Comment Louis, aveuglé par les présens d’Arnoul, menaça le jeune
Richard, duc de Normandie, de lui brûler les jarrets.
LA première agitation ainsi calmée, le roi conservant sa colère,
et portant dans le fond de son cœur le ressentiment de l’insulte
que lui avaient faite [p. 81] les Normands, retourna en France
emmenant avec lui le jeune Richard, comme pour se préparer à
venger par les armes la mort de son père sur Arnoul de Flandre.
Celui-ci cependant, craignant que le roi Louis ne marchât contre
lui avec une armée, et voulant se justifier d’une accusation de
trahison, envoya des députés avec dix livres d’or, et soutint
devant le roi qu’il était innocent de la mort de Guillaume. Il
promit même de chasser de son pays les assassins de ce prince, si
le roi le lui ordonnait. Il ajouta cependant que le roi devait se
souvenir des insultes et des affronts que son père et lui-même
avaient reçus durant si long-temps de la part des Normands, disant
encore que pour mettre un terme à ces inimitiés, ce que le roi
aurait de mieux à faire serait de faire brûler les jarrets au
jeune Richard, de le tenir rigoureusement enfermé, et d’accabler
la race normande sous le poids des plus lourds impôts, jusqu’à ce
qu’enfin, cédant à la nécessité, elle s’en retournât dans ce
Danemarck, d’où elle avait fait son irruption. Le roi, aveuglé par
les présens et par les paroles artificieuses de ce traître,
pardonna son crime à celui qui eût été digne de la potence, et
tourna sa colère contre l’enfant innocent, suivant l’exemple de
Pilate, qui relâcha l’homicide et condamna le Christ au supplice
de la croix. En conséquence, et tandis qu’il demeurait à Laon,
comme le jeune Richard revenait une fois de la chasse aux oiseaux,
le roi l’ayant accablé des plus cruelles injures, l’appela fils de
courtisane, d’une femme qui avait enlevé un homme qui ne lui
appartenait point, et le menaça, s’il ne renonçait à ses
prétentions, de lui [p. 82] faire brûler les genoux et de le
dépouiller de tous ses honneurs. Ayant ensuite désigné d’autres
gardiens, afin que le jeune homme ne pût s’échapper, le roi donna
ordre d’exercer sur lui la plus sévère surveillance.