Avec quelle sagesse il réprima la conspiration générale tramée par
les paysans contre la paix.
TANDIS que le duc Richard II était ainsi infiniment riche de tant
de bonnes qualités, au commencement de son jeune âge, il s’éleva
dans l’intérieur du duché de Normandie un certain germe empoisonné
de troubles civils. Dans les divers comtés du pays de Normandie,
les paysans formèrent d’un commun accord un grand nombre
d’assemblés séditieuses, dans lesquelles ils résolurent de vivre
selon leur fantaisie, et de se gouverner d’après leurs propres
lois, tant dans les profondeurs des forêts que dans le voisinage
des eaux, sans se laisser arrêter par aucun droit antérieurement
établi. Et afin que ces conventions fussent mieux ratifiées,
chacune des assemblées de ce peuple en fureur élut deux députés,
qui durent porter ses résolutions pour les faire confirmer dans
une assemblée tenue au milieu des terres. Dès que le duc en fut
informé, il envoya sur-le-champ [p. 112] le comte Raoul avec un
grand nombre de chevaliers, afin de réprimer la férocité des
campagnes, et de dissoudre cette assemblée de paysans. Raoul
exécutant ses ordres sans retard, se saisit aussitôt de tous les
députés et de quelques autres hommes, et leur faisant couper les
pieds et les mains, il les renvoya aux leurs, ainsi mis hors de
service, afin que la vue de ce qui était arrivé aux uns détournât
les autres de pareilles entreprises, et rendant ceux-ci plus
prudens les garantît de plus grands maux. Ayant vu ces choses, les
paysans abandonnèrent leurs assemblées, et retournèrent à leurs
charrues.