Comment Henri, roi des Francs, livra aux flammes le château de
Tilliers, que les Normands lui avaient cédé pour obtenir la paix,
ainsi que le bourg d’Argentan.
LE roi Henri, vivement ébranlé par les provocations insensées de
ces traîtres, et ne se souvenant plus des bienfaits qu’il avait
auparavant reçus du duc Robert, résolut de ne se montrer traitable
pour le duc à aucune condition, tant que le château de Tilliers
demeurerait dans le même état. Les Normands qui persévéraient dans
leur fidélité au jeune duc, desirant, pour sauver celui-ci, se
soustraire aux artifices du roi, résolurent de faire ce dont ils
eurent dans la suite sujet de se repentir. Gilbert, surnommé
Crispin, à qui le duc Robert avait autrefois confié ce [p. 173]
château, ayant appris cette fâcheuse résolution, ne fit aucun cas
de tels projets, et s’enferma aussitôt dans le château avec une
forte troupe d’hommes d’armes, et dans l’intention de le défendre.
Le roi voyant qu’on lui refusait l’entrée de cette forteresse,
rassembla une armée composée de Francs et de Normands, et alla
l’investir promptement. Que dirai-je de plus? Vaincu enfin par les
prières du duc, Gilbert livra le château avec douleur, et bientôt
après il eut le cruel chagrin de le voir livrer aux flammes sous
les yeux de tous. Ayant ainsi satisfait ses désirs, le roi se
retira de ce lieu. Mais, peu après, il alla trouver le comte
d’Hiesmes, et livra aux flammes dévorantes le bourg d’Argentan,
qui appartenait au duc. Ensuite reprenant la route par laquelle il
était venu, il se rendit à Tilliers, et viola les sermens par
lesquels il s’était engagé envers le duc à ne laisser rétablir ce
château par aucun des siens durant quatre années. Il le fit
réparer en toute hâte, et y ayant fait entrer beaucoup de
chevaliers et des vivres en abondance, il repartit joyeusement,
ayant ainsi accompli tous ses projets.