CHAPITRE XXXIV.

Des quatre sœurs du susdit roi, entre autres d’Adèle qui avait

épousé Etienne, comte de Blois, et des fils qu’elle en eut.

JE crois devoir, à la fin de ce petit ouvrage et par amour pour

l’illustre roi Henri, dire quelques mots des filles de Guillaume

Ier, roi des Anglais, et sœurs de ce même Henri, dont je viens de

raconter quelques actions.

L’année de ces filles, nommée Cécile, vierge consacrée à Dieu dans

le couvent de la Sainte-Trinité de la ville de Caen, gouverna ce

couvent durant plusieurs années, après Mathilde qui en avait été

la première abbesse.

La seconde, Constance, fut mariée à Alain Fergant, comte de la

petite Bretagne, et fils d’Hoel, qui avait succédé à Conan, et

mourut sans laisser d’enfans. D’où il arriva que ce même comte

épousa ensuite la fille de Foulques Rechin, comte d’Anjou, de

laquelle il eut Conan-le-Jeune, qui lui succéda, comme [p. 296] je

l’ai déjà dit. Or Geoffroi Martel, homme d’une grande valeur, et

fils aîné du susdit Foulques, comte d’Anjou, ayant été tué par

trahison, celui-ci eut pour successeur son autre fils nommé

Foulques, né d’une autre femme, nommée Berthe, sœur d’Amaury,

comte d’Evreux. Ce dernier Foulques ayant épousé la fille d’Hélie,

comte du Mans, et ayant eu ainsi le comté de ce dernier, eut de

son mariage deux fils, savoir, Geoffroi Martel, dont nous avons

déjà parlé plus haut, et Hélie, et autant de filles, dont l’une

épousa Guillaume, fils de Henri, roi des Anglais, et prit l’habit

de religieuse à Fontevrault, après la mort de son mari, et l’autre

se maria avec Thierry, comte de Flandre. Ce même Foulques ayant

perdu sa femme, se rendit à Jérusalem, y épousa la fille du roi

Baudouin II, mort récemment, et devint le troisième roi de

Jérusalem. Car, après la prise de Jérusalem par les Chrétiens,

elle eut d’abord pour chef le duc Godefroi, frère d’Eustache,

comte de Boulogne; mais Godefroi, par respect pour notre

Rédempteur, qui dans cette même ville avait porté la couronne

d’épines pour nos péchés, ne voulut jamais parer sa tête du

diadême royal. Après sa mort, Baudouin, son frère, fut donc le

premier roi de Jérusalem; un autre Baudouin, son neveu, lui

succéda, et celui-ci eut pour successeur, comme nous venons de le

dire, Foulques, comte d’Anjou, qui épousa sa fille.

La troisième fille du roi Guillaume fut Adelise, qui avait été

fiancée avant les guerres d’Angleterre avec Harold le traître;

mais celui-ci ayant été justement puni de mort, elle ne se maria à

aucun autre, et mourut vierge, quoique en âge d’être mariée.

[p. 297] La quatrième, nommée Adèle, épousa Etienne, comte de

Blois, et lui donna quatre fils, savoir, Guillaume, Thibaut, Henri

et Etienne, et une fille. Or Guillaume, leur premier né, fut

appelé par son père à l’honneur de gouverner le pays de Surrey. Sa

fille fut mariée à Henri, comte d’Eu, fils du comte Guillaume,

quoiqu’ils fussent très-proches parens, et ils eurent de ce

mariage trois fils et une fille. Thibaut, second fils d’Etienne,

homme recommandable en toutes choses, et qui, quoique laïque,

portait une très-grande affection à tous les religieux, et les

protégeait beaucoup, succéda à son père dans le comté de Blois, et

posséda en outre le comté de Troyes, qu’il acheta de Hugues son

oncle paternel, et le comté de Chartres. Il épousa la fille d’un

certain comte de Bohême, et en eut plusieurs fils et filles.

Henri, son frère, fut dès son enfance moine de Cluny, et dans la

suite reçut en don de son oncle Henri, roi des Anglais, d’abord

l’abbaye de Glaston, ensuite l’évêché de Winchester. Etienne

quatrième fils d’Adèle, fut fait par le même roi Henri comte de

Mortain, et épousa par sa protection Mathilde, fille d’Eustache,

comte de Boulogne, et nièce de la seconde Mathilde, reine des

Anglais, comme fille de sa sœur Marie. Et comme cet Eustache

n’avait point de fils, Etienne devint héritier, par sa femme, tant

de son comté de Boulogne, que des grandes propriétés que son

beau-père possédait en Angleterre. Il eut de sa femme Mathilde

plusieurs fils et filles.

Or ce même Etienne fut fait roi des Anglais après la mort du roi

Henri, son oncle. Lorsque ce roi mourut en Normandie, Mathilde, sa

fille, auparavant [p. 298] impératrice, vivait dans le pays

d’Anjou avec son époux Geoffroi, duc de ce même comté, et avec ses

fils. Elle s’était retirée de Normandie peu de temps avant la mort

de son père, ayant conçu un peu d’humeur contre celui-ci sur ce

qu’il ne voulait pas se réconcilier pleinement avec Guillaume

Talvas, quoique sa fille l’en suppliât très-instamment. Et ce

n’était point pour témoigner quelque mépris à sa fille que le roi

agissait ainsi; seulement il craignait d’être moins respecté par

Guillaume ou par les autres grands, s’il se montrait trop empressé

ou trop facile à lui pardonner ses offenses.

Histoire des ducs de Normandie, suivie de: Vie de Guillaume le Conquérant · 第 119 / 168 题