus

d'oraisons ce que devotion luy administrera ne requerra avoir entour

elle moult grant affaire de service. & ceste voye tenoit n'a pas moult

de temps qu'elle vivoit la bonne & saige royne Jehanne femme jadis du

roy charles de france .v. de ce nom qui se levoit tous les jours devant

le jour / allumoit ellemesmes sa chandelle pour dire ses heures & ne

souffroit que femme qu'elle eust se levast ne perdist son somme. Aprés

qu'elle sera preste ira ouÿr ses messes tant et en telle maniere &

quantité que sa devotion sera & que temps & loysir luy donnera. Car

n'est mie doubte que ceste dame a qui sont commis grans gouvernemens

comme plusieurs seigneurs font & ont fait a leurs femmes quant les

voyent bonnes & saiges & ilz alloyent hors ou estoyent occupés ailleurs

ilz bailloyent la charge a elles & auctorité de gouverner le fait de

leur seigneurie et estre chief du conseil. Et telles dames sont plus a

excuser mesmes depuis devers dieu se tant n'emploient de temps en

longues oraisons que celles qui plus ont loisir ne elles n'ont pas moins

de merite de bien et justement entendre a la chose publicque a leur

povoir qu'elles auroient de plus longuement vacquer en oraisons se ce

n'estoit qu'elles voulsissent du tout entendre a la contemplative &

laisser la vie active. Si que j'ay devant dit / car la vie contemplative

peut bien sans l'active. Mais la droicte bonne active ne peut sans

aucune partie de la contemplative. Ceste dame aura donné ordonnance /

que a l'issue de la chapelle soyent aulcuns povres a qui elle mesmes par

humilité & devotion / & en memoire & signe que elle ne doye mie

despriser les povres donnera de sa main l'aumosne & la endroit se

aucunes piteuses requestes luy sont affaire / elles les orra benignement

et donnera a chascun gracieuse responce & ceulx qu'elle pourra en brief

temps expedier ne tiendra pas longue dilation / & de ce faire croistra

l'aumosne & aussi la renommee Si y aura aulcuns preudhommes / pource

qu'elle ne pourroit par adventure entendre a toutes les requestes qui

luy viendront. Lesquelz preudhommes seront commis a y entendre. Et

vouldra que iceulx soyent charitables & tost expediens / & ellemesmes de

leurs meurs s'en prendra garde. Ces choses faictes si elle est dame qui

se mesle du gouvernement / comme dit est / elle s'en ira au conseil aux

jours que tenir se devera / l'aura a tel port telle maniere et telle

contenance quant en son hault siege sera assise que elle semblera bien

estre dame & maistresse de tous. Et chascun l'aura en grant reverence

comme leur sage maistresse de grant auctorité. Et si orra diligemment ce

qui sera propice et l'oppinion de tous et tant bien y mettra son entente

qu'elle entendra les principaulx pointz des matieres & des conclusions &

bien notera lesquelz diront mieulx & par la meilleur consideration &

advis & qui luy apperront les plus saiges & de la plus vive oppinion. Et

aussi notera en la diversité des oppinions quelz causes & quelz raisons

pourroyent mouvoir les disans. Et ainsi en toutes choses sera advisee /

& quant viendra a elle a parler ou respondre selon le cas qui escharra

si sagement se advisera du faire que elle ne puisse estre reputee simple

ygnorante / & se advant la main elle peut estre informee de ce qu'on

devera & que proposer sur ce se choses pesantes sont & elle se pourvoit

par sage conseil de responce ce n'est que bien. Avec ce ceste dame

establira certains preudhommes saiges en certaines quantités qui seront

de son conseil qu'elle sentira bons loyaulx de bonne vie & non trop

couvoiteux / car c'est ce qui honnit tout en tout plusieurs princes &

princesses que conseilliers remplis de couvoitise. Car selon leur

inclinacion ilz induysent & ennortent ceulx qui conseillent / & sans

faille ceulx qui habondent en tel vice ne pourroyent bien loyaument ne

au proffit de l'ame & honneur du corps conseiller & qu'ilz soyent de

bonne vie & de ce doit bien enquerir la prudente dame a ceulx elle se

conseillera par chascun jour a certaine heure des besongnes qu'elle aura

a faire aprés ce conseil du matin ira a table qui sera par especial aux

jours solennelz & aux festes voire le plus communement en salle ou

seront assises les dames & damoiselles & les personne a qui il

appartiendra par ordre selon leur estat / la sera servie selon qu'il

appartient a tel estat / & tandis que l'assiete durera selon la belle

ancienne coustume des roynes & des princesses aura ung preudhomme en

estat au chief du doy qui dira d'anciennes gestes d'aucuns bons

trespassés ou d'aucunes belles moralités ou exemples / la n'aura mye

grant noyse menee. Et aprés les tables levees & graces dictes s'il y a

princes ou seigneurs dames ou damoiselles ou d'aultres estranges vers

elle. Adonc celle qui sera en toutes choses enseignee & aprinse recepvra

chascun en tel honneur comme il luy appartiendra. Si que tous se

tendront pour contens parlera a eulx par maniere rassise a joyeulx

visaige aux anciens d'une guise plus pesante aux jeunes d'une aultre

plus riant et ce adonc vient la a parler ou a ouÿr d'aucuns esbatemens

ou d'aucunes joyeusetés elle s'i saura contenir par si plaisant maniere

que tous diront que c'est une gratieuse dame & qui bien scet son

maintien en tous endrois. Aprés les espices prises & qu'il sera temps de

retraire la dame s'en ira a sa chambre la ung petit se reposera se

besoing en a / puis aprés se il est jour ouvrier & elle n'a aucune autre

plus grande occupacion pour eschever oysiveté a aucun ouvraige se

prendra & environ elle fera semblablement ouvrer ses filles & ses femmes

& la a privé vouldra que chascune devise hardiment de toutes honnestes

joyeusetés si que il luy plaira & elle mesmes rira avecques elles &

s'esbatra en devisant si familierement que toute loueront sa grant

priveté & benigneté & l'aymeront de tout leur courage ainsi fera jusques

a heure de vespres que elle les yra oÿr en sa chapelle se il est jour de

feste se aucune grande occupation ne les empesche ou les dira sans

faillir avecques la chapellaine & aprés ce fait s'il est esté s'en ira

esbatre en aucun jardin jusques a heure de souper l'en viendra & ira

pour sa santé. Si vouldra que si aucuns ont a besongner a elle pour

certaines causes que ilz soyent lassez entrer & les orra. Vers le

coucher sera a dieu en oraisons & ainsi se finera l'ordre des communes

journees de la prudente princesse vivant en bonne & saincte activeté.

quant est d'autres esbatemens a quoy dames seulent prendre esbatemens &

plaisir sicomme de aller a la chasse aucunesfois voler en riviere ou a

autres jeux. Ces choses nous ne mettons point en l'ordre de nostre

discipline & enseignement. Car nous les laissons en la distribution &

vouloir de leurs maris & du leur aussi desquelles choses aucune licence

peut bien estre donnee en temps & en luy mesmes aux dames tresvertueuses

sans mesprendre mais que ce soit sans trop et que mesure soit gardee.

¶ Cy commence a parler des sept principaulx enseignemens de prudence qui

sont necessaires a retenir a toute princesse qui ayme honneur & est

premier comment se contiendra vers son seigneur generallement &

particulierement. Chapitre .xii.

Or avons assez devisé en termes generaulx & particulierement aussi tant

ce qui touche vers dieu premierement & les bonnes meurs comme la maniere

& ordre de leur vivre. Si nous plaise encores a deviser pour leur

ennortement sept principaulx enseignemens lesquelz selon prudence leur

sont necessaires a celles qui desirent sagement vivre et honneur veulent

avoir. Si prions & enjoingnons a elles & semblablement a toutes femmes

grandes moyennes & petites a qui se pourra apartenir que ces sept

enseignemens veullent bien retenir noter & mettre a effet car pour neant

oit doctrine qui ne la met a oeuvre. Le premier de ces sept pointz &

rigles que nous enseignons & que toute dame & semblablement toute femme

estant en ordre de mariage il appartient que elle ayme son mary & vivre

en en paix avecques luy ou autrement elle a ja trouvé les tourments

d'enfer ou n'a fors que toute tempeste. Et pource qu'il n'est point de

doubte que assez de femmes de tous estatz non obstant que elles les

ayment chierement ne scevent pas toutes les rigles ou par jeunesse ou

aultrement de le bien demonstrer vecy nostre leçon qui leur aprendra /

la noble princesse qui en toutes ces choses vouldra suyvre la rigle

d'onneur si maintiendra vers son seigneur vieil ou jeune en toutes les

manieres que en tel cas bonne foy & vraye amour commande. C'est assavoir

se rendre humble vers luy en fait en reverence et parolle l'obeyra sans

murmuration et gardera sa paix a son povoir curieusement par la maniere

que faisoit la bonne & sage royne hester sicomme il est escript en la

bible au premier chapitre. Et pource tant aymee & honnouree de son

seigneur que il n'estoit chose que elle voulsist que il luy veast

avecques ce demonstrera l'amour en ce que elle sera soygneuse et

curieuse de toutes les choses qui pourront appartenir au bien de sa

personne tant a l'ame comme au corps. A l'ame elle tiendra en amour son

confesseur parquoy se elle voit en son dit seigneur aucune tache de lait

peché duquel la coustumance luy peut tourner a dampnation & elle ne luy

osast dire de doubte que il ne luy en despleust & aussi qu'il ne luy

appartient pas elle luy fera dire par icelluy & luy dira que il luy

admonneste bien d'estre tousjours serf de nostreseigneur. Et aussy en

toutes ses aumosnes & biens fais dira priés Dieu pour monseigneur & pour

moy. Avecques la pourvoyance de l'ame sera ceste dame tressoygneuse du

corps de sondit seigneur. C'est assavoir qu'il soit en santé maintenu &

conservement de longue vie. Si vouldra souvent parler a ses phisiens /

leur enquerre de son estat & comme saige que elle sera vouldra ouÿr de

leurs oppinions & que present elle soyent faictes aucunesfois leurs

collations sur le fait de la dicte santé. Item vouldra sçavoir comment

il sera servy & de ce n'aura pas honte de s'en prendre garde

soygneusement quelques autres qui y soyent commis. Et pource que ce

n'est mie l'ordre d'estat royal que les dames soyent si communement

entour eulx que aultres femmes sont vers leurs marys elle enquerra

souventesfoys aux chambellans & aux autres d'environ luy de son estat

verra le plus souvent que elle pourra & du veoir sera tresjoyeuse &

quant elle sera vers luy dira a son povoir toutes choses qui plaire luy

devront & a joyeulx visaige se contiendra. mais pource que aucunnes nous

pourroyent par adventure icy respondre que nous comptons sans rabatre.

C'est assavoir que nous disons a toutes fins que les dames doyvent tant

aymer leurs seigneurs et en monstrer les signes. Mais nous ne parlons

mye se tous deservent vers leurs femmes que on le doye ainsi faire

Pource que on scet bien que il en est de telz qui se portent vers elle

tresfelonneusement & sans signe de nulle amour ou bien petite. Si

respondrons a icelles que nostre doctrine en ceste presente euvre ne

s'adrece point aux hommes quoy qu'il en fust besoing a plusieurs que ilz

fussent bien endottrinez. Et pource que nous parlons aux femmes tant

seulement tendons a leur prouffit pour enseigner les remedes qui pevent

estre vaillables a eschever deshonneur & donner bon conseil d'ensuyvre

bonne voye qui ne face le contraire & du bien & du mal leur prouffit.

Poson que le mary fust de merveilleuses meurs pervers et rudes

malamoureulx vers sa femme de quelque estat qu'il fust ou desvoyé en

amour d'autre femme qui que elle soit quant elle scet tout ce porter &

dissimuler sagement faire semblant que elle ne s'en apperçoit & que elle

n'en scet riens voirement s'il est ainsi que elle n'y peust mettre

remede. Car elle si pensera comme saige si tu luy disoyes rudement tu

n'y gaigneroys riens & s'il t'en menoit male vie tu poindroyes contre

l'aguillon il t'en eslongneroit par adventure & tant plus les gens s'en

mocqueroyent & croistroit la honte & le diffame & t'en pourroit encores

estre de pis il fault que tu vives & meures avecques luy quel qu'il

soit. Ces choses considerees la saige dame mettra peine par bel & par

doulceur de l'atraire a soy & se elle congnoist que ce soit le meilleur

de luy en dire quelque chose elle luy en touchera apart doulcement &

benignement une fois l'amonnestera par devocion / autre fois par pitié

qu'il doit avoir d'elle / autre fois en riant comme si elle se jouast /

avec ce luy fera dire par bonnes gens et par son confesseur / & avec ce

autre vertus ceste noble dame l'excusera se elle en ot parler aux autres

ne pourra souffrir ouÿr dire mal de luy ne aura cure que on luy en

raporte riens & elle deffendra. Car elle comme sage pensera que du

savoir n'aura fors tristesse et riens n'y gaigneroit / et quant toutes

ses voyes elle aura ung temps tenues & verra que il ne s'en vouldra

amender son refuge sera a dieu mettra toute peine de s'en mettre en paix

sans plus luy en parler Et celle dame ou femme qui qu'elle soit qui

ainsi fera soit certaine que ja l'homme si pervers ne sera que a la

parfin conscience & raison ne luy dye tu as grant tort & grant peché

contre ta bonne & honneste femme & que il ne s'amende & l'ayme plus ou

tant que font ceulx qui oncques ne se desvoyerent en ainsi aura sa cause

gaignee par bien souffrir. Et s'il advient que ledit seigneur voyse en

aulcun voyage loingtain ou perilleux ou en quelque guerre la bonne dame

priera dieu devottement & fera prier pour luy en processions & oblations

tressongneusement & croistra le nombre de ses aulmosnes se tendra

humblement et simplement d'estat de maintien & d'abit en tandis & a son

retour en grant joye & honneur le recevera et a toute sa compaignie fera

chiere joyeuse & bien vouldra estre informee des meilleurs de ses gens

des plus preux & des plus vaillans & comment ilz se seront portés &

tresvoulentiers en orra racompter si les recevera a grant honneur &

beaulx dons leur donra aussi vouldra sçavoir comment ceulx qui avoyent

la garde de son corps auront fait leur devoir & se seront vers luy

portez. Si guerdonnera les biensfaitz aux bons & aux plus songneux &

cestes manieres tenir sont de grant honneur a dames. Et pource quoy que

elle les face de bon cueur. Et vouldra elle bien toutesvoyes que elles

soyent manifestees & sceues au monde & non mye celees la cause si est

que elle ayme honneur & le bien de renommee comme dit est si luy

aprendra prudence que plus grant honneur ne peut estre dit de dame & de

toute femme que dire que elle soit vraye & loyalle vers son seigneur &

que bien fait semblant que elle l'ayme & par consequent luy est loyalle.

Car il est a penser a ung chascun que femme qui bien ayme son mary ne

luy fera ja faulceté. si ne peut faire autre certification de sa

loyaulté fors par l'amour qu'elle luy monstre & les signes de par dehors

par lesquelz on juge communement du couraige. Car autrement ne peut on

juger de l'entention des gens fors par les oeuvres lesquelles si elles

sont bonnes tesmoigne la personne bonne & aussi au contraire. Si

souffise quant a ce premier enseignement lequel est convenable a toute

preude femme que qu'elle soit.

¶ Cy devise le deuxiesme enseignement de prudence qui est comment la

saige princesse se contiendra vers les parens & amys de son seigneur.

Chap. .xiii.

Le deuxiesme point & enseignement que prudence demonstre a la princesse

& generallement a toute femme saige est qui se elle a chier honneur par

quoy bien veult que on sache que elle ayme son mary si que dit est cy

devant elle aymera & honnorera les parens de son seigneur & demonstrera

en tel maniere elle leur fera honneur & tresbonne chiere de toutes pars

que ilz vendront & devant les gens meilleur que aux siens propres si

mettra peine en toutes manieres raisonnables & licites de les complaire

& faire leur gré les attrayra amyablement & a chere joyeuse sera

procureresse pour eulx vers son seigneur si besoing est & s'il advenoit

qu'il y eust aucun contens entre eulx elle se mettra en peine d'en faire

la paix elle dira bien de eulx & les essaucera. si gardera bien d'y

prendre estrif de parolles & en toutes manieres eschevera a son povoir

que contens ne aucune rancune naisse ou sourde entre elle & eulx. Poson

que aucun feust dangereux & maltraictable mettra peine a le sçavoir

avoir par la meilleur voye selon sa condicion en gardant toutes voyes

l'honneur que a elle appartient si n'aymera mie seullement les parens de

son seigneur. mais aussi tous que elle sçaura qu'il ayme. suppose ores

qu'elle sceust qu'il en y eust de maulvais si leur fera elle bonne

chiere la cause si pource que elle ne les pourroit faire estre bons ne

aussi par adventure empescher ne destourner l'amour & la hantise que son

seigneur y a Si ne seroit que riote & noise s'elle leur monstroit

mauvais semblant & acqueroit tant plus d'ennemys. Et si diroit on que

voirement est il vray que femme n'aimera ja personne que son mary ayme /

bien est la verité que se elle sçait que son seigneur soit encliné a la

croire & elle soit certaine que iceulx soyent vicieulx & mauvais & que

mal en faict ou en murs puisse venir a sondit seigneur par les hanter

elle luy dira & monstrera appert coyment & doulcement ou fera dire. Et

de tenir ces manieres sondit seigneur luy sçaura tresgrant gré aura la

grace & benivolence de ses parens qui moult luy pourra valoir & garder

de mains autres perilz & encombriers & plus seure sera quand elle aura

la seureur des parens de son seigneur. Car on a veu maint mal avoir a

femmes maintes fois a cause des parens de leurs maris. Et cestuy signe

avec les autres donnera plus grant certification de l'amour & loyaulté

que elle a son seigneur.

¶ Cy devise du .iii. enseignement de prudence qui est comment la saige

princesse sera songneuse de se prendre garde sur l'estat et gouvernement

de ses enfans. chap. .xiiii.

Le troisiesme enseignement de prudence a la princesse saige est que

s'elle a enfans de se prendre garde d'eulx & de leur gouvernement aux

filz non obstant qu'il appartiengne au pere de leur querir maistre &

bailler telz gouverneurs qui soyent bons & convenables toutesvoyes la

dame qui maine par adventure tant de charge de diverses choses & que

aussi nature de mere est communement plus encline au regard de ses

enfans doit moult adviser tout ce qui leur appartient & plus a ce qui

touche discipline de meurs & d'enseignemens que au gouvernement du

corps. Et pource la saige princesse prendra garde comment on les

ordonnera quelz sont ceulx qui les auront en gouvernement & comment ilz

en feront leur devoir et non mye s'en attendre au rapport d'autruy /

mais elle mesmes souvent les visitera en leurs chambres les verra

coucher & lever & comment ilz seront ordonnés & telle chose faire a

princesse n'est ce honneur non. Car c'est le plus grant port seureté &

parement que elle puisse avoir que enfans & tel par aventure souvent

avient vouldroit bien nuyre a la mere qui n'endureroit pour la doubte

des enfans si les dois bien tenir chierement & est grant los de dire que

elle en soit soigneuse. Car c'est signe que elle est sage & bonne.

doncques la sage dame qui chierement les aymera sera diligente que ilz

soyent endoctrinés & que ilz aprengnent tout premierement a servir dieu

soyent enseignes en lettres & que le maistre soit songneux de les faire

aprendre aux heures competentes mettra peine la saige dame qu'il plaise

au pere qu'ilz soyent introduitz en latin & que aucunement s'entendent

es sciences. Laquelle chose est moult convenable a enfans de princes et

de seigneurs. Elle vouldra aussi quant leur aage croistra & qu'ilz

auront entendement qu'ilz soyent admonnestés des choses du monde du

gouvernement qui leur affiert / et de toutes choses qui a sçavoir a

princes appartiennent que tous admonnestemens de vertus leur soyent dis

& demonstrés enseigner la voye de fuyr les vices. Ceste dame se prendra

bien garde des meurs du maistre & de la sapience aussi des autres qui

seront entour eulx. Si les fera oster s'ilz ne sont bons & mettre

nouveaulx / vouldra que lesditz enfans soyent souvent menez vers elle.

Considerera leurs manieres & faitz & ditz & les reprendera ellemesmes

tresfort s'ilz mesprennent / se fera craindre a eulx & vouldra qu'ilz

luy portent grant honneur / elle les arraisonnera pour sentir de leur

entendement & de leur sçavoir saigement les enseignera. Ses filles fera

gouverner par bonnes & sages dames & ainçois qu'elle commette a nulle le

gouvernement sera bien informee du sens des moeurs & de la vie d'elle.

Car a ceste chose doit bien prendre garde & que la dame ou damoyselle a

qui baillera en gouvernement sa fille soit de bon renom & devote envers

dieu & de sens & honneur mondain sage & prudente affin qu'elle luy sache

bien monstrer le bien & la contenance & maintien qui appartient a fille

de prince a avoir & sçavoir / & doit estre icelle assez agee / affin

qu'elle soit plus saige en meurs & plus prisee & doubtee mesmes de

l'enfant qu'elle gouvernera / & aussi de tous les autres de la court

plus auctorisee & crainte. Car il appartient a dame qui a tel charge

qu'elle se prengne bien garde que environ la fille du prince ne repaire

fille ne femme ou y ait reproche ne qui soit mal conditionee legiere ou

folle ne de layde maniere affin que l'enfant n'y peust prendre aucun

maulvais exemple. Et vouldra la princesse que quant elle sera en aagee

qu'elle apreigne a lire aprés qu'elle sçaura ses heures & son service

qu'on luy baille et administre livres de devotion et contemplation / ou

qui parlent de bonnes meurs / ne nulz de choses vaines de folies ou de

dissolution ne souffrera que devant elle soyent portés pour ce que la

doctrine & enseignement que l'enfant retient en sa premiere jeunesse il

en est communement recors toute sa vie aussi saige princesse se prendra

bien garde du gouvernement et de la doctrine de ses filles & autant que

leur aage croistra tant plus en sera songneuse. Si les aura le plus du

temps environ soy les tiendra en crainte & le saige maintien & vaillance

d'elle sera exemple aux filles de semblablement eulx gouverner.

¶ Cy devise le .iiii. enseignement de prudence qui est comment la

princesse tiendra discrete maniere vers ceulx qui ne l'aymeront pas et

qui auront envye sur elle. Chapitre .xv.

Le trésor de la cité des dames de degré en degré et de tous estatz · 第 3 / 14 段