De la dévastation de la Neustrie, qui s’étend en ligne
transversale de la ville d’Orléans jusqu’à Lutèce, cité des
Parisiens.
APRÈS cela, fendant les eaux du fleuve de la Seine, ces hommes se
rendent à Rouen, détruisent cette ville par le feu, et font un
horrible carnage du peuple chrétien. Pénétrant ensuite plus avant
dans l’intérieur de la France, ils envahissent avec une férocité
de Normands [p. 15] presque tout le pays de Neustrie, qui s’étend
en ligne transversale depuis la ville d’Orléans jusqu’à Lutèce,
cité des Parisiens. Dans leurs très-fréquentes irruptions ils se
portaient en tous lieux, dévastant tout ce qu’ils rencontraient,
d’abord à pied, parce qu’ils ne savaient pas encore monter à
cheval, ensuite à cheval, à la manière des hommes de notre pays,
errant de tous côtés. Pendant ce temps, établissant leurs navires,
comme pour se faire un asyle en cas de danger, en station dans une
certaine île située en dessous du couvent de Saint-Florent, ils
construisirent des cabanes qui formaient une sorte de village,
afin de pouvoir garder, chargés de chaînes, leurs troupeaux de
captifs, et se reposer eux-mêmes de leurs fatigues, avant de
repartir pour de nouvelles expéditions. De là allant faire des
incursions imprévues, tantôt à cheval, tantôt sur leurs navires,
ils dévastèrent entièrement tout le pays d’alentour. Dans une
première course, ils allèrent incendier la ville de Nantes.
Ensuite parcourant tout le pays d’Anjou, ils allèrent aussi mettre
le feu à la ville d’Angers; puis ils dévastèrent et saccagèrent
les châteaux, les villages et toute la contrée du Poitou, depuis
la mer jusqu’à la ville même de Poitiers, massacrant tout le monde
sur leur passage. Dans la suite ils se rendirent sur leurs navires
dans la ville de Tours, où, selon leur usage, ils firent encore un
grand massacre, et la livrèrent enfin aux flammes, après avoir
dévasté tout le pays environnant. Peu de temps après, remontant
sur leurs navires le fleuve de la Loire, ils arrivèrent à Orléans,
s’en emparèrent, et lui enlevèrent tout son or; puis s’étant
retirés pour un temps, ils y retournèrent une seconde fois, et
détruisirent [p. 16] enfin la ville par le feu. Mais pourquoi
m’arrêté-je à raconter seulement les désastres de la Neustrie? Ou
bien les cinq villes dont je viens de parler auraient-elles été
les seules victimes de leurs fureurs?