D’Arnoul, fils de Guillaume Talvas, et d’Olivier son frère, moine
du Bec.
ARNOUL, fils de Talvas, voyant toutes ces choses et ayant pris
l’avis de ses seigneurs, se révolta enfin contre son père, qui
s’était rendu odieux à tous, le chassa honteusement de ses
châteaux, et le força à vivre en un misérable exil jusqu’à sa
mort. I1 envahit donc les propriétés de son père, mais n’échappa
point à l’héritage de sa méchanceté. C’est pourquoi il mérita de
trouver une triste fin. Un certain jour en effet [p. 183] il
partit avec ses vassaux pour aller au pillage, et entre autres
choses il enleva un porc à une certaine religieuse. Celle-ci le
poursuivit en pleurant, et le supplia instamment et au nom de Dieu
de lui rendre le petit porc qu’elle avait élevé. Or Arnoul
dédaigna ses prières, ordonna à son cuisinier de tuer le porc et
de le préparer pour être mangé, et le faisant servir sur sa table,
il en mangea le même soir avec excès; mais ce ne fut pas
impunément, car cette même nuit il fut étranglé dans son lit.
Quelques-uns rapportent et affirment qu’il fut mis à mort par
Olivier son frère. Quant à nous, non seulement nous n’accusons
point un tel homme d’un si grand crime, mais même nous refusons
entièrement de croire à cette accusation. En effet, Olivier se
conduisit long-temps après cet événement en chevalier
très-honorable, et étant devenu vieux, il renonça au siècle par
l’inspiration de Dieu; ensuite il prit pieusement l’habit de moine
dans le couvent du Bec, sous le seigneur Anselme, alors abbé, et
maintenant archevêque de Cantorbéry, et il continua à le porter
dignement pendant longues années sous le seigneur abbé Guillaume.