DU DUC GUILLAUME, QUI SOUMIT L’ANGLETERRE PAR SES ARMES.
CHAPITRE PREMIER.
Des traverses que le jeune Guillaume eut à essuyer dès le
commencement de son administration, par la perversité de quelques
hommes.
AYANT raconté dans leur ordre les gestes du grand duc Robert, et
les ayant portés avec un soin extrême à la connaissance de
beaucoup d’hommes, il nous paraît maintenant convenable d’en venir
à ce qui concerne Guillaume, son fils, afin d’apprendre à la
postérité par quelles sueurs et quels travaux il échappa aux
embûches de ses ennemis, et courba vigoureusement sous ses pieds
leurs têtes orgueilleuses. On trouve dans presque toutes les pages
de l’Ecriture que la maison du fils est renversée par les
iniquités d’un père méchant; mais aussi, et en sens inverse, elle
est rendue plus solide par les mérites d’un bon père. Enfin Christ
fortifia la maison du duc Robert, après que celui-ci eut dédaigné
les pompes du siècle, et le récompensant par une gloire mortelle,
il éleva dans la suite son fils Guillaume sur un trône royal,
après qu’il eut abattu ses ennemis. Mais d’abord il [p. 167] nous
paraît nécessaire de raconter aux siècles à venir par quelles
victoires et quels triomphes Guillaume s’illustra dans son duché,
disant les choses en toute vérité, et selon que l’ordre des faits
l’exigera, afin que les actions glorieuses qui se sont accomplies
de notre temps ne demeurent pas ensevelies dans une honteuse
obscurité.
Ainsi donc ce duc, privé de son père dès les années de son
enfance, était élevé dans toutes sortes de bons sentimens, par la
sage sollicitude de ses tuteurs. Mais dès le commencement de sa
vie, un grand nombre de Normands, renonçant à leur fidélité,
élevèrent dans plusieurs lieux des retranchemens, et se bâtirent
des forteresses très-solides. Tandis que, dans leur audace, ils se
confiaient en ces fortifications, il s’éleva bientôt entre eux
toutes sortes de querelles et de dissensions, et la patrie fut de
toutes parts livrée à de cruelles agitations. Au milieu de ces
affreux désordres Mars se livra à de violentes fureurs, et de
nombreuses troupes de guerriers périrent dans ces vaines
contestations.