Comment le même duc Robert assiégea Guillaume de Belesme dans le
château d’Alençon, et le força à se rendre.
AYANT enfin chassé loin de lui tous les instigateurs de discorde,
et repris en son cœur généreux des sentimens de paix, le duc
commença à prendre conseil des hommes sages, et s’éleva par sa
bonne conduite au comble de la puissance et des honneurs; aussi
les hommes de bien ne tardèrent pas d’exalter par leurs louanges
ses vertus et sa conduite pacifique, tandis que [p. 139] quelques
méchans l’imputèrent à lâcheté. Parmi ces derniers Guillaume de
Belesme, fils d’Yves, qui tenait le château d’Alençon à titre de
bénéfice, osant tenter le courage du duc, entreprit témérairement
par voie de rébellion de soustraire sa tête imprudente au joug de
son service. Empressé de réprimer promptement cet excès
d’insolence, le duc accourut avec ses chevaliers, et assiégea
Guillaume dans la forteresse qui favorisait son audacieuse
révolte, jusqu’à ce qu’enfin Guillaume eût imploré sa clémence, et
marchant pieds nus, portant une selle de cheval sur ses épaules,
fût venu lui donner satisfaction. Après avoir reçu cette
soumission de fausse apparence, le duc lui remit non seulement
toutes ses fautes, mais en outre lui restitua son château, et se
retira aussitôt après. Guillaume, conservant toujours en son cœur
obstiné le cruel poison qui le dévorait, renonça quelque temps à
manifester ses perfides intentions; mais bientôt après il
recommença ouvertement à se montrer encore parjure; car il était
infiniment cruel et ambitieux, et il avait quatre fils, nommés
Guérin, Foulques, Robert et Guillaume, parfaitement semblables à
lui. Après avoir, sans aucun motif, et par cruauté, fait trancher
la tête à Gunhier de Belesme, brave et aimable chevalier, qui ne
soupçonnait point le mal, mais qui plutôt était venu en souriant
le féliciter comme un ami, Guérin fut bientôt saisi par le démon,
et étranglé par lui, sous les yeux de ses compagnons qui
l’entouraient. Guillaume, se parjurant de nouveau, en vint à un
tel point d’inimitié contre le duc, que dans son audace il envoya
ses deux fils Foulques et Robert avec un corps de chevaliers, afin
qu’ils [p. 140] allassent piller et dévaster la Normandie: mais un
grand nombre de serviteurs de la maison du duc s’étant réunis, se
portèrent courageusement à leur rencontre, leur livrèrent une
bataille sanglante dans la forêt de Blavon, et avec l’assistance
de Dieu les battirent complètement. Dans ce combat, Foulques, fils
du perfide Guillaume, fut tué, et presque tous les chevaliers
perdirent la vie; Robert, frère de Foulques, fut blessé, et ne
s’échappa qu’avec peine, suivi d’un petit nombre d’hommes.
Guillaume leur père, qui déjà était sérieusement malade, ayant
appris le malheur de ses fils, éprouva un grand serrement de cœur
et rendit l’ame tout aussitôt. Les ennemis du duc ainsi dispersés,
la rébellion qui s’était élevée en ces lieux se trouva entièrement
comprimée.