Comment Robert succéda à son frère Richard. — De son caractère et
des dissensions qui naquirent entre lui et l’archevêque Robert.
AINSI donc le duc Richard ayant quitté les dignités de la
domination de ce monde, pour monter, à ce que nous croyons, dans
le royaume des cieux, Robert son frère fut reconnu du consentement
de tous prince de toute la monarchie. Quoiqu’il fût plus dur de
cœur envers les rebelles, il se montra cependant doux et plein de
bonté pour les hommes bienveillans, pieux et zélé pour le service
de Dieu; aussi eût-il été digne [p. 138] de jouir des délices
d’une longue paix, s’il n’eût choisi volontairement de suivre par
fois les conseils des pervers. Dès le commencement de sa
domination, il se déclara ennemi de l’archevêque Robert, et alla
l’assiéger et l’investir dans la ville d’Evreux. Desirant échapper
à ses efforts, l’archevêque s’enferma dans les murailles de la
ville avec une troupe de chevaliers. Enfin, ayant engagé sa foi
qu’il se retirerait, il se réfugia en exil, avec les siens, auprès
de Robert, roi des Francs, et frappa la Normandie de son anathême
pontifical. Cependant le duc Robert, ayant reconnu la malice des
pervers, et considérant qu’il avait agi imprudemment en toute
cette affaire, rappela l’archevêque de France, et le rétablit dans
ses honneurs. Ensuite, se repentant du mal qu’il avait fait, il
appela l’archevêque à ses conseils, selon qu’il était convenable
pour un homme aussi important, et dans la suite il lui demeura
toujours fidèle.