Comment, après que la France eut gémi trente ans environ sous
l’oppression des Païens, Hastings se rendant par mer à Rome pour
la soumettre à la domination de Bier, fut jeté par une tempête
auprès de Luna, ville d’Italie.
A la suite de toutes ces calamités qui furent pour les Gaules une
sorte d’expiation qu’elles eurent à supporter durant près de
trente années, Hastings, desirant élever son seigneur à une plus
haute fortune commença avec une troupe de complices à viser plus
sérieusement au diadême impérial. A la fin, après avoir tenu
conseil, ces hommes lancèrent leurs voiles à la mer, résolus
d’aller attaquer à l’improviste la ville de Rome et de s’en rendre
maîtres. Mais une grande tempête [p. 18] s’étant élevée, ils
furent poussés par le vent vers la ville de Luna, qui était
appelée de ce nom, à cause de sa beauté. Les citoyens, étonnés de
l’arrivée d’une telle flotte, barricadèrent les portes de leur
ville, fortifièrent leurs remparts et s’encouragèrent les uns les
autres à la résistance. Hastings, dès qu’il fut informé de leurs
hardis projets, crut qu’il avait devant lui la ville de Rome, et
se mit aussitôt à chercher avec le plus grand soin comment il
pourrait s’en rendre maître par artifice. Enfin, envoyant à
l’évêque et au comte de cette ville les ministres de sa perfidie,
il leur fit dire qu’il n’avait point abordé en ces lieux avec
intention et que son unique desir était de retourner dans sa
patrie; qu’il ne voulait et ne demandait que la paix, et que
lui-même, accablé d’une maladie mortelle, les faisait supplier
humblement de vouloir bien le faire chrétien. Ayant entendu ces
paroles, l’évêque et le comte se livrèrent aux transports de leur
joie, conclurent la paix avec ce détestable ennemi de toute paix,
et le peuple normand fut admis à entrer dans la ville, aussi bien
que ses habitans.