CHAPITRE XII.

D’Arnoul, fils de Guillaume Talvas, et d’Olivier son frère, moine

du Bec.

ARNOUL, fils de Talvas, voyant toutes ces choses et ayant pris

l’avis de ses seigneurs, se révolta enfin contre son père, qui

s’était rendu odieux à tous, le chassa honteusement de ses

châteaux, et le força à vivre en un misérable exil jusqu’à sa

mort. I1 envahit donc les propriétés de son père, mais n’échappa

point à l’héritage de sa méchanceté. C’est pourquoi il mérita de

trouver une triste fin. Un certain jour en effet [p. 183] il

partit avec ses vassaux pour aller au pillage, et entre autres

choses il enleva un porc à une certaine religieuse. Celle-ci le

poursuivit en pleurant, et le supplia instamment et au nom de Dieu

de lui rendre le petit porc qu’elle avait élevé. Or Arnoul

dédaigna ses prières, ordonna à son cuisinier de tuer le porc et

de le préparer pour être mangé, et le faisant servir sur sa table,

il en mangea le même soir avec excès; mais ce ne fut pas

impunément, car cette même nuit il fut étranglé dans son lit.

Quelques-uns rapportent et affirment qu’il fut mis à mort par

Olivier son frère. Quant à nous, non seulement nous n’accusons

point un tel homme d’un si grand crime, mais même nous refusons

entièrement de croire à cette accusation. En effet, Olivier se

conduisit long-temps après cet événement en chevalier

très-honorable, et étant devenu vieux, il renonça au siècle par

l’inspiration de Dieu; ensuite il prit pieusement l’habit de moine

dans le couvent du Bec, sous le seigneur Anselme, alors abbé, et

maintenant archevêque de Cantorbéry, et il continua à le porter

dignement pendant longues années sous le seigneur abbé Guillaume.

Histoire des ducs de Normandie, suivie de: Vie de Guillaume le Conquérant · 第 74 / 168 题