CHAPITRE VII.

De la dévastation de la Neustrie, qui s’étend en ligne

transversale de la ville d’Orléans jusqu’à Lutèce, cité des

Parisiens.

APRÈS cela, fendant les eaux du fleuve de la Seine, ces hommes se

rendent à Rouen, détruisent cette ville par le feu, et font un

horrible carnage du peuple chrétien. Pénétrant ensuite plus avant

dans l’intérieur de la France, ils envahissent avec une férocité

de Normands [p. 15] presque tout le pays de Neustrie, qui s’étend

en ligne transversale depuis la ville d’Orléans jusqu’à Lutèce,

cité des Parisiens. Dans leurs très-fréquentes irruptions ils se

portaient en tous lieux, dévastant tout ce qu’ils rencontraient,

d’abord à pied, parce qu’ils ne savaient pas encore monter à

cheval, ensuite à cheval, à la manière des hommes de notre pays,

errant de tous côtés. Pendant ce temps, établissant leurs navires,

comme pour se faire un asyle en cas de danger, en station dans une

certaine île située en dessous du couvent de Saint-Florent, ils

construisirent des cabanes qui formaient une sorte de village,

afin de pouvoir garder, chargés de chaînes, leurs troupeaux de

captifs, et se reposer eux-mêmes de leurs fatigues, avant de

repartir pour de nouvelles expéditions. De là allant faire des

incursions imprévues, tantôt à cheval, tantôt sur leurs navires,

ils dévastèrent entièrement tout le pays d’alentour. Dans une

première course, ils allèrent incendier la ville de Nantes.

Ensuite parcourant tout le pays d’Anjou, ils allèrent aussi mettre

le feu à la ville d’Angers; puis ils dévastèrent et saccagèrent

les châteaux, les villages et toute la contrée du Poitou, depuis

la mer jusqu’à la ville même de Poitiers, massacrant tout le monde

sur leur passage. Dans la suite ils se rendirent sur leurs navires

dans la ville de Tours, où, selon leur usage, ils firent encore un

grand massacre, et la livrèrent enfin aux flammes, après avoir

dévasté tout le pays environnant. Peu de temps après, remontant

sur leurs navires le fleuve de la Loire, ils arrivèrent à Orléans,

s’en emparèrent, et lui enlevèrent tout son or; puis s’étant

retirés pour un temps, ils y retournèrent une seconde fois, et

détruisirent [p. 16] enfin la ville par le feu. Mais pourquoi

m’arrêté-je à raconter seulement les désastres de la Neustrie? Ou

bien les cinq villes dont je viens de parler auraient-elles été

les seules victimes de leurs fureurs?

Histoire des ducs de Normandie, suivie de: Vie de Guillaume le Conquérant · 第 5 / 168 题