12 juin.

«Il semble qu'on ait déjà cherché à répandre des bruits à Amsterdam

qui puissent déplaire au bas peuple de cette ville et le préparer à

un soulèvement; cette partie de la population, composée de matelots,

de porte-faix, etc., etc., est déjà indisposée et serait furieuse si

l'on parvenait à les tromper assez pour les décider à se soulever.

Les autres habitants d'Amsterdam, qui ont des propriétés, voient

avec chagrin et effroi les dispositions du roi qui paraissent être

d'opposer de la résistance à l'occupation de cette ville par les

troupes françaises. Le roi, qui d'abord avait intéressé par ce qu'on

appelait ses malheurs, éloigne de sa personne celles qui semblaient

lui être les plus dévouées par ses caprices continuels et la folie

de sa conduite. Une grande quantité de personnes sont prêtes à se

dévouer à l'empereur et à s'opposer à des démarches qui n'ont jamais

eu leur approbation, mais elles voudraient être avouées et n'avoir

pas à redouter un retour de faveur du roi près l'empereur qui pût

les perdre pour toujours. Une grande partie des ministres seraient

de ce parti. Les généraux Bruneau et Travers, le premier grand

écuyer, le deuxième colonel général des gardes, ne peuvent oublier

qu'ils sont Français et que leur premier devoir est envers leur

patrie. Tous deux d'ailleurs sont mécontents; il y a trois jours que

le général Travers offrit sa démission au roi parce qu'il en avait

été publiquement maltraité à la manoeuvre.

«Un homme intéressant par son nom et son caractère, sensible à la

malheureuse position de son pays, offre, _toujours sous condition

d'être avoué_, de se mettre à la tête des gens honnêtes et de coeur

et de contenir la populace dans un cas pressant; c'est M. de

Hogendorp. L'amiral de Winter, français de coeur, estimé et chéri de

tous les marins, les empêcherait de se livrer aux excès qu'on en

pourrait redouter, et les ramènerait à des sentiments honnêtes. Son

caractère trop connu paraît l'avoir fait éloigner _avant-hier_

d'Amsterdam. Il existe fort peu d'enthousiasme pour le roi. Le

peuple ne le salue point et semble n'éprouver aucune satisfaction à

le voir. Il paraît certain qu'il y a trois jours des ordres furent

donnés pour s'opposer militairement à l'entrée de troupes françaises

sur le territoire d'Amsterdam. On désire que les douaniers ne

viennent dans cette ville que lorsque nous l'occuperons; on craint

que leur arrivée ne donne occasion, _saisie avec empressement_,

d'animer le peuple.

«Les bâtiments américains doivent être escortés jusqu'à leur remise.

«La garde du roi, toute à Amsterdam, est de 3,000 hommes.»

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 302 / 358 题