De la mort du roi; et comment son corps fut transporté en
Angleterre et enseveli à Reading.
IL serait trop long de rapporter en détail tous les témoignages de
la piété de ce roi, et en ce qui concerne le gouvernement des
affaires publiques, tous les actes qui firent éclater sa sagesse
et sa valeur. L’église et ses pauvres, la cour de justice non
seulement de l’Angleterre, mais celles des provinces éloignées, et
[p. 293] tous leurs grands sont des témoins vivans qui peuvent
l’attester. Quant à nous, n’oubliant point les bienfaits dont nous
avons été si généreusement comblé tant par lui que par sa fille
Mathilde, l’auguste impératrice, et ne voulant point paraître
ingrat (quoique nous n’omettions point de lui rendre témoignage de
notre reconnaissance dans nos exercices spirituels, selon la
mesure de nos facultés), nous nous sommes appliqué à recueillir,
pour les hommes des temps présens et des temps à venir, des
souvenirs qui pourront leur être utiles, s’ils ne dédaignent pas
de les imiter, en rapportant sur ce roi quelques-unes des actions
dont nous avons gardé la mémoire, parmi un grand nombre de faits
que nous n’avons omis que parce qu’ils nous sont demeurés
inconnus.
Or, après avoir long-temps gouverné son royaume, Henri, roi des
Anglais et duc des Normands, mourut en Normandie, à la
Ferme-Royale, située à Lions-la-Forêt, que l’on appelle par
métonymie Saint-Denis, le quatre des nones de décembre (2
décembre), et l’an 1135 de l’Incarnation de notre Seigneur
Jésus-Christ. Il régna trente-cinq ans et quatre-mois en
Angleterre, et gouverna son duché de Normandie pendant vingt-neuf
ans et quatre mois. Son corps fut transporté en Angleterre, et
honorablement enseveli dans l’église de Sainte-Marie de Reading,
qu’il avait construite entièrement et à ses frais. Puisse le
Christ, roi des siècles, lui accordant indulgence pour ses péchés,
par les prières de sa mère, lui donner dans sa miséricorde les
joies des bienheureux; le Christ, qui vit avec le Père et le
Saint-Esprit, Dieu régnant éternellement, aux siècles des siècles!
Amen.
[p. 294]
Epitaphe du roi Henri.
« Combien les richesses donnent peu de forces, combien elles ne
sont en elles-mêmes rien de bien important, c’est ce que montre le
roi Henri, de son vivant grand ami de la paix; car il a été plus
riche que tous ceux qui ont été appelés comme lui à gouverner les
peuples de l’Occident. Mais contre les poisons de la mort, à quoi
lui ont pu servir les pierreries, les manteaux, les riches habits,
les divers trésors de la terre, les châteaux? La mort pâle et
méchante, qui réserve un même sort aux hommes les plus obscurs, a
porté le pied en avant, et est venue frapper à sa porte. Là,
tandis que, dans la première nuit de décembre, la cruelle fièvre
l’a enlevé au monde, les maux se sont accrus dans ce monde; car,
lorsque le père du peuple, celui qui était le repos et le tuteur
du faible, l’homme pieux succombe lui-même, l’impie se livre à sa
fureur, opprime, brûle. Que de l’autre côté donc le peuple Anglais
pleure, que de ce côté le peuple Normand pleure aussi. Tu es
tombé, Henri, qui faisais naguère la paix de ces deux peuples, et
qui fais maintenant leur douleur. »
Autre Épitaphe.
« Ayant dompté les scélérats plus merveilleusement qu’on ne le
saurait dire, par sa sagesse, par ses richesses, par sa fermeté,
par des rigueurs bien mesurées, plein de beauté, infiniment riche,
nullement difficile à vivre, vénérable, ici repose Henri roi,
naguère la paix et la gloire du monde. »
[p. 295]
Autre Épitaphe.
« Vainqueur dans les combats, ardent à rechercher la paix, vengeur
des crimes, protecteur du royaume, ami de la bonté, un roi connu
dans tous les lieux de la terre est enfermé en ce petit lieu,
Henri naguère, alors l’effroi du monde, maintenant un peu de
cendre. »