divine information & pour les mettre a effet tiendra tel voye elle
vouldra estre bien informee par bons & saiges que est bien & que est mal
affin que le bien puist eslire & le mal eschever & quoy que toute
personne mortelle soit par nature encline en peché se gardera a son
povoir par especial de peschié mortel et vouldra faire tout ainsi que
faict le bon medecin qui cure la maladie par son contraire Si ensuyvra
la parolle de Crisostome sur l'evangille sainct Mathieu qui dit que qui
veult avoir la princesse celleste il luy convient ensuyvre humilité
terrestre. Car envers dieu n'est pas celluy le plus hault qui est icy le
plus grant & le plus eslevé en honneurs mais celluy qui est le plus
juste en terre est le greigneur ou ciel pource que elle congoistra que
les honneurs communement eslievent en orgueil son cueur se disposera en
toute humilité et pensera en soymesmes que non obstant que il
appartiengne a l'estat de son seigneur et du degré dont elle est que des
honneurs reçoyvent ja en quelque dominacion que elle se voye son cueur
n'en sera blecié en arrogance ne eslevé en pensee ains rendra graces a
dieu & luy attribuera tout l'honneur & de son cueur ne partira point la
pensee de congnoistre que elle est une povre creature mortelle fresle et
pecheresse & que l'estat que elle reçoit n'est que ung office dont luy
conviendra a dieu en brief temps luy en rendre compte. Car sa vie au
regard du perpetuel siecle n'est que ung petit trespas ceste noble
princesse doncques quoy que la dignité de son estat requiert que elle
reçoyve des gens grant reverence n'y prendra point de delict quand on
les luy fera & tout au moins que elle se pourra passer garde l'honneur
de son estat vouldra que on luy face son maintien son parler son port
sera doulx & benigne la chiere plaisante a yeulx baissez reddant salut a
toute creature qui la luy baillera en parolle tant humaine tant doulce
que aggreable soit a dieu & au monde. Et avecques ceste vertu d'humilité
la noble dame vouldra tant estre paciente que quoy que le monde livre
assez d'aversitez aussi bien aux grans seigneurs et aux grans dames que
aux petites gens selon leurs estatz pour chose qui luy adviengne ne sera
mené a impacience et toutes adversitez prendre en gré pour l'amour de
nostre seigneur. Et l'en remercyra de bon cueur Et mesmement tellement
se disposera en ceste vertu de pacience. que s'il advenoit ores que elle
receust aucun tord ou grief de quelque personne ou de quelques gens
comme on fait plusieursfois a maintes dames sans cause si ne querra elle
leur pugnicion ne pouchassera ne vouldra et s'il advient que pugnis
soyent par droit & par justice elle en aura pitié pensant que dieu
commande que on ayme ses enemys & que saint pol dit que cherité ne
quiert mye mesmes ce qui est sien. Si portera a dieu pour eulx qui leur
donne pacience et en ait mercy. Ceste noble dame ainsi disposee par
grant constance & force de courage ne fera pas grant compte des dars des
envieux. C'est assavoir que si elle sçoit ores que aucunes parolles
ayent esté dictes contre elle sicomme on fait tous les jours des
meilleurs ja si grans ne seront pourtant ne s'en troublera ne le tiendra
a grant meffait / ains le pardonnera de legier ne ja pour sa haultesse
ne reputera pou de mesprison se aulcun luy fait par grant injure pensant
les grans injures que nostre seigneur souffrit pour nous & si pria pour
ceulx qui le tourmentoyent. Si pensera la tresbonne dame que en aucune
maniere le peut avoir desservy & ainsi tiendra par vertu l'enseignement
de senecque qui dit en parlant aux princes & princesses ou puissans
personnes que c'est moult grant merite envers dieu louange au monde &
signe de noble vertu que de laissoir aller legierement le meffait dequoy
on se pourroit legierement venger & est chose de bon exemple aux petites
gens Et ce mesmes temoigne saint gregoire ou .xxii. livre de moralles
qui dit que nul n'est parfaict s'il n'a pacience sur les maulx que ses
prochains luy font. Car qui ne porte souffraument les maulx d'aultruy
est impatient & tesmoigne que il est loing de la plenitude des vertus &
en louant les patiens dit icelluy mesmes sainct que tout ainsi que la
rose fleure souef et est belle entre les espines poignans la patiente
creature resplandist victorieusement entre ceulx qui s'efforcent de luy
nuyre. Ceste princesse qui vouldra et se penera d'amasser vertus sus
vertus aura bien reccort que sainct pol dit que qui auroit en luy toutes
aultres vertus ne finast d'aourer allast en pelerinage fist grans jeunes
et grant abstinences & tout le bien que faire se pourroit & n'auroit en
soy charité tout ce ne luy prouffiteroit riens. Et pource elle de ce
tresbien informee vouldra avoir celle belle vertu en telle maniere que
elle sera tant piteuse envers toutes gens que le mal d'aultruy luy
vouldra comme le sien propre & ne luy souffira mie seullement en avoir
la desplaisance de veoir gens en desolation se elle mesmes ne met main a
la paste de tout son povoir pour leur ayder. Et si comme dit ung
tressaige docteur. Charité s'estent en plusieurs manieres et ne s'estent
mye seullement que on doye aultruy ayder de l'argent de sa bourse mais
aussi de l'ayde et reconfort de sa parolle & de son conseil ou il
eschiet & de tout le bien que on peut faire. Si fera ceste dame par pure
benigne & saincte charité advocate & moyenne entre le prince son mary &
son enfant se elle est veufve et son peuple ou toute gent a qui en bien
faisant selon que a elle appartiendra pourra ayder aucunesfoys adviendra
par adventure que le dit prince par maulvais conseil ou pour aulcune
cause vouldra grever son peuple d'aulcune charge par quoy les subjetz
qui sentiront leur dame plaine de pitié de bonté et de charité viendront
vers elle & treshumblement la supplieront que il luy plaise estre pour
eulx vers le prince. Car ilz sont trespovres & ne pourroyent sans trop
grant grief ou estre desers suffire a tel finance ou se il advient que
ilz soyent en aucune indignation vers le prince ou par maulvais raport
ou par aulcune deserte luy viendront supplier que elle face leur paix ou
se ilz ont a faire d'aucune grace ou d'aucun previliege la bonne
princesse parlera a eulx sans nul refus ne sans trop grant magnificence
de longue actente les recevera tresbenignement & orra a leur loysir &
bien entendra tout ce qu'ilz vouldront dire & sera acompaignee de saiges
preudhommes & de bonne vie qui seront de son conseil. Si fera sa
responce sage & convenable par le bon advis d'iceulx excusera son
seigneur et en dira bien si aulcunement pour quelque cas s'en tiennent
mal contens dira que elle se charge de tout son pevoir de en faire la
paix ou d'estre leur bonne amye en la peticion que ilz demandent & en
toutes autres choses a son povoir les prira que tousjours soyent loyaulx
& bons obeissans vers son seigneur et que a toutes heures pourront vers
elle a leurs besoings recourir & que point ne leur fauldra de chose que
elle puisse. Ainsi celle noble dame respondra tant sagement aux
embassadeurs du peuple ou des subgetz que quant ilz s'en partiront ilz
seront contens que se ilz avoyent devant aucune rancune rebellion ou
murmure en courage ilz seront tous pacifiez & la bonne dame ne les fera
mye muser en vaine esperance ains leur tiendra bien ce que promis leur
aura sans longue dilacion parlera a son seigneur bien & saigement & y
appellera des autres sages se mestier est treshumblement suppliera pour
le peuple. Monstrera les raisons dequoy elle sera tresbien informee
comment il est necessaire que prince se longuement il veult regner en
paix & glorieusement soit amé de ses subgetz & de son peuple luy
ramentera parolles selon la forme que senecque dit ou troisiesme livre
de ire / qu'il dit que quoy qu'il soit bien seant a toute personne
d'avoir benignité par espicial il est advisant a prince l'avoir vers ses
subjetz & a brief dire tant fera & tant pourparlera que elle aura tout
ou partie de sa requeste et si sagement le raportera ausdictz subgetz
que ilz se tiendront pour contens du prince & d'elle & treshumblement
l'en mercieront.
¶ Ce devise comment la sage princesse ou dame se pourra de mettre la
paix entre le prince & les barons s'il y a aucun discord. chap. viii
Ou s'il advient cas que aucun prince voisin ou estranger vueille mouvoir
guerre pour aucune chalange a son seigneur ou que son seigneur la
vueille mouvoir a autruy la bonne dame pesera moult ceste chose en
pensant les grans maulx et infinies cruaultés pertes occision de pays et
detraction de pays & de gens qui a cause de guerre viennent a la fin que
souventesfois en est merveilleuse / & advisera de toute sa puissance se
elle pourra tant faire en gardant l'honneur de son seigneur que ceste
guerre puisse estre eschevee & en ce vouldra travailler et labourer
songnousement en appellant dieu a son ayde et par bon conseil & tant
fera si elle peut que voye de paix sera trouvee Ou s'il advient que
aucun des princes du royaulme ou pays ou des barons ou des chevaliers ou
subgetz qui ayt puissance se soit d'aucune chose meffait mesmement
contre la magesté de son seigneur ou que il en soit en coulpe. Et elle
voit que de le prendre & pugnir ou movoir contre luy guerre peut venir
grant mal en la terre sicomme en cas pareil on a veu maintesfois en
france et ailleurs par les contes d'ung bien petit baron ou chevalier au
regard du roy de france qui est ung grant prince sont venus mains grans
maulx & dommages au royaulme sicomme racomptent les cronicques de france
du conte de corbeil du seigneur de montlehery & de plusieurs autres. Et
mesmement advint n'a pas long temps de messeir robert d'artoys lequel
par le contenus que le roy ot a luy dommaiga moult le royaulme de france
a l'ayde des angloys. Et pource la bonne dame qui aura regard a ces
choses et pitié de la destruction du peuple se vouldra travailler d'y
mettre paix si admonnestera le peuple son seigneur & son conseil d'avoir
sur ceste chose regard avant que on l'entreprengne veu le mal qui en
pourroit venir & ce que tout prince doit a son povoir eschever effusion
de sang & par especial sur les subgetz. Si n'est mye peu de chose
d'entreprendre nouvelle guerre qui ne se doit faire sans grant advis et
meure deliberation & que mieulx vauldroit adviser aulcune plus
convenable voye pour traire a accord par aucuns bons moyens. Ceste dame
ne s'en souffrira mye a tant ains fera tant qu'elle parlera ou fera
parler gardant son honneur et celle de seigneur a celluy ou ceulx qui
auront commis le meffait & les en reprendra en pongnant & en oygnant
disant que le meffaict est moult grant et que a bonne cause en est le
prince indignes & que sentence est de s'en venger sicomme il est raison
mais non pourtant elle qui tousjours vouldroit le bien de paix en cas
que ilz se vouldroyent amender ou en faire amende convenable mettroit
voulentiers peine d'essaier se pacifier les pourroit vers son seigneur
par telz voyes ou par telz parolles ou semblables la bonne princesse
sera tousjours moyenne de paix a son povoir sicomme estoit jadis la
bonne royne blanche mere de sainct loys qui en ceste maniere se penoit
tousjours de mettre accord entre le roy & les barons sicomme elle fist
du conte de champaigne & d'autres laquelle chose est le droit office de
saige & bonne royne & princesse d'estre moyenne de paix et concorde de
travailler que guerre soit eschevee pour les inconveniens qui advenir en
pevent & ad ce doyvent adviser principallement les dames. Car les hommes
sont par nature plus courageulx & plus chaulx & le grant desir qu'ilz
ont d'eulx venger ne leur laisse aviser les perilz ne les maulx qui
advenir en pevent / mais nature de femme est plus poureuse & aussi de
plus doulce condicion. Et pource si elles sont saiges si elles veullent
elles pevent estre le meilleur moyen a pacifier l'homme. Et a ce propos
dit salomon es proverbes au. xxvi chapitre. Doulceur & humilité
assouagist le prince & la langue mole. C'estadire la doulce parolle
fleichist & brise sa dureté. tout ainsi comme l'eaue par sa moisteur &
froidure estaint la chaleur de feu. O de quans grans biens ont
maintesfois esté cause au monde roynes & princesses en mettant paix
entre ennemys entre princes & barons & entre peuple rebelle & leurs
seigneurs les escriptures en sont toutes plaines. Si n'est en terre si
grant bien que de princesse & haulte dame bonne & saige. Eureux est le
païs & la contree qui telle l'a & de ce donnasse plusieurs exemples /
mais de ce est assez parlé a ce propos ou livre de la cité des dames Et
que advient il de tel princesse / il advient que tous les subgetz qui la
sentent de tel sçavoir & bonté afuient a elle a refuge non mye seulement
comme a leur maistresse mais ce semble a leur deesse en terre a qui ilz
ont souveraine esperance & fiance & elle est cause de maintenir la
contree en paix. Si ne sont mye ses oeuvres sans charité / ains sont
tant meritoires que plus grant bien ne pourroit estre fait.
¶ Cy devise des voyes de devote charité que la bonne princesse tendra.
Chap. ix.
Par ceste voye qui est de charité cheminera la bonne princesse. mais
avec ce encores fera elle plus sicomme si elle reputast en sa personne
dicte la parolle que dit saint basille ou y dit au riche ainsi si tu te
congnois & confesses que ses biens temporelz te soyent venuz de dieu &
tousjours tu scés bien que tu as plus largement que n'ont assez d'autres
qui sont meilleurs de toy penserois tu pour ceste cause que dieu ne fist
pas justice qui ne les a partis esgaument. Mais ce ne doit mye pourtant
estre pensé. car il a fait affin que en donnant & distribuant aux povres
tu puisses desservir / que dieu le te rende & que le povre puist estre
par sa souffrance & couronné du diademe de pacience. Si gardes que le
pain du fameilleux ne moisisse en ta huche que le costé du nu tu ne
laisses mengier aux vers que tu ne tienges enclos le soulier du
deschaulx & que tu ne possides l'argent du souffreteux. Car saches de
vray que les biens dont tu as trop grant largesse sont aux povres &
nonpas tiens si es larron ou laronnesse & embles a dieu si tu peux
secourir ton prouchain & tu ne le secours Et pour ce la bonne princesse
de ce bien advertie / affin que elle acomplisse les euvres de
misericorde nonobstant soit elle seant en sa magesté garde la vertu de
son estat elle aura tresbons ministres environ soy. car quoy qu'on die
des princes que ilz ont mauvais conseil ou mauvaise gent ou mauvais
ministres / je croy que ceulx de qui la voulenté est toute bonne leurs
conseilliers ne les oseroyent mesconseiller Et communement le maistre
quiert servant selon la condicion si le conseillent bien ou mal selon
qu'ilz sentent la voulenté du seigneur Pource ceste dame toute bonne
aura servant selon elle. A ceulx elle commetra que ilz sachent &
enquierent par la ville & par tout ou elle sera ou sont povres honteux
povres gentilz hommes ou povre gentis femmes malades ou dechus de leur
estat povres vefves mesnagiers souffreteux povres pucelles a marier
femmes acouchees escolliers prestres ou religieux en povreté a ceulx par
son aulmosnier que elle aura sceu devot charitable preudhomme & sans
couvoitise ains que en tel estat l'ait mis non mie comme plusieurs
seigneurs qui font du plus larron maistre. Car dieu scet comment il en
va du gouvernement d'aulcuns aulmosniers de seigneurs ou de prelatz par
icelluy ou par ung autre a ce commis evoyera a iceulx bonnes gens tout
secrettement sans que les povres mesmes saichent dont l'aumosne leur
vendra a l'exemple de monseigneur saint nicolas Et mesmement n'aura mye
honte la bonne princesse de visiter aucuneffois les hospitaulx & les
povres a tout son estat acompaignee grandement comme il appartient
parlera aux povres & aux malades les couchera & les reconfortera
doulcement en faisant son aumosne. & en ce fera elle son aumosne
souveraine & fleurie. car le povre est trop plus reconforté & plus prent
en gré la doulce parolle la visitacion & le reconfort d'une grant &
puissant personne que d'une autre / la cause si est qu'il luy est avis
et il est vray que tout se monde le desprise & luy semble que quant
personne puissant la daigne visiter ou la reforcer qu'il a recouvré
aucun honneur qui est chose que naturellement chascun desire & ainsi la
princesse ou grant maistresse en ce faisant acquiert plus grant merite
que une maindre en cas semblable ne feroit pour trois principalles
raisons. La premiere est que de tant que la personne est plus grant &
plus se humilie de tant plus croist sa bonté. La .ii. que elle donne
plus grant reconfort aux povres sicomme dist est. Et la tierce qui dit
que ce n'est mie petite raison que elle donne bonne exemple a ceulx qui
la voient faire telle euvre & si grant humilité. Car il n'est riens que
les subgetz et le peuple tire tant en exemple comme ce que faire vois a
son seigneur ou a sa dame. & pource est grant bien quant seigneurs &
dames & toutes gens qui ont a seigneurir autruy sont bien moriginez &
grant meschief du contraire. Et ne cuide point nulle tant soit grant
maistresse que se soit honte ne contre son estat d'aler elle mesmes
devotement & humblement aucunesfois visiter les pardons les eglises &
les sainctes places ne telz pensees ne sont que abusions / car se elle a
honte de bien faire elle a honte de soy sauver. mais tu me diras comment
fait la grant dame ses aulmosnes & ces choses se elle n'a argent. car
devant est dit que il y a peril a amasser tresors si te respons a ce que
n'est point de mal que la princesse ou grant dame amasse tresor de
l'argent ou de la revenue ou pension qui luy peut venir licitement de
son droit & sans extorcion faire. mais de ce tresor que fera elle. Sans
faille elle n'est point tenue mesmement selon dieu se elle ne veult de
donner tout aux povres. Mais en peult garder licitement pour ses
necessaires pour son estat et pour payer ses servans faire deux quant il
est expedient et payer ce qui est prins pour elle et ses debtes doibvent
estre payees. Car neant vauldroit faire aulmosne de l'autrui / mais si
la bonne dame restraint des superfluités que elle pourroit bien faire si
elle voulloit de tant de robbes / et de tant de joyaulx qui ne luy sont
necessaires pour employer en telz usaiges la ou est la pure et droicte
aulmosne et le grant merite. O comme est grant et bien conseillee celle
qui se fait celle peut par exemple estre comparee a ungz sages hommes de
qui il est escript que une fois il fut esleu pour estre maistre
gouverneur d'une cité luy qui estoit prudent et saige advisa que
plusieurs autres hommes qui avoyent esté mis & eslus en ce mesme office
en avoyent depuis esté deposez bennys povres & mis de tous biens en exil
en une certaine povre contree ou ilz mouroient de fain. Si dist a
soymesmes que il pourvoiroit tellement a celluy inconvenient que ou cas
que il seroit la envoyé. Il n'y mourroit pas de fain Si ordonna
tellement l'argent & l'avoir qui luy venoit de ses gaiges & de sa
revenue tandis que il fut en l'office que aprés son estat ric a ric
tenu. mettoit tout le demourant apert en lieu sauf. Si fut a la parfin
fait de luy comme des autres / mais la saige provision qu'il avoit
espergnee le sauva & garda de necessité. Tout ainsi l'avoir que on
restraint de superflu doit estre pour donner aux povres & bien faire
C'est le tresor qui est mis apart en saincte huche qui sert aprés la
mort / et garde l'exil d'enfer & ceste chose chante l'evangille qui ne
fait que crier. Thesaurisés en terre ou thesaurisés ou ciel Helas autre
chose on en emporte que iceluy tresor. C'est chose vroye si que
tesmoigne la saincte escripture. Si est sans faille souverainement bonne
mesnagere la princesse & toute femme qui entent a icelluy espargner. Et
a brief dire ceste noble vertu de charité qui ainsi comme dit est sera
entee au cueur de la bone princesse avec les autres choses dessusdictes
la rendra de si tresbonne voulenté envers toutes gens qu'il luy sera
avis que chascune personne vaille mieulx que elle Et pource son cueur
s'esjoyra du bien d'autruy comme du sien propre & la bonne renommee des
aultres luy sera tresdelectable chose a oÿr et a son povoir en toutes
choses donnera occasion aux bons de perseverer & au maulvais pour eulx
retraire.
¶ Cy commence a parler des enseignemens moraulx que prudence donna a la
sage princesse. Chap. .x.
Nous autres assés devise ce qui touche principallement les enseignemens
que l'amour & crainte de nostre seigneur donne & amonneste a la bonne
princesse ou haulte dame / si que devant fut touché. Si nous convient
doresnavant parler de la leçon & des enseignemens que prudence mondaine
luy admonneste lesquelz enseignemens & amonicions ne se despartent de
ceulx de dieu ains en viennent & dependent. Si parlerons du sage
gouvernement & maniere de vivre qui luy advisent selon prudence
premierement enseigne a la princesse ou haulte dame convient sur toutes
les choses de ce bas monde doit aimer honneur & bonne renommee & luy
dira il ne desplaist mye a dieu que creature vive en ce monde moralement
& si elle vit morallement elle aymera le bien de renommee / qui est
honneur & ce tesmoigne saint augustin ou livre de correction qui dit que
deux choses sont necessaires a bien c'est conscience & bonne renommee.
Et a ce s'accorde le saige ou livre de ecclesiastique qui dit ayes euvre
de bonne renommee car elle te demourra plus longuement que quelconques
autre tresor / pource dira la saige princesse a soy mesmes. Sur toutes
choses terrestres n'est nulle qui autant affiere a haulte gent que fait
honneur & quelz choses dira elle convient il a droit honneur. Certes a
proprement dire ce ne sont mye richesses mondaines au moins si elles y
servent selon la commune maniere du monde toutesvoyes a aller au droit
ce doit estre toute la maindre partie qui serve a parfaire l'honneur. Et
quelle chose doncques y sont plus convenables en verité ce sont bonnes
meurs elles parfont la creature noble & la font estre bien renommee. et
la est le droit parfait honneur / car il n'est point de doubte que
quelconques richesses qui soyent en prince ou en princesse ou d'autre se
il ne maine vie par laquelle on acquiert par bien faire bonne renommee
et los honneur ne luy affiert / ne il ne l'a que pour luy blandir &
avoir du sien quoy que on luy face acroyre. car droit honneur doit estre
sans reproche. Et combien doit aymer la haulte dame cest honneur Certes
plus que sa vie. Car plus chier a perdre la devroit que honneur La
raison y est bonne. car qui bien meurt il est sauvé. mais qui est
deshonnoré il reproche mort et vif a tousjours tant que de luy sera
memoire. O le tresgrant tresor de princesse & de toute autre dame que
bonne renommee. Certes nul si grant en ce monde ne pourroit avoir ne que
elle doie tant aymer amasser. Car le tressor commun ne le peut servir
que environ elle mais celuy de bon renom luy sert & pres & loing qui
eslieve son honneur par toute la terre. & est ainsi de bonne renommee en
une personne comme se il estoit possible que du corps d'une creature
yssist si grant odeur que elle s'espandist par tout le monde si que
toutes gens le fleurassent. Tout ainsi par l'odeur de la renommee qui
par tout court d'une vaillable personne toute gent peut avoir le goust &
le flair de bon exemple. De ces choses advertira prudence la saige
princesse & que fera elle pour les mettre a oeuvre elle disposera son
vivre principalement en deux choses l'une appartiendra aux meurs qu'elle
vouldra tenir & excercer. & l'autre en la maniere & ordre de vivre en
quoy elle vouldra estre riglee. Et quant aux meurs ensuyvans les vertus
dessusdictes deux autres par especial sont necessaires a princesse & a
toute haulte dame voire a toute femme qui desire grans honneurs avoir &
sans lesquelles ne le pourroit avoir vouldra tressingulierement en
especiaulté avoir / l'une est sobresse & l'autre est chateté. Icelle
sobresse qui est la premiere ne s'estendra pas seullement en boire ne en
menger / mais en toutes autres choses / esquelles elle pourra servir &
restaindre & de rapeticier superfluités. Icelle sobrieté la fera estre
non dangereuse a servir. Car elle ne vouldra point de service plus que
raison ne demande / nonobstant son grant estat elle le fera estre
contente de telz vins & de telles viandes que on luy administrera. Car
en ce n'aura tant soit petite son entente & encores ne prendra fors ric
a ric tant que necessité de vivre peut requerir elle la gardera de trop
dormir / pource que prudence luy dira que trop grant repos engendre
pechié & vice / & la gardera du vice d'avarice Car le pou d'avoir luy
donnera grant souffisance Superflus & oultrageux habis joyeulx a tous &
estat plus que raison luy deffendra a avoir sur toutes riens par
l'admonnestement de prudence qui ainsi luy dira sans faille il
appartient bien que toute princesse ou dame terrienne selon son degré
que elle soit richement atournee / tant de vestemens d'atours de
paremens & de joyaulx comme de grant court & de gent ou d'estat pour
l'honneur de l'office ou dieu l'a assise. mais ne doubtes pas que se toy
ou aultre n'estoyes contente de tel estat & abillemens que tes nobles
davanciers ont porté que tu voulsisses avoir plus grant ou commencer
nouvelles choses tu mesprendroyes & ferois contre ton honneur & contre
le bien de sobresse si ne le feras mye Car il n'appartient pas a nulle
de ainsi faire / voire se ce n'est par tel si que son seigneur par qui
elle doit estre riglee le voulsist a toutes fins ne doit riens
entreprendre sans bon advis ne conseil & ne juste cause. Ceste dicte
sobresse monstre en tous les sens de la dame aussi bien que es faitz &
habitz par dehors. Car elle luy rendra le regard tardif arresté & sans
vaqueté la gardera de curiosité de moult de souefves odeurs en quoy
assés de dames ont mis grant cure & despendu foison d'argent pource
qu'elle luy dira que l'on ne doit mye procurer ne donner au corps tant
de delices et que mieulx vault que tel argent soit donné aux povres et
aux indigens. Et avec ce ceste sobresse corrigera & chastira tellement &
ordonnera la bouche & le parler de la dame saige qu'elle la gardera
principallement de trop parler / qui moult est messeant chose a haulte
dame. voire en toute femme de value luy fera haïr de tout son cueur le
vice de mensonge & aymer verité laquelle sera tant acoustumement en sa
bouche que on croyra ce qu'elle dira & y adjoustera l'on foy comme a
elle que jamais on n'orra mentir / laquelle dicte vertu de verité affier
plus en bouche de prince & de princesse que en autres gens. pource que
il appartient que on le croye luy deffendra qu'elle ne dye parolle par
especial en lieu ou elle puisse estre pesee & raportee qu'elle n'ayt
avant bien examinee prudence & sobreté aprendront a la dame a avoir
parler ordonné & sage eloquence. & non pas mignote / mais rassise &
quoye assez basse & beaulx traitz sans faire mouvement du corps des
mains & grimaces du visaige la gardera de trop rire & non pas sans cause
luy deffendra sur toute rien que nullement ne mesdie d'autruy ne parolle
en blasmant / mais en exaulçant le bien & voulentiers tiengne en frain
parolles vagues & non honnestes ne luy souffrira a dire & en ses
joyeusetés luy conviendra a garder toute mesure & honnesteté luy
appartiendra a dire entre ses femmes & autre part quant il escherra et
sera bien seant parolles vertueuses & de bon exemple & telles que ceulx
& celles qui les orront ou seront raportees diront que c'est parolle
yssue de tresbonne sage & honneste dame la gardera de parler a ses
femmes & a ses servans maulgratieusement ne en tençant ne disant
villanie / mais les enseignera doulcement & les reprendra de leurs
deffaulx courtoisement les menaçant de les mettre hors s'ilz ne se
corrigent ou de les pugnir / ou par quelque autre maniere. mais
toutesvoyes le parler d'elle sera tousjours quoy & sans villanye. car la
vilanie yssue de bouche de dame ou de quelconque femme retourne plus a
elle mesmes que a ceulx a qui elle la dit fera ses commandemens
raisonnables en lieu et en temps et a ceulx a qui il appartient chascun
en son office. Ceste dame lira voulentiers livres d'enseignemens et de
bonnes meurs. et aucuneffois de devotion et ceulx de deshonnesteté et
lubreté harra parfaictement et ne les vouldra avoir a sa court ne
souffrir que ilz soyent portés ne leuz devant fille parente ne femme
qu'ilz elle ait Car ce n'est point de doubte que les exemples soit de
bien ou de mal atraient les cueurs couraiges et voulentés de tous ceulx
ou celles qui les voyent ou oyent. & si ceste noble dame prent plaisir
en recorder bonnes parolles & dire fera semblant de les ouÿr & par
especial la parolle de dieu. Car elle qui sera de dieu orra voulentiers
la parolle en la maniere qui le tesmoigne en l'evangelle ou il dit.
Ceulx qui me ayment oyent voulentiers ma parolle & la gardent. Si orra
souvent par notables & bons clercz sermons & collations aux festes
annees & en tous temps. Et semblablement vouldra que ses filles & femmes
& toute sa famille y soit vouldra estre bien informee de tout ce qui
touche a nostre foy des articles & des commandemens & de tout ce qui
acquiert a sauvemen Et de ce qui appartient aux choses mondaines orra
voulentiers parler des vaillans gens / des preux chevaliers & gentilz
hommes de leurs faitz & de leurs proesses / de grans clercz & de leurs
sciences. de tous preudes hommes & de toutes preudes femmes / de leur
sens & de leur belle vie & iceulx aymera & leur fera grant honneur &
bonne chiere & beaulx dons leur donnera. Item avecques ce de gens de
belle & esleue vie en fait de devotion s'acointera & vouldra avoir leur
amitié humblement les recevera & parlera a eulx a secret / & moult
voulentiers les orra se recommandera a leurs prieres. Et ainsi par ceste
voye la vertu de sobresse reglera la bonne princesse. Si s'ensuyvra de
ceste regle. La .ii. des deux vertus que nous avons dit qu'elle vouldra
singulierement avoir / c'est assavoir chasteté de laquelle elle sera par
ceste maniere de vivre tant remplye & ramenee a telle purté que en fait
n'en dit semblant atour ne contenance maintien estat regard n'aura riens
ou il y ait a redire ne reprochier.
¶ La maniere de vivre par l'admonnestement de prudence. chap. .xi.