De la guerre qui s’éleva entre Toustain de Montfort et Gauchelin
de Ferrières; et de la mort d’Osbern, fils d’Herfast.
EN effet, Hugues de Montfort, fils de Toustain, combattit avec
Gauchelin de Ferrières, et l’un et l’autre périt dans cette lutte.
Quelques-uns se livrèrent à tout l’emportement de leurs violentes
fureurs, au grand [p. 168] détriment de la patrie. Ainsi Gilbert,
comte d’Eu, fils du comte Godefroi, homme rusé et plein de forces,
tuteur du jeune Guillaume son seigneur, se promenait un matin à
cheval, et conversait avec son compère Josselin du pont
d’Erchenfroi, ne redoutant aucun mal, lorsqu’il fut assassiné,
ainsi que Foulque, fils de Giroie. Ce crime fut commis sur les
perfides instigations de Raoul de Vacé, fils de Robert
l’archevêque, par les mains cruelles d’Eudes-le-Gros, et de
l’audacieux Robert, fils de Giroie. Ensuite Turold, précepteur du
jeune duc, fut mis à mort par des perfides, traîtres à leur
patrie. Osbern aussi, intendant de la maison du prince et fils
d’Herfast, frère de la comtesse Gunnor, étant une certaine nuit
dans la chambre du duc, dans Vaudreuil, et dormant ainsi que le
duc en toute sécurité, fut tout à coup égorgé dans son lit par
Guillaume, fils de Roger de Mont-Gomeri. A cette époque Roger
était exilé à Paris, à cause de sa perfidie, et ses cinq fils,
Hugues, Robert, Roger, Guillaume et Gilbert étaient demeurés en
Normandie, se livrant à toutes sortes de crimes. Mais Guillaume ne
tarda pas à recevoir de Dieu la juste rétribution du crime qu’il
avait commis. Barnon de Glote, prévôt d’Osbern, voulant venger la
mort injuste de son seigneur, assembla une certaine nuit de
vigoureux champions, se rendit à la maison où dormaient Guillaume
et ses complices, et les massacra tous en même temps, selon ce
qu’ils avaient mérité.
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CHAPITRE III.
Comment Roger de Beaumont, fils de Honfroi de Vaux, envoyé par les
ordres de celui-ci, vainquit Roger du Ternois.
ROGER du Ternois, de la mauvaise race de Hulce, lequel était oncle
du duc Rollon, et se battant avec lui contre les Francs avait
jadis concouru par sa valeur à la conquête de la Normandie, homme
puissant et orgueilleux, était aussi porte-bannière de toute la
Normandie. Cet homme, lorsque le duc Robert partit pour son
pélerinage, se rendit lui-même en Espagne, et s’illustra par de
nombreux exploits contre les Païens. Peu de temps après, il revint
dans son pays. Ayant appris que le jeune Guillaume avait succédé à
son père dans le duché, il en fut vivement indigné, et dans son
orgueil dédaigna de le servir, disant qu’un bâtard n’était pas
fait pour commander à lui et aux autres Normands: car Guillaume,
né d’une concubine du duc Robert, nommée Herlève 13, fille de
Fulbert, valet de chambre du duc, était en tant que bâtard un
objet de mépris pour les nobles indigènes, et principalement pour
les descendans de la race de Richard. Mais après que le duc
pélerin de Jérusalem fut mort, un certain Herluin, brave
chevalier, prit Herlève pour femme, et en eut deux fils, Eudes et
Robert, qui dans la suite parvinrent à une grande illustration.
Roger donc, se confiant en la multitude de ses partisans, osa se
révolter contre le jeune duc. Il insultait ouvertement tous ses
voisins, et dévastait leurs terres par le [p. 170] fer et le feu,
et principalement celles de Honfroi de Vaux. Celui-ci ne pouvant
supporter plus long-temps ces offenses, envoya contre Roger son
fils Roger de Beaumont, suivi de toute sa maison. Roger du Ternois
le méprisa dans sa témérité, et, ne craignant rien, s’avança
audacieusement pour le combattre; mais il fut tué en cette
rencontre, ainsi que ses deux fils Helbert et Hélinant, et laissa
la victoire à ses ennemis. Robert de Grandménil reçut aussi alors
une blessure mortelle, dont il mourut trois semaines après, le 18
juin. Mais avant sa mort Robert distribua ses terres, par égales
portions, entre ses deux fils Hugues et Robert, et leur recommanda
Ernaud, son plus jeune fils, leur prescrivant de le bien traiter,
et comme un frère, lorsqu’il serait devenu grand.