Comment, furent détruites les villes de Paris, Beauvais, Poitiers,
et d’autres villes voisines, à partir du rivage de l’Océan, en se
dirigeant vers l’Orient, et jusqu’à la ville de Clermont en
Auvergne.
QUE devint Lutèce, cité des Parisiens, noble capitale, jadis
resplendissante de gloire, surchargée de richesses, dont le sol
était extrêmement fertile, dont les habitans jouissaient d’une
très-douce paix et que je pourrais appeler à bon droit le marché
des peuples? N’y voit-on pas des monceaux de cendres plutôt qu’une
noble cité? Que devinrent Beauvais, Noyon et les villes des Gaules
qui furent jadis les plus distinguées? Ces villes
succombèrent-elles donc sous les coups et devant les glaives
ennemis de ces mêmes barbares? Je m’afflige d’avoir à rapporter la
destruction des plus nobles monastères, tant d’hommes que de
femmes, servant Dieu en toute dévotion, le massacre de tant de
personnes qui n’appartenaient point à une ignoble populace, la
captivité des matrones, les insultes faites aux vierges, et les
horribles tourmens de toute espèce que les vainqueurs firent
supporter aux vaincus. Dirai-je les rudes afflictions de cette
race de l’Aquitaine qui jadis faisait sans [p. 17] cesse la guerre
et qui maintenant préférait aux combats le travail de ses mains?
Ayant détruit elle-même les plus braves rejetons de son sol, elle
fut alors livrée en proie aux races étrangères. Depuis le rivage
même de l’Océan, pour ainsi dire, et en se dirigeant vers l’Océan
jusques à Clermont, ville très illustre aux temps anciens de
l’Aquitaine, nul pays ne fut en état de conserver sa liberté, et
il n’y eut aucun château, aucun village, aucune ville enfin qui ne
succombât, à la suite d’un massacre, sous les coups de ces Païens.
J’en prends à témoin Poitiers, ville très-riche de l’Aquitaine,
Saintes, Angoulême, Périgueux, Limoges, Clermont même, et jusques
à la ville de Bourges, capitale du royaume d’Aquitaine.