WERHUELL À CADORE.

Paris, 27 mai 1810.

«J'ai été profondément affligé de la communication que Votre

Excellence a bien voulu me faire par son office du 26 de ce mois. Je

ne tâcherai pas d'excuser un fait qui, s'il a eu lieu, mérite la

plus sévère punition, et j'ose d'avance assurer Votre Excellence que

le roi, mon maître, ne reposera pas jusqu'à ce qu'on ait trouvé les

moteurs de cette fâcheuse affaire, pour leur faire éprouver tout ce

que la sévérité des lois inflige en pareil cas, afin de montrer à

tout l'univers combien Sa Majesté est éloignée de souffrir qu'on

fasse les moindres insultes, dans ses États, aux sujets de son

auguste frère et surtout aux personnes attachées à son ambassadeur.

«Il me paraît cependant que le récit que l'on a fait à Sa Majesté

impériale est considérablement exagéré. Je prie Votre Excellence de

permettre que je lui communique les renseignements qui me sont venus

de la Hollande, par voie directe, relativement à cette affaire.

«Un des domestiques de S. E. Monsieur l'ambassadeur de France se

trouvait devant l'église catholique. Sa grande livrée attira

l'attention de quelques jeunes gens de la plus basse classe du

peuple qui, peu habitués à une pareille magnificence, en

témoignèrent leur étonnement et ajoutèrent peut-être quelques

observations de leur genre. Le domestique se crut offensé, leur

imposa silence et les menaça même de les frapper; ces menaces furent

bientôt suivies de voies de fait auxquelles les autres ripostèrent.

La foule s'étant insensiblement augmentée, le domestique crut

prudent de se retirer; il s'adressa alors à un factionnaire pour

qu'il le conduisît chez lui; mais celui-ci, ne pouvant s'éloigner de

son poste, lui indiqua la garde qui était tout près, où il s'est

rendu et a trouvé tout le secours qu'il demandait, l'officier

commandant lui ayant donné un sous-officier pour l'accompagner à

l'hôtel.

«Ces détails présentent l'affaire sous un tout autre jour; j'ai cru

devoir le faire connaître à Votre Excellence, et j'espère qu'elle

aura bientôt elle-même la conviction que ce fait ne mérite pas

l'importance que l'on semble vouloir y attacher.

«Je supplie, en attendant, Votre Excellence d'employer ses bons

offices auprès de Sa Majesté impériale pour que cette affaire n'ait

pas de suites fâcheuses, et pour que Sa Majesté suspende toute

mesure précipitée de vengeance qui ne pourra que jeter les plus

vives alarmes en Hollande, et aggraver infiniment la fâcheuse

position où se trouve déjà le roi, de voir attirer de nouveau, sur

son pays, le mécontentement de son auguste frère pour une affaire

qui est si loin d'être approuvée par aucune classe de la nation

hollandaise.»

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 289 / 358 题