Comment ce même Roger de Beaumont fonda l’abbaye de Préaux, et
épousa Adeline, fille de Galeran, comte de Meulan.
OR Roger de Beaumont, ayant triomphé de ses ennemis, rendit à Dieu
des actions de grâces pour ses victoires, et s’appliqua tout le
reste de sa vie à travailler à de bonnes œuvres. Entre autres
choses il construisit un couvent de moines dans sa terre de
Préaux, et demeura constamment fidèle au duc Guillaume, envers et
contre tous. C’est pourquoi il fut élevé fort au dessus de tous
ses aïeux; car il prit pour femme Adeline, fille de Galeran, comte
de Meulan, et [p. 171] eut de ce mariage deux fils Robert et
Henri, qui devinrent dans la suite des comtes très-puissans.
Robert, en effet, fut après Hugues, son oncle maternel, vaillant
comte de Meulan durant plus de vingt-sept années, et Henri reçut
du roi Guillaume le comté de Warwick en Angleterre.
Après la bataille ci-dessus rapportée, dans laquelle périrent
Roger du Ternois, Robert de Grandménil et beaucoup d’autres
seigneurs, Richard, comte d’Evreux, et fils de Robert
l’archevêque, s’unit en mariage avec la veuve de Roger du Ternois,
et en eut un fils nommé Guillaume, qui est maintenant seigneur
d’Evreux. Guillaume, frère de Richard, épousa Hadvise, fille de
Giroie, et veuve de Robert de Grandménil.
Cependant le duc Guillaume croissait, par la faveur de Dieu, en
âge, en force et en sagesse. Considérant combien les Normands
avaient, dans les transports de leur fureur, dévasté tout le pays,
il puisa dans son cœur encore enfant toute la vigueur d’un homme,
et appelant auprès de lui les grands de son père, il s’appliqua à
gagner leur affection, leur apprenant, par ses prières et ses
ordres, à éviter tout acte d’indiscipline. De l’avis des plus
considérables il se choisit pour tuteur Raoul de Vacé, et le mit à
la tête de toute la chevalerie de Normandie. Quelques-uns des
grands, qui aimaient Dieu et la justice, obéirent volontiers au
duc comme à leur seigneur, lui demeurèrent fidèles, et
travaillèrent avec ardeur à dompter les rebelles. Mais les fils de
discorde, qui se plaisent aux dissensions, et ne cherchent qu’à
troubler le repos de ceux qui veulent vivre sans faire [p. 172] le
mal, voyant qu’il leur était impossible de nuire aux hommes
simples, autant qu’ils l’auraient voulu, méditèrent sur les moyens
de travailler audacieusement à la ruine de leur patrie. Ils
allèrent donc trouver Henri, roi des Francs, et répandirent çà et
là sur toutes les frontières de la Normandie des tisons embrasés.
Je les signalerais par leurs noms dans cet écrit, si je ne voulais
prendre soin d’échapper à leur haine inexorable. Toutefois, je
vous le dis à l’oreille, vous tous qui m’environnez, ce furent
précisément ces mêmes hommes qui maintenant font profession d’être
les plus fidèles, et que le duc a comblés des plus grands
honneurs.