LIVRE TROISIÈME.

DU SECOND DUC DE NORMANDIE, GUILLAUME, FILS DE ROLLON.

CHAPITRE PREMIER.

Des bonnes qualités du duc Guillaume et de la jalousie des Francs

contre lui, parce qu’il reculait tout autour de lui les limites de

son duché. — Comment il vainquit les comtes bretons Alain et

Béranger, révoltés contre lui.

LE duc Rollon s’étant enfin affranchi du fardeau de la chair,

Guillaume son fils, gouvernant avec sagesse tout le duché de

Normandie, faisait tous ses efforts pour conserver en son cœur une

fidélité inaltérable au Christ, son roi. Il était d’une taille

élevée et beau de visage; ses yeux étaient étincelans. Il se

montrait plein de douceur pour les hommes de bonne volonté,

terrible comme un lion pour ses ennemis, fort comme un géant dans

les combats, et ne cessait d’étendre tout autour de lui les

limites de son duché. Ces entreprises et ces preuves de son

courage excitèrent contre lui la haine et la jalousie des grands

seigneurs de France.

Vers le même temps à peu près, les Bretons Alain et Béranger,

renonçant au serment de fidélité par lequel ils s’étaient engagés

envers lui, osèrent dans [p. 62] leur témérité se soustraire à sa

suzeraineté, et se disposèrent à servir désormais en chevaliers

pour le roi des Francs. Mais le duc réprimant cette audace par une

prompte invasion, entra en Bretagne en ennemi, dévasta le pays,

renversa un grand nombre de châteaux, et y demeura jusqu’à ce

qu’il en eût chassé Alain, l’instigateur de toutes ces perfidies,

et l’eût contraint de se réfugier chez les Anglais. En même temps

il se montra clément pour Béranger, et se réconcilia avec lui.

Histoire des ducs de Normandie, suivie de: Vie de Guillaume le Conquérant · 第 23 / 168 题