CHAPITRE II.

Comment quelques Normands, sous la conduite d’un certain traître

nommé Rioulfe 6, voulurent entreprendre d’expulser le duc du pays,

et étant venus assiéger les faubourgs de la ville de Rouen, furent

vaincus par le duc, qui n’avait avec lui qu’une petite troupe de

chevaliers, dans le lieu que l’on appelle encore aujourd’hui le

Pré du combat; et comment le duc revenant vainqueur après cette

affaire, apprit que Sprota, très-noble jeune fille, lui avait

donné un fils, né à Fécamp, qu’il ordonna de baptiser sous le nom

de Richard.

CES ennemis ainsi vaincus, le diable mit en agitation un grand

nombre de méchans; et de nouvelles tentatives furent faites contre

le duc dans l’intérieur de son pays. Un certain Rioulfe, embrasé

d’une fureur perfide et le cœur infecté du poison de la discorde,

prit les armes et voulut entreprendre de chasser à jamais le duc

de ses Etats. Il rassembla donc de tous côtes une grande multitude

d’hommes, et [p. 63] traversant le fleuve de la Seine, vint mettre

le siége autour des faubourgs de la cité de Rouen, afin d’en

expulser le duc, ou de le prendre et de le faire périr méchamment,

pour pouvoir s’emparer pour son compte de la Normandie. Or le duc,

se voyant ainsi assiégé par les siens, se mit à méditer, cherchant

toutes sortes de moyens pour sauver sa personne et son honneur, et

pour garantir ses chevaliers de la crainte de cette audacieuse

conspiration. A la fin, se trouvant indignement provoqué par les

insultes d’un certain Bothon, son intendant, le duc prit les

armes, et faisant une vive irruption dans le camp de ses

adversaires avec trois cents chevaliers cuirassés, il fit périr

par le glaive et envoya dans l’enfer un grand nombre de ses

ennemis, et il mit en fuite tous les autres, qui allèrent se

cacher en divers lieux, dans les profondeurs des forêts. Rioulfe

ayant perdu la confiance de ses compagnons d’armes, se cacha parmi

les fuyards et se sauva par la fuite. Ayant ainsi triomphé de ses

ennemis, le duc fit un recensement de ses chevaliers, et reconnut

que nul d’entre eux n’était mort. Le lieu où fut livrée cette

bataille s’appelle aujourd’hui encore le Pré du combat. Le duc

étant de retour, reçut un messager qui était envoyé par le

gouverneur du château de Fécamp pour lui annoncer qu’il lui était

né un fils d’une très-noble jeune fille, nommée Sprota, à laquelle

il s’était uni selon l’usage des Danois. Grandement réjoui de

cette nouvelle, le duc ordonna d’envoyer cet enfant en toute hâte

à l’évêque Henri, à Bayeux, afin qu’il fut lavé de l’eau sacrée du

baptême, de la main même de cet évêque, et qu’il reçût le nom

propre de Richard. L’évêque [p. 64] s’empressant d’exécuter ses

ordres, lava l’enfant avec l’eau consacrée et le renvoya à Fécamp

pour y être nourri.

Histoire des ducs de Normandie, suivie de: Vie de Guillaume le Conquérant · 第 24 / 168 题