DU SECOND DUC DE NORMANDIE, GUILLAUME, FILS DE ROLLON.
CHAPITRE PREMIER.
Des bonnes qualités du duc Guillaume et de la jalousie des Francs
contre lui, parce qu’il reculait tout autour de lui les limites de
son duché. — Comment il vainquit les comtes bretons Alain et
Béranger, révoltés contre lui.
LE duc Rollon s’étant enfin affranchi du fardeau de la chair,
Guillaume son fils, gouvernant avec sagesse tout le duché de
Normandie, faisait tous ses efforts pour conserver en son cœur une
fidélité inaltérable au Christ, son roi. Il était d’une taille
élevée et beau de visage; ses yeux étaient étincelans. Il se
montrait plein de douceur pour les hommes de bonne volonté,
terrible comme un lion pour ses ennemis, fort comme un géant dans
les combats, et ne cessait d’étendre tout autour de lui les
limites de son duché. Ces entreprises et ces preuves de son
courage excitèrent contre lui la haine et la jalousie des grands
seigneurs de France.
Vers le même temps à peu près, les Bretons Alain et Béranger,
renonçant au serment de fidélité par lequel ils s’étaient engagés
envers lui, osèrent dans [p. 62] leur témérité se soustraire à sa
suzeraineté, et se disposèrent à servir désormais en chevaliers
pour le roi des Francs. Mais le duc réprimant cette audace par une
prompte invasion, entra en Bretagne en ennemi, dévasta le pays,
renversa un grand nombre de châteaux, et y demeura jusqu’à ce
qu’il en eût chassé Alain, l’instigateur de toutes ces perfidies,
et l’eût contraint de se réfugier chez les Anglais. En même temps
il se montra clément pour Béranger, et se réconcilia avec lui.