CHAPITRE IV.

Comment ce même Roger de Beaumont fonda l’abbaye de Préaux, et

épousa Adeline, fille de Galeran, comte de Meulan.

OR Roger de Beaumont, ayant triomphé de ses ennemis, rendit à Dieu

des actions de grâces pour ses victoires, et s’appliqua tout le

reste de sa vie à travailler à de bonnes œuvres. Entre autres

choses il construisit un couvent de moines dans sa terre de

Préaux, et demeura constamment fidèle au duc Guillaume, envers et

contre tous. C’est pourquoi il fut élevé fort au dessus de tous

ses aïeux; car il prit pour femme Adeline, fille de Galeran, comte

de Meulan, et [p. 171] eut de ce mariage deux fils Robert et

Henri, qui devinrent dans la suite des comtes très-puissans.

Robert, en effet, fut après Hugues, son oncle maternel, vaillant

comte de Meulan durant plus de vingt-sept années, et Henri reçut

du roi Guillaume le comté de Warwick en Angleterre.

Après la bataille ci-dessus rapportée, dans laquelle périrent

Roger du Ternois, Robert de Grandménil et beaucoup d’autres

seigneurs, Richard, comte d’Evreux, et fils de Robert

l’archevêque, s’unit en mariage avec la veuve de Roger du Ternois,

et en eut un fils nommé Guillaume, qui est maintenant seigneur

d’Evreux. Guillaume, frère de Richard, épousa Hadvise, fille de

Giroie, et veuve de Robert de Grandménil.

Cependant le duc Guillaume croissait, par la faveur de Dieu, en

âge, en force et en sagesse. Considérant combien les Normands

avaient, dans les transports de leur fureur, dévasté tout le pays,

il puisa dans son cœur encore enfant toute la vigueur d’un homme,

et appelant auprès de lui les grands de son père, il s’appliqua à

gagner leur affection, leur apprenant, par ses prières et ses

ordres, à éviter tout acte d’indiscipline. De l’avis des plus

considérables il se choisit pour tuteur Raoul de Vacé, et le mit à

la tête de toute la chevalerie de Normandie. Quelques-uns des

grands, qui aimaient Dieu et la justice, obéirent volontiers au

duc comme à leur seigneur, lui demeurèrent fidèles, et

travaillèrent avec ardeur à dompter les rebelles. Mais les fils de

discorde, qui se plaisent aux dissensions, et ne cherchent qu’à

troubler le repos de ceux qui veulent vivre sans faire [p. 172] le

mal, voyant qu’il leur était impossible de nuire aux hommes

simples, autant qu’ils l’auraient voulu, méditèrent sur les moyens

de travailler audacieusement à la ruine de leur patrie. Ils

allèrent donc trouver Henri, roi des Francs, et répandirent çà et

là sur toutes les frontières de la Normandie des tisons embrasés.

Je les signalerais par leurs noms dans cet écrit, si je ne voulais

prendre soin d’échapper à leur haine inexorable. Toutefois, je

vous le dis à l’oreille, vous tous qui m’environnez, ce furent

précisément ces mêmes hommes qui maintenant font profession d’être

les plus fidèles, et que le duc a comblés des plus grands

honneurs.

Histoire des ducs de Normandie, suivie de: Vie de Guillaume le Conquérant · 第 68 / 168 题