Comment, l’an du Verbe incarné 912, Rollon et son armée reçurent
le baptême, et Rollon donna une portion de son territoire aux
églises les plus vénérables avant d’en faire la distribution entre
les grands, et comme quoi il donna Brenneval à Saint-Denis
l’Aréopagite.
EN conséquence, l’an 912 de l’Incarnation du Seigneur, Rollon fut
baptisé par l’évêque Francon, de la source bénite dite de la
Sainte-Trinité. Le duc Robert le présenta sur les fonts du baptême
et lui donna son nom. Après qu’il eut été baptisé, Rollon demeure
dans ses vêtemens pendant sept jours, durant lesquels il honora
Dieu et la Sainte Eglise par les présens qu’il leur offrit. Le
premier jour, il donna une très-grande terre à l’église
Sainte-Marie de Rouen, le second jour à l’église Saint-Marie de
Bayeux, le troisième jour à l’église Sainte-Marie d’Evreux, le
quatrième jour à l’église de Saint-Michel l’Archange, placée au
haut d’une montagne en dépit des périls de la mer; le cinquième
jour à l’église de Saint-Pierre et Saint-Ouen dans le faubourg de
Rouen; le sixième jour à l’église de Saint-Pierre et Saint-Achard
de Jumiège; et le septième jour il donna Brenneval avec toute ses
dépendances à Saint-Denis.
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CHAPITRE XIX.
Comment Rollon distribua le pays à ses hommes, releva les églises
détruites et les murailles des cités, et vainquit les Bretons
révoltés contre lui.
LE huitième jour de son expiation, Rollon, s’étant dépouillé de
ses vêtemens sacrés, commença par distribuer verbalement le
territoire qu’il avait acquis, et en fit don à ses comtes et à ses
autres fidèles. Or les Païens voyant leur duc devenu chrétien,
abandonnèrent leurs idoles, et, prenant des noms chrétiens,
s’empressèrent d’un commun accord pour recevoir le baptême.
Ensuite Robert, duc des Francs, ayant heureusement terminé les
choses pour lesquelles il était venu, s’en retourna joyeusement en
France.
Cependant Rollon ayant fait en grande pompe tous les préparatifs
de noce, épousa, selon les rits chrétiens, la fille du grand roi,
que nous avons déjà nommée. Il donna toute sécurité à tous les
peuples pour ceux que voudraient venir résider sur son territoire.
Il distribua le pays à ses fidèles en faisant des divisions au
cordeau, fit élever de nouvelles constructions sur cette terre
depuis long-temps déserte, la peupla et la remplit de ses
chevaliers et d’étrangers. Il accorda au peuple des droits et des
lois immuables, consenties et promulguées du consentement des
chefs, et les força à vivre en paix les uns avec les autres. Il
releva les églises entièrement renversées, et répara les temples
que les Païens avaient détruits. Il [p. 56] reconstruisit aussi
les murailles et les fortifications des cités, et en fit faire de
nouvelles, Il soumit aussi les Bretons rebelles, et avec les
denrées prises chez eux, il pourvut à la subsistance de tout le
royaume qui lui avait été concédé.