Des quatre sœurs du susdit roi, entre autres d’Adèle qui avait
épousé Etienne, comte de Blois, et des fils qu’elle en eut.
JE crois devoir, à la fin de ce petit ouvrage et par amour pour
l’illustre roi Henri, dire quelques mots des filles de Guillaume
Ier, roi des Anglais, et sœurs de ce même Henri, dont je viens de
raconter quelques actions.
L’année de ces filles, nommée Cécile, vierge consacrée à Dieu dans
le couvent de la Sainte-Trinité de la ville de Caen, gouverna ce
couvent durant plusieurs années, après Mathilde qui en avait été
la première abbesse.
La seconde, Constance, fut mariée à Alain Fergant, comte de la
petite Bretagne, et fils d’Hoel, qui avait succédé à Conan, et
mourut sans laisser d’enfans. D’où il arriva que ce même comte
épousa ensuite la fille de Foulques Rechin, comte d’Anjou, de
laquelle il eut Conan-le-Jeune, qui lui succéda, comme [p. 296] je
l’ai déjà dit. Or Geoffroi Martel, homme d’une grande valeur, et
fils aîné du susdit Foulques, comte d’Anjou, ayant été tué par
trahison, celui-ci eut pour successeur son autre fils nommé
Foulques, né d’une autre femme, nommée Berthe, sœur d’Amaury,
comte d’Evreux. Ce dernier Foulques ayant épousé la fille d’Hélie,
comte du Mans, et ayant eu ainsi le comté de ce dernier, eut de
son mariage deux fils, savoir, Geoffroi Martel, dont nous avons
déjà parlé plus haut, et Hélie, et autant de filles, dont l’une
épousa Guillaume, fils de Henri, roi des Anglais, et prit l’habit
de religieuse à Fontevrault, après la mort de son mari, et l’autre
se maria avec Thierry, comte de Flandre. Ce même Foulques ayant
perdu sa femme, se rendit à Jérusalem, y épousa la fille du roi
Baudouin II, mort récemment, et devint le troisième roi de
Jérusalem. Car, après la prise de Jérusalem par les Chrétiens,
elle eut d’abord pour chef le duc Godefroi, frère d’Eustache,
comte de Boulogne; mais Godefroi, par respect pour notre
Rédempteur, qui dans cette même ville avait porté la couronne
d’épines pour nos péchés, ne voulut jamais parer sa tête du
diadême royal. Après sa mort, Baudouin, son frère, fut donc le
premier roi de Jérusalem; un autre Baudouin, son neveu, lui
succéda, et celui-ci eut pour successeur, comme nous venons de le
dire, Foulques, comte d’Anjou, qui épousa sa fille.
La troisième fille du roi Guillaume fut Adelise, qui avait été
fiancée avant les guerres d’Angleterre avec Harold le traître;
mais celui-ci ayant été justement puni de mort, elle ne se maria à
aucun autre, et mourut vierge, quoique en âge d’être mariée.
[p. 297] La quatrième, nommée Adèle, épousa Etienne, comte de
Blois, et lui donna quatre fils, savoir, Guillaume, Thibaut, Henri
et Etienne, et une fille. Or Guillaume, leur premier né, fut
appelé par son père à l’honneur de gouverner le pays de Surrey. Sa
fille fut mariée à Henri, comte d’Eu, fils du comte Guillaume,
quoiqu’ils fussent très-proches parens, et ils eurent de ce
mariage trois fils et une fille. Thibaut, second fils d’Etienne,
homme recommandable en toutes choses, et qui, quoique laïque,
portait une très-grande affection à tous les religieux, et les
protégeait beaucoup, succéda à son père dans le comté de Blois, et
posséda en outre le comté de Troyes, qu’il acheta de Hugues son
oncle paternel, et le comté de Chartres. Il épousa la fille d’un
certain comte de Bohême, et en eut plusieurs fils et filles.
Henri, son frère, fut dès son enfance moine de Cluny, et dans la
suite reçut en don de son oncle Henri, roi des Anglais, d’abord
l’abbaye de Glaston, ensuite l’évêché de Winchester. Etienne
quatrième fils d’Adèle, fut fait par le même roi Henri comte de
Mortain, et épousa par sa protection Mathilde, fille d’Eustache,
comte de Boulogne, et nièce de la seconde Mathilde, reine des
Anglais, comme fille de sa sœur Marie. Et comme cet Eustache
n’avait point de fils, Etienne devint héritier, par sa femme, tant
de son comté de Boulogne, que des grandes propriétés que son
beau-père possédait en Angleterre. Il eut de sa femme Mathilde
plusieurs fils et filles.
Or ce même Etienne fut fait roi des Anglais après la mort du roi
Henri, son oncle. Lorsque ce roi mourut en Normandie, Mathilde, sa
fille, auparavant [p. 298] impératrice, vivait dans le pays
d’Anjou avec son époux Geoffroi, duc de ce même comté, et avec ses
fils. Elle s’était retirée de Normandie peu de temps avant la mort
de son père, ayant conçu un peu d’humeur contre celui-ci sur ce
qu’il ne voulait pas se réconcilier pleinement avec Guillaume
Talvas, quoique sa fille l’en suppliât très-instamment. Et ce
n’était point pour témoigner quelque mépris à sa fille que le roi
agissait ainsi; seulement il craignait d’être moins respecté par
Guillaume ou par les autres grands, s’il se montrait trop empressé
ou trop facile à lui pardonner ses offenses.