Des dissensions qui s’élevèrent entre Richard et Robert son frère,
et de la mort de Richard après le rétablissement de la paix entre
eux.
CEPENDANT le perfide ennemi de l’homme ne permit pas qu’il jouît
plus long-temps des prospérités de cette paix si désirable, et, à
l’aide des artifices de quelques malveillans, il excita son frère
Robert à se révolter contre lui. Robert donc, au bout de deux ans,
méconnaissant la suzeraineté de son frère, s’enferma avec ses
satellites dans le château de Falaise pour lui opposer résistance.
Or le duc Richard, désirant réprimer au plus tôt les téméraires
entreprises de son frère insensé, et le ramener à la soumission
qu’il lui devait, alla avec une nombreuse armée l’investir et
l’assiéger dans son château. Après qu’il l’eut attaqué quelque
temps, en faisant sans cesse jouer les béliers et les balistes,
enfin Robert renonça à sa rébellion et lui présenta la main: ils
retrouvèrent leur ancienne amitié, et se séparèrent l’un de
l’autre après avoir conclu une solide paix. Le duc Richard, ayant
alors quitté son armée, retourna à Rouen, et y mourut [p. 137]
empoisonné, ainsi que quelques uns des siens, au dire de beaucoup
de gens. Cet événement arriva l’an 1028 de l’Incarnation de notre
Seigneur.
Richard avait un fils très-jeune, nommé Nicolas, qui fut privé de
son héritage terrestre, afin que Dieu lui-même devînt son partage
dans le monde et dans l’éternité. Livré aux lettres dès sa plus
tendre enfance, et élevé dans le monastère de Saint-Ouen, dans le
faubourg de Rouen, il porta très-long-temps le joug monastique.
Lorsque l’abbé Herfast fut mort, il lui succéda dans le
gouvernement du susdit monastère, et l’administra durant près de
cinquante ans, du temps de Guillaume duc de Normandie et illustre
roi d’Angleterre. Il mourut enfin l’an 1092 de l’Incarnation du
Seigneur, au mois de février, du temps du duc Robert II et de
Guillaume, archevêque de Rouen. Je reprends maintenant mon récit.