Comment le duc Richard avait donné les deux châteaux de Montreuil
et d’Echaufour à Giroie, qui avait épousé Gisèle, fille de
Toustain de Montfort.
CE Giroie de la famille duquel nous venons de parler était,
dit-on, issu de deux nobles familles de Francs et de Bretons. Il
s’était rendu avec Guillaume de Belesme à la cour du duc Richard,
et avait reçu de lui en don deux châteaux situés en Normandie,
savoir les châteaux de Montreuil et d’Echaufour. Tandis qu’il
était en voyage pour aller trouver le duc, il fut reçu et logea
dans la maison de Toustain de Montfort, et ayant vu par hasard à
dîner la fille de celui-ci, nommée Gisèle, il l’aima, la demanda à
ses illustres parens, et l’obtint. Dans la suite des temps, Gisèle
lui donna sept fils et quatre filles, dont voici les noms:
Ernauld, Foulques, qui périt avec le comte Gilbert, Guillaume,
Raoul Male-Couronne, Robert, Hugues et Giroie, et les filles,
Heremburge, Emma, Adélaïde et Hadvise. De tous ces enfans sortit
une race de fils et de petits-fils, tous chevaliers, qui devinrent
la terreur des barbares en Angleterre, dans la Pouille, dans la
Thrace et en Syrie.
[p. 182] Ainsi donc après que Talvas eut aussi cruellement
déshonoré Guillaume, qui était par son âge et par sa raison le
plus distingué des fils de Giroie, et cela, comme nous l’avons
rapporté, par pure méchanceté, Robert et Raoul, illustres
chevaliers, se levèrent vigoureusement avec leurs frères et leurs
parens, et voulurent entreprendre de venger l’horrible insulte
qu’avait reçue leur frère. Ils dévastèrent donc par le fer et le
feu toutes les terres de Talvas, s’avancèrent en armes jusques aux
portes de ses forteresses, sans que nul leur résistât, et
provoquèrent hardiment Talvas, l’invitant à sortir, et à venir
combattre de près. Mais lui, homme timide, et qui n’avait nulle
vigueur pour les exercices de la chevalerie, n’osait combattre en
rase campagne les ennemis qui venaient le harceler; et ainsi la
famille de Giroie l’insultait sans cesse.