Amsterdam, 14 juin 1810.
«Monsieur le duc, l'empereur ne veut point que je corresponde avec
lui. Je n'ai plus d'ambassadeur à Paris; il faut donc que je
m'adresse directement à vous lorsqu'il y a des affaires aussi
importantes qu'en ce moment. Je ne vous parlerai point de la
situation du pays, vous la connaissez sans doute assez. J'espérais
que l'exécution serait adoucie et, loin de là, elle s'est aggravée
et s'aggrave tous les jours davantage. Je ne puis me dissimuler
actuellement que le traité n'empêche point que l'existence de la
Hollande ne soit fortement menacée. L'empereur s'en prend à moi de
toutes les disputes et rixes qui arrivent; le nombre des troupes
dans le royaume augmente sans cesse; il faut pourvoir à leurs
besoins dans un moment où les _habitants_ n'ont presque aucun moyen
de pourvoir à leur existence. J'ignore complètement les intentions
de l'empereur. Dans cette position je dois me résigner et chercher
seulement à éviter de nombreux malheurs dans ce pays. Veuillez me
dire, Monsieur le duc, s'il est un moyen de finir complètement et à
jamais tous les démêlés et tracasseries; s'il existe quelque chose
que je puisse faire pour cela, il n'y a rien que je ne fasse, si
j'ai la certitude que tous ces démêlés seront finis à jamais et que
le pays en tirera quelque avantage.
«Le porteur est reconnu pour être ami et aimé des membres de la
légation française à Amsterdam; je l'ai choisi pour cette raison
pour vous porter cette lettre et vous demander s'il n'y aurait pas
quelque moyen de finir à jamais tous les démêlés et les contrariétés
qui semblent s'augmenter même depuis le traité.
«Veuillez, Monsieur le duc, prendre intérêt à ma position, à celle
de mon fils et surtout à celle du pays, et croire que si vous pouvez
me faire connaître ce qui peut la rendre supportable ou la terminer
entièrement, ce sera le plus grand service que vous puissiez me
rendre. Dites-moi des choses précises à faire, et non, je vous prie,
des choses générales comme on l'a fait toujours. Croyez que tous les
différents naissent de la difficulté de ma position, et que mon
frère reconnaîtra, trop tard peut-être, combien on est injuste
envers ce pays. Je le répète, Monsieur le duc, je suis prêt à tous
les sacrifices que l'empereur désire, s'ils peuvent être utiles à ce
pays et éviter les maux qui le menacent encore.»