Que le roi eut de la reine Mathilde un fils nommé Guillaume, et
une fille qui dans la suite des temps fut mariée à Henri, empereur
des Romains.
OR Henri eut de la seconde Mathilde, reine des Anglais, sa femme,
un fils nommé Guillaume, et une fille qui représentait sa mère,
par son nom autant que par ses vertus. Henri, cinquième comme roi
des Allemands, et quatrième comme empereur des Romains, demanda
cette jeune fille en mariage, lorsqu’il avait à peine cinq ans.
L’ayant obtenue, il envoya des députés illustres, évêques et
comtes, qui la conduisirent dans son royaume, à la très-grande
joie de ses père et mère, et l’ayant solennellement reçue, à la
Pâque suivante, il se fiança avec elle à Utrecht. Après les
fiançailles, et le jour de fête de saint Jacques, l’archevêque de
Cologne la sacra comme reine à Mayence, assisté des autres évêques
ses collègues, et de l’archevêque de Trèves, qui, durant la
cérémonie, la tint respectueusement dans ses bras. Lorsqu’elle fut
ainsi sacrée, l’empereur la fit élever avec grand soin jusqu’à
l’âge où elle pourrait se marier, afin qu’elle apprît la langue et
se format aux usages du pays des Teutons. Dans la suite de [p.
258] cette histoire, nous aurons occasion de parler plus amplement
de cette très-noble impératrice.
Or le susdit Guillaume, fils du roi Henri, qui était né après sa
sœur l’impératrice Mathilde, mais que nous avons nommé avant elle,
par égard pour le sexe masculin, étant parvenu à l’âge de jeune
homme, mourut d’une mort prématurée. Comme il passait de Normandie
en Angleterre, son vaisseau se brisa sur un rocher, entre Barfleur
et Winchester, en un passage dangereux que les habitans appellent
Cataras, le ras de Catte 26, et le prince se noya dans la mer,
avec beaucoup de grands de son père. Ce fut le seul événement qui
obscurcit quelque peu la bonne fortune de cet excellent roi; dans
toutes les autres circonstances, il fut toujours infiniment
favorisé par elle. Ayant dit ces choses un peu par anticipation,
reprenons maintenant la suite de notre récit.