CADORE À SERRURIER.

Paris, 25 juin 1810.

«Monsieur, ainsi que j'eus l'honneur de vous l'écrire le 9 de ce

mois, Sa Majesté n'avait point l'intention de faire occuper

Amsterdam et n'y avait pas même songé. Mais, une mesure qu'elle

avait jugée inutile, si le gouvernement de Hollande n'eût pas montré

un dessein formel de s'y opposer et n'eût pas fait dans cette vue

des préparatifs, a été rendue nécessaire par ces préparatifs

mêmes[159]. Comme chef de la ligue continentale, Sa Majesté doit

constater et maintenir son droit de porter des forces partout où le

bien de la cause commune l'exige. Elle avait d'ailleurs à venger,

outre l'offense faite dans Amsterdam à son ambassadeur et qui n'a

point été réparée, l'outrage que l'on a fait à Haarlem aux Aigles

Impériales, en leur refusant le passage et en menaçant de tirer sur

elles. L'ordre a été en conséquence donné à M. le Maréchal, duc de

Reggio, de se porter sur Amsterdam et d'occuper cette ville. En

l'annonçant au ministre du roi, vous vous attacherez bien moins à

combattre ou à prévenir des idées de résistance, car je ne puis

supposer que l'on en ait aucune de cette espèce, qu'à faire sentir

que le gouvernement de Hollande peut profiter de cette circonstance

pour réparer ses torts et recouvrer les bonnes grâces de Sa Majesté

impériale et royale. Si les troupes françaises arrivent à Amsterdam,

y sont reçues en triomphe, si la ville donne un grand repas aux

soldats, si le roi et la cour donnent l'exemple des prévenances et

des égards envers la France, nul doute que la meilleure intelligence

ne règne aussitôt entre les deux nations, et que l'empereur n'oublie

volontiers des torts ainsi réparés. Mais, c'est là le seul moyen de

les lui faire oublier, et vous aurez soin de l'insinuer aux

ministres du roi.

[Note 159: Après cette lettre le doute n'est plus permis sur

les intentions de l'empereur d'occuper Amsterdam, d'annexer

la Hollande, de forcer son frère à abandonner la partie.

Napoléon, on le voit, profite des moindres causes pour en

faire des prétextes à envahissements. En vain le roi en passe

par toutes ses volontés. Une exigence satisfaite en amène une

autre et le gouvernement français ne craint pas, pour envahir

la Hollande, de s'appuyer sur la ridicule affaire du cocher

de l'ambassadeur.]

«Après que l'expédition de M. le Maréchal, duc de Reggio, sera

consommée, vous demanderez que tous les canons soit transportés sur

les côtes et qu'on cesse de s'occuper des lignes.

«Tels sont, Monsieur, les ordres que Sa Majesté me charge de vous

transmettre.»

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 310 / 358 题