De la rébellion de Guillaume, frère naturel du duc, à qui celui-ci
avait donné le comté d’Hiesme. — Comment ce même Guillaume fut
pris, se réconcilia ensuite avec son frère, reçut du duc le don du
comté d’Eu et une femme nommée Lezscenina, et en eut trois fils.
EN ce même temps, l’insolence de quelques méchans remplit
d’orgueil et poussa à la rébellion un certain frère du duc, né du
même père, et nommé Guillaume. Cet homme, ami de son frère, ayant
reçu de lui en présent le comté d’Hiesme, afin qu’il s’acquittât
envers lui des devoirs du chevalier, fut séduit par les artifices
des méchans, dédaigna son seigneur suzerain, et renonça à son
service de fidélité. Après que le duc lui en eut fait plusieurs
fois des reproches par ses messagers, comme il ne voulait pas se
désister [p. 113] de son audacieuse rébellion, il fut fait
prisonnier, de l’avis et par l’aide du comte Raoul, enfermé à
Rouen dans la tour de la ville, et expia sa témérité par une
détention de cinq années. Quelques-uns de ses compagnons, qui
persistèrent dans ses projets séditieux, furent vaincus par le duc
dans de fréquens combats; les uns perdirent la vie, les autres
furent exilés de leur pays. Enfin, au bout de cinq ans, Guillaume
prit la fuite s’étant échappé de sa tour par le fait d’un de ses
chevaliers, et à l’aide d’une très-longue corde attachée à une
fenêtre fort élevée; se cachant le jour pour n’être pas découvert
par ceux qui le cherchaient, et marchant seulement la nuit, il
finit par penser en lui-même qu’il vaudrait mieux, pour lui,
tenter, au péril de sa vie, de solliciter la clémence de son
frère, qu’aller chercher, sans l’espoir de rien obtenir, les
secours de quelque roi ou de quelque comte. Tandis que, dans une
telle disposition d’esprit, il suivait un certain jour son chemin,
il rencontra le duc, qui prenait le divertissement de la chasse
dans la forêt de Vernon. Aussitôt, se roulant par terre à ses
pieds, il lui demanda avec douleur le pardon de ses fautes. Le
duc, touché de compassion, et de l’avis du comte Raoul, le releva
de terre, et lorsqu’il eut appris par son récit les détails de son
évasion, non seulement il lui remit ses fautes, mais en outre, et
dès ce moment, il l’aima avec beaucoup de bienveillance, et comme
un frère très-chéri. Peu de temps après, il lui donna le comté
d’Eu, et une très-belle jeune fille, nommée Lescelina, fille d’un
certain homme très-noble, nommé Turquetil. Guillaume eut d’elle
trois fils, savoir Robert qui fut, après sa mort, héritier de son
comté, [p. 114] Guillaume, comte de Soissons, et Hugues, évêque de
Lisieux. Ces querelles ainsi terminées, la terre de Normandie
demeura en repos sous la main du duc.