LIVRE QUATRIÈME.

DE RICHARD Ier, FILS DU DUC GUILLAUME.

CHAPITRE PREMIER.

Comment Richard, encore enfant, succéda à son père Guillaume.

LE très-saint et bienheureux duc Guillaume ayant été, comme nous

le croyons, transporté au milieu des élus de Dieu, son fils

Richard brillant d’une parfaite innocence, tel qu’un rejeton que

l’on a détaché de l’arbre qui porte de bons fruits, et qui pousse

ses racines dès sa première jeunesse, commença à produire les

boutons odoriférans de l’enfance la plus gracieuse, et à pénétrer

son ame généreuse des enseignemens de son précepteur. Détournant

son tendre cœur des choses illicites, le gouvernant dans une noble

continence, et dédaignant les erreurs de cet âge si faible, il

s’attachait de sa pleine volonté aux instructions des sages. Si

son oreille venait à saisir quelque conseil de vertu ou de

sagesse, selon que le faisaient les circonstances, il le confiait

aussitôt à sa mémoire intelligente. Les grands seigneurs Francs

ayant appris aussi l’horrible trahison d’Arnoul de Flandre et la

déplorable mort du duc Guillaume, la plupart d’entre eux s’en

affligèrent grandement.

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CHAPITRE II.

Comment Louis, roi des Francs, étant venu à Rouen, et emmenant

frauduleusement le jeune Richard en France et avec lui, soumit le

duché de Normandie à sa juridiction, en se disant tuteur de

l’enfant.

QUELQUES-UNS d’entre eux cependant, complices de l’homicide même,

et qui auparavant s’étaient dits faussement grands amis du duc de

Normandie, découvrirent alors le fond de leur cœur, et montrèrent

au grand jour le venin qu’ils avaient long-temps tenu caché. En

effet le roi Louis, pensant que la porte des grands honneurs

venait de lui être ouverte, et oubliant les bienfaits du duc et la

fidélité qu’il lui avait toujours gardée, feignit de vouloir tenir

conseil avec les Normands au sujet de la mort de ce prince, se mit

aussitôt en marche, et arriva promptement à Rouen. Raoul, Bernard

et Anslech, gardiens de tout le duché de Normandie,

l’accueillirent avec des honneurs royaux, comme il était

convenable à l’égard d’un si grand roi, se soumirent à son service

pour acquitter la foi de leur petit seigneur. Or le roi ayant vu

cette terre fertile, ces eaux si salubres, ces forêts si bien

fournies, et séduit par sa cupidité, commença à leur promettre

mensongèrement ce qu’il se préparait déjà à arranger d’une manière

toute différente. Il leur envoya un message pour leur ordonner de

présenter le jeune Richard devant ses yeux, et le voyant doué

d’une belle [p. 80] figure, il déclara qu’il le ferait élever dans

son palais avec des enfans de son âge. Cependant toute la ville

fut ébranlée de la fâcheuse nouvelle que Richard, frustré de ses

espérances, était indignement retenu captif par le roi. Bientôt

les citoyens, se réunissant aux groupes des chevaliers, et

traversant la ville le glaive nu, font irruption dans la cour du

roi, et le cherchent dans les premiers transports de leur fureur

pour le massacrer tout aussitôt. Instruit de tout ce tumulte et

vivement effrayé, le roi, d’après les conseils de Bernard le

Danois, prend l’enfant dans ses bras, le présente à la vue de ces

hommes irrités, et parvient ainsi à apaiser leur premier

emportement. Voulant calmer entièrement les esprits inquiets et

agités des Normands, le roi, de l’avis de ses hommes, fit

concession au jeune Richard de l’héritage de son père, en se

réservant le serment de fidélité qu’il lui avait prêté.

L’admettant ainsi à être un de ses fidèles, le roi promit aux

Normands (tout en mentant à ses intentions) de rendre leur prince

lorsqu’il aurait reçu, d’une manière digne de lui, l’éducation de

son palais.

Histoire des ducs de Normandie, suivie de: Vie de Guillaume le Conquérant · 第 33 / 168 题