CHAPITRE XXIX.

Comment le roi Henri épousa Adelise, après la mort de sa femme

Mathilde; et des enfans qu’il eut d’ailleurs dont le premier-né

fut Robert, comte de Glocester, qui obtint l’héritage de Robert,

fils d’Aimon, et sa fille.

LA seconde Mathilde, reine des Anglais, et mère de l’impératrice,

étant morte, comme je l’ai rapporté plus haut, le roi Henri épousa

Adelise, fille de Godefroi, comte de Louvain, et cousine

d’Eustache, comte de Boulogne; mais, il n’eut point d’enfant de ce

mariage. Le même roi cependant eut six fils et [p. 285] sept

filles, nés, ainsi que je viens de le dire, d’une manière moins

honorable. Or son premier né, nommé Robert, fut marié par son père

à une très-noble jeune fille, nommée Sibylle, fille de Robert,

fils d’Aimon, et petite-fille, par sa mère Mabille, de Roger de

Mont-Gomeri, père de Robert de Bellême, et en même temps son père

lui concéda le très-vaste héritage qui appartenait à cette jeune

fille en vertu de ses droits, tant en Normandie qu’en Angleterre.

Robert eut de ce mariage cinq fils, savoir Guillaume son fils

premier-né, et ses quatre frères, et en outre une fille. Or

l’héritage que Robert obtint en même temps que la main de cette

jeune fille, avait pour chef-lieu le bourg que l’on appelle,

Thorigny, situé sur les confins des comtés de Bayeux et de

Coutances, à deux milles environ en deçà de la rivière de la Vire,

qui sépare ces deux comtés. Après qu’il eut pris possession de ses

droits, Robert, le fils du roi Henri, mit cette place à l’abri de

toute tentative ennemie, en faisant construire de hautes tours et

des remparts très-solides, en creusant des fossés taillés sur la

montagne dans le roc vif, et en l’entourant de tous côtés de

grandes piscines où l’on recueillait les eaux. Et quoique le

territoire environnant soit peu propre à produire beaucoup de

grains, le bourg de Thorigny est cependant très-peuplé, il y a des

marchands de toutes sortes d’objets, il est orné de beaucoup

d’édifices, tant publics que particuliers, et l’or et l’argent y

sont en abondance. Le roi donna en outre à son fils la terre

d’Aimon, le porte-mets, oncle paternel de son épouse. De plus, et

comme il n’eût pas suffi que le fils du roi possédât de vastes

domaines, s’il n’avait en même [p. 286] temps un nom et les

honneurs d’une dignité publique, son père lui donna, dans sa

bonté, le comté de Glocester. Richard, frère de ce comte Robert,

comme fils du même père, périt avec son frère Guillaume, dans le

naufrage dont j’ai déjà parlé. Les autres trois frères, savoir,

Rainaud, Robert et Gilbert, sont encore jeunes et sans

établissement. Le quatrième, savoir Guillaume de Tracy, sortit de

ce monde peu de temps après la mort de son père. L’une des filles

du roi, nommée Mathilde, épousa le comte du Perche, Rotrou, et lui

donna une fille. Cette même Mathilde se noya dans la suite avec

ses frères, lors du même naufrage. Une autre fille du roi,

également appelée Mathilde, fut donnée en mariage à Conan, comte

de la Petite-Bretagne, qui eut d’elle un fils nommé Hoel, et deux

filles. La troisième fille du roi, Julienne, fut mariée à Eustache

de Pacy, dont elle eut deux fils, Guillaume et Roger. La quatrième

épousa Guillaume Goel. La cinquième se maria avec le vicomte de

Beaumont, dont le château est situé dans le pays du Mans. La

sixième a épousé Matthieu, fils de Burchard de Montmorency. La

septième, fille d’Elisabeth, sœur de Galeran, comte de Meulan,

n’est pas encore mariée.

[p. 287]

CHAPITRE XXX.

Geoffroi, archevêque de Rouen, qui depuis long-temps avait succédé

à Guillaume, étant mort, Hugues, abbé de Radinges fut promu à ce

siége.

VERS ce même temps, Geoffroi, archevêque de Rouen, étant décédé,

Hugues, premier abbé de Radinges, lui succéda. Peu de temps

s’était écoulé, lorsque le pape Innocent II vint à Rouen pour

visiter le roi Henri, lequel l’accueillit et le traita avec les

plus grands honneurs, comme il était convenable à l’égard du

seigneur apostolique. Long-temps auparavant, le même roi avait

également reçu royalement, dans son château de Gisors (situé sur

les limites de son duché), et renvoyé chargé de riches présens le

pape Calixte, qui s’était rendu auprès de lui pour traiter des

affaires de l’Eglise.

Histoire des ducs de Normandie, suivie de: Vie de Guillaume le Conquérant · 第 116 / 168 题